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Castellane de l'Antiquité au Moyen Age

Au temps de la préhistoire

​L'histoire est complexe, ses empreintes se superposent et nous troublent. Ici un monument s'élève depuis dix siècles alors que dix édifices successifs l'ont voisiné pendant ce même temps. D'autres révèlent l'ébauche d'un style, la marque d’un autre, les traces, dans leurs pierres, d'une origine différente. Hybrides, ils nous racontent.
Promenons-nous dans ces siècles en partant des plus éloignés pour nous rapprocher d'aujourd'hui. Marchons réellement, puisque l'origine de Castellane est au débouché des Gorges du Verdon où l'on trouve, dans ses falaises, des traces d'habitations préhistoriques.
Ces falaises, de par leur configuration, présentent des abris naturels, mais il est certain qu'au fil des siècles et de l'évolution tribale, de nombreux sites hors des gorges ont dû être occupés.
On peut citer pour exemple une grotte sépulcrale à La Palud sur Verdon (néolithique), un dolmen endommagé au village de la Baume, et, dans des grottes, de multiples objets datant de l'âge de bronze (1800 à 1900 avant J.C.). Depuis la nuit des temps, la masse du volume du relief n'a guère changé si on oublie les coups de serpe et surtout les cicatrices blanchâtres laissées par les entreprises de travaux publics au flanc des montagnes.
Mais imaginez ces sommets déchirés, ces saignées profondes, sans route, sans bruit de moteur : le roc et la plaine nus de tout édifice, le Verdon capricieux, ses crues monstrueuses, les communications difficiles, l'issue des voyages aléatoires : l'inconnu est proche. De ces temps reculés subsiste l'empreinte d'un oppidum sur la colline que l'on peut voir à l'est du hameau de Brayal et au nord de la Colle. De ces origines ligures ou celto ligures, il ne nous reste, outre quelques vestiges et certainement les trésors archéologiques enfouis dans la terre, que son nom romanisé "Ducelia" qui semble donc être le site originel de l'actuelle cité. Il va sans dire que, étant donné le peu de documents qui nous sont parvenus, le peu de traces, nous ne pouvons formuler que des hypothèses.
A l'aube de l'ère chrétienne, le pays castellanais présente une certaine unité puisque, mentionné par Pline et Ptolémée qui en définit les limites, le territoire des Suetrii s'étendait de Saint-André-les-Alpes à Combs par Demandolx, protégé par les crêtes, et occupait les plateaux de Canjuers et les gorges du Verdon. Leur capitale est alors un lieu qui aura une importance primordiale dans les temps à venir, et dont nous est parvenu le toponyme romain : « Salinae ».

Salinae et les Suetrii

Au pied de l'oppidum que nous avons cité coulaient deux sources salées. C’est là que se situe Salinae. Pendant des siècles, le sel fut d’une importance capitale et sera l’un des déterminants des structures des sociétés. Ces sources, sur la colline du Bouquet, au lieu-dit du Plan, contribueront à la richesse et au développement de Castellane. Elles seront exploitées jusqu'au Moyen-Age. Elles ont été ensevelies à la demande des fermiers généraux qui voyaient là une concurrence à l'impôt : la gabelle. Se sont-elles mêlées aux eaux de la cascade, située au bord de la route, au lieu-dit "la Salaou" ? Ces  eaux qui provoquaient la corrosion des roues à aube en fer des moulins, créant de nombreux problèmes aux meuniers.
Ce lieu donc, apparemment occupé depuis toujours, la peuplade des Suetrii le choisit pas comme capitale, mais devint capitale parce que là se concentraient, selon toute vraisemblance, la plus grande partie de leur population et de leurs échanges commerciaux. Ce sel, richesse suprême, était acheminé par caravanes vers Digne et Nice suivant des chemins et des sentes muletières, prémices de l'antique voie romaine qui en reprendra le tracé quelques siècles plus tard, et servira de voie principale de communication pendant un millénaire et demi.
En l'an 600 avant J.C., les Phocéens créent Marseille : « Massilia ». Cette colonie, qui eut une extension très importante, ne touchera absolument pas les tribus diverses de la Haute Provence. En 125 avant J.C., les Romains commandés par le Consul Sextius Cavinus et appelés par les Phocéens, soumettent les Salyens ; mais le pays castellanais reste à l'écart de la conquête romaine. Même Jules César, qui unifia la Gaule pendant sa campagne de 58 à 50 avant J.C., ne soumettra pas les Suetrii du pays castellanais. Il faudra attendre l'empereur Auguste et ses conquêtes de 25 à 14 avant J.C. pour que la romanisation atteigne Salinae. Cette conquête ne dut certainement pas être évidente, étant donné le nombre vraisemblable d'oppidums défendus par des montagnards habitués au climat et très combatifs.

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L'arrivée de l'empereur Auguste

En l'an 6 avant J.C., l'empereur Auguste, pour commémorer ses victoires, fait ériger le "trophée Augusti" que l'on peut voir à la Turbie, et sur lequel sont inscrites les 44 tribus soumises pendant sa campagne. Tout porte à croire, selon les historiens, que l'inscription sur le trophée suit un ordre chronologique et les Suetrii sont les derniers mentionnés ... Le dernier gaulois romanisé ne serait-il pas un Castellanais plutôt que le héros d'Uderzo et Goscinny ? Et le caractère indépendantiste des Hauts Provençaux remonte-t-il à cette époque ? Deux questions qui mériteraient réflexion.
Après des guerres tribales, puis les conquêtes d'Auguste, s'installe une période de calme que l'on a coutume d'appeler "La Paix Romaine". Pendant les quatre premiers siècles de l'ère chrétienne, les Romains implanteront leur administration, leurs gouverneurs, les civistates, les divisions administratives, et la civistatae Saliniensium désignera Castellane, qui fera partie de la province romaine des Alpes-Maritimes et sera assez importante pour posséder des décurions et donc un sénat. On peut supposer que l'oppidum fut désaffecté après la conquête d'Auguste.
La région de Castellane est toujours aussi sauvage mais Salinae va prendre son essor, d'autant plus que, certainement là, sera construit l'ancêtre du Pont du Roc qui servira de passage à la voie romaine, la Via Salinaria, reliant la voie aurélienne à la voie domicienne. En effet, deux passages à travers les Alpes relient ces deux voies, l'une Fréjus-Sisteron, l'autre Cagnes-Digne, en passant par Castellane, Lèques, Saint-Pierre, Morelières, Senez et Digne. Comme traces de cette époque, vous pouvez voir les bornes milliaires qui étaient déposées sur les voies romaines tous les 1.480 m, dont trois sont au musée de Digne : deux découvertes au hameau de Sionne, datant de l’empereur Caracala en 213, et une découverte à 500m de Taulanne. Si une promenade vous amène à suivre le tracé de l’antique voie, vous aurez le plaisir, au 6ème mille, près du col de Saint Pierre, de repérer une borne dans les bois, de 1.80m de haut, portant signes et inscriptions. Deux cippes (des colonnes tronquées qui ornaient généralement les tombeaux) provenant de Salinae sont conservés à l’abbaye Saint-Victor. Aucune fouille sérieuse n’a été entreprise sur ce site, mais il semblerait qu’il existe au moins les fondations d’un théâtre antique, mises à jour en partie au XIXe siècle puis recouverte mais néanmoins visibles sur certaines photos prises à l’infrarouge. Parfois, accidentellement, des urnes, des pièces de monnaies et des restes de colonnes sont extraits de la terre.

Début de la religion chrétienne

Au IIIe siècle, des troubles internes à l’empire (dont Castellane ne fut certainement pas exempte), encourage la pénétration de la religion chrétienne, et sous le règne de Constantin (de 324 à 337) sera rédigé l’Edit de Milan la reconnaissant, ce qui marquera la fin du paganisme.
Il est certain que sur ce site de Salinae s’élèvera bientôt une cathédrale paléochrétienne, mais on ne peut préciser l’époque exact de son existence. Nous ne pouvons donc nous imaginer ce lieu sans penser à une cité conséquente, en rapport avec la situation de Castellane sur la voie romaine et ses richesses en sel.  Cité d’autant plus conséquente puisqu’en tant que siège d’un évêché, un complexe épiscopal y verra le jour. On en trouve mention dans les conciles de Riez (439 et 442).
Nous trouvons également traces d’églises dédiées à Saint-Pierre, Saint-Jean, Saint-Laurent ainsi qu’une basilique Sainte-Marie (dans les textes de l’abbaye Saint-Victor fondée en 408 par Saint Cassien à Marseille). Rien ne subsiste de ces églises, aussi ne pouvons-nous en dater la construction. Hélas pour Castellane, cet évêché sera transféré à Senez dès le début du VIe siècle, puis à Digne. Castellane n’en sera plus jamais le siège malgré ses efforts.

La fin de l'Empire Romain

En 406, les hordes de barbares franchissent le Rhin et de 406 à 476 l’Empire Romain d’Occident décline.
La Haute-Provence fera encore preuve d’indépendance et résistera aux envahisseurs de Rome, les Visigoths et les Burgondes. Jusqu’en 523, l’Europe connaitra des périodes de troubles, de rebondissements historiques et sera le théâtre des diverses campagnes que mèneront Burgondes, Visigoths et Ostrogoths pour se partager le territoire.
La cité, contrée désormais isolée dans ses montagnes et bien que non investie) subira le contrecoup de l’affaiblissement de la structure administrative romaine et de la diminution des échanges commerciaux.
Si les Romains apportèrent une certaine forme de civilisation aux peuples conquis, les peuplades autochtones gardaient cependant une structure propre et le spectacle présenté alors par la cité n'était sans doute pas celui de jardins parsemés de villas de marbre somptueuses, mais plutôt de quelques édifices romains au milieu d'habitations rurales.
En 526, la Haute Provence est franque.

Les Mérovingiens

En 536, la Provence, quasiment indépendante, voit l'avènement des rois mérovingiens qui, s'ils n'apportent pas, en apparence, une évolution notoire à Castellane, auront à lutter, entre 569 et 575, contre les invasions lombardes. La Haute Provence et plus particulièrement Salinae qui avait prospéré jusqu'alors à l'abri des crues du Verdon mais sans aucune protection militaire, affaiblie par le déclin de l'empire et par un siècle de stagnation, eurent à souffrir du déferlement de ces hordes, jusqu’en 574, date de l'heureuse victoire d'Embrun repoussant définitivement les Lombards hors des frontières.
Il s'ensuit toute une période obscure de régression que les historiens constateront au niveau de l'Europe pendant les VIIe et VIIIe siècles. On peut supposer que c'est à cette période que correspondent la chute de Salinae et son désinvestissement. Pour comble de désastre, sous le règne de Charlemagne, de 768 à 814, d'autres envahisseurs, les Sarrasins (ou Maures), bien qu'installés sur la Côte, pratiquent régulièrement des razzias à l'intérieur des terres.
Ainsi, en 812, le Pont du Roc est endommagé. Salinae est quasiment abandonnée mais le complexe épiscopal subsiste. Ses habitants, groupés autour d'un chef guerrier se réfugient sur un promontoire facilement défendable : Petra Castellana. Cette ville, qui ne porte pas encore de nom, puisque Petra Castellana signifie "le château-rocher", commence à se fortifier à l'aube de ce siècle, et la pointe extrême du Roc se couronne d'un château-fort.
  • Panorama pittoresque
le long du Verdon aux crues capricieuses, battant en aval le pied de Salinae, dans un site toujours très sauvage, traversé par une voie romaine (seul lien avec les vallées extérieures), enjambant les eaux au Pont du Roc (toujours romain ?), Salinae avec son complexe épiscopal et ses quelques maisons alentour. Emerge dans la vallée le promontoire fermé à l'est par quatre enceintes jumelées, percées d'une porte de fer défendue par deux tours ; un donjon domine, au bord de l'abîme, flanqué d'une chapelle, (très probable ancêtre de Notre Dame du Roc) de communs et d'ultimes systèmes de défenses. Une énorme citerne de 120.000 litres est aménagée dans une immense faille, ouvrage depuis lors entretenu et dont vous pouvez apprécier la hardiesse : 120 tonnes d'eau sont emprisonnées derrière le mur que vous voyez descendre le long de la roche à droite de la chapelle quand vous la regardez d'en bas. Cette enceinte deviendra rapidement trop exigüe pour accueillir une population inquiète, avide de sécurité (la plate-forme du Roc n'excède pas 650 m2).
Des constructions s'édifient alors aux portes de la forteresse, sur le versant méridional du relief, donnant naissance en 862 au Prieuré de Saint-André (Saint-André du Roc). Des murailles, attenantes à la première enceinte, sont élevées en 890 autour de Petra Castellana. Cette ville haute communique avec l'extérieur par deux portes, et avec le château par la courtine d'entrée. Remarquez en montant au Roc que vous passez, à l'extrême sud, entre les vestiges des deux bastions de la porte de fer dont les meurtrières sont dirigées vers l'intérieur de la ville, témoins de cette extension. L'ensemble subira guerres et érosions et sera remanié à plusieurs reprises.

Petra Castellana

En 843, l'empire de Charlemagne a été démembré et le Royaume de Provence revient à Lothaire. C'est le début de l'indépendance du Comté de Provence, dans lequel Castellane aura une place de quelque importance.
Qui furent les chefs de Petra Castellana ? ... Toujours est-il qu'aux environs de l'an 900, un certain sieur Arbald, premier du nom, bienfaiteur de Cluny et des Comtes de Mâcon, riche propriétaire, s'installe en Provence.
Sa lignée, Arbald II, Arbald III, Ronstrang-Arbald qui lui-même donna naissance à Aldeberg, se liera avec les seigneurs dirigeants de Provence, et accumulera richesses et pouvoirs. C'est ainsi qu'Aldeberg, en 990, est reconnu par Conrad, Roi d'Arles, et Ottan III, maitre du Saint-Empire Germanique, et se voit offrir Petra Castellana comme seigneurie intendante, c'est-à-dire ayant rang de royaume. Aldeberg résidera dans ce château situé sur le Roc, au sud-est de Petra Castellana fortifiée.
En 993, les Sarrasins ravissent Saint Mayeul lié par le sang au Seigneur de Castellane. Guillaume de Provence lève alors une armée, rallie tous les seigneurs dont celui de Castellane, pour arracher Saint-Mayeul aux Sarrasins, ce qui lui vaut d'être appelé « Guillaume le Libérateur ». Cet épisode se clôt en 993 par la fin des raids et de l'invasion sarrasine en Provence. C'est vers cette époque, vers 970, qu'à la demande des moines de la puissante abbaye Saint-Victor à Marseille (qui possédaient des terres et des droits depuis des temps très anciens) que commence la construction de la première Notre-Dame du Plan, dont il ne reste que les bases. Cette église, probablement bâtie sur l'emplacement de la cathédrale paléochrétienne, était située au milieu du complexe épiscopal formé par les églises dédiées à Saint-Pierre, Saint-Jean, Saint-Laurent et Sainte-Marie. En 1032, alors que Notre-Dame du Plan est très certainement achevée, la Provence est rattachée au Saint-Empire Romain Germanique, mais ce rattachement n'est que symbolique : les seigneurs de Petra Castellana qui ont toujours eu des velléités d'indépendance et, forts de leurs droits, administrent sans aucune référence autre que Dieu, leur fief.

Saint-Pancrace - Digne
Digne
Vallée de la Bléone - Digne
Digne
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