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Castellane, arts et traditions

​L'histoire mouvementée du pont du Roc

Le "Pont du Roc" est implanté au point de resserrement du bassin de Castellane, au pied de la falaise du Roc qui domine de 180 mètres la rive droite du Verdon.
Il s'agit d'un ouvrage d'une seule arche, en dos d'âne sur une voûte de pierres, en cintre régulier, d'une ouverture de 36 mètres, à culées perdues. Sa largeur hors tout est de 3,90 m (chaussée de 3m.). Son point d'appui sur la rive droite est consolidé par deux arcs de décharge.
L'origine lointaine de ce pont est mal connue. Sa création date probablement du siècle d'Auguste, pendant la paix romaine, vers l'an 15 avant Jésus-Christ. Il permettait à la Via Ventiana de franchir le Verdon pour cheminer à l'hubac de Destourbes, monter vers La Garde, passer à Seranon puis, entre Caille et Andon, rejoindre Vence par Gréolières. Le pont du Roc était donc contemporain d'un autre pont romain, dit pont Julien, englouti à jamais dans le Lac de Castillon. En 812, le pont du Roc est gravement endommagé peut-être par une expédition des Sarrasins venus du Fraxinet (à moins qu'il n'ait été simplement victime d'une crue du Verdon). Il est rétabli en 1050 environ.
De nouveau détruit, lors de l'attaque de Castellane par Charles 1er d'Anjou en 1262 (vainqueur de Boniface VI, le troubadour), il est reconstruit en 1300 et consolidé en 1350.
En 1390 les troupes de Raimond de Turenne, en se repliant après l'échec de leur assaut sur Castellane, font sauter le pont du Roc. La reconstruction soulève des problèmes financiers. Les Castellanais reçoivent d'abord l'aide de la reine Marie de Blois (mère de Louis II) qui leur accorde pour deux ans les revenus de ses biens dans le bailliage de Castellane et le Val de Barrême. Ils interviennent aussi auprès des États à Aix, et sollicitent même l'aide de l'antipape Pierre de Luna, l'Aragonais, qui siège à Avignon. Par une bulle de 1399, Benoit XIII accorde des indulgences pour toute aumône versée aux fonds de reconstruction du pont. L'opération a du succès : les Contributions sont nombreuses. A partir de 1406, le pont est reconstruit par Jean Felizo, tailleur de pierres à Orange.
Une grave crue du Verdon en 1471 endommage la digue en amont du pont; un coffre emporté par le courant démolit l'extrémité du pont vers le Roc. En 1475 de nouveaux coffres sont construits et le pont est réparé; ce témoin de l'ère gothique est toutefois respectueux de l'architecture latine primitive.
Il joue un rôle épisodique lors de l'attaque de Castellane par les Huguenots en 1586. Les assaillants venus de la direction de Barrême franchissent le pont pour cantonner sur les pentes de Rayaup, la veille de l'assaut.
Pendant les crues du Verdon et les inondations de Castellane en 1551, 1702, et 1765, le pont du Roc résiste.
En janvier 1747, le Général baron de Neuhaus, à l'arrière-garde des troupes austro-sardes, se barricade sur le pont pour tenter de contenir l'infanterie franco-espagnole qui venait de reprendre Castellane; il est blessé et fait prisonnier avec ses hommes. Napoléon 1er, venant de l'ile d'Elbe, trouve le pont intact, le 3 mars 1815. A partir de 1930, le développement du trafic routier impose des mesures de consolidation de la chaussée et des parapets. Le 29 janvier 1940, le pont est inscrit au nombre des "sites classés". En juillet 1944, il est témoin des accrochages entre les maquisards et l'occupant, mais il n'est ni bombardé ni miné.
Il est enfin aujourd'hui à peu près exclu de la circulation automobile (et surtout des autocars et des poids lourds), mais conserve son charme. A trois cents mètres en aval, sur une déviation de la RN 85, un double pont Bailey lui a d'abord été substitué et a disparu pour faire place à un ouvrage large, moderne, élégant, ouvert au trafic routier depuis septembre 1982.
Dr Gabriel Gillybœuf.

Les tapisseries de l'ancienne cathédrale de Senez

Quel est l'évêque de Senez qui eut l'idée de couvrir les murs de son austère cathédrale de belles tapisseries de lisse pour en réchauffer les pierres ?
On pensait jusqu'ici à Jean Clausse de Mouchy (15.61-1587) ou à Louis Duchaî ne (1623-1671) pour les tapisseries des Flandres. Pour celles d'Aubusson à Jean Soanen (1695-1740) sans doute parce qu'il était auvergnat.
Or dans une visite pastorale de sa cathédrale, le 3 mars 1697, Mgr Soanen qui décrit toujours avec minutie le mobilier de ses églises, ne mentionne aucune de ces tapisseries.
La plupart des archives de Senez ayant disparu, c'est dans un document récent, un registre du Conseil de Fabrique, et à l'occasion de la visite de l'église par Monsieur Blanc, archidiacre de Saint-Domnin, le 4 mai 1879, qu'il en est question pour la première fois : "Il y a aussi, peut-on lire, des belles et très antiques tentures qui ornent le sanctuaire et d'autres qui ornent le chœur; aux yeux des amateurs ces tentures seraient d'une grande valeur puisqu'à plusieurs reprises on nous en a offert des prix assez considérables; mais nous n'avons pas été d'avis que notre cathédrale fût dépouillée de son principal ornement et de ce qui constitue son cachet d'antiquité. Elles étaient déjà objets de convoitises...
"L'inventaire des meubles et objets affectés au culte dans l'église de Senez au 30 avril 1905 " en attribue le don à Mgr de Roux de Bonneval (ou de Ruffo-Bonneval), dernier évêque de Senez (17881801), mort à Viterbe en 1837 : "tapisseries anciennes fort détériorées, au-dessus des boiseries du chœur, valeur relative; id. (verdures), autour du sanctuaire. Données, après le rétablissement du culte par Monseigneur de Bonneval".
Les premières doivent correspondre aux tapisseries des Flandres, les secondes à celles d'Aubusson. Mais l'année du don n'est pas précisée.

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Tapisseries dispersées et vendues

Elles ne figurent pas dans l'inventaire du 3 janvier 1808 "des vases sacrés et ornements existants dans l'église et sacristie de Senez, fait par les membres composant la fabrique de ladite église et remis à M. Courbons, curé de la paroisse". On n'y trouve, en effet, que "trois tapis de Turquie pour orner le sanctuaire", un autre "pour couvrir l'autel" et un quatrième "pour la place du célébrant".
Des tapisseries ornaient le château épiscopal de Senez à la veille de la Révolution, puisqu'il en fut vendu en février 1793. Prix et noms des acquéreurs sont portés au procès-verbal de "la vente des meubles de l'émigré Roux, ci devand évêque de Senés... qu'ils se trouvent dans le ci devant château" :
  • une tapisserie en forme de Gobelin, adjugée à Jean-François Feraud, de Blieux, cent soixante livres...
  • un morceau de tapisserie façon Gobelin, adjugée à Mathias Feraud, de Barrême, trente-quatre livres
  • autre morceau de tapisserie de la même façon, adjugée à Blanc, de St-André, trente-deux livres
  • autre morceau de tapisserie, même façon, adjugée à Maxime Martin, trente livres dis sols
  • une tapisserie en forme de Gobelin en paysage, adjugée (à) Jean François Feraud, de Blieux, cent cinquante-trois livres...
  • une tapisserie façon Gobelin en paysage, adjugée à Andrau, de Castellane, cent livres à la chandelle"
Sans parler de deux morceaux de tapisserie indienne adjugés respectivement à Julie Thurel et Pierre Constantin vingt-huit livres six sols et vingt-quatre livres dix sols.

Date d'entrée à la cathédrale des tapisseries

Il existait donc des tapisseries au château épiscopal à la fin du XVIIIe siècle. Mais, même si la qualification "façon Gobelin" masquait d'autres provenances, ces tapisseries n'étaient plus en la possession de Mgr de Bonneval puisqu'elles furent vendues comme bien national.
Seuls les registres de la Fabrique entre 1808 et 1837, s'ils étaient retrouvés, pourraient apporter quelque précision sur la date d'entrée à la cathédrale des fameuses tapisseries.
Leur nombre, à l'origine, n'est pas connu non plus. L'inventaire de 1905 n'apporte aucun renseignement à ce sujet.
Il ne reste actuellement que huit pièces, la plupart très restaurées. Deux au moins furent sacrifiées au profit de la restauration des autres (entre les années 1947 et 1961) où elles se trouvent par fragments en remploi; quatre, les plus belles peut-être, ont été volées dans la cathédrale au cours de la nuit du 15 au 16 août 1982. Ce qui pourrait porter leur nombre à quatorze à l'origine.
Les huit tapisseries qui existent encore, à l'exception d'une seule (une verdure) illustrent divers passages de l'Ancien Testament. Elles sont toutes, en outre, tissées sur chaîne de chanvre naturel, horizontale par rapport au motif. Les côtes de la tapisserie des Flandres sont cependant plus fines que celles des tapisseries d'Aubusson.

"Elle et la veuve de Sarepta..."

La plus ancienne, qui représente "Elle et la veuve de Sarepta ramassant du bois à la porte de la ville", 333 x 263 cm, a été tissée dans les Flandres à la fin du XVIe siècle ou au tout début du XVIIe. Provient-elle de Bruxelles, d'Audenarde ou d'Enghien? On ne peut le dire.
La qualité de sa composition linéaire qui organise la perspective en utilisant le "serti" pour éviter de faire la "fenêtre" et dont quelques traits de terre rehaussent le dessin en séparant les plages colorées pour les mettre en valeur, la palette de ses teintes (quelque peu fanées malheureusement par le temps), jaune, rouge, vert, blanc cassé, posées en trois tons (comme le sont aussi les ombres traitées en bleu) et créant une ambiance jaune et rouge, font de cette tapisserie une pièce exceptionnelle, mise encore en valeur par la richesse du décor de la bordure qui l'encadre, composé de fleurs, de fruits, de musiciennes aux instruments divers (harpe, luth, vielle). On ne peut que déplorer le vol des quatre autres tapisseries, dont trois illustraient comme celle-ci, la geste d'Elie :
  • Les prêtres de Baal invoquant leur dieu.
  • Elie rétablissant l'autel du Seigneur afin d'y offrir le sacrifice.
  • Le feu du ciel dévorant l'holocauste d'Elie. 
  • La quatrième représentait le couronnement d'Esther.
Le fragment de scène de chasse, également tapisserie flamande, signalé par Monsieur Jacques Thirion en 1957, n'existe plus.
Il en est de même d'une des tapisseries d'Aubusson où figuraient Suzanne et les vieillards.

Tapisseries d’Aubusson

Les tapisseries d'Aubusson, au nombre de sept maintenant, sont, il va sans dire, très différentes de celle des Flandres. La composition n'y repose plus sur une harmonie de lignes, mais sur une articulation de teintes (vert et terre en quatre tons; bleu, jaune et blanc cassé en trois tons; rouge en deux tons) posées par plans alternativement clairs et foncés qui créent ainsi la perspective. Ce sont des tapisseries à dominante bleue et verte; l'élément végétal y tient une grande place, avec les ombres traitées en terre d'ombre. Toutes sont encadrées d'une bordure à décor purement floral, différent pour chaque pièce.
A l'exception, on l'a dit, d'une Verdure, 300x261 cm, les scènes représentées sont inspirées de l'Ancien Testament : Le retour du jeune Tobie de chez Ragouel, 193 x 365 cm; Yael s'apprêtant à tuer Sisera, 285 x 190; Judith tenant la tête d'Holopherne, 295 x 210 cm; Eliezer et Rebecca au puits (Genèse 24,48), 292 x 490 cm; Femme debout (Esther ?) couronnée de roses, 295 x 155 cm (à noter une fleur de lys dans chaque angle de la bordure de cette tapisserie). La septième, Moïse sauvé des eaux, 295 x 520 cm, est en cours de restauration.
On peut dater ces tapisseries de la fin du XVIIe siècle et même leur attribuer plus précisément une date antérieure à 1685. On sait en effet, que la Révocation de l'Edit de Nantes porta un coup sévère à la manufacture d'Aubusson (royale depuis 1665), la ville étant un important foyer protestant. Pierre Mercier notamment, avec presque tous ses collaborateurs, emporta alors ses métiers à Berlin où il fonda un atelier rival.
Tapisseries d'Aubusson, tapisserie des Flandres, elles sont la prestigieuse parure de la cathédrale de Senez. Il n'en existe pas ailleurs en Haute Provence.
Noël Durand Marie Madeleine Viré

Le Provençal de Castellane

Situation

Nous sommes dans le domaine de la langue d'Oc qui s'étend du Piémont à l'Aquitaine, au sud d'une ligne Bordeaux, nord de Limoges, le Forez; traverse le Rhône à proximité de Romans; traverse le Vercors; passe au Nord des Hautes-Alpes; traverse la frontière franco-italienne et longe la chaîne alpine à la limite de la plaine du Pô pour rejoindre la côte méditerranéenne.
Plus précisément dans l'aire du dialecte provençal, à la limite du provençal méditerranéen et du provençal alpin ou gavot.
Limitée par la Durance au nord et à l'est et le haut Var à l'est, avec pour axe la vallée du Verdon.
Principaux caractères du provençal alpin.
Les dialectes sont caractérisés par certaines formes particulières dont il est nécessaire de situer les limites ou isoglosses.
  • Changement du son k en tch : Tchapèou : capèou. Tchabro : cabro. La limite passe au nord d'Entrevaux, au Fugeret, Barrême, Mézel, au confluent de la Bléone et de la Durance.
  • Changement du g en dj : Djerbo ou djarbo : garbo. Passe au sud d'Entrevaux, à Soleilhas, à Saint-André, au sud de Barrême, Mézel, Aiglun, les Mées vers Forcalquier.
  • Chute du s intervocalique : Suour : susour. Du sud d'Entrevaux, le Fugeret, nord de Barrême, sud de Mézel, les Mées.
  • Terminaison de la première personne du présent et de l'imparfait de i à ou : Tremouelou : tremoueli. Du sud d'Entrevaux, au sud de Castellane, au nord de Riez à Valensole, au sud de Forcalquier. La direction générale de ces limites est en gros est-ouest; les limites correspondant aux trois premiers caractères laissent Castellane en dehors de l'aire du provençal alpin; quant au dernier caractère, la finale ou, elle passe par Castellane.
  • Chute du d intervocalique dans les mots terminés en ado : aou : Mountado : mountaou. Salado : salaou. Pougnado : pougnaou. La limite part du nord d'Alios et, contrairement aux autres limites, descend vers le sud-ouest, englobe Clumanc, Barrême, Senez, tourne vers l'ouest et passe juste au nord de Castellane où l'on trouve pourtant le lieu dit la salaou.
Le parler de Castellane et de son arrière-pays immédiat se trouve encore dans l'aire du provençal méditerranéen, mais à la limite sud du provençal alpin.
Paul Pons

Ancienne prière des Castellanais

A Saint Isarn et à Sainte Fleur pour conjurer l'orage (per escounjura lou tron)
Sant Isarn, Santo Flour,
Per la crous de Nouostro Segnour Quouro lou tron petara
Nouostro Segnour nous assoustara.
Saint Isarn, Sainte Fleur,
Par la croix de Notre Seigneur Quand le tonnerre éclatera Notre Seigneur nous protègera.
 
Texte recueilli auprès de Madame Pèbre
 

Les gorges du Verdon

"Castellane, porte des Gorges du Verdon sur la route Napoléon" nous rappelle la flamme philatélique de la cité. "L'extraordinaire", le "merveilleux", le "sublime" canyon attire chaque année des milliers de visiteurs. Le géographe, le géologue y trouvent un site privilégié pour l'étude des phénomènes naturels : dérive des continents, fractures, érosion mettant en œuvre des forces prodigieuses. "Chaque panorama a son histoire, inextricable écheveau du passé difficile à percevoir, du présent admirable, du futur à peine imaginable or.
Pour l'historien, le canyon est une barrière, sans doute entourée d'une craintive vénération aux temps anciens. La voie de Castellane à Moustiers l'évite jusqu'au XVIIIe siècle et il marque encore une séparation linguistique. Du nord au sud, les points de traversée sont rares : quelques gués dangereux (Maugué) et le Pont de Tusset édifié pour une draille importante. Bien des points restent obscurs en ce qui touche les mentalités, les hantises même. Les gorges furent aussi le refuge provisoire des voleurs, des faux-monnayeurs, des protestants mais le site était trop pauvre et les communications trop dangereuses et trop limitées pour permettre une occupation permanente ou prolongée. L'économiste ne peut manquer d'être frappé par les dommages irrémédiables de l'érosion, entraînant à la fois le déclin des ressources et le dépeuplement, parfois jusqu'à la ruine totale. Le naturaliste et le géologue y rencontrent de nombreux fossiles : dinosaures, crocodiles, tortues, oiseaux jurassiques à Canjuers, molaires de mastodontes et d'éléphants à Moustiers, coraux. Le botaniste, le naturaliste y trouvent une végétation et une faune exceptionnelles, que les déprédations du tourisme mettent d'ailleurs en péril. Du grimpeur chevronné magistralement équipé pour l'escalade, de l'amateur de kayak que les lâchers d'eau doivent rendre extrêmement prudent depuis l'aménagement hydraulique du Verdon au simple promeneur amateur de belles randonnées par des tunnels et des sentiers d'accès aménagés, tout un peuple de touristes fréquente chaque année les gorges. Les uns et les autres ne peuvent se défendre d'un sentiment d'admiration mêlée d'inquiétude, devant un de ces hauts lieux qui ne laissent personne indifférent. Car ce site, d'une beauté inégalable, est menacé une nouvelle fois par un projet de dérivation qui suscite des controverses passionnées (Projet de Barbin).

Le monde merveilleux des Gorges du Verdon

D'excellents livres ont paru au cours des dernières années qui décrivent les beautés naturelles du canyon, en présentent d'admirables images, analysent sa constitution géologique ou retracent autant que faire se peut l'histoire des hommes établis à son entour. Le lecteur trouvera ci-après quelques modestes notes en matière d'incitation à pénétrer plus avant, selon ses affinités, dans le monde merveilleux des gorges du Verdon.
Si les vestiges de constructions et les archives ouvrent aux chercheurs des perspectives plus ou moins précises sur les tribulations historiques des habitants des villages, nous ne pouvons guère qu'évoquer ce que fut la vie des "hommes du gouffre". En témoignent encore d'humbles bâtiments, des puits ruinés, des "restanques" gigantesques, murs de pierre sèche édifiés pour retenir la terre végétale, des "baumes" sommairement aménagées, dans des sites vertigineux. Le plus difficile était d'ailleurs de transporter les récoltes et de faire circuler les bestiaux. Des monte-charges étonnants, grosses chevilles de bois de cade enfoncées dans le roc, longs mâts de buis percés au fer rouge de trous recevant des barreaux permettaient de franchir les passages impraticables. Ainsi furent exploités des jardins et des pâturages suspendus, des ruchers vertigineux pendant que les chasseurs et les pêcheurs parcouraient l'abîme et que les coupeurs de buis fournissaient la matière première aux artisans des plateaux, fabricants de boules à pétanque et d'ustensiles divers. En Norvège, dans le Geirangerfjord, à la ferme Skagaila, à 270 mètres à pic au-dessus de l'eau, on attachait les jeunes enfants afin de les empêcher de tomber dans le fjord. Le courage et l'intrépidité de nos "Verdonniens" ne furent pas moins admirables. Il faut dire enfin que la "découverte" du canyon est récente. La première tentative fut faite en 1896 et l'impulsion principale fut donnée durant le premier quart du siècle par l'instituteur de Rougon, Isidore Blanc. L'expédition d'Edouard André Martel date de 1905. Un avocat de Bruxelles, Me Cuvelier, dressa les premières photographies en noir et blanc, avec un appareil de plusieurs dizaines de kilogrammes. Au temps où les excursions par le fond étaient possibles, le toulonnais Henselin, les paysans-guides révélèrent les splendeurs du Verdon à des adeptes émerveillés. Aujourd'hui, nous l'avons dit plus haut, à mesure que les beautés naturelles des gorges deviennent accessibles à un nombre croissant de visiteurs, c'est un problème de sauvegarde, voire de survie qui se pose.
Jean Gires

Démographie

Avec l'essor démographique, l'extension de l'élevage et des cultures apparaissent les effets désastreux du déboisement, de l'érosion et des inondations. Le fait majeur au cours du XIXe siècle et de la première moitié du XXe est la dépopulation. Castellane perdit 53 % de ses habitants, Chasteuil 83 %, Taloire 84 %, Villars-Brandis 87 %, Courchons 91 %. Aujourd'hui, Châteauneuf-les-Moustiers, qui comptait encore 475 habitants vers 1860, est un village totalement mort, qui plus est, dévasté par le vandalisme des chercheurs de trésors. Ceux-ci "ont violé jusqu'aux humbles combes du cimetière".

Aperçu géologique simplifié sur le canyon du Verdon

Sur une zone de haut-fond, qui constitue actuellement les Plans de Canjuers, des organismes coralliens construisent pendant toute la durée du jurassique supérieur, des masses de calcaire compact, sur plusieurs centaines de mètres d'épaisseur.Cela a une importance fondamentale à la fois pour la tectonique locale et pour la mise en place du tracé du Verdon.
Au tertiaire, la région est soumise à deux phases tectoniques. La phase provençale ébauche des plis de direction sensiblement est-ouest. Elle est suivie d'une période de rémission, donc d'érosion avec établissement d'un réseau hydrographique.
La phase alpine survient, formant des plis de direction sensiblement nord-sud. Alors que les régions voisines de Moustiers-Sainte-Marie, de Castellane, se découpent en une mosaïque de plis, d'écailles, de chevauchements, décollés au niveau des gypses, la région de Canjuers, par contre, réagit comme un butoir; elle bloque le chevauchement préalpin à son contact (Barbin, La Palud, Rougon).
Sa masse de calcaire trop épaisse, trop rigide pour se plisser se fracture, se découpe en compartiments relevés ou effondrés (horsts et grabens).
A une tectonique plissée succède une tectonique cassante; le contraste est saisissant lorsque, arrivant de Castellane, on domine le Grand Canyon depuis la route des crêtes.
Dans cette masse de calcaire, les diaclases et les failles en zigzag facilitent l'infiltration des eaux et l'érosion karstique se poursuit sur un ancien réseau amorcé après la phase provençale mais disloqué par la poussée alpine.
L'orogénèse est moins rapide que l'érosion; le Verdon poursuit l'enfoncement de son lit là où il est, envers et contre tous les plis qui se forment ou s'accentuent. Cela met en évidence l'antécédent du Verdon (exemple : au Point Sublime, il entaille franchement l'anticlinal calcaire alors qu'il aurait pu être détourné vers la dépression marneuse de la Palud). Parfois le cours du Verdon est orienté par des failles qu'il élargit par le jeu des méandres. Le plus bel exemple se trouve au confluent de la Mescla où Verdon et Artuby se rejoignent, coulant en sens opposé mais dans le même système de failles.
La karstification est spectaculaire. La rivière s'enfonce sur plus de 500 mètres. On distingue bien, particulièrement au Point Sublime, sur les parois, les différents niveaux de la circulation souterraine.
De plus on reconnaît les trois types de grottes ("baumes") creusées au cours de l'enfoncement de la circulation des eaux : grottes de méandre ; de débouché karstique ; de gélification différentielle.
On peut voir aussi des fissures de décompression verticales dues à la rupture des tensions internes de la roche, consécutive à la percée du canyon à travers la voûte anticlinale, par exemple à la baume aux pigeons ou dans les tunnels du sentier Martel.
Georges Bellon

Les barrages sur le Verdon à proximité de Castellane

Au début du siècle, des projets de barrages-réservoirs ont été étudiés sur les sites de Carejuan, en aval de Castellane, et de Castillon, en amont.
Le projet de barrage de Carejuan (élaboré entre 1904 et 1913) prévoyait une retenue de 70 mètres de haut, un réservoir de 140 millions de m3, une usine hydro-électrique de 14.000 HP et une canalisation de 23 km vers une deuxième usine, de 25.000 HP, près de Moustiers.
Le projet de Castillon devait aboutir à une retenue de 40 millions de m3 ... Priorité fut donnée à Carejuan sur Castillon et un commencement de galerie fut entrepris en 1910 à l'entrée des Gorges. Ces tunnels sont de nos jours utilisés par le sentier qui parcourt le fond des Gorges.
Electricité de France se rendit propriétaire de plusieurs hectares de terrain au site de Carejuan, et la commune de Rougon bénéficia à cette époque d'une convention qui lui permit d'avoir l'éclairage des rues au pétrole. Plus tard ce privilège se transforma en fourniture de courant électrique, mais le projet de Carejuan ne fut pas poursuivi.
Vers 1919-1920 des promoteurs (MM. Chabeau et Angelvin) vinrent à Castellane prospecter et acquérir les terrains nécessaires à la réalisation d'une chute à Chaudanne. L'intérêt s'est reporté dès lors en amont de Castellane. La Société Hydro-Electrique du Verdon (S.H.E.V.) est créée. Dès 1921 une galerie est creusée sur la rive gauche de la Glue de Chaudanne. Un batardeau est édifié entre les deux roches de la due, pour guider l'eau vers cette galerie. Parallèlement à 500 mètres en aval, une usine est construite, équipée d'une turbine et d'un alternateur : les vestiges de cette installation sont encore en place. Dès la sortie de la galerie creusée dans le rocher, l'eau empruntait, pour atteindre la turbine, un canal en bois d'1m 50 de large, construit sur pilotis, appelé "Bache".
Le courant produit par cette usine desservait uniquement la vallée du Verdon, à l'exclusion de Castellane.

Les lacs de Castillon et Chaudanne

En effet, l'usine Giraud-Martel installée au flanc de Destourbes, au lieu-dit actuellement l'Orée du bois, produisait le courant continu pour Castellane. Cette petite usine, maintenue en activité jusqu'en 1954, fonctionnait grâce à un canal amené d'eau qui, au passage, irriguait et irrigue toujours les propriétés Dauthier-Saurin.
Les installations de la S. H. E. V. à Chaudanne étaient souvent menacées par les crues du Verdon. En 1925 la "hache" fut emportée. Pour remplir son contrat auprès des abonnés "force" de Saint-André et auprès des abonnés "tous courants" de La Mure, Beauvezer, Villard-Colmars, Saint-Julien, Vergons, Castillon, la Société dut installer une petite usine thermique (au charbon) à Saint-André-les-Alpes.
En 1928 la S.H.E.V. demande et obtient la concession des deux chutes définitives à réaliser à Castillon et Chaudanne. Les travaux sont dès lors pris en charge et réalisés par une entreprise allemande "Verdonbau", sous le contrôle de l’État et au titre de prestation en nature (réparations de la guerre 1914-1918). Tout le matériel nécessaire, des engins au crayon, vient d'Allemagne ainsi, bien entendu, que 2000 ouvriers et cadres.
Tout se passe bien, jusqu'au jour où la Société de l’Énergie Électrique du Littoral Méditerranéen (E.E.L.M.) qui a des usines à Lingostière et à Sainte-Tulle comprend que la S. H.E. V. va lui faire concurrence en produisant et en vendant du courant dans la vallée du Verdon... En 1932 la S. H. E. V. est déclarée en faillite. A la même date, l'entreprise allemande "Verdonbau" déclare avoir rempli son contrat de remboursement de dette de guerre. Elle ferme les chantiers et attend patiemment que la Société qui doit succéder à la S. H. E. V. lui achète les machines et le matériel restant sur le chantier...
En 1938 la concession des chutes de Castillon et de Chaudanne est donnée à l'E.E.L.M., mais les travaux ne sont pas immédiatement poursuivis. Seule une surveillance est exercée et ce n'est qu'en 1942 qu'une loi est votée accordant les crédits pour la reprise du chantier. En pleine période de guerre, d'occupation, de résistance et de pénurie, les matières premières et la main d'œuvre étaient rares. Aussi, après trois ans de bricolage, la phase active et définitive des travaux du barrage de Castillon ne reprit-elle qu'en 1945 pour aboutir à la mise en eau au printemps 1948.
Le couronnement du barrage est parcouru par la route de Castellane à Saint-André-les-Alpes, qui suit la rive gauche puis traverse le lac sur un pont situé entre Saint-Julien et Saint-André.
Ensuite sont exécutés les travaux de la chute de Chaudanne dont la mise en eau est réalisée en Décembre 1952. La route nouvelle de Castellane à Demandolx suit la rive gauche du lac. Une station d'études de la plongée utilise cette retenue.
Pour Castellane la réalisation de ces deux retenues a eu d'abord pour effet un essor démographique et actif, passager, avec :
  • de 1928 à 1932    deux mille ouvriers et cadres
  • de 1932 à 1945    une cinquantaine
  • de 1945 à 1952    un millier
  • après 1954      quelques unités (personnel des usines) qui ne résident pas à Castellane
En outre certains artisans locaux, qui avaient abandonné leur métier pour travailler au chantier, ont quitté le pays. Les deux chutes ont apporté à la commune des revenus non négligeables (patente) qui ont permis des travaux d'urbanisme. Toutefois la ville n'a repris son essor périodique que grâce au développement du tourisme. Ces deux plans d'eau, réalisés pour les besoins de l'économie moderne, ont englouti bastides et villages mais ont ajouté un attrait à l'environnement de la silhouette inoubliable du Roc de Castellane. La navigation à voile, autorisée sur le lac de Castillon, complète le charme de la natation en piscine et de la pratique du canoë sur le Verdon. Une foule de 18.000 à 20.000 personnes séjourne à Castellane, dans les hôtels, les résidences secondaires et les nombreux campings, pendant les mois d'été. Cette période vivante est courte mais d'un intérêt déterminant pour l'économie et l'avenir de la Cité.
Maurice Boniface

Caractéristiques principales des deux barrages




 Lacs Castillon Chaudanne
 Hauteur de l'ouvrage
 100 m
 70 m
 Surface du lac
 500 ha
 7 ha
 Volume de la retenue
 150 millions m3
 16 millions m3
 Puissance des usines
 50.000 KW
 21.000 KW
 Production électrique annuelle
 80 M de KWH
 60 M de KWH


Verdon
Verdon
Verdon
Verdon
Verdon
pédalo dans le lac de Sainte-Croix
Accrobranche
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