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Castellane, du Moyen Age au nouveau millénaire

​La lignée des Castellane

En 1036 nait le premier baron de la lignée des Castellane puisqu'il prend le nom de sa cité : "Boniface 1er de Petra Castellana". C'est le début de l'apogée féodal des barons de Castellane, et pendant deux siècles, il y a profusion de constructions, de monuments, d'extensions. Castellane devient une cité puissante. Il est à noter que les dates des règnes de Boniface 1er, Boniface II et Boniface III ne peuvent être déterminées exactement, les documents d'époque n'étant ni assez précis ni assez nombreux. En 1036, Saint-Victor est en construction au pied du roc, dans ce qui deviendra le bourg. Notre-Dame du Plan est église paroissiale. Le Roc, Petra Castellana, sont fortifiés, habités. Notre-Dame du Roc est l'église du château des seigneurs de Castellane. Des fortifications de tous les édifices existants à cette époque, il ne reste aujourd’hui que les bases. Ce que nous pouvons voir à l'heure actuelle sont reconstruits ou remaniés aux mêmes emplacements, ultérieurement. Ainsi les fortifications de Petra Castellana visibles dateraient de la première moitié du XIIe siècle, tout comme, d'ailleurs, les restes de Saint-André du Roc. Castellane prend une telle importance du point de vue religieux que l'abbé Izarn, alors abbé de Saint-Victor à Marseille et sanctifié par la suite, honorera de sa présence épiscopale la cité : il visitera Ville, villégiature du seigneur de Demandolx, où il priera pour que le château soit épargné par la foudre. De « Ville » naitra « Demandolx », nom du seigneur du lieu.
En 1050, le Pont du Roc est rétabli. Paradoxalement il semblerait qu’il y eut à cette époque un début de désaffectation de Petra Castellana au profit du bourg autour de Saint Victor. Mais on pencherait plutôt pour une extension de Castellane et une augmentation de sa population.
1095 : le frère de Boniface 1er, Pierre, participe à la première croisade, se bat devant Antioche et périt en Palestine. La cité reconnaissante apposera en 1864 une plaque de bronze commémorative sur l’obélisque de la fontaine de la place Marcel Sauvaire.
En 1110, les Comtés d’Arles et d’Avignon se séparent pour créer le comté de Forcalquier et le comté de Provence dont l’héritier est Raymond Béranger, comte de Barcelone.
En 1118, c’est la création de l’Ordre du Temple, qui aura une très grande importance dans la région.
En 1122, il est mentionné que Notre-Dame-du-Plan est un prieuré conséquent.
En 1150, Guillaume II, dernier comte de Forcalquier et seigneur de Manosque est en guerre contre les comtes de Provence, de Barcelone et rois d’Aragon ; il luttera contre les trois souverains que se succèderont pendant son règne : tous trois voudront unifier la Provence, le royaume n’étant qu’une juxtaposition de fiefs uniquement soucieux de leur seule indépendance (Raymond d’Aragon III, Alphonse 1er puis Alphonse II….) Cette guerre se terminera en 1209, à l’avènement de Raymond Béranger V qui réunira les deux comtés.

Petra Castellana en déclin

En 1156, les seigneurs de Castellane, forts de leur puissance, descendent résider non loin de Saint-Victor, dont on peut voir aujourd'hui les vestiges puisque c'est l'actuel couvent dit "des Augustins". En 1188, dans cette guerre entre le comte de Provence et le comte de Forcalquier, une expédition d’Adolphe 1er, comte de Provence, contre Castellane, lui permet d’investir la ville. Boniface III lui prête hommage mais son indépendance et ses privilèges lui restent reconnus. Notons que dans les documents d'époque, en 1189, le bourg est la partie la plus importante de la communauté.
Il faut donc imaginer Petra Castellana un peu désinvestie, mais le château toujours entretenu, gage de sécurité, et Notre-Dame du Plan très importante 50 ans auparavant moins fréquentée. En 1205 apparait le 1er blason des Castellane, sur un acte de donation aux templiers du Ruou des terres de Valcros qui appartenaient à Boniface IV, (lequel avait succédé en 1195 à Boniface III son père).
Quand on étudie l'histoire des villages alentour, on s'aperçoit de l'importance de ces templiers recrutés parmi les seigneurs de Ville, Demandolx, Rougon, Castellane qui en fournirent quelques soixante. Ce qui permet de supposer que la Baronnie bénéficia de l'appui de la toute-puissance de l'Ordre. L'indépendance des seigneurs de Castellane se traduit par l'importance de la Cité et par le glacis de défense qu'ils avaient développé autour d'eux et qui comprenait les places de Rougon, Ville, La Garde, Taloire, Chasteuil, couvrant quelques quarante villages.
En 1226, le fils de Boniface III, Boniface IV devient par mariage Baron d’Allemagne-en-Provence et rend hommage à Raymond Béranger V. Mais, la Baronnie conserve toujours son indépendance.
C'est à cette époque aussi que s’effectue la première reconstruction de Saint-Victor constituée par la première nef de l’église. La première moitié du XIIIe siècle verra la succession de Boniface IV, Boniface V puis Boniface VI à la Baronnie de Castellane et de Charles 1er d’Anjou, frère de Saint Louis, à Raymond Béranger V au comté de Provence.  
En 1260 la paroisse de Saint-André du Roc est transférée à Saint-Victor car la majorité des habitants résident désormais dans le bourg.

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Le "Troubadour" prend la fuite

En 1262. Boniface VI de Castellane, dit "le Troubadour", déclare haut et fort qu’il désire conserver son indépendance et "bien malin celui qui le délogera". Il s'allie à une coalition formée de Marseille et des Baux contre Charles 1er.
Celui-ci lève une armée, prend Allemagne, arrive devant Castellane. L'impérieux Baron ne peut soutenir le siège dans le bourg et se replie dans la ville haute. Le Pont du Roc est détruit. (Il ne sera reconstruit que 40 ans plus tard, aux alentours de 1300, puis consolidé en 1350). Malgré ses formidables défenses, les troupes du Comte de Provence la pénètrent. "Le Troubadour" résiste encore dans le château du Roc mais ce dernier bastion est aussi investi. Passant alors dans la chapelle, il soulève une trappe et s'engouffre dans un souterrain par lequel il s'enfuit. Le vainqueur le destitue de ses titres, confisque la Baronnie ; désormais réunie au domaine comtal, elle devient chef-lieu de bailliage ... puis Viguerie en 1483. Cependant, les différentes branches de la Famille des Castellane continueront à fournir au Royaume nombre de nobles éminents.
En 1270, Saint-Louis meurt ; en 1281, trois ans avant sa mort, Charles 1er d'Anjou cède aux Augustins le château des Castellane, qui en font leur couvent. Quelques années plus tard (1300 - 1309) son successeur Charles II fera don à cette même confrérie d'une maison dans le faubourg Saint-Martin. Après avoir servi d'ermitage, elle sera transformée en hôpital. C'est la période de la puissance maximum de la maison d'Anjou qui durera jusqu'en 1343. Par contre, c'est le déclin de la cité de Castellane en tant que fief féodal mené par les barons du même nom.

Une période de trouble pour Castellane

En 1312, Philippe le Bel arrête Jacques de Morlay, aidé par le pape Clément V et c'est le procès inique des Chevaliers du Temple. C'est la fin de l'Ordre de Malte qui, on le sait, avait une importance primordiale avec les seigneurs de Castellane. La légende dit qu'un templier prisonnier réussit à s'enfuir et mourut en sainteté dans une chapelle troglodyte dans les Gorges du Verdon.
1343 voit l'avènement de la Reine Jeanne, qui ne vint en Provence qu’une seule fois, en 1348. Son règne marque le déclin irrémédiable de la maison d'Anjou. Elle est assassinée en 1382 après une existence houleuse. En 1348 la peste dite « noire » ravage son royaume et le dépeuple pendant plus d'un siècle, Castellane doit être abandonnée, Petra Castellana ne sera plus habitée.
En 1359, après demande d'autorisation auprès du Comte de Provence pour protéger le bourg devenu l'agglomération la plus importante, commence la construction des remparts de Castellane avec, en partie, les pierres de Petra Castellana. Cette fortification, la première du bourg, comprenait quatorze tours à plate-forme dont certaines avaient les « pieds dans l'eau », car le Verdon (détourné beaucoup plus tard en son cours actuel), longeait le roc et alimentait les douves. L'enceinte n'était alors percée que de deux portes : au levant, celle dite du Mazeau, défendue par deux tours et doublée d'une contre-porte fermée par un pont-levis ; au couchant, la seconde sous une haute tour. Elles étaient quasiment intactes au XVIIIe siècle.

Les honneurs de Castellane

En 1390 débutera le brigandage du Sieur des Baux, Raymond Roger de Monfort, vicomte de Turenne, qui mettra le pays à feu et à sang pendant dix ans. Ce triste sire, aidé dans ses sinistres entreprises par le non moins triste Tristan de Beaufort, essaye de s'emparer de Castellane, mais en vain, car il se heurte aux nouvelles fortifications qui donnent à Castellane son caractère et une partie de sa configuration actuels dont vous pouvez apprécier les édifices. Certains sont encore presque intacts, telle la Tour Pentagonale, ou simplement transformés, tels la porte du Couchant dite de l'Horloge, la tour d'angle de la place Marcel Sauvaire ou les remparts qui, percés de fenêtres, sont aujourd'hui les maisons de la rue nationale (ex-rue d'en Vallat), ou encore les murailles rongées de lierres qui escaladent la colline. Battu, pour assurer le repli de ses troupes, De Turenne fait sauter le Pont du Roc (1390). D'énormes problèmes financiers vont se poser pour le reconstruire. Les Castellanais recevront des aides de la Reine Marie de Blois, mère de Louis II.
Benoît XIII, Pierre de Lune, "l'antipape" d'Avignon, accorde même des indulgences en 1399 pour toute aumône versée pour sa reconstruction.  Cette contribution eut paraît-il, beaucoup de succès.
En 1411, c'est-à-dire près de 150 ans après que fût supprimée la Baronnie de Boniface de Castellane et alors que des seigneurs baillis du comté de Provence administrent la région, le Blason de la cité, (donc des Castellane) dont la devise était "plus d'honneur que d'honneurs", représentant jusqu'alors un château à tours crénelées et percé d'une porte, se voit adjoindre par Marie de Blois et Louis II, en reconnaissance à la fidélité de leur bailliage, une bande d'azur à trois lys d’or.

Le Bon Roi René

Pendant cette deuxième maison d'Anjou succèdera à la Reine Jeanne : Louis II, puis Louis III et en 1434, René 1er d'Anjou, plus connu sous le nom de Bon Roi René. Comme tous ses prédécesseurs, il essayera mais en vain de conquérir ses terres italiennes, Naples et la Sicile notamment.
Il ne reviendra en Provence que pour y rester, en 1471, soit dix ans après l’avènement de Louis XI ; Ces deux personnages joueront un rôle capital pour tout le sud de la France.  
Pendant les campagnes du Roi René en 1442, Notre-Dame-du-Plan n’est plus investie de son rôle de paroisse, transférée à Saint-Victor. Celle-ci, qui n’était jusqu’alors qu’une longue nef datant du XIIe siècle, se voit adjoindre du fait de son étroitesse et vu le nombre des nouvelles ouailles, une nouvelle nef qui sera construite en partie avec les pierres de Petra Castellana. Ces pierres déjà taillées portent la trace de leur première utilisation.
La similitude de Saint-André-du-Roc  et de Saint-Victor est frappante. Il suffit de regarder la façade, seul vestige encore préservé, de l’ancienne église abandonnée pour qu’au premier coup d’œil cette ressemblance s’impose, phénomène excessivement rare en architecture.
On édifie aussi à côté de la nef et toujours avec les pierres de Petra Castellana,  le clocher. En 1445, Saint-Victor a donc deux nefs.
Quand le Bon Roi René reprend le trône de Provence, en 1471, une crue particulièrement violente du Verdon endommage le Pont du Roc, abat des maisons et comble les rues de graviers. Pendant 9 ans, le Roi René administre plus ou moins bien son royaume et en 1480 la succession, au lieu d’être assurée par René II de la maison de Lorraine, son petit-fils, est assuré par son frère Charles III, Charles du Maine.
En 1481 (date très importante), Louis XI, premier roi à avoir cherché réellement à unifier le France, convoite notre riche province. Charles III du Maine, tout comme le roi René son frère, n’avait pas du tout envie de se colleter avec un souverain aussi puissant politiquement et militairement. Le 10 décembre 1481, par l’acte testamentaire de Charles III, la Provence est rattachée à la Couronne de France. Il suscite une levée spontanée d’un grand nombre de seigneurs partisans de René II, le parti lorrain. Cette levée de boucliers sera réprimée par une armée de 18 000 hommes. Cependant, les accords laissaient en principe à la Provence toute son indépendance, mais ce qui se voulait être une alliance aura tôt fait de devenir une dépendance.

Période de paix pour Castellane

Louis XI qui était un fin politique, ordonne en 1483, juste avant sa mort, la destruction du château des seigneurs de Petra Castellana, la forteresse du Roc. On suppose que Notre-Dame du Roc, étant toujours sanctifiée et ne présentant pas d'intérêt stratégique militaire, fut respectée. Succéderont Charles VIII puis Louis XII, et pendant une cinquantaine d'années, Castellane vivra sans autre trouble.
En 1475 la réparation de cet unique pont enjambant le Verdon permet la réutilisation de la voie romaine qui, plus ou moins bien entretenue, sert toujours à cette époque.
En 1515. François 1er passera dans la région mais ne viendra pas à Castellane. La ville se présente alors sous la forme typique des cités médiévales. Durant ce siècle, elle s'est agrandie : des maisons sont construites hors des murs, construction du couvent des pères de l'Annonciade (originaires de l'Annonciade en Italie) au voisinage de la porte dite « aux bœufs », construction également de l'église Saint-Joseph (actuel emplacement de la Caisse d’Épargne) qui était située à l'extrémité sud-est de la place de la Grave.
Les faubourgs se sont étendus : Saint-Martin, au sud, au pied du Roc, du nom de l'hôpital créé là par les frères Augustins, Saint-Michel, à l'ouest, ainsi qu'aux alentours du couvent desdits Augustins, ex-château des Castellane agrandi d'une église somptueuse aujourd'hui disparue. II faut donc imaginer Castellane, à partir de cette époque, groupée dans ce qu'on appelle le bourg, (le roc, qui n'aura désormais plus qu'une chapelle) et Salinae : Notre-Dame du Plan, de moins en moins entretenue, quelques vestiges alentour, et toujours les Salins.
En 1535. François 1er promulgue un édit qui régit la Provence, et bouleverse complètement ses structures administratives, l'éloignant davantage des engagements testamentaires de Charles III : c'est une véritable fusion avec le Royaume.

Un Verdon dévastateur

En 1536, Charles Quint guerroie contre François 1er et envahit la Provence. C'est une dure année pour Castellane, puisque le Roi de France ayant préconisé la pratique de la terre bridée pour ralentir l’envahisseur, les Castellanais sont obligés d'incendier leurs récoltes, d'abattre les bâtiments pouvant abriter l'ennemi, et c'est ainsi que sont rasées les quelques maisons situées hors des murs, dont l'hôpital Saint-Martin, et qu'est détruit le clocher de Notre-Dame du Plan, clocher qui ne sera jamais remonté.
En 1551, les crues du Verdon font à nouveau des dégâts dans la ville. Il faut savoir qu'à ces époques, et encore au  XIXe siècle, les ruelles de Castellane n'étaient pas plates comme partout ailleurs, mais étaient des sortes de goulets permettant l'évacuation à l’extérieur de la ville, des eaux de la rivière pendant ses crues. Elles avaient plutôt l'aspect de fossés, marquant, avec ses étals médiévaux, son caractère typique. Le massacre des Vaudois en Lubéron, en 1545, a été les prémices de quarante ans de folie meurtrière, d'excès, d'exactions sanglantes dans lesquelles la théologie ne sera plus qu'un prétexte de vengeances, de peurs, de guerre civile qui s'étaleront pendant les huit guerres de religions qui affecteront tout particulièrement la Haute Provence dont Castellane.

Les frères Mauvans

Ainsi, en ces jours de 1559, réside à Castellane le Seigneur de Caille, à côté de la porte de l'Annonciade qui donne sur le faubourg Saint-Martin. Là, deux frères, Antoine et Paul Richieux, licenciés de l'armée, s'étaient retirés et étaient devenus des adeptes de la religion protestante que Sieur de Caille soutenait. Il organisait des prêches en sa maison, en possédait par ailleurs une à Manosque, lieu connu de rencontre du parti réformé depuis 1555. Aussi, lorsque les catholiques investiront cette ville en 1560 et en interdiront l'accès aux protestants, cette résidence sera saisie. Le clergé catholique de Castellane est inquiet des proportions que prend le protestantisme. Il fait venir pour les fêtes de Pâques le père Cordelier, fanatique intéressé par les querelles théologiques. En février, les adeptes fanatisés par celui-ci, sachant les protestants dans la maison du Seigneur de Caille, la prennent d'assaut. Le sang coule, il y a des morts, les frères Richieux arrivent néanmoins à prendre la fuite. Des maisons sont pillées et incendiées dans Castellane.
Paul Richieux, Seigneur de Mauvans, se rend à Aix pour demander réparation auprès du Parlement. Il est éconduit. Son frère Antoine prend la tête d'une armée et veut faire justice lui-même. Ils sèment la terreur dans la Haute-Provence. Ils tentent un coup de main sur Castellane mais ne peuvent investir la ville et sont repoussés. Cependant Notre-Dame du Roc, Notre-Dame du Plan et Saint-Victor sont dévastées. Ils mettent le feu au couvent des Augustins situés hors des murs. Puis leur troupe prend Senez, pille l'archevêché, incendie la cathédrale, dévaste le monastère de Saint-André du Désert, et tue des chanoines à Barjols. Le Parlement met alors à prix les têtes des deux frères Mauvans.
Grâce à l'appui du gouverneur de Provence protestant, ils obtiennent que l'affaire soit portée devant les tribunaux mais en passant à Draguignan. Antoine de Mauvans est lapidé par les catholiques en furie, son corps expédié à Aix. Le parlement, loin de tenir compte du préjudice subi par les Réformés, ne s'attache qu'à celui causé aux catholiques. Son corps est brulé, sa tête exposée.
Ce qui explique, à juste titre, que son frère Paul ne rêvera que de le venger. S'ensuivra alors une période de troubles sanglants à partir de 1562 où le Seigneur de Demandolx et sa famille seront massacrés, près de leur château de Ville. Pendant vingt ans, les guerres de religions vont continuer (Saint-Barthélemy 1572) avec des fluctuations, des combats, des prises de places fortes, des retours au calme ; entre 1565 et 1585, les troubles sont moindres.

Peste et guerres de religion

Malheureusement, en 1580, la peste s'étend dans la Provence. En 1582, on assiste à la reconstruction du couvent des Augustins qui, rappelons-le, a été dévasté en 1560. Au début de cette même année, les fortifications sont renforcées et l'enceinte de Castellane est étendue : de l'enceinte circulaire que vous pouvez très bien discerner encore aujourd'hui, avec la Tour Pentagonale plantée sur la colline au pied du Roc et qui confère à ce village toute la noblesse des cités médiévales, s'étendent, à l'est, le faubourg Saint-Martin, la tour de la Grave, puis, en remontant vers l'ouest un rempart de la porte dite de l'Horloge jusqu'à cette tour que vous pouvez voir en arrivant par Digne, (creusée d'un petit fenestron encadré à son sommet de céramiques vernissées de couleurs) datée de 1585. Ces remparts rejoindront l'enceinte à quelques dizaines de mètres du pied de la Tour Pentagonale.
Pendant les années 1585 et suivantes, protestants et catholiques se partagent et se disputent les places fortes en Haute-Provence. Le Baron d'Allemagne-en-Provence sous le règne d'Henri III, élu général de l'Eglise Réformée de Provence. Il est allié avec Lesdiguière et aux premiers jours de l'année 1586, tous deux tentent un coup de main sur Castellane.
Catellane est assaillie par 1.500 hommes de troupe, mais l'effet de surprise ayant été déjoué, les Castellanais ont eu le temps de dresser des défenses supplémentaires et de murer la tour de la Grave (tour qui disparaitra en même temps que l'église des Augustins). Les assaillants sont armés de pétards, (pièces d'artillerie), et décident de faire sauter la porte de l'annonciade : Judith Andrau, par sa présence d'esprit et son audace, tue le capitaine dirigeant la troupe qui s'enfuit. Castellane sauvée commémore depuis, tous les 31 janvier, par la fête du pétardier, cette victoire. En 1589, c'est l'avènement d'Henri IV et en 1590 Notre-Dame du Roc, qui avait été démolie par les Calvinistes, est reconstruite telle qu'elle était avant : c'est une réplique.
En 1595, Castellane entre dans le parti du Roi. A la proclamation de l'Edit de Nantes, l'Eglise Réformée entre à Castellane. C'est une pause après quarante ans de guerre civile.
Vingt ans après, en 1630, une nouvelle épidémie de peste ravage la région. Ce fléau détruisit, dit-on les trois quarts de la planète. A titre d'exemple, la population de Digne passe de 10.000 à 1.500 habitants.
Louis XIII, arrivé au pouvoir en 1610, promulgue trois ans avant sa mort en 1643, un édit qui crée la maréchaussée de Castellane mettant la cité au premier rang de ville notable de Provence.
En 1644, les Visitandines créent, par l'entremise de l’Évêque de Senez, un couvent à Castellane. Ce couvent sera situé dans les remparts en face de l'église des Augustins.
En 1650 la Fronde.

Sous le règne de Louis XIV

En 1657, Louis XIV ne pourra donner, en vertu des privilèges, la Baronnie au Duc de Castillon, tout comme en 1570 où la Baronnie de Castellane avait été donnée à René Durieux. Castellane est en effet protégée par le privilège confirmé par la Maison d'Anjou, puis par Louis XII le 20 mai 1500. Remontant à la Baronnie des Seigneurs de Castellane, il édicte notamment que les habitants de Castellane ne peuvent pas porter les armes pour quiconque hors du comté de Provence, qu'ils sont tous francs et libres, et exempts de tout péage en Provence. En 1663, les frères de la Merci s'établissent à Notre-Dame du Roc qu'ils occuperont jusqu'en 1672.
Notre-Dame du Roc était à cette époque en bon état. En 1665, construction de l’Église des Visitandines qui n'existe plus mais dont on peut encore voir aujourd'hui la porte d'entrée à côté de la tour de l'Horloge. Durant la deuxième moitié du XVIIe siècle, les édifices religieux de Castellane sont en si mauvais état qu'en 1672 les frères de la Merci doivent partir de Notre-Dame du Roc. En 1670, la flèche pyramidale du clocher de Saint-Victor s'effondre ! En 1685, c'est la révocation de l’Édit de Nantes : c'est un coup mortel pour le protestantisme en Provence ; les protestants optent soit pour la conversion, soit pour l'exil.
C'est pendant ce XVIIe siècle que s'effacent les cicatrices des guerres de religions, qu'est reconstruit l'hôpital Saint-Martin dans le faubourg du même nom, et que le sculpteur Dolle, natif de Castellane, concevra les trophées du portail de l'arsenal de Toulon.

Monseigneur Soanen

Dix ans plus tard est nommé Archevêque de Senez Monseigneur Soanen, figure marquante de la cité de Castellane. Celui-ci résidera dans la maison mitoyenne des Visitandines, en face de l'église du couvent des Augustins dans ce qu'on appellera "le palais Lorenzi" dont vous pouvez toujours apprécier le vaste escalier central donnant dans le Bd. Saint-Michel. C'est au XVIIe siècle que Castellane prend sa configuration actuelle. A savoir ses deux remparts et ses petites rues, ses maisons dont certaines ont été reconstruites, réaménagées, mais dont la plupart datent de cette époque. Les rues que vous empruntez sont celles qui ont été tracées pendant le XVI le siècle. Les ruines que vous pouvez découvrir en vous promenant à l'intérieur des murs, derrière l’Église Saint-Victor à flanc de colline, furent habitées très certainement jusqu'au XVIIIe siècle, puis désinvesties au profit d'habitations situées juste à l'extérieur des remparts dont vous pouvez toujours deviner la structure puisque, bien que percés de fenêtres, ils sont toujours là.
En 1697, Monseigneur Soanen s'inquiète de l'état pitoyable des édifices religieux (Eglises Saint-Victor, Chapelle de Saint-Thyrs, etc.). Il faut dire que les impôts sont excessivement lourds et l'argent nécessaire à leur entretien fait défaut à la communauté. Cette même année, hélas, de fortes crues du Verdon feront monter les eaux jusqu'à Saint-Victor et envahiront tout le bas de la ville, causant très certainement des dégâts supplémentaires assez conséquents. Sous l'impulsion, toujours, de Monseigneur Soanen qui est très attaché à la cité de Castellane, en 1702, Joseph Feraud, tailleur de pierre, rebâtit Notre- Dame du Roc sous sa forme actuelle que vous pouvez apprécier au sommet du Roc, mais en supprimant la coquille qui était existante jusqu'à cette année-là.
Il est à noter qu'en 1708, malgré ses plaintes, Mgr Soanen trouve Saint-Victor dans le même état pitoyable. Le sol n'en est même pas dallé : coutume était alors d'enterrer dans la nef ; il demande à ce que cessent ces usages. Engageant quelques travaux, il a la surprise de découvrir le bas du clocher rempli d'ossements ... Était-ce là les restes des pestiférés victimes des épidémies successives ? La fin du règne de Louis XIV voit apparaître le jansénisme qui sera le prétexte à des prises de positions plus politiques que théologiques. Monseigneur Soanen, qui semble avoir été, par contre, très sincère dans ses convictions, défendit Jansen Prieur apprécié du couvent des Visitandines, voisin omniprésent. Les religieuses le défendront jusqu'à avoir de sérieux démêlés avec les autorités cléricales. En 1727, une lettre de cachet lui sera adressée l'exilant à la Chaise Dieu où il mourra en 1740 à l'âge de 90 ans. Il aura eu le temps de bénir le retable Saint-Victor que vous pouvez admirer (daté de 1724). Autre figure notoire de ce XVIIIe siècle : le prieur Lorenzi qui naquit à Castellane en 1719. Il en sera nommé Prieur en 1746.

Terreur à Castellane

Nous sommes alors en pleine guerre de succession d'Autriche et les armées austro-sardes ont envahi la Provence. Elles ravagent le pays. Castellane est prise par l'envahisseur qui s'y barricade et renforce la garnison. L'hiver arrivant, les troupes françaises lancent un assaut en Haute-Provence. Le prieur Lorenzi, premier historien de Castellane raconte cet épisode de la vie de sa cité, les combats, la campagne dévastée, les granges incendiées, l'hôpital Saint-Martin rempli de 500 blessés. Et si la population voit avec satisfaction la défaite des occupants de leur ville, cette libération n'ira pas sans maux ni cicatrices. C'est sur le Pont du Roc que le général commandant autrichien se barricade pour couvrir la retraite de ses troupes et est fait prisonnier avec ses hommes. Lorenzi s'installe définitivement à Castellane en 1776 et se consacre à l'œuvre de sa vie : l'histoire de Castellane. Sous ses auspices, les quatre cloches de Saint-Victor sont refondues et dédiées en 1778 à Ste Marie, Saint-Victor, Saint-André, et Saint-Isarn. En 1780, les travaux reprennent à Saint-Victor : l'on répare le haut du clocher, restauration plus ou moins heureuse et l'on crée le deuxième côté septentrional par l'adjonction d'une nouvelle nef. En 1792, le prieur Lorenzi s'exile en France. Il reviendra en 1802, reprendra ses fonctions, puis s'éteindra le 31 mai 1808 dans sa maison de la rue du Mitan. Castellane vivra sa révolution, et s'il n'y eut pas de guillotine dans les Alpes de Haute-Provence, il y eut comme partout ailleurs des excès, du brigandage, les églises furent notoirement endommagées, et des trésors périrent pendant ces années sombres. Notre-Dame du Plan, alors bien en ruine mais avec encore le vaisseau et sa nef en très bon état, sera vendue comme bien national et transformée en Filature. Les religieuses quittent le couvent de la Visitation, transformé en hospice jusqu'en 1840. Disparaît aussi l'Ordre des Augustins. Toutes les structures administratives sont bien sûr bouleversées. La guerre entre la France et l'Autriche (1793), pendant laquelle une armée provençale est levée, amène la terreur dans le district de Castellane qui doit lutter contre les Piémontais. Pendant ce XVI I le siècle, des douves sont comblées, dessinant la rue d'en Vallat…

Napoléon à Castellane

Les guerres de l'Empire ne touchent guère Castellane, par contre ... en l'an 1815, Napoléon, exilé à l'île d'Elbe, profite du relâchement de la surveillance anglaise pour s'embarquer avec 1.000 hommes en direction des côtes de France. Il débarque à Golf Juan, le 1er mars, en début d'après-midi. L'Empereur et sa troupe se dirigent sur Castellane par Grasse et Séranon. Le maire de cette localité dépêche un courrier spécial à l'intention de celui de Castellane, le matin du 3 mars, afin de l'avertir de l'arrivée de cette colonne militaire. Précédé de sa garde, passant par le Pont du Roc, Napoléon débouche sur la place, monté sur un cheval bai et est reconnu, salué et ovationné par la population. Il descend à l'Hôtel de la sous-préfecture où un déjeuner lui est servi, et au cours duquel il reçoit les notables de la ville, déclarant revoir avec plaisir Castellane et le Verdon, qu'il avait découvert en 1793. Selon son habitude, grâce à sa prodigieuse mémoire, il reconnaît un militaire ayant servi dans ses armées, lui propose de reprendre fonction avec avancement puis donne une pièce de 20 F à un mutilé de la campagne de Russie en lui promettant une pension. Vers 15 h, saluant quelques dames qui le regardaient par la fenêtre de la maison du juge de paix, l'Empereur toujours vêtu de son légendaire habit, remonte à cheval et ébranle la colonne de ses officiers en direction de Barrême, baptisant par cette marche la route qui portera désormais son nom, en hommage à celui qui, avec 1.000 hommes, partit reconquérir un royaume de 30 millions d'âmes.
En toute vérité, signalons que la Nationale 85 n'emprunte que partiellement le tracé de la voie de l’Empereur. L'arrière garde ne part que le lendemain matin, clôturant une visite qui laissera l'inoubliable souvenir de ce visiteur prestigieux entouré d'une troupe à la conduite irréprochable et approvisionnée par une intendance scrupuleuse, ayant acheté fournitures et chevaux à des prix des plus honnêtes.

Époque contemporaine

Le XIXe siècle verra toute la région de Castellane se dépeupler et cet isolement qui avait été sa force deviendra désagrément puisque l'exode rural dû au manque d'industrie, et la difficulté des communications empêcheront le développement de toute la région. De cette nécessité d'ouverture naitra en 1839 le chantier de la route de Taulanne qui va permettre désormais l'amélioration des échanges et une traversée du pays beaucoup plus aisée que par l'antique voie romaine, ou plutôt de ce qu'il en reste, puisque celle-ci n'a pas dû être bien entretenue durant ces siècles, comme l'indiquent les écrits et les plaintes de divers seigneurs et notables. En 1860, l'hôpital Saint-Martin est transféré dans l'ancienne maison de Monseigneur Soanen. En 1876, c'est la disparition de l'Eglise des Augustins pour élargir la rue d'en Vallat devenant boulevard Saint-Michel et rue Nationale. Le 7 mai 1876 le sacrement de Saint-Victor s'éteint au profit de l'église paroissiale actuelle consacrée par l'archevêque d'Aix, nouvelle église qui sera agrandie en 1896. Le XIXe siècle verra aussi l'aménagement des remparts et l'implantation de nouvelles maisons à la périphérie de l'enceinte médiévales de Castellane, maisons qui se repèrent très facilement avec leurs fenêtres bordées de blanc, leurs décorations de staff et leurs balcons en fer forgé. Toute la vie sociale s'étend dès lors hors des murs, sous-préfecture, bureau d'octroi, marché qui occupait les arcades de l'hôtel du Levant ... En ce XXe siècle, le Pont du Roc, renforcé en 1930, est classé par les Monuments de France le 29 janvier 1940. Aujourd'hui, à l'abri des crues grâce aux barrages de Castillon et de Chaudanne régulant le débit du Verdon et doublé par un autre pont, il aurait coulé des heures tranquilles à l'abri du trafic, si une partie du Roc ne l'avait endommagé par sa chute en 1988, ajoutant à ce vénérable ouvrage une cicatrice supplémentaire ...

Saint-Pancrace - Digne
Digne
Vallée de la Bléone - Digne
Digne
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