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Castellane, introduction générale

Le texte, écrit par la Société Scientifique et Littéraire des Alpes de-Haute-Provence, raconte les journées d'études effectuées par les membres de la Société dans la ville de Castellane. Ils y apportent des éléments historiques mais également leur point de vue personnel sur ces journées passées à Castellane. Le texte date de 1982.

​Castellane

Castellane dans son chaos de montagnes que pourfendent des routes superbes nous a accueillis le 20 mai 1982.
Castellane, une ville qui s'est déplacée dans l'espace et le temps à la recherche de sa sécurité.
Une ville qui a possédé un bref Evêché au Ve siècle, l'a perdu, mais longtemps a tenté d'arracher son siège à la petite Senez voisine.
Une ville qui a été le berceau de l'une de nos plus grandes familles féodales. Les Castellane, dont les rameaux s'étendent encore sur la France entière, sont nés ici sur un rocher. Et c'est un fait que les dynasties, qui ont été les plus puissantes, les plus généreuses d'hommes forts (nous aimons à le redire) ont toutes pris racine sur des cimes acérées, qu'elles s'appellent Simiane, Mevouilhon ou Castellane. Du silex coulait dans les veines de ces gens avides et batailleurs.
Castellane, une ville où a jailli la première étincelle des guerres religieuses qui ont meurtri toute la Haute Provence inexpiablement.
Une ville qui a repoussé les troupes assoiffées de pillage et de mort, de Lesdiguières l'invincible.
Une ville qui la première du Haut Pays a compté un historien savant et, partant, une bonne histoire à laquelle on fait référence encore.
Une ville qui a été le théâtre en 1.898 de la plus étonnante comédie électorale, du Courteline heureusement dépassé.
Une ville riche de monuments, possédant une enceinte enchâssée dans les maisons du vieux bourg, hérissée de portes et de tours, une ville possédant des églises rompues mais Saint-Victor bien présente avec ses interrogations et son beau mobilier.
Une ville peut-être ensommeillée l'hiver, mais échevelée de vie l'été, en proie et en offrande à un tourisme débordant, client des fastes géologiques du Verdon.
Telle est Castellane la voyageuse, la courageuse, la multiple. Ces pages vous la livrent dans sa diversité. Aimez-la !
Pierre Colomb

Quatrième journée d'étude à Castellane

Quatrième journée d'étude de la Société scientifique et littéraire des Alpes de Haute-Provence  (20 mai 1982)
Répondant à l'invitation de la Municipalité de Castellane et de la Société scientifique et littéraire, ce ne fut pas sans inquiétude que les quelques cent auditeurs venus des quatre coins du département pénétrèrent à neuf heures dans la salle de la Maison de la Culture de Castellane en ce jeudi de l'Ascension 20 mai 1982. Le temps était très incertain et l'on pouvait craindre la pluie pour le déjeuner sur l'herbe et les visites de l'après-midi. Mais l'accueil chaleureux des Castellanais entourant leur Maire, M. Boniface, fit bientôt oublier ce souci et c'est avec attention que l'auditoire entendit les communications diverses reproduites en cette plaquette, où on trouve place également des textes qui ne furent pas présentés le 20 mai, faute de temps, bien que la séance du matin ait excédé un peu l'horaire prévu. Il y a tant à dire sur Castellane qui pourtant, depuis le prieur Laurensi avant la Révolution et Gras-Bourguet en 1840, n'a guère tente les historiens. Le présent opuscule s'efforce de combler cette lacune, en indiquant tout au moins les voies à suivre.
Après la longue séance de communications, les auditeurs purent prendre connaissance d'une exposition consacrée à l'histoire et aux aspects anciens de Castellane, dont le portrait en pied du maréchal de Castellane, peint à l'huile vers 1860, n'était pas le moindre ornement. Un vin d'honneur offert par la Municipalité mettait fin à la première partie de la journée, dans une ambiance des plus sympathiques.
Las ! Les craintes du matin n'étaient pas vaines. Les imprudents trop optimistes qui avaient cru pouvoir donner suite à leur projet de déjeuner sur l'herbe durent bientôt abandonner la place sous des torrents d'eau. L'orage un peu calmé, un groupe nombreux d'auditeurs passionnés d'histoire entreprit, comme prévu, la montée au Roc et à Petra Castellana mais il dut lui aussi battre bientôt en retraite sous les cataractes déchaînées et se réfugier à l'église Saint-Victor pour suivre la présentation de ce remarquable monument par M. Ehrmann et M. Colomb. C'est encore sous la pluie que le groupe fidèle se rendit à l'ancienne église des Augustins où subsiste une voûte romane sur ogives à section rectangulaire avec clef, puis dans le jardin proche du cloître où sont conservés plusieurs monuments lapidaires décrits par Gras-Bourguet. Mais l'orage redoublait et la foudre tomba non loin d'un groupe de congressistes !
Etait-ce pour mieux nous faire comprendre et apprécier la dévotion des Castellanais à Saint Isarn et à Sainte Fleur ? On trouvera le texte d'une prière ancienne à cet effet dans les pages qui suivent. Aussi bien, la Maison de la Culture parut-elle à tous un havre de quiétude à la fin de la journée et le vin d'adieu offert par la Municipalité y fut-il particulièrement apprécié. Tandis qu'au nom des Castellanais, M. le Maire Boniface assurait la Société scientifique et littéraire de toute sa sympathie, M. Colomb remerciait la Municipalité et tous ses collaborateurs de leur accueil chaleureux et toute l'assistance de l'intérêt soutenu qu'elle avait montré pour cette quatrième journée, en dépit des circonstances défavorables.

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Castellane dans l'histoire

Ducelia, un oppidum établi sur le Roc ou sur l'une des hauteurs voisines; Saline, la ville romaine dans la vallée; Petra Castellana, le castrum du haut moyen-âge et la ville au-dessous, puis Castellana, le bourg, d'abord enserré dans ses remparts, et qui, en s'élargissant peu à peu, formera l'actuelle Castellane : autant de toponymes qui rythment les grandes étapes de l'histoire de cette cité de la moyenne vallée du Verdon, point stratégique sur la route de Vence, puis de Grasse, à Digne. Le vocable Cimira, que l'on trouve dans le Cartulaire de Saint-Victor de Marseille, ne peut s'appliquer qu'à un quartier de Saline.
Il est bien évident que ce sont les Romains qui imposèrent à Ducelia, chef-lieu des Suetrii, le nom de Saline (les Salins) en raison de la présence sur son terroir de deux sources salées, encore exploitées durant le moyen âge. Les Romains ne firent, une fois de plus, que "romaniser" un site déjà habité.
L'origine de Ducelia peut en effet remonter à la nuit des temps, à cause même des deux sources salées : on retrouve des traces d'habitat préhistorique dans les falaises qui dominent le Verdon.
De Saline dérive le nom de la Civitas Saliniensium (la cité des marchands de sel), l'ethnique urbain l'ayant emporté à l'époque romaine sur le nom de la peuplade. Cette civitas Saliniensium fit partie de la province des Alpes Maritimes dont la capitale fut d'abord Cimiez avant d'être Embrun.
Saline donna aussi son nom, pour des raisons commerciales sans doute, à la via salinaria (la route du sel), tronçon - Castellane-L'Escale, par Digne - de la route qui de Cimiez, par Vence, conduisait à Sisteron et Embrun, reliant la voie aurélienne à la domitienne. Une voie pré-romaine, simple piste, à l'origine, de colportage du sel.

L'antique Saline

C'est par cette route qui permettait d'aller de Cimiez à Embrun que le Christianisme dut pénétrer assez tôt à Saline. Mais lui vint-il d'Embrun ou de Cimiez ?
De même que les Romains n'avaient pas modifié les modes de groupement des populations autochtones, l'Eglise des premiers siècles adopta, à son tour, les divisions de l'administration civile romaine. La civitas fut généralement choisie comme circonscription ecclésiastique et son chef-lieu fut le siège de l'évêque.
Christianisée, Saline devint donc le siège d'un évêché : Claudius, évêque des Saliniens, est présent au concile de Riez en 439. Mais cet évêché n'eut qu'une existence éphémère. Il disparut dès le début du Vie siècle au profit de Senez, dont le premier évêque connu, Marcellus, est mentionné en 506.
Castellane gardera très longtemps la nostalgie de son évêché et cherchera, à plusieurs reprises, à reprendre son rang épiscopal. Des évêques de Senez eux-mêmes (Elzéar de Villeneuve en 1485, Jean Clausse en 1560, Louis-Anne Aubert de Villeserin en 1653) tenteront d'y transférer leur siège. D'autres y feront leur résidence. Tels Mgr Soanen qui y bâtira un beau palais, dit Laurensi, avec cette inscription en lettres d'or sur le portail : Dom us episcopalis; et les administrateurs de son diocèse après son exil, Jean dise de Saléon, puis Louis-François-Gabriel d'Orléans de La Motte. Quant à Mgr de Votante, nommé évêque à la mort de Mgr Soanen, il partagera sa demeure entre Senez et Castellane.
De l'antique Saline que reste-t-il de nos jours ? Un nom, semble-t-il, celui d'un quartier, la Salaou, près de Notre-Dame-du-Plan, quelques vestiges archéologiques, ceux d'un théâtre peut-être, des inscriptions funéraires, des restes de colonnes, des urnes, des pièces de monnaie (des médailles comme on les appelait aux siècles derniers) trouvés fortuitement dans le sol, des bornes milliaires retrouvées aux environs. Notre-Dame-du-Plan a succédé à la cathédrale paléochrétienne, et des églises, qui devaient avec celle-ci former le complexe épiscopal, on n'a que les noms, Saint-Jean, Saint-Pierre et Saint-Laurent, mentionnés dans une charte de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille, en 1043.
Déjà affaiblie par les ravages des Lombards et sans valeur défensive, Saline ne put faire face aux Sarrasins, hordes de pillards plutôt que guerriers musulmans, qui dévastèrent la région durant les IXe et Xe siècles. La capture de saint Mayeul, abbé de Cluny, date du 22 juillet 972.

Castellane aux X et XIe siècles

Pour survivre, la population chercha refuge sur le Roc, à la fois point d'accès difficile et poste d'observation. C'est là que les chartes la situent au XIe siècle.
La butte rocheuse servit d'appui à un castrum qui est sans doute à l'origine de la famille de Castellane, des Austrasiens émigrés du Mâconnais en Provence, que l'on signale officiellement à Castellane au début du XIe siècle : en 1053, l'un d'eux, Aldebert, fort âgé, restitue à l'abbaye de Saint-Victor des biens qu'il détient injustement sur le Roc et qui étaient autrefois, avant les invasions sarrasines, un alleu de l'abbaye implantée depuis longtemps à Castellane. Saint-Victor avait en effet besoin de bons pâturages d'été pour ses moutons.
Un peu en contre-bas, au nord, sur un terrain moins accidenté s'édifia Petra Castellana. Le castrum, camp retranché, avait rapidement fait place à un castellum, un château-fort.
Salin cependant, détruite en partie par les Sarrasins, dépeuplée et dévastée à maintes reprises par les crues du Verdon, ne semble pas avoir été complètement abandonnée. Son église Notre-Dame-du-Plan est mentionnée dans la charte de 1043. C'était l'église d'un prieuré de Saint-Victor auquel elle avait été donnée en 1040. Elle était également église paroissiale et le restera jusqu'au XVe siècle. Ce que l'on peut encore en voir remonte au XIIIe siècle.
Jusqu'en 1262 l'histoire de Castellane se confondra avec celle de ses barons. En échange de sa sécurité Castellane leur donna son nom.
Lorsqu'en 1189 Boniface III fut sommé de prêter hommage à la Provence, il fit fièrement comprendre à Alphonse d'Aragon qu'il était après Dieu seul maître à bord dans son fief de Castellane, "que ses prédécesseurs, rapporte Laurensi, avaient conquis cette souveraineté par leur valeur en donnant la chasse aux Sarrasins. Ne devant qu'un très vague et très lointain hommage à l'empereur, les barons de Castellane étaient en fait de véritables souverains.
Leur baronnie comprenait toutes les communes des cantons actuels de Castellane, de Saint-André et de Senez.

Poésie de Barberousse

Leur cour, écrit Gras-Bourguet, "était composée d'hommes d'un rare mérite, de femmes d'une grande beauté, elle plaisait beaucoup à l'empereur Frédéric Barberousse qui lui prodiguait des louanges dans ses poésies.
Les vers suivants sont attribués à ce monarque :
"Plas mi, cavalier [rances Et la dona catalana
Et l'onrar del Ginouves
Et la cour de Castellana."
Me plaisent chevalier François Et la dame catalane
Et l'honneur du Génois
Et la cour de Castellane

Église et château-fort

En même temps qu'un château-fort une église dédiée à la Vierge avait été bâtie sur le Roc. Ce fut probablement, à l'origine, la chapelle du château. On la mentionne dès le XIIe siècle. Ruinée plusieurs fois, elle fut reconstruite notamment vers 1590, puis de nouveau au XVIIIe siècle. Elle laisse "encore voir, remarque Jacques Thirion, de notables fragments de murs en bel appareil de la fin du XIIe siècle. " Une statue de la Vierge la surmonte depuis 1876. Notre-Dame-du-Roc est devenue après les guerres de religion un haut lieu de pèlerinage.
Petra Castellana eut aussi son église, Saint-André-du-Roc, paroissiale celle-ci, dont il ne reste que des ruines du début du XIIIe siècle. Dès la fin du XIe siècle cependant ses habitants qui avaient retrouvé une certaine sécurité avaient commencé à descendre dans la vallée sur un petit mamelon voisin de Salinœ. Petra Castellana fut finalement abandonnée au XIVe sans doute à la suite de la terrible peste noire de 1348, celle qui dépeupla, dit-on, les trois parties du monde (on n'en connaissait pas encore cinq à l'époque). Son enceinte sera démolie en 1390.

Le bourg de Castellane

Le nouvel habitat qu'on allait appeler le "bourg" se constitua au cours des XIIe et XIIIe siècles. En 1359 on le ceindra de murs dont il subsiste une tour, la Tour pentagonale, et des portes.
Pour éviter à la population d'être tiraillée entre les deux paroisses de Notre-Dame-du-Plan et de Saint-André-du-Roc, on édifia, dans la première moitié du XIIIe siècle, au centre du bourg, sur un terrain appartenant à l'abbaye marseillaise, une nouvelle église, Saint-Victor. Le nouveau prieuré ainsi fondé fut uni à celui de Notre-Dame-du-Plan, au prieur duquel fut confiée la nouvelle paroisse. Grandissant avec le bourg, celle-ci finit par devenir au XVe siècle l'unique paroisse de Castellane.
Saint-Victor fut l'église paroissiale de Castellane jusqu'au 7 mai 1876.
De même que la population était descendue de Petra Castellana vers le bourg, les barons de Castellane se firent bâtir un grand château dans la vallée, qui sera ensuite le couvent des Augustins.
Mais leur pouvoir était sérieusement menacé. Déjà en 1189 Boniface III, après avoir tenu tête au comte de Provence, Alphonse d'Aragon, avait dû se résigner à venir à Grasse lui rendre hommage.
Ce fut toutefois le mariage de Béatrix, héritière des Raimond-Bérenger, avec le frère de Saint-Louis, Charles d'Anjou, qui mit fin à la présence des Castellane à Castellane. Le nouveau comte était bien décidé à régner sur toute la Provence. Dès le 15 juillet 1250 il avait érigé la baronnie de Castellane en bailliage et y avait institué une cour de justice. Douze ans plus tard, saisissant l'occasion d'une participation de Boniface VI à une rébellion marseillaise, il s'empara de la cité de Castellane et de la citadelle. Boniface n'eut que le temps de s'enfuir par un souterrain. La baronnie de Castellane était confisquée et devenait terre comtale.
Ainsi prenait fin, en juillet 1262, l'histoire commune d'une ville et de ses barons, une histoire longue de trois siècles.

Privilèges

Dans une charte du 11 juillet 1252 Boniface VI avait accordé un certain nombre de privilèges à ses sujets : le baron ne pouvait rien statuer ni les juges condamner quiconque sans le consentement des notables de la ville; les habitants qui voulaient s'expatrier pouvaient emporter tous leurs biens; les testaments étaient validés; les foires devaient être franches de tout péage; les habitants étaient exempts d'impôts, sauf, en particulier, le cas où le baron achèterait une terre ou serait fait prisonnier, de même que ses enfants...
Tous ces privilèges furent confirmés par les souverains de la maison d'Anjou et d'autres furent encore concédés : la ville de Castellane devenait inaliénable et inséparablement unie au comté de Provence (clause très importante qui empêcha notamment le roi René d'aliéner Castellane et ses terres à un seigneur napolitain, Sualion de Spinolis; puis plus tard les rois Henri III et Louis XIV d'en donner la baronnie, l'un à Renée de Rieux en 1577 et l'autre au duc de Chatillon en 1657); les habitants ne pouvaient être obligés de porter les armes pour le roi hors du comté de Provence, Forcalquier et terres adjacentes; ils étaient tous francs et libres, exempts de tout péage en Provence...
Ces privilèges seront de nouveau confirmés par Louis XII, le 20 mai 1500.

Sous la dynastie angevine

Le nom de Charles II d'Anjou reste attaché à la fondation d'un couvent d'ermites de Saint-Augustin à Castellane. Le souverain les installa d'abord dans une maison du faubourg Saint-Martin (qui deviendra ensuite hôpital), aujourd'hui la Bourgade, puis leur donna l'ancien château des Castellane, hors les murs, non loin de la porte de l'Horloge. Il leur fit de plus bâtir une grande église qui, pour plus de commodité, fut orientée au sud et dont la sacristie fut l'ancienne chapelle du château. Les religieux y demeureront jusqu'à la Révolution.
Mais Castellane ne vécut pas que des jours heureux sous la dynastie angevine.
Elle eut à subir la peste de 1348. Raimond de Turenne l'assiégea en 1390, mais ne put s'en emparer. Il démolit, par contre, le pont qui venait d'être refait et qu'il fallut reconstruire. Par ailleurs de terribles crues du Verdon mal endigué, dévastèrent toute la plaine, pénétrèrent jusque dans la ville, démolissant les maisons, comblant les rues de gravier et de sable. On dut construire une digue dont l'entretien fut toujours une des préoccupations majeures de la communauté.
Celle-ci, dit Laurensi, tenait indifféremment ses assemblées, jusque vers l'an 1446, à la place de la Grave (aujourd'hui place Marcel Sauvaire), au cloître des Augustins, devant la cour de justice et même dans l'église Saint-Victor. Seule la cour de justice avait son local attitré qui se trouvait en 1366 devant l'église Saint-Victor. Par la suite la cour et la communauté se partagèrent une maison dans l'enceinte de la ville, près de la porte de Saint-Augustin (porte de l'Horloge), que leur désempara le chapitre de Senez.

La forteresse du Roc

En 1481 Castellane, avec toute la Provence, passait sous la couronne de France.
Comme beaucoup d'autres places fortes du Pays, la forteresse du Roc qui avait été soigneusement conservée et entretenue par les Angevins aurait été démolie et rasée par ordre de Louis XI en 1483. Notre-Dame-du-Roc fut-elle épargnée ?
Le viguier remplaça le bailli. Puis en 1640 Castellane devint le siège d'une sénéchaussée dont la juridiction comprenait deux chefs-lieux de viguerie (Annot et Guillaumes), deux villes épiscopales (Senez et Glandèves-Entrevaux), deux places de guerre (Entrevaux et Guillaumes). La sénéchaussée mettait Castellane au rang des notables villes de Provence.
Sur le plan commercial son union à la France lui permit de bénéficier d'une sorte de marché commun avec les provinces voisines.

L'invasion de Castellane par Charles-Quint

Les Castellanais connurent une existence paisible jusqu'à l'invasion de la Provence par Charles-Quint en 1536. La ville ne fut pas attaquée mais en paya durement le prix. Pour forcer l'envahisseur à se retirer, François Ier avait ordonné de pratiquer la politique de la terre brûlée : tous les fruits de la campagne furent détruits, les moissons et les foins brûlés, les vins des caves répandus, le blé des greniers jeté dans les puits, les troupeaux cachés dans les plus hautes montagnes. On démolit aussi tous les bâtiments pouvant servir à l'ennemi : le clocher de Notre-Dame-du-Plan fut abattu, des maisons furent rasées à l'extérieur des murs (l'hôpital de Saint-Martin ne fut pas épargné).
En 1551 ce fut une violente crue du Verdon qui éprouva Castellane : la rivière submergeant la digue déborda avec tant d'abondance qu'on pouvait la toucher du haut du pont.
Mais bien plus terribles encore y furent les guerres de religion, ces guerres fratricides au cours desquelles catholiques et protestants s'entrégorgèrent et s'étripèrent, rivalisant de cruauté et d'intolérance. En Provence c'est à Castellane qu'en fut donné le signal. Un seigneur de Caille, de la famille des Brun de Castellane, y fut un des premiers adeptes de la Réforme. Son exemple ne tarda pas à entraîner deux jeunes officiers de la maison de Richieud, Antoine et Paul de Mauvans.
Une prédication d'un cordelier fanatique, au temps du carême 1559, mit le feu aux poudres. Excitée, la population se rua, menaçante, rue Soubeirane contre la maison du sieur de Caille où se tenait un prêche. Pris de panique les protestants tirèrent sur la foule, faisant trois morts et plusieurs blessés. C'était le signal de la guerre.
Lynchages de protestants et représailles se succédèrent. En 1560, tandis que son frère Paul était à Aix pour demander au Parlement justice de dommages subis par les protestants, Antoine de Mauvans, à la tête d'une petite troupe, incendia l'église du couvent des Augustins et en démolit le cloître (le couvent sera reconstruit en 1582). Notre-Dame-du-Roc fut aussi saccagée; et brûlé le mobilier liturgique des églises de Notre-Dame-du-Plan et de Saint-Victor.
Le cruel assassinat d'Antoine de Mauvans, à Draguignan, marqua encore une escalade dans la violence. Son frère Paul n'aura de cesse de le venger jusqu'au jour où il sera tué, à son tour, au cours d'une échauffourée avec le duc de Montpensier, le 25 octobre 1568.
La guerre cependant s'organisait. Castellane avait renforcé ses fortifications et les avait étendues au faubourg de Saint-Michel. Le baron d'Allemagne et le duc de Lesdiguières décidèrent de s'emparer de la ville. Raisons politiques et militaires sans doute, mais sans doute aussi attachement sentimental : l'un et l'autre avaient du sang des Castellane. Le baron d'Allemagne descendait directement de
Boniface III, le duc de Lesdiguières était fils de Françoise de Castellane Saint-Juers.
Peut-être auraient-ils réussi dans leur dessein. Malheureusement pour eux ils furent aperçus par une pauvre femme qui ramassait du bois du côté de l'Escoulor, et l'alarme fut donnée à Castellane. La défense fut héroïque notamment à la porte de l'Annonciade et le baron d'Allemagne et le duc de Lesdiguières durent battre en retraite le 31 Janvier 1586. Chaque année la Fête des Pétardiers commémore cette journée historique.

Couvents et religion

Ayant à réparer les misères physiques et morales du XVIe siècle, le XVIIe apparaît comme celui de l'institution ou de la rénovation de nombreux établissements et associations charitables, en même temps que de la fondation de quantité de couvents. A Castellane on reconstruisit l'hôpital de Saint-Martin au faubourg du même nom où il restera jusqu'en 1860. Cette année-là il sera réinstallé dans l'ancienne demeure de Mgr Soanen et son ancien bâtiment sera transformé en caserne de gendarmerie. On créa des confréries de miséricorde, de pénitents, blancs en 1600 (dont la chapelle sera dans l'ancienne maison épiscopale de Mgr Clausse), bleus en 1667 (leur chapelle sera celle de Saint-Joseph, place de la Grave). Hôpital et confréries existantes furent d'un grand secours lors de l'épidémie de peste de 1630.
A Mgr Louis Duchaine, évêque de Senez, on doit la fondation de trois établissements religieux : le fameux couvent de la Visitation et ceux des Pères de la Merci et de la Doctrine chrétienne.
Le couvent de la Visitation fut fondé en 1644 et l'église bâtie en 1665. Les religieuses arrivaient d'Apt sous la conduite du prévôt de Saint-Jacques-de-Barrême, Honoré Bouche, le célèbre historien de la Provence. On leur aménagea d'abord une maison de la place des Augustins. Celle-ci étant devenue trop petite (on comptait vingt religieuses en 1650), la communauté fit l'acquisition de plusieurs maisons contiguës; elle achètera même celle de Mgr Soanen en 1734. Un moment jansénistes avec Mgr Soanen, les visitandines reprendront ensuite, peu à peu, non sans difficultés, le chemin de l'orthodoxie. Elles resteront à Castellane jusqu'à la Révolution. Le monastère de la Visitation comprenait la mairie actuelle, la maison Tourniaire-Autran et, après le départ de Mgr Soanen pour la Chaise-Dieu, la maison du prélat qui sera en 1860 partagée entre l'hôpital et un pensionnat de jeunes filles fermé en 1903. La porte de l'ancienne église de la Visitation est encore visible près de la tour de l'Horloge. On y accède par plusieurs marches. Mgr Soanen tint ses synodes dans cette église et y fit de nombreuses ordinations.
Les Pères de la Merci demeurèrent d'abord à Notre-Dame-duRoc en 1663, puis dans une maison qu'ils firent bâtir en 1672 sur les remparts de la ville (près du départ de l'actuel chemin qui monte à Notre-Dame-du-Roc). Leur nombre fut toujours très réduit, si bien que leur couvent fut supprimé dès 1747.
Quant aux Doctrinaires appelés par Mgr Duchaine en 1651, ils passèrent très peu de temps à Castellane, le séminaire de Senez n'ayant pu être transféré dans cette ville. Durant leur bref séjour ils habitèrent une maison attenante à la grande Tour sur la Grave. Si au XVIIe siècle de nombreux couvents étaient apparus à Castellane, il en était aussi disparu un, celui des Pères servites, dits de l'Annonciade, les religieux n'ayant jamais oublié que leur première maison avait pris naissance au sanctuaire de l'Annunziata près de Florence. De leur couvent de Castellane il reste un nom, celui de la porte de l'Annonciade, ouverte dans les remparts au XVIe siècle et près de laquelle devait se trouver leur maison à l'intérieur de l'enceinte.

Tourments au XVIIIe siècle

Le XVIIIe siècle commença mal pour Castellane. En 1702 l'eau du Verdon monta jusqu'aux portes de l'église Saint-Victor. En 1709 la rigueur de l'hiver fit périr quantité d'arbres et geler les eaux de la rivière que l'on passait à pied sec. On devait briser la glace pour se procurer de l'eau. Un début de famine s'ensuivit.
Le milieu du siècle fut non moins désastreux. Castellane dont les fortifications tombaient en ruines, ne put se défendre contre l'armée des Austro-Sardes coalisés contre la France et l'Espagne. En 1746 Français et Espagnols avaient subi une grave défaite à Plaisance et avaient dû battre en retraite. Plus de cinq cents blessés avaient été amenés à Castellane au mois d'octobre. Pour les accueillir on avait réquisitionné le couvent des Augustins. Les Austro-Sardes suivaient de près. Le 30 novembre ils entraient dans Grasse et le 17 décembre le chevalier piémontais Machaolico se présentait aux portes de Castellane. Il fut reçu sans combat. Mais le lendemain matin, attaqué à la pointe du jour par le chevalier de l'Enfrenet, il fut obligé de se retirer après un bref combat sur la place de la Grave. Ce succès ne fut cependant que de courte durée. Quelques jours plus tard arrivait une armée de deux mille Piémontais et Espagnols sous les ordres du marquis d'Ormea. L'Enfrenet, dont les troupes étaient inférieures en nombre, s'empressa de quitter la ville. Ce fut Mgr de Vocance qui se porta à la rencontre de l'ennemi. Impressionné par l'accueil du prélat, le marquis d'Ormea promit de respecter la ville et tint sa promesse. Enfin après une occupation de vingt jours Castellane fut délivrée par le marquis de Maulevrier, le 21 janvier 1747.
Les effets de cette occupation se firent longtemps sentir. La "communauté, dit Laurensi, ayant été obligée de faire d'énormes dépenses, soit en contributions, soit pour des extorsions, soit pour des députés, des présents, des gratifications, et pour mille autres choses inévitables, outre une quantité prodigieuse de blé, de moutons, de bœufs et de fourrage qu'elle avait été contrainte de fournir, se trouva épuisée, accablée de dettes à l'arrivée des Français, qui l'épuisèrent encore davantage par leur multitude et par les dommages qu'ils firent dans les églises et dans les maisons des particuliers où on les avait logés par centaines".
Puis, pour finir, ce fut la Révolution...

Castellane à la Révolution

Castellane en connut les bouleversements d'ordre général et local, les espoirs, les désillusions, les excès et la misère.
Dès le 21 novembre 1790 le conseil général de la commune reconnut que si "l'établissement d'un district en cette ville avait fait l'objet du vœu de tous ses citoyens", ceux-ci "n'avaient pas prévu qu'ils seraient circonscrits dans une très petite étendue de terrain composée de trois vigueries seulement, pauvres et peu nombreuses en population, et dont l'affouagement" s'élevait "à peine à quatre-vingts feux; qu'ils n'en avaient ni combiné la dépense ni calculé les forces ni balancé les avantages avec la perte".
"La misère est extrême, lit-on dans une autre délibération du 25 novembre suivant, la récolte des grains a manqué et le prix du bled est excessif; le riche est réduit à la nécessité de laisser ses possessions sans culture et le pauvre qui trouvait dans son travail une ressource à ses besoins, est obligé de rester oisif et de traîner des jours malheureux, les impositions de cette commune sont accablantes".
Le ton est le même dans la délibération du 18 janvier 1791: "Ce district, le plus pauvre de toute la France, sous un ciel âpre, avec un sol dur, ingrat, sans commerce, manquant même des moyens d'industrie, soumis à la loi, chérissant son Roi... est dans la misère la plus extrême, les limites de ce district ont été rétrécies d'une manière impolitique, même pour ses voisins, et ruineuses pour lui- même, nos législateurs ont été sans doute induits à erreur lors de sa formation, nous en espérons le redressement, mais en attendant, nous voyons avec la plus vive douleur que les frais de la justice administrative sont d'une charge excessive et qu'ils excèdent la mesure de ses moyens... nous devons instruire nos législateurs de l'excès de la dépense et que l'avantage qu'ils ont cru nous faire, est un préjudice pour la nation".
Le calme cependant régna dans Castellane jusqu'au 25 septembre 1791.

Problèmes d’Évêchés 

Le 20 février 1791, pressé de prêter le serment constitutionnel, le prieur-curé Laurensi (l'historien de Castellane) avait ajouté à la formule rituelle sauf la religion. Il avait aussi refusé, peu après, de reconnaître le nouvel évêque constitutionnel de Digne. Sa destitution était devenue inévitable; il exerça toutefois ses fonctions jusqu'au 16 août, car il fallait lui trouver un remplaçant.
Mais lorsque le 25 septembre l'abbé Déodet, qui avait été élu le 8 août, voulut prendre possession de sa charge, le peuple, réuni devant l'église Saint-Victor, s'y opposa. Il fut alors décidé de faire intervenir la garde nationale, mais aucun de ses hommes ne se présenta. "Le populaire, lit-on dans un rapport conservé dans les délibérations du conseil de la communauté, se réunit sur le passage de M. Déodet, se rassemble en foule au-devant de la porte de la paroisse, élève sa voix, redouble ses menaces, la bierre est sortie et exposée au-devant de la  paroisse; le curé n'arrivant pas, la bière, une pelle et deux pioches sont promenées par quatre enfants dans toute la ville et apportées au-devant de la maison du Poilroux où Déodet était logé..." Le pauvre Déodet n'insista pas. Ce sera le vicaire Honoré-Victor Marie, élu curé constitutionnel de la paroisse, qui prêtera serment le 8 juillet 1792.
Le département dut accorder au prieur-curé Laurensi, le 27 septembre 1791, la permission de dire la messe en l'église des Augustins. Les religieux avaient quitté leur couvent vendu comme bien national, mais leur église gardait son prestige. De nombreux Castellanais y avaient leurs sépultures, il était impensable d'y toucher. L'église, est-il rapporté dans une délibération du conseil de la communauté "dans laquelle reposent les cendres de nos pères depuis des siècles, sera conservée en l'état qu'elle se trouve, tant par le respect que nous devons à ses mêmes cendres qui nous sont sy pressieux, que pour la grande commodité de nos concitoyens".
Force était aussi de reconnaître que Castellane était très partagée sur le plan religieux. Le maire le reconnaît formellement dans une déclaration du 20 décembre 1791 :

Déclaration de 1791

"MM. vous n'ignorés pas que MM. Carbonel, Andrau et moy (J. Bapt. Perrone) avons acquis les domaines nationaux qui appartenoient aux cy-devant religieux augustins de cette ville, consistant entre autres à l'église, sacristie et clocher attenant à leur couvant et aux parties orientales et occidentales des bâtiments qui composaient le monastère, que notre objet dans cette acquisition a moins été de satisfaire notre goût et faire notre avantage, que de donner à la municipalité des preuves de notre désir à concourir à son augmentation et d'assurer la paix et à la tranquillité de nos compatriotes; que deux cultes partageant la ville, nous n'avons pas cru pouvoir mieux remplir le but que nous nous étions proposés que d'offrir et engager à accepter l'église et ses dépendances à ceux qui, professant un culte non salarié par la nation, se trouvaient en dépourvu d'une maison où ils pussent librement se rassembler et pratiquer décemment et sans gêne les cérémonies qu'ils ont adopté dans leurs opinions religieuses; que nous recevons déjà la plus doute récompense que nous pussions espérer de notre bienfait, chaque culte jouit de la liberté qui lui est accordée par la constitution du royaume, et chaque habitant, adorant l'éternel dans la forme qu'il croit lui être la plus agréable, se rend tranquillement à la maison destinée au culte qu'il professe avec la même tranquillité les concitoyens se rendre à la leur; que quoique l'église, sacristie et le clocher des cy-devant religieux augustins leur ayent été vendus sans aucune espèce de réserve, que par conséquent tout ce qui y émit placé à perpétuelle demeure soit compris à la vente, les administrateurs du département des Basses-Alpes prétendent néanmoins aujourd'huy que les cloches n'en font point partie, que l'assemblée nationale n'a point entendu vendre les cloches avec les bâtiments où elles se trouvoient, que c'est un meuble à raison duquel elle a pris une détermination particulière, que nous ne pouvons les conserver, et en conséquence a donné ordre aux administrateurs du district de cette ville de les faire mettre en pièces et transporter à la ville de Digne, que quelque peu fondée soit la prétention du département, nous n'avons pas cru devoir nous y opposés directement, nous nous sommes seulement empressés sur la connoissance que nous en avons eu de prier MM. les administrateurs du directoire du district de nous donner quelques jours pour prendre une détermination ultérieure, présumant que le culte des non-conformistes souffriroit infiniment de la privation des cloches et ne mettant pas de doute que des objets qui peuvent concerner la moitié de la ville ne doivent être pris en considération par la communauté..."

Augustins et confrérie des pénitents blancs et bleus

Mais face aux extrémistes cette tolérance ne pouvait durer bien longtemps. Le 1er mai 1792 le prieur-curé Laurensi dut quitter Castellane.
Lorsque, sur ordre de Mgr de Bonneval, évêque de Senez, il rentrera d'Italie en septembre 1795, c'est encore en l'église des Augustins qu'il reprendra ses fonctions. Il les y exercera jusqu'en septembre 1797, époque à laquelle une nouvelle vague de persécutions l'obligera à se cacher. Et la paix revenue, c'est de nouveau aux Augustins qu'il reviendra, le 30 novembre 1800, avant de reprendre possession de l'église Saint-Victor.
Dans une partie du couvent fut installée, dès 1793, une école d'enseignement public dans le but "d'éduquer les jeunes citoyens et de leur faire humer les bases et principes de la Grande République". Plus tard, de 1878 à 1898, les frères de Saint-Gabriel y ouvriront un collège. En 1913 le prince de Monaco se rendra acquéreur des anciens bâtiments conventuels pour les colonies scolaires de la Principauté.
Dès les débuts de la Révolution furent aussi vendus comme biens nationaux l'église Notre-Dame-du-Plan (qui sera transformée en filature) et le couvent de la Visitation que les religieuses quittèrent le 2 octobre 1792.
On vit encore la suppression des confréries de pénitents blancs et bleus. De ces pénitents, seuls les bleus reparaîtront sous la Restauration. On les voit figurer sur deux tableaux ex-voto à Notre-Dame-du-Roc, en longues processions, l'une à l'occasion d'une épidémie de choléra en 1835, l'autre lors d'une épidémie de petite vérole en 1870. Leur chapelle Saint-Joseph fut choisie, le 14 février 1793, avec tout son mobilier, comme église-oratoire; elle fut souvent aussi le siège des assemblées communales ordinaires, les assemblées générales se tenant habituellement aux Augustins. Elle sera rachetée en 1804 et rendue au culte.
En mettant fin à l'évêché de Senez, la Révolution portait, en outre, un préjudice à Castellane maintes fois ville résidentielle de ses évêques.

Castellane au XIXe siècle

De la Révolution Castellane avait connu les levées d'hommes, les réquisitions et les exactions de toutes sortes qu'entraînent toujours les guerres. Elle les connut encore sous l'Empire.
Aussi, lorsqu'au retour de l'île d'Elbe, Napoléon s'arrêta dans la ville, y fut-il accueilli avec plus de curiosité que de sympathie et obtint-il sans difficulté trois passeports en blanc, signés par le maire. Une plaque apposée au-dessus de la porte de l'ancien hôtel de la sous-préfecture où il déjeuna, commémore ce passage.
De chef-lieu de district Castellane était devenue sous-préfecture. Supprimée en 1926, en même temps que le tribunal qui avait succédé à la cour de sénéchaussée, la sous-préfecture fut rétablie en juin 1942.
Au XIXe siècle fut construite une nouvelle église paroissiale. Celle de Saint-Victor, rendue au culte le 13 octobre 1802, était devenue trop petite par suite de la suppression des couvents dont les Castellanais fréquentaient beaucoup les églises. Elle était aussi en fort mauvais état.
Le 16 Mai 1869, Mgr Meirieu, évêque de Digne, bénit et posa la première pierre de la nouvelle église dédiée au Sacré-Coeur. Dans cette pierre avaient été placés plusieurs pièces de monnaie de Pie IX et de Napoléon III, un morceau de l'Agnus Dei béni par le Pape et ayant la vertu d'écarter la foudre, croyait-on, les armoiries de la ville et l'inscription de fondation.

Fin XIX, début XXe siècle

Après avoir été Génie le 26 octobre 1873 par le curé-doyen Nestolat, l'église fut consacrée solennellement, le 7 mai 1876, par l'archevêque d'Aix, Mr Fourcade, assisté de Mgr Meirieu.
Devenue, à son tour, trop petite, l'église du Sacré-Cœur fut agrandie en 1896. On lui ajouta deux nefs latérales, elle perdait ainsi sa forme de croix latine. Commencés au mois de juillet, les travaux furent terminés en décembre.
Si l'année 1876 fut celle de la consécration d'une nouvelle église, elle fut aussi fort malheureusement celle de la disparition de l'église des Augustins. Cette église qui avait traversé sans trop de dommages la tourmente révolutionnaire grâce au respect que lui portaient les Castellanais, fut démolie pour permettre l'élargissement d'une route, le boulevard Saint-Michel. Perte irréparable que l'on aurait pu éviter par un tracé de route différent.
L'ancienne chapelle du château des Castellane - d'une construction donc antérieure à 1262 - a été préservée. Désaffectée en 1898, puis rendue au culte en 1915, elle est actuellement placée sous le vocable de Saint-Joseph, pour rappeler sans doute le souvenir de l'ancienne chapelle des pénitents bleus, du même nom, démolie en 1911, elle aussi dans un but d'utilité publique.
Les élections législatives de l'extrême fin du XIXe siècle et des premières années du XXe furent l'occasion, dans l'arrondissement de Castellane, de la candidature du fastueux comte Boni de Castellane, dont le nom ne pouvait qu'avoir une résonnance historique aux oreilles du pays castellanais. Le souvenir de ses campagnes électorales (1898-1905), au cours desquelles il distribua l'or à pleines mains et qui donnèrent lieu à d'amusantes anecdotes, est resté en quelques mémoires.
Puis Castellane vécut, il y a peu d'années, à l'heure des grands barrages. C'est maintenant le tourisme qui la fait vivre.
De ces longs siècles d'histoire castellanaise il semble bien qu'il faille particulièrement retenir le XIIIe. C'est un "grand siècle", celui où l'on construisit à la fois Notre-Dame-du-Plan, Saint-André-du-Roc, Saint-Victor, le château des Castellane et le bourg. Castellane se couvrit de monuments religieux et civils. Un aphorisme devenu proverbe ne dit-il pas que "quand le bâtiment va tour va ?" Cette prospérité générale Castellane la devait à la sage administration de ses puissants barons. Ne fut-elle pas la cause profonde de la conquête angevine ?
Marie Madeleine Viré

Le site de Ducelia

Les premières peuplades du moyen Verdon nous ont laissé de très rares témoignages de leur présence et de leur mode de vie. Toutefois quelques découvertes archéologiques ont déjà démontré une activité humaine dès la haute antiquité, dans les basses gorges de Beaudinard, à Moustiers, La Palud, Rougon, Moriez, Allons...
Aux descendants des primitifs de l'âge de bronze se mêlèrent peu à peu des migrants d'origine mal connue. Des groupes ethniques se formèrent et l'édification de petites cités succéda à l'habitat ancien dispersé dans les grottes naturelles. Ainsi se constitua le peuplement autochtone ligure, entouré des Ibères, des Celtes et des Italiotes. Chaque tribu de cet ensemble resta attachée à son domaine, même quand des fédérations s'organisèrent. Le cloisonnement et le relief des Alpes du sud déterminaient tout naturellement l'individualisme et l'activité de ces montagnards du sud-est : ils fixaient leur habitat, oppidum ou castellaras, sur les hauteurs moyennes, assez voisines des terres cultivables, mais assez dégagées pour faciliter les observations lointaines et assez sûres pour offrir une protection contre les hordes animales ou les bandes de pillards.
C'est ainsi que la peuplade primitive du territoire castellanais, les Suetrii, s'établit d'abord sur un point culminant près d'une source salée, "la salaou", sur la rive droite du Verdon, en bordure de l'actuel plan de Castellane. "Le nom préromain du chef-lieu de la peuplade des Suetrii était Ducelia" (Guy Barruol). Le toponyme figure dans deux chartes du Cartulaire de Saint-Victor de Marseille analysées en 1942 par N. Lamboglia : l'une de 1038 : "Petram Cas-tellanam, castrum sive villam que antiquitus vocata est Ducelia"; l'autre de 1040 : "... in loco vel villa que vocatur Petra Castellana, Duselia, sive Cimiranis ..."
Le toponyme Ducelia était ignoré des anciens historiens de Castellane, Laurensy, J. J.M. Féraud, Louiquy et Gras-Bourguet.

Hypothèses concernant Ducelia

L'implantation de Ducelia a suscité trois hypothèses :
  • sur le Roc lui-même, site qui aurait été abandonné pendant la paix romaine puis réoccupé au moyen-âge ? (ce qui laisserait supposer que la source de la Salaou n'avait pas intéressé les premiers Ligures).
  • sur la colline de Signal (côte 812) ? Excellent observatoire, où pourtant aucun indice préromain n'a été découvert jusqu'à ce jour.
  • sur l'éperon rocheux, barre de la Baume Fine, qui domine la Salaou ?

Sur l'éperon rocheux qui domine la Salaou

Une prospection minutieuse a été entreprise sur ce troisième site par un archéologue amateur, Jacques Félisat, de souche castellanaise, disciple du Dr Donnadieu et de M. Gérin-Ricard. Les recherches effectuées au cours des étés de 1956 à 1968, ont permis de mettre en évidence les vestiges d'un habitat primitif et d'un oppidum sur les terrasses de cet éperon rocheux, au-dessus de la Salaou et à l'est du hameau de Brayal. Les pièces recueillies ont été les suivantes : pointes de flèches, polissoirs et grattoirs en silex; hache de pierre polie; éclats d'os (avec traces de polissage ou de sciage); pointes de bronze; empreinte de vannerie tressée prise dans un fragment d'argile; fragments de poterie : plusieurs anses et fonds de vases - débris appartenant à des vases de grande taille, faits d'une argile jaune sans aucun grain de calcite et comportant un rebord décoré de trous - débris de poterie sigillée - fragments avec anse, nervure circulaire et décoration sur la bordure - fragment décoré de pointillé et chevrons - fragment de vase bleu (gallo-romain).
Le sondage a également révélé l'existence d'un abri et de murs en pierres sèches. Habité sans doute depuis la préhistoire, puis aménagé par les Ligures, ce site paraît bien être l'oppidum pré-romain appelé Duce-lia. Lieu de refuge en cas de péril (E. Baratier) ce site a été remplacé, à l'époque de la paix romaine, par Salin également proche de la Salaou, mais dans la plaine à l'ouest du plan de Castellane.
Le sondage limité, mais d'un intérêt majeur, conduit par Jacques Félisat n'a pas porté atteinte au gisement. Nous souhaitons, avec Jacques Felisat, que des fouilles plus poussées, confiées à des équipes spécialisées, puissent confirmer les résultats déjà acquis et lever définitivement toutes les incertitudes.
Dr Gabriel Gillybœuf (Recherches de Jacques Félisat)

Evolution de la ville de Castellane

Histoire de l'urbanisme dans une petite ville du département.
Castellane, par l'évolution de son implantation au cours des siècles, peut nous faire comprendre l'évolution des villes et des villages de notre département.
Avant l'époque romaine existait déjà un oppidum du nom de Ducelia; il se trouvait sur une des collines qui dominent la petite plaine de Castellane.

La ville romaine

La ville romaine portait le nom de Saline et était la capitale de la peuplade indigène des Suetrii.
Le nom de Saline lui vient d'une source salée, exploitée à l'époque romaine et au Moyen Age et qui se trouvait vraisemblablement au lieu-dit Salaou. Cette source fut comblée au XVIIIe siècle à la demande des fermiers généraux qui voyaient là une concurrence possible à la gabelle.
La création de cette ville romaine a plusieurs raisons :
  • préexistence d'un lieu préhistorique;
  • étape sur une route déjà antérieure à la civilisation romaine et qui va devenir une étape romaine : ce petit bassin est le point de passage obligé d'une route qui unit Haute et Basse Provence. C'est là qu'on traverse le Verdon et le pont roman le montre bien.
  • existence de sources salées.
  • peut-être aussi marché régional et centre administratif puisque Saline deviendra ensuite un évêché.
La plupart des villes romaines sont des points de passage obligés et des étapes. De l'époque romaine au Moyen Age les conditions de transport ont peu changé.
Vue aérienne de Castellane.
Salin était installée dans le bassin entouré de montagnes à la jonction de la vallée du Verdon et du ruisseau de la Palud qui vient du nord entre le bourg actuel à l'est, une colline à l'ouest, une colline au nord et le Verdon au sud, dans la zone où se trouvent les restes de l'église Notre-Dame-du-Plan. On suppose que la ville s'étendait de part et d'autre de la route de Moustiers. C'est dans ce quartier qu'on a trouvé de nombreuses inscriptions antiques.
Salinœ fut le siège d'un évêché connu entre 439 et 442. Il a été transféré ensuite à Senez dont un évêque est mentionné en 506. Une charte de l'abbaye de Saint-Victor dont Notre-Dame-du-Plan était un prieuré en 1043, atteste que cette église a pris la suite de la cathédrale paléochrétienne.

La ville du haut Moyen-Age

Sous la pression des Maures au Ville siècle, Salin va changer et d'emplacement et de nom.
Les habitants vont se réfugier dans une fortification naturelle : Petra Castellana qui va donner son nom à la ville. On a la chance d'avoir encore les restes de cet ensemble qui comprend le castrum avec au sommet une église, Notre-Dame-du-Roc, et la ville fortifiée, dont il ne reste que des débris d'enceinte avec des tours rondes, en amont du côté nord, et la ruine d'une église, Saint-André-duRoc.
La ville du Moyen-Age Est-ce le manque d'eau ou la peste, ou le fait que les villes ont toujours tendance à descendre quand la sécurité augmente. Toujours est-il qu'au XIe siècle, la ville redescend sur une colline à proximité du Castellum dans ce qu'on allait appeler le bourg. Celui-ci se constitue aux XIIe et XIIIe siècles avec, à proximité dans la plaine, le couvent des Augustins bâti au XIIIe siècle et, un peu plus loin, bâtie près de la cité antique, Notre-Dame-du-Plan. Quand les troubles recommencent à l'occasion de la guerre de cent ans qui vit passer en Provence les Grandes Compagnies, on fortifie alors cette nouvelle ville en 1359 en utilisant les pierres de la ville du haut. C'est au centre de ce nouveau bourg que s'élèvera Saint-Victor à la demande des syndics en raison du fait que la majorité des habitants résidaient désormais dans le bourg.
La ville a peu évolué jusqu'à la fin du XIXe siècle où les maisons se sont développées le long des routes d'accès. En 1834, Castellane a 1 300 habitants (le double de maintenant); les campagnes sont fertiles, les plaines irriguées sont riches : ce sont les plaines de La Palud, des Listes, de Notre-Dame et de la Lagne.

Exode rural

A partir de cette date, c'est l'exode rural. Cet exode a été freiné un peu par la construction des barrages de Castillon et de Chaudanne, puis par le tourisme. Depuis quinze ans, c'est l'afflux des résidences secondaires qui empiètent sur le domaine agricole et également le développement des terrains de Camping dont certains sont fort bien aménagés.
Castellane est un exemple caractéristique du développement des petites villes et des villages de Provence avec la ville romaine, la ville fortifiée haute au Moyen Age, la ville fortifiée basse au XIIIe et XIVe siècles dans laquelle les maisons sont extrêmement resserrées, le développement suivant les axes routiers au XIXe siècle, et depuis vingt ans l'éclatement dans toutes les directions et en particulier dans les zones agricoles.
La vue de Castellane, du haut de Notre-Dame-du-Roc permet de confirmer et de préciser cette évolution.
D'abord les maisons enserrées entre les remparts du XIVe siècle : la maison type est une bâtisse étroite et haute, enserrée sur deux côtés. Elle a en général trois ou quatre étages. Sur la rue, l'ancienne écurie ou remise s'ouvre par une large porte. Elle a souvent été transformée en garage. A côté une porte étroite donne sur un escalier étroit lui aussi qui conduit au premier étage où l'on trouve une cuisine et une chambre. Au-dessus se trouvent un ou deux étages, puis les combles avec les greniers et les séchoirs pour les pruneaux et les figues. C'était la maison-type du paysan du XIVe ou du XVe siècle qui cultivait les champs alentour et se réfugiait dans la ville. Ces maisons sont actuellement soit en pierre, soit enduites à la chaux.
Le long des anciens remparts donnant sur la rue Nationale et de part et d'autre de celle-ci se sont développées des maisons plus bourgeoises au XIXe siècle. Elles sont enduites à la chaux parfois colorée avec le tour des fenêtres en blanc. Elles ont des balcons dont le détail des balustrades est du XIXe siècle, des corniches en génoises ou en plâtre. Ce modèle se retrouve autour de la place Marcel Sauvaire interrompu par les restes des tours des remparts du XIVe siècle qui ont été percées de fenêtres par la suite. Ce rythme encore serré des maisons du XIXe siècle est interrompu de part et d'autre du boulevard Saint-Michel, d'un côté par l'ancien couvent des Augustins, de l'autre par l'ancien évêché et l'ancien couvent de la Visitation où se trouve la mairie.
C'est en connaissant l'histoire de la ville que nous pourrons découvrir et déchiffrer les raisons de la forme de ces maisons.

Saint-Pancrace - Digne
Digne
Vallée de la Bléone - Digne
Digne
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