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Castellane et ses églises romanes : étude topographique

Contribution à une étude de topographie

L'ancienne église Notre-Dame-du-Plan


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Historique

C'était jadis l'une des plus illustres maisons dépendant de Saint-Victor de Marseille, mais c'est l'une des plus oubliées. Elle s'élève à l'emplacement de la ville antique (Salinae), dans un lieu "appelé de toute antiquité Cimera, au pied de la montagne de Sennaz". Le siège épiscopal ayant été transféré à Castellane vers la fin du Ve siècle et l'habitat de plaine ayant été abandonné pour l'habitat perché sur la Roche, les moines de Saint-Victor revinrent sur ces terres après la tourmente et décidèrent dès 970 environ, avec l'appui de l'évêque de Marseille Honorat, de faire valoir des droits qu'ils prétendaient très anciens. C'est ainsi qu'une église monastique succéda à la cathédrale déchue, selon un processus dont on connaît bien d'autres exemples, notamment à Cimiez près de Nice.
Vers 1040, l'église fut donnée (plusieurs chartes montrent qu'il s'agissait en réalité d'une restitution) à l'abbaye marseillaise au moment même où la consécration de l'abbatiale par le pape Benoît IX rassemblait une foule de prélats et de seigneurs et réchauffait leur zèle. Cette donation, renouvelée en 1053, est signée par des féodaux de grande envergure, Aldebert, sa femme Ermengarde, ses frères Amiel, évêque de Senez, et Rostang ainsi que par plusieurs de leurs neveux. Elle mentionne expressément "l'église Notre-Dame dans le territoire de la Roche de Castellane, au pied de la montagne de Sennaz, dans le lieu appelé anciennement Cimira avec les églises construites autour de ladite basilique de Sainte Marie et qui sont celles de Saint Jean, de Saint Pierre et de Saint Laurent, avec la paroisse, les habitants de la ville, les dépendances de l'église et les terres situées autour", terres dont les limites sont d'ailleurs décrites avec une prudente précision. Ces églises étaient le souvenir du groupe épiscopal primitif. Elles ont disparu sans laisser de traces apparentes.

L'importance du prieuré

Le prieuré devint vite important et reçut de nombreuses donations des seigneurs de Castellane et des évêques de Senez. Elles furent confirmées le 23 décembre 1122 par l'évêque Aldebert.
L'église était le siège d'une paroisse, celle de la nouvelle ville, alors que Saint-Victor desservait le nouveau bourg. On a retrouvé auprès d'elle les traces d'un vaste cimetière. Au XIIIe siècle, le prieur de Notre-Dame nommait les curés des autres paroisses de Castellane. A la fin du Moyen Age, il percevait encore les offrandes et les droits de funérailles dans les églises de Saint-Victor et des Augustins. C'était probablement le souvenir de l'antériorité de Notre-Dame. Au XVIe siècle cependant, il n'y avait plus au Plan qu'un prieur et un sacristain, qui ne résidaient même pas. En 1560, les bâtiments furent dévastés par les protestants et le mobilier de l'église saccagé. Le procès-verbal des dégâts nous apprend que le retable du maître autel représentait encore saint Jean Baptiste à côté de la Vierge et de plusieurs autres saints. Le prieur s'étant emparé seul des revenus, il fut condamné à pourvoir aux réparations de l'église et à l'entretien d'un chapelain qui devrait y dire la messe tous les jours et assister le dimanche à la grand-messe et aux heures canoniales à Saint-Victor. Lors de sa visite en 1787, Mgr de Castellane-Adhémar signale seulement que "la petite porte de l'église a besoin au moins de réparations". Le service divin fut assuré jusqu'à la Révolution.
Vendue et affectée alors à une fabrique de draps, Notre-Dame-du-Plan est aujourd'hui transformée en logements. Elle a subi il y a une vingtaine d'années un ravalement extérieur assez déshonorant. Quant au volume intérieur, il a été depuis longtemps recoupé en hauteur; mais on reconnaît dans le cellier et le grenier ses dispositions anciennes, connues d'ailleurs par Laurensi, qui ne marchande pas son admiration pour ce "temple vénérable par son antiquité, par sa structure, par les saints personnages qui l'ont sanctifié" et précise qu'il offre un vaisseau d'un goût gothique - c'est-à-dire médiéval - long d'environ douze cannes (22 m) du couchant à l'orient, élevé au moins de cinquante pans (11 m 25).

Etude archéologique

La nef unique (long. 19 m environ, larg. 7 m environ), était scandée en trois travées par des colonnes engagées. Elle se terminait à l'Est par une abside couverte en cul-de-four dont l'arc de front dessinait un cintre brisé ("une belle coquille formant le sanctuaire", note Laurensi). Cette abside a été détruite pour construire la maison. Mais en montant dans le grenier, on peut encore se faire une idée de la beauté de l'ordonnance primitive. Le plancher actuel permet d'admirer sans difficulté, sinon sans affliction, la magnifique voûte en berceau brisé qui couvrait le vaisseau.
Elle est soulignée par un cordon en quart-de-rond aplati (H. 0 m 15. P. 0 m 12) et soulagée seulement par deux doubleaux rectangulaires (0 m 47 x 0 m 23), à l'exclusion de formerets. Ces doubleaux retombent sur des colonnes engagées (0 m 53 de diamètre; saillie : 0 m 28), selon la formule choisie par les églises alpines, et couronnées de chapiteaux cubiques (des "chapiteaux gothiques", dit Laurensi), dont plusieurs témoins peuvent être examinés aisément dans les appartements. Les proportions - plus larges que hautes - des corbeilles (H. 0 m 275, L. 0 m 585, P. 0 m 30) sont conformes à un gabarit fréquemment utilisé dans le style lombard. Le tailloir des chapiteaux offre la même mouluration que le cordon de la voûte.
Les murs mesurent 1 m 40 d'épaisseur. Ils sont montés en calcaire grisâtre très dur, en moyen appareil toutefois très soigné, à joints fins mais en carreaux de dimensions variables (les assises varient entre 0 m 17 et 0 m 32 de hauteur). Le fait n'avait pas échappé à Laurensi qui notait : "tout l'édifice en dedans et en dehors est bâti en pierres de taille de différentes couleurs et d'un calibre inégal, unies ensemble par une symétrie merveilleuse et par un mortier qu'on ne distingue plus de la pierre vive". Laurensi a signalé en outre une inscription funéraire romaine remployée dans les fondations de l'église; elle a été détruite lors de la construction de la fabrique au XIXe siècle. Deux autres ont été mentionnées par Gras-Bourguet en 1842 auprès de l'église.

Portes, et murs latéraux

Celle-ci possédait jadis quatre portes : deux au sud, la plus petite étant comme d'habitude celle du prieur et la plus grande le portail principal; une à l'ouest, assez étroite, que l'on voit encore, conduisait au cimetière; la quatrième au nord, près du chœur, donnait accès "à un beau clocher" déjà disparu en 1775 et sur lequel on aimerait en savoir davantage. Laurensi note seulement : "il y a apparence qu'il fut démoli par les Huguenots ou lors de l'irruption de Charles V en Provence (1536). Il nous en reste deux belles cloches, dont la plus grande, pesant plus de seize quintaux, appelée Notre-Dame, a été placée au clocher de Saint-Victor et la seconde sur la tour de l'horloge". L'église ayant été ravagée plusieurs fois, il n'y avait plus de son temps "qu'un seul autel fort simple n'ayant que le strict nécessaire".
Le portail principal, hélas massacré à une époque récente, présente beaucoup d'intérêt : dichromie des assises des piédroits et des claveaux, appareil en escalier de l'archivolte, non extradossée, simplicité de cette archivolte en cintre brisé qui prolonge simplement les ressauts des piédroits, la seule mouluration étant le cavet des impostes (et encore uniquement vers l'axe), tympan destiné à être peint. Tous ces caractères sont proches de ceux du portail de Saint-Victor.
Les murs latéraux ont encore belle allure, bien qu'ils aient été dénaturés, comme le pignon occidental, par beaucoup de fenêtres modernes. Mais plusieurs ne sont que l'agrandissement des fenêtres d'origine, qui étaient de petites baies en plein cintre dont on discerne encore le départ des arcs extradossés et partie des piédroits. Elles étaient simplement ébrasées, sans aucune mouluration. Laurensi note en effet "qu'un petit nombre de fenêtres étroites... laisse (à l'intérieur) une obscurité religieuse". Nous savons aussi grâce à lui que l'abside était "ornée en dehors d'une corniche, soutenue par des pilastres arrondis, qui portent sur une base à différents cordons". On peut donc imaginer un chevet décoré de festons sur colonnettes analogue à ceux de la cathédrale de Senez.

Caractères et date

Cela s'ajoute aux autres caractères "lombards" notés plus haut et confirme que Notre-Dame-du-Plan était une construction extrêmement soignée et parée des particularités de l'architecture alpine.
Le portail de Notre-Dame-du-Plan offre une grande parenté avec celui de Saint-Victor tout en étant moins délié. Cette nuance et le fait que l'on a encore adopté le système du berceau brisé pour couvrir la nef, alors qu'à Saint-Victor on a eu recours aux croisées d'ogives carrées (pour voûter il est vrai un vaisseau un peu plus large) paraissent militer en faveur d'une date un peu plus ancienne pour Notre-Dame, soit au tout début du XIIIe siècle. Comment ne pas regretter que ce monument prestigieux ait été laissé à l'abandon et transformé au point de le rendre presque méconnaissable ? Est-il permis de rêver au jour où une partie au moins de l'édifice pourrait retrouver sa noblesse initiale ? En attendant, on a peine à croire qu'il ne bénéficie d'aucune protection au titre des Monuments Historiques.

L'église Saint-Victor

Dès le XIe siècle, la population avait commencé, rappelons-le, à quitter l'habitat perché de Petra Castellana pour s'établir au nord-est de la vallée, sur une colline à proximité du castrum, dans ce qu'on allait appeler le bourg. Celui-ci se constitua aux XII et XIIIe siècles et reçut à son tour une enceinte en 1359. La Roche fut abandonnée au cours du XIVe siècle et son enceinte détruite en 1390. Le bourg était déjà considérable en 1189 puisqu'à cette date, d'après l'historien du XVIIIe siècle Laurensi, Boniface III en aurait fait mention comme d'une partie essentielle de la communauté dans l'hommage qu'il rendit au comte de Provence, le roi Alphonse d'Aragon.
C'est au centre du nouveau "bourg" que s'élève l'église Saint-Victor. Installée sur un terrain ayant jadis appartenu à l'abbaye marseillaise, elle paraît avoir été unie dès l'origine au prieuré Victorin de Notre-Dame. Le prieur de Notre-Dame exerça les fonctions curiales dans l'une et l'autre paroisse. En 1260, la paroisse de Petra Castellana, sise à Saint-André, fut transférée à Saint-Victor, à la demande des syndics, en raison du fait que la majorité des habitants résidaient désormais dans le bourg. En 1442, l'office paroissial fut aussi transféré de Notre-Dame à Saint-Victor, qui devint la seule église paroissiale de Castellane. En 1458, un curé, un secondaire, un clerc et un moine la desservaient. Au XVIIe siècle, les moines furent remplacés par des prêtres séculiers ayant à leur tête un curé nommé par l'abbé et reconnu par l'évêque de Senez. Après la sécularisation de l'abbaye (1751), le titre de prieur-curé subsista néanmoins jusqu'à la Révolution.

Construction du clocher

En 1445, d'après Laurensi, on édifia contre le flanc nord de la nef le clocher actuel "avec les pierres qu'on enleva aux remparts de l'ancienne ville", c'est à dire l'enceinte du bourg primitif au sommet du "Roc". Mais l'église Saint-Victor n'était plus suffisante pour la population du nouveau bourg. On décida de l'agrandir en ajoutant, comme dans une foule d'autres églises, au vaisseau unique une seconde nef, également du côté nord. L'implantation de ce second vaisseau uniquement au niveau des deux dernières travées indique qu'elle est postérieure à la construction du clocher. Comme au clocher, on remarque dans cette partie du monument l'emploi de pierres à bossages qui dénotent la réutilisation de matériaux empruntés aux remparts de la ville haute. Ce premier bas-côté était dédié "autrefois" à Saint-Jean-Baptiste (c'est là que se trouvaient probablement les fonts baptismaux) et au XVIIIe, à la Vierge : du temps de Laurensi on l'appelait nef du Rosaire, en raison du sujet du retable.
Les archives départementales conservent un procès-verbal des dégâts causés par les protestants en mars 1560.
Ce document, que publie ci-dessous Mme M.M. Viré, foisonne de détails intéressants : la couverture était délabrée, le mobilier et les ornements liturgiques avaient été mis à sac. Il n'est pas indifférent d'apprendre que sur le retable du maître-autel saccagé, l'effigie de saint André, titulaire de l'ancienne paroisse, faisait pendant à celle de saint Victor auprès de la Vierge. Il s'agissait probablement de trois panneaux à fond d'or dans le goût de ceux de l'Ecole de Bréa au début du siècle, dont un exemplaire tardif et luxueux subsiste à Saint-Martin d'Entraunes.

État de l'église

On peut se demander si l'édifice se remit jamais complètement quand on pense à l'état déplorable où le trouva à la fin du XVIIe siècle l'évêque de Senez Soanen, qui s'en est inquiété avec un zèle caractéristique. Ses procès-verbaux de visite montrent que tout n'allait pas pour le mieux, même sous l'Ancien régime, dans ce qu'on appelle aujourd'hui les "monuments historiques". Le 4 mai 1697, Soanen, indigné, ordonne de réparer le pavé et le toit du chœur, à la charge du prieur, de paver la nef, à la charge de la communauté, de réparer la toiture, de crépir et de "blanchir" les murs "au moins du costé de la rue"... "La nef est dans une indécence affreuse par l'inégalité du sol, ne pouvant jamais être pavée à cause des enterrements continuels, ce qui peut d'ailleurs nuire considérablement à la santé commune". L'évêque ordonne qu'on n'y enterrera plus qu'en faisant construire un caveau et en payant "une fois pour toutes la somme de vint livres, dont une moitié sera affectée à la fabrique de la nef et l'autre à l'hôpital". En outre, un cimetière devra être créé au dehors de la ville. Hélas, le 20 octobre 1698, rien n'est fait. Soanen trouve "du costé du terrain (au nord) toutes les murailles décrépies et gâtées... diverses ouvertures dans le mur du costé du terrain, qu'on nous a dit estre autant de ruisseaux dans les temps de grande humidité". Au clocher, il trouve "les degrés en mauvais état... les planchers rompus, le toit ouvert en quelques endroits, ceux des deux nefs dans le même état, fort exposés à la pluye". Le zélé prélat ordonne toutes les mesures nécessaires et renouvelle les interdictions concernant les "sépultures continuelles". Peine perdue. En 1707, Soanen trouve toujours Saint-Victor "dans une grande malpropreté, le chœur sans pavé, sans vitres, des amas d'ordures un peu partout, la nef et la "chapelle" du Rosaire de même, le sol sans pavé, le toit sans couvert, les ossements des morts répandus en divers endroits, les pluies et les neiges qui y tombent partout comme dans la rue au premier orage, l'obscurité étant encore fort grande et l'espace très petit". Quant au clocher, il le trouve "avec un fort grand estonnement plain de crânes de morts et d'amas d'ordure... tout le haut du clocher... en un très pitoyable état".

Menaces de l'évêque

C'en est trop. En 1708, l'évêque décide "que la fenêtre du maître-autel sera réparée de même que les degrés où l'on se met pour communier; que tous les murs de la sacristie seront recrépis et blanchis". Mais surtout il déclare au consuls "que pour l'indécence extrême... du clocher, mal assuré en haut, et principalement de la nef sans pavé, sans toit, sans assez de jour ny d'espacé pour la moitié des habitants, nous défendrions dèz maintenant l'office divin dans l'église paroissiale... par un interdit... si la communauté n'avait décidé d'elle-même la construction d'une église neuve". Néanmoins, si la construction nouvelle n'est pas commencée dans l'an révolu du jour de la publication de la paix (le futur traité d'Utrecht en 1713) ou "si les réparations de l'église présente ne sont pas achevées dans deux ans après la paix, de telle manière que la nef d'aujourd'hui soit augmentée pour le moins de la moitié en longueur, largeur et hauteur, que tout le sol soit bardé, que toutes les fenestres seront élargies et vitrées avec fil d'archal (treillis) et que tout le toit de la nef et ... de la chapelle du Rosaire soit garni de poutres et de cartons, outre les tuiles pour empêcher le ravage des pluyes... ; faute d'accomplir les conditions susdites et passé les dites deux années de la paix, nous interdisons dèz maintenant pour le temps d'alors l'église de St Victor".
Ces menaces eurent un effet tardif. C'est seulement en 1780 que fut réalisée la construction du second bas-côté septentrional, dont les proportions, plus chiches que celles du premier, étaient loin de correspondre aux vœux du prélat, et probablement celle du dernier étage du clocher, à la fois piètre et cocasse.
Toujours est-il que Jean-Joseph-Victor de Castellane-Adhémar, sixième successeur de Soanen, se trouva satisfait à bon marché. Il laissa paraître son contentement en arrivant, le 13 mai 1787, dans une église Saint-Victor enfin à peu près en état : "nous avons été charmés, écrit-il, de voir cette église aujourd'hui très propre et très décente, décorée et même aggrandie pour contenir tous les fidèles de cette paroisse. C'est principalement au zèle et à la générosité du St Curé de cette ville qu'est düe (sic) l'embellissement du temple du Seigneur".

Une affaire exemplaire

En effet, elle rappelle utilement que, malgré le zèle d'un évêque, le rôle déterminant dans la construction d'une église paroissiale revenait alors au curé. S'il prenait les choses à cœur, s'il savait galvaniser ses ouailles et la fabrique, réunir des fonds, quitte à engloutir ses biens, c'était la réussite. Comment ne pas songer, mutatis mutandis, au dévouement d'un Olier ou d'un Languet de Gergy à Saint-Sulpice de Paris ? Laurensi était de leur trempe. Mgr de Castellane poursuit : "Le sanctuaire est bien décoré, tout s'y trouve dans un état propre et convenable au service divin". Il faisait évidemment allusion au mobilier du chœur (sur lequel nous allons revenir) mais probablement aussi au disgracieux badigeon blanc et jaune que, dans son zèle, le bon curé Laurensi avait fait largement étaler sur le bel appareil du vieux vaisseau. On ne saurait lui en faire grief. La pratique était normale depuis le Haut moyen âge. Une église "bien blanchie" était le rêve de tous, des fidèles jusqu'aux prélats. Mgr de Castellane-Adhémar ne trouve donc que quelques observations à faire : "Il ni a qu'à réparer le bas des murailles autour du chœur et du sanctuaire du côté du levant". Dans la nef "il faut réparer une petite fente à la voûte au-dessus de la fenêtre de la tribune et le pavé qui se trouve enfoncé dans la seconde nef". Quant au clocher, "il faut y réparer le toit et le plancher du plus haut étage, remettre les cordons (archivoltes) à chaque fenêtre pour conserver la bâtisse, abbattre le buget (pièce de fer ou de bois) qui menace ruine à la fenêtre inférieure du midi et refaire la cloche rompue".
En effet, d'après le chanoine Ventre, dès le 29 juin 1778, Laurensi aurait fait procéder à la bénédiction solennelle de trois cloches refondues, dédiées respectivement à sainte Marie, à saint Victor et à saint André. Le 11 octobre suivant, une quatrième cloche aurait été dédiée à saint Isarn. Ajoutons que l'infatigable prieur, à peine installé, avait, dès 1776, fait assainir la sacristie et l'église, vouées à l'humidité, au moyen d'un "aqueduc".
Puis les excès révolutionnaires rendirent nécessaire une remise en état en 1800-1808. Mais l'église allait cruellement souffrir de son abandon. À la fin du XIXe siècle au profit de la nouvelle paroissiale construite non loin de là à partir de 1869. Classé monument historique en 1944, Saint-Victor a fait l'objet en 1949, sous la direction de l'architecte P. Colas, de divers travaux de conservation (réfection des toitures, consolidation du clocher). La population s'attache depuis quelques années à sa réhabilitation en accord avec le service des monuments historiques (notamment réfection de la corniche de l'abside).

Etude archéologique

L'église comprend une nef de trois travées suivie directement d'une abside en hémicycle. On y a ajouté au nord un premier bas-côté de deux travées couvertes de voûtes d'arêtes au XVe siècle, puis un second bas-côté, au XVIIIe siècle, de deux travées, couvertes également de voûtes d'arêtes. C'est le vaisseau principal qui retient l'attention en vertu de son couvrement particulier.
Il est bâti dans un moyen appareil à joints fins, dans un beau calcaire blanc très dur. L'abside, un peu plus étroite et moins haute que la nef, est surmontée d'un grand cul de four. Sa naissance est accusée par un bandeau en quart de rond aplati, et son arc de tête à deux rouleaux dessine un arc brisé. Un oculus, sans doute agrandi ou substitué à une baie cruciforme au XVIIIe siècle, perce trop largement le pignon qui rachète la différence de niveau entre l'abside et la nef. Le haut du cul de four a été aussi malencontreusement ouvert au XVIIIe siècle pour donner plus de lumière, les trois fenêtres de l'abside ayant été masquées par des boiseries et un tableau d'autel à la même époque.
La nef conquiert d'emblée par ses proportions solennelles, en dépit de ses dimensions modestes, et par la puissance de ses voûtes à grosses branches rectangulaires. Celles-ci se croisent sans l'intermédiaire de clefs, sauf dans les deux dernières travées où il en existe à l'état embryonnaire. Elles retombent, ainsi que les doubleaux, sur de larges piliers rectangulaires. Le sommet de ceux-ci n'est pas entièrement occupé par les retombées ; le doubleau aboutit en retrait de 0m,17 environ, sur une sorte de petite terrasse couronnée par une imposte en quart de rond (saillie : 0,08). Les ogives sont en plein cintre mais les doubleaux sont en cintre brisé (alors qu'à Fréjus ils dessinent encore un plein cintre) ; ils sont en outre surhaussés (comme à Fréjus), de manière à relever la ligne de faîte des compartiments longitudinaux. Les compartiments latéraux restent plus bombés : cependant, on remarque que leur ligne de contact avec le mur - il n'y a ni arcs d'encadrements, comme à Fréjus, ni formerets - dessine des cintres brisés. Les voûtains sont appareillés avec une remarquable régularité, parallèlement aux lignes de faîte. On note, comme à Fréjus, le petit corbeau en quart de rond (haut. 0 m 15 : prof. 0,18) réservé à la base des doubleaux, au niveau où commence en réalité la courbure de l'arc, surhaussé comme nous l'avons remarqué (c'est à dire à 0 m 58 du sommet de la pile). Il était destiné à la pose des cintres de bois. Quant au branches d'ogives, elles retombent non pas sur les piles, comme à Fréjus, car celles-ci sont moins saillantes, mais sur de lourdes consoles (H.0,52) lancées obliquement, au niveau des impostes des piles, dans les angles du mur. Elles offrent une face plate surmontée d'un gros quart de rond couronné par un petit bandeau en quart de rond aplati en accord avec l'imposte du pilier.
Chaque travée est éclairée au sud par une baie agrandie au XVIIIe siècle et légèrement désaxée vers l'est, celle de la première travée, en cintre brisé, ayant sans doute été agrandie dès le XVe.
Du côté nord, le mur primitif en bel appareil a été percé dans les deuxième et troisième travées par de grandes arcades en cintre brisé pour assurer la communication avec le premier collatéral. Au droit des piles, on voit encore l'ancien parement extérieur de la nef. Les voûtes d'arêtes en blocage du collatéral, séparées par des doubleaux en plein cintre, ont probablement été refaites au XVIIIe siècle, quand on a établi le second bas-côté septentrional, élevé sans grand soin en moellons et éclairé par des fenêtres en cintre surbaissé au nord. L'autel des Ames du Purgatoire s'y trouvait autrefois, ainsi que la "tribune" de Laurensi, où était l'autel de saint Michel, dédicace habituelle pour un autel situé dans un étage ou un lieu élevé.
Cl. J. Thirion.

Façades et clocher de Saint-Victor

Cette disposition permettait probablement au prieur d'accéder directement de son logis dans l'église et d'y réciter l'office. Elle était fréquente dans les églises monastiques ou canoniales. A la cathédrale de Digne, le prévôt Gassendi pouvait de même veiller sur le chœur depuis les bâtiments du chapitre. Ici une porte percée au bas du mur occidental offrait en outre un accès direct dans le collatéral.
A l'extérieur, l'élévation occidentale juxtapose clairement les diverses campagnes de construction : le collage en mauvais moellons du deuxième bas-côté nord, le premier bas-côté et le clocher du XVe siècle, la belle façade, sans porte mais percée d'un petit oculus, de l'époque romane.
Le clocher retient l'attention, avec ses chaînes d'angles à bossages empruntés aux remparts démolis et ses baies aux claveaux et aux piédroits montés en pierre dure, tandis que le reste des murs est en moellons. Le premier étage est éclairé sur chaque face par une large baie à deux rouleaux dont on note le tracé en plein cintre, au beau milieu du XVe siècle. Le second offre des baies analogues, sauf sur deux faces (au nord et à l'est), où l'on s'est enhardi à affaiblir le mur par deux baies jumelles.' Le couronnement était assuré à l'origine par une flèche pyramidale. En 1707, Soanen précise que le clocher avait été décapité de sa flèche "il y a une quarantaine d'années". Le petit étage bas, en grossier moellonage et percé de deux courtes ouvertures rectangulaires, qui sert aujourd'hui d'amortissement n'est qu'un raccoutrage à moindres frais opéré au XVIIIe siècle. Avec sa pauvre toiture à deux pentes, il déshonore cette tour aux accents militaires.
En revanche, la façade sud conserve une grande noblesse. Elle présente vers l'est une petite porte murée dont on admire l'archivolte en cintre brisé, typiquement "lombarde", appareillée en hauts claveaux (L. des sommiers : 0,53) dont l'intrados et l'extrados ne sont pas concentriques. C'est sans doute celle dont Soanen disait en octobre 1698 "que la petite porte qui donne dans le chœur est très incommode". Une autre petite porte avait été percée dans la seconde travée au XVIIIe siècle. Dans la première travée s'ouvre le portail, d'une simplicité et d'une pureté de ligne remarquables. La porte elle-même s'abrite sous une grande archivolte en cintre brisé à deux rouleaux qui retombe sur des ressauts rectangulaires par l'intermédiaire d'une imposte simplement moulurée d'un cavet vers l'intérieur. Le tympan, absolument lisse, était destiné à recevoir un décor de peintures. Une porte d'un goût très voisin se voit également à Notre-Dame-du-Plan.

Dessins et pignon oriental

Les parois valent par la qualité de l'appareil (pierres de 0,55 de long sur 0,33 de haut en moyenne) aux surfaces un peu rugueuses.
La façade sud est absolument plane, sans le moindre contrefort, l'épaisseur du mur et surtout les gros piliers intérieurs suffisant à absorber la poussée des voûtes d'ogives. Deux rangées de gros corbeaux (à 3 m 85 et 3 m 10 du sol) le long du mur, comme à la cathédrale de Digne, rappelle qu'il y avait là un auvent en charpente ou un portique latéral, disposition fréquente dans les Alpes et destinée à divers usages de la communauté.
L'abside est la partie la plus belle de l'édifice. On y remarque les trois baies assez largement ébrasées qui éclairaient autrefois le chœur. Sous la toiture court une corniche "lombarde" constituée par un bandeau sur une doucine et par une file continue de vingt arceaux en cintre brisé; ils sont découpés chacun dans une dalle unique et s'appuient sur des retombées finement taillées en pointe; leur dessin élégant rappelle ceux des chevets des cathédrales de Senez et de Grasse.
Le pignon oriental montre bien les traces des différentes campagnes de l'église : le pignon et les murs primitifs de l'église romane et les "collages" des deux collatéraux élevés successivement contre elle.

Datation

Il n'est pas question de reporter, comme on l'a fait souvent jadis, sa construction au XIe siècle. Apparemment, il ne reste rien non plus du XIe siècle à Notre-Dame-du-Plan. La perfection de l'appareil et de la construction, le type évolué des voûtes d'ogives, du portail et de la corniche du chevet attestent que l'église actuelle a été élevée dans la première moitié du XIIIe siècle, entre la cathédrale de Fréjus et celle de Grasse. On ne peut pas non plus l'attribuer, comme on l'a écrit, au même "atelier" que celui de la cathédrale de Fréjus. La brisure des doubleaux et de l'arc du cul de four, le fort relèvement des voûtains latéraux, l'adoption de consoles pour les retombées des ogives indiquent d'autres pratiques et un stade ultérieur de l'évolution, encore plus avancée dans l'ancienne église des Augustins.

Mobilier

Le chœur, que Laurensi se flattait d'avoir "régularisé ... en lui donnant une forme aux contours plus gracieux", conserve un intéressant ensemble du XVIIIe et du début du XIXe siècle : maître-autel muni d'un tabernacle à baldaquin, beau relief en bois sculpté et doré dans un grand cadre rocaille et représentant L'Annonciation, boiseries garnies de tableaux, stalles et chaire à prêcher etc.
Dans le premier bas-côté se remarque l'autel de la Vierge, en bois doré, surmonté d'un superbe retable (1724).

Dimensions de l'église Saint-Victor

Largeur générale hors œuvre : 19,35 mètres.
Longueur de l'église dans œuvre : 21,90 mètres.
Longueur de la nef romane : 18,90 mètres.
Largeur de la nef romane : 7,28 mètres.
Profondeur de l'abside : 3 mètres.
Diamètre de l'abside : 5,40 mètres.
Hauteur de la nef : 9,90 mètres.

Notre-Dame-du-Roc

La chapelle Notre-Dame-du-Roc tire son origine de l'église construite à proximité du château d'Aldebert 1er sur la plateforme du Rocher au XIe siècle.
Si l'on en croit Laurensi (mais peut-on lui faire confiance ?) elle avait déjà été "rebâtie trois fois" à l'époque où il écrivait (1775). L'excellent prieur attribue l'une de ses démolitions aux Huguenots en 1560, mais on peut se demander si elle n'avait pas été victime auparavant de la destruction de la forteresse au XVe siècle. Toujours d'après lui, elle aurait mesuré 30 pas de long environ (44 mètres) sur dix de large (14 mètres) ce qui paraît beaucoup; elle était "toute bâtie de pierres de taille, impolies et liées par un mortier inaltérable... les murailles étaient très épaisses et soutenaient une voûte en berceau", l'abside était couverte d'un cul-de-four. Laurensi écrit par ailleurs qu'elle était à peu près semblable à Saint-Victor, sauf le système de voûtes, ce qui paraît un peu contradictoire. Il ajoute que de son temps, l'église était plus petite d'un tiers (c'est-à-dire environ 30 mètres, ce qui paraît plus vraisemblable). La chapelle aurait été "rebâtie sous sa première forme en 1590". Les religieux de la Merci s'y établirent de 1663 à 1672. Tombée en délabrement en 1703 elle aurait été alors rebâtie par un certain Joseph Féraud dans la forme qu'on lui voit aujourd'hui.
Il n'est certes pas aisé de reconnaître à travers ces affirmations douteuses .et ces transformations successives quelles étaient exactement l'ordonnance et l'importance de l'église romane. Un texte retrouvé par Mme M.M. Viré dans les archives communales montre, en tout cas, que l'on gratifiait encore la chapelle d'adjonctions à la fin du XVIIIe siècle. On y retrouve, une fois de plus, l'action fervente du curé Laurensi. Il s'agit d'un prix-fait passé le 22 octobre 1775 entre celui-ci et deux maîtres-maçons, François Audibert et Gaspard Chauvin, moyennant la somme de 300 livres.
Il s'agissait "
  • de réparer entièrement l'ancienne tour ou coquille du sanctuaire de l'église de Notre-Dame-du-Roc, de relever les murailles à la hauteur de ce qui reste de plus élevé du côté du midi et au moins à la hauteur de seize pans, en leur donnant l'épaisseur de deux pans et réparant tout ce qui reste des anciennes pour les rendre solides, en les mettant à niveau tout autour, depuis le coin du midi jusqu'à celui du nord, qui sera formé par un piédroit hors du coin de l'église et bien ajusté à la muraille d'appui, le tout en bonne maçonnerie de plâtre avec de bonnes pierres choisies;
  • de faire au-dessus un plancher soutenu par trois bonnes poutres avec des planches d'un pouce et demi au moins, couvertes de plâtre au-dessus et bien solides; 
  • de crépir tout le contenu dans cette partie formant la sacristie de l'église et de le blanchir au pinceau de même que le plancher, qui ne sera point plafonné, mais seulement les planches mises de niveau et bien unies avec le plâtre des joints, afin que le tout puisse être peint au pinceau; les trois poutres seront pourtant bien crépies ou du moins bien équarries et blanchies comme le plancher". Les maçons s'engageaient aussi : "
  • à ouvrir les deux portes qui donnent dans l'église... ; 
  • à couvrir le dessus de bonnes tuiles de recepte, soutenues par les soliveaux, planches et chevrons qui seront nécessaires pour la charpente, laquelle commencera au niveau du sommet du toit de l'église et descendra à proportion de chaque côté; et encore d'ouvrir une porte du côté du midi pour y pouvoir entrer de l'Hermitage et d'élever le toit de ce côté-là jusqu'au-dessus et à niveau de celui dudit Hermitage; 
  • à mettre en un mot toute cette partie contenue sur la voûte et devant former la sacristie en état...
Etant donné la rareté de la documentation sur cette chapelle, il ne nous a pas paru inutile de donner des extraits de ce texte, qui peut contribuer à faire comprendre l'aspect assez insolite du monument et de ses annexes.
La façade est moderne et, en dépit de multiples reprises, on reconnaît encore de notables fragments de parement en bel appareil dans l'abside et dans les murs goutterots, particulièrement au sud.
Ce sanctuaire illustré jadis par des miracles était l'objet d'un pèlerinage non seulement à l'époque de Laurensi mais encore au XIXe siècle. Grâce à la générosité des fidèles, il était doté d'un important mobilier, malheureusement amenuisé par une série de pillages (notamment en 1560, 1773, 1793 et 1856). A signaler la Vierge en marbre qui aurait été envoyée de Malte en 1640 par un certain Jean Antoine Guillabert et mise à l'abri à la Révolution.
Ne serait-ce qu'en raison de ces souvenirs et de sa situation extraordinaire sur cette acropole jonchée de ruines, Notre-Dame-du-Roc mériterait une étude et des relevés détaillés, qu'il faudrait mener à bien conjointement avec une exploration complète du site.

Saint-André-du-Roc

Jadis église paroissiale de Petra Castellana, elle s'élevait au cœur de la ville haute, dont les maisons s'étageaient au nord du rocher, sur une partie peu accidentée. Il ne s'agit plus, hélas, que de superbes ruines. Elles correspondent aux vestiges d'une nef unique suivie d'une abside en hémicycle (environ longueur hors œuvre 21 mètres; larg. 9 m 50).
D'après Gras-Bourguet, qui en a publié un plan et une élévation en 1842, la nef comportait quatre travées voûtées en berceau et soulagées par des doubleaux (un fragment du cordon en quart-de-rond subsiste à l'angle sud-ouest). Le dessin de Gras-Bourguet paraît figurer des pilastres le long des murs goutterots, plutôt que des socles de colonnes engagées, type de support employé à Notre-Dame-du-Plan. Depuis sa publication tout le parement intérieur s'est décollé et effondré au milieu des ronces, si bien qu'une vérification nécessiterait des travaux de dégagement. Un cul-de-four couvrait l'abside. Les parements de celle-ci ont disparu. Le mur nord est arasé; le mur occidental a perdu son parement extérieur, encore intact en 1842, mais offre encore quelques assises du parement intérieur au niveau de l'oculus. Seul le mur sud, conservé sur une hauteur d'environ 9 mètres, livre une image impressionnante de l'ampleur et de la qualité de l'édifice. Il est monté en moyen appareil d'une taille parfaite, à joints très minces. Il offre trois belles baies en plein cintre (environ 1 m 80 x 0 m 80) appareillées avec soin et largement ébrasées, sans moulures. Elles sont percées à 4 mètres environ de hauteur. Comme à Saint-Victor et à Notre-Dame-du-Plan, deux portes en cintre brisé s'ouvrent sur le flanc sud : la porte principale (largeur 1 m 48) à deux rouleaux, avec un tympan nu et un gros linteau reposant sur des consoles moulurées en cavet, et la porte du prieur, plus petite (larg. 0 m 70) à l'extrémité orientale. Les murs, très épais (1 m 40), dépourvus de contreforts paraissaient suffire, non sans témérité, à la stabilité de l'édifice.
Les comparaisons que l'on peut faire avec Notre-Dame-du-Plan et Saint-Victor montrent qu'il ne faut pas le faire remonter à une époque trop ancienne, mais qu'il faut le situer à la fin du XIIe ou au début du XIIIe siècle.
Un vœu, en tout cas, s'impose : que soient dégagées et surtout consolidées au plus tôt ces ruines qui se dégradent d'année en année.

Conclusion de l'étude des églises

En fin de compte, l'étude des églises qui subsistent permet de mieux entrevoir quelles furent les réactions des contemporains face aux déplacements successifs mais graduels de l'habitat. Elle permet de nuancer l'histoire que, sans eux, l'on risquerait d'en faire. La ville a pris son essor, comme une traînée de poudre, à la fin du XIIe et au début du XIIIe siècle. A cette époque, on avait encore fortement conscience des liens qui unissaient les différentes parties du terroir. L'utilité tout autant que la noblesse des anciennes cellules étaient sans nul doute puissamment ressenties, puisque l'on n'a pas hésité à reconstruire presque en même temps, à grands frais, dans la goût du jour, les églises d'un château et de paroisses qui allaient bientôt être vidés de leur substance. Mais alors rien ne le laissait prévoir. Ce fut un moment exceptionnel d'équilibre entre le passé et l'avenir, avant que le nouveau bourg ne l'emporte définitivement. C'est ainsi que, parfois, l'archéologie peut apporter des correctifs à l'histoire.
Jacques Thirion

Etat des églises de Saint-Victor et de Notre-Dame-du-Plan après les incursions protestantes de 1560

Les dégâts commis par les protestants en 1560 dans les églises de Saint-Victor et de Notre-Dame-du-Plan sont connus avec précision grâce au procès intenté par la communauté de Castellane contre le prieur et l'évêque de Senez pour obtenir la réparation de ces églises.
La publication in extenso des actes de ce procès, conservés aux Archives départementales (série B, art. 711) serait trop longue et fastidieuse (61 p. manuscrites) pour le lecteur. Des coupures ont dû être faites.

Extraits du Procès Verbal

Procès verbal faict par nous Bertrand Roman, prévost de Glandesves conseillier du roy, nostre sire, en sa court de parlement de Prouvence et commissaire par icelle depputé sur la provision et requeste obtenue de ladicte court par les consulz et communaulté, manans et habitans dudict Castellanne, touchant le faict et repparation des églises Sainct-Victor et Nostre-Dame du Plan hors dudict Castellanne, demandeurs et requérantz desdictes repparations, d'une part, contre Révérend Père en Dieu messire Jehan Clausse, évesque de Senés, et Me Françoys de Bussières, prieurs desdictes églises, deffendeurs, d'autre.
L'an mil cinq cens soixante ung et le huictiesme jour du moys d'aoust, à lassés de Glandesves et à la prévosture dudict lieu, où pour le présent faisons habitation et résidence, pardevant nous, Bertrand Roman, prévost dudict Glandesves, conseillier du roy, nostre sire, en sa cour de parlement de Prouvence et commissaire par icelle en ceste partye depputé; se seroyt présenté et comparu Me Balthesar Richieud de la ville de Castellanne, comme commys et ayant charge des consulz et conseil dudict lieu, à ce par eulx depputé. Lequel nous auroyt présenté certaine requeste et lètres exéquutoires de commission à nous adressée par ladicte court, nous requérant icelles voulloyr recepvoir et, ce faict, nous voulloir transporter audict Castellane pour procéder au faict de nostredicte commission; et à ces fins luy décerner lètres d'adjournement contre de Me Françoys de Bussières, prieur des églises Sainct-Victor et Nostre-Dame-du-Plan hors dudict Castellanne, et autres qu'il appartiendra, pour et aux fins de venir veoyr estre par nous procédé au faict de ladicte commission.
Et nous dict conseillier et commissaire en recepvant nostre dicte commission avec les honneurs et révérences que s'appartiennent, nous sommes offertz transporter audict Castellane pour exéquuter nostredicte commission et y procéder ainsi qu'il appartiendra; luy déclairant que à ces fins deslogerons de ceste ville le vingtungiesme jour du présent moys d'aoust, et irons souper audict Castellane et au logis où pend pour enseigne la fleur de lys d'or, auquel avons assigné ledict Richieud, luy décernant adjournement contre dudict de Bussières, prieur susdict, et autres qu'il appartiendra, pour veoir estre par nous procédé au faict de nostre dicte commission, laxant à ces fins nos lètres en sce cas requises.
Et si avons à ce nostre présent procès-verbal faict insérer et mectre la requeste, lètres exéquutoires et nostredicte commission, les commandementz et inhibitions faictes ausdicts sieur évesque ou son rentier, et prieur susdictz respectivement, ensemble les lètres d'adjournement laxées contre dudict prieur avec leur exploict au dernier d'icelles, et autres pièces que seront cy après insérées et desquelles respectivement la teneur s'ensuyt.

Teneur de la requeste de nostre commission

A nos seigneurs de parlement supplient humblement les consuls de la communaulté, manans et habitans de la ville de Castellanne. Comme en le moys de mars de la présente année les luthériens héréticques, entre autres maulx que auroient faict en ladicte ville, ilz auroient bruslé tous les retables, ymages, livres et autres diverses choses et meubles de l'église de Sainct-Victor perrochielle de ladicte ville et aussi de l'église de Nostre-Dame-du-Plan lèz ladicte ville, de manière que à grand peyne l'on y peult dire les messes et fere le divin service nécessaire et accoustumé faire, mesmes en ladicte église Sainct-Victor. Et combien M. Françoys de Bussières, prieur desdictes églises, prengue audict Castellanne et prieurés d'icelle grandz dismes et revenus, et aussi l'évesque de Senés. Ce néantmoins n'ont tenu ne tiennent compte faire reddresser lesdictz retables et ymages et munyr et proveoir mesmes en l'église de Sainct-Victor des livres et autres choses nécessaires pour y faire le divin service, au grand escandalle du peuple de ladicte ville, dommage et intérestz d'icelle. Et considéré mesmes les grands revenus que prennent lesdicts prieur et évesque audict Castellane, et pour entretenyr et continuer tousjours le divin service, nonobstant les viollances faictes par les dictz héréticques, sera le bon plaisir de la cour et de vos bénignes grâces ordonner estre enjoinct audict évesque et prieur de Castellanne de faire reddresser cesdictes églises, retables et ymages et y prouveoyr des livres et autres meubles nécessaires pour fere le divin service et icelles églises faire recouvrir que ne y pleuve dedans, faire portes et autres repparations nécessaires dans bref dellay, autrement estre à ce constrainctz par saisiment et vante de leur revenu et tanporel...

Conclusion du procès...

Deux commandements concernant les réparations de ces églises furent donc faits les 26 et 29 novembre 1560 au prieur François de Bussières qui résidait à Marseille. Au sergent royal de cette ville chargé de les transmettre, Donne Berengue d'Allest, mère du prieur, "auroyt respondu" la première fois "que sondict filz ... s'en estoyt allé à Aubagne et que de là s'en alloyt à Aix et que n'estoit poinct dans la maison ne en la ville de Marseille"; et la deuxième fois : "Si j'éu aguèsse sauput non my aguessia pas troubat ycy".
Deux autres commandements semblables furent aussi faits en vain au fermier de l'évêché de Senez, puis au vicaire général, le 27 novembre 1560 et le 15 mars de l'année suivante.
Ajourné enfin à comparaître à Castellane devant Mre Bertrand, le 21 août 1561, François de Bussières ne se présenta pas. Non plus le jour suivant le vicaire général de Senez sede vacante, Pierre Clari, ni son sous-vicaire Etienne Martel.
Il fallut alors procédé à l'inventaire des églises. Au dossier de tous ces acres réunis en un seul cahier sous couverture de parchemin, s'ajoute une "sommation touchant le service" du 17 novembre 1566, où il n'est plus question que du prieur et de l'église paroissiale de Saint-Victor. La querelle pouvait encore durer longtemps.
Si ce long procès illustre bien les problèmes difficiles d'entretien des églises et de résidence des prieurs, son intérêt historique est cependant ailleurs, car ces problèmes ne sont pas propres à Castellane. L'intérêt réside, en effet, dans l'inventaire détaillé du mobilier des églises de Saint-Victor et de Notre-Dame-du-Plan au milieu du XVIe siècle et dans la nature des dégâts qui y furent commis par les protestants en 1560. Des dégâts relativement limités en ce qui concerne ces deux églises, puisqu'il s'agit avant tout de mobilier liturgique. Sans plaider en faveur d'Antoine de Mauvans, il faut bien reconnaître, en toute objectivité, que celui-ci aurait pu détruire entièrement Notre-Dame-du-Plan qui se trouvait hors les murs de Castellane (l'église de Saint-Victor, à l'intérieur, était mieux préservée). Or les protestants respectèrent le bâtiment; ils ne s'en prirent qu'à la porte qu'ils enfoncèrent pour pénétrer dans l'église et en brûler le mobilier.
Le mauvais état des églises constaté au cours de la visite de Mre Bertrand Roman est-il bien, par ailleurs, entièrement imputable aux protestants ? N'était-il pas aussi la conséquence de longues années d'incurie ? Chacun sait que les toitures des églises, notamment, exigent un entretien permanent. Il en est de même du mobilier.
Marie Madeleine Viré

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