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Castellane, origines et descendances

​Le groupe de bornes milliaires

Des environs de Taulanne sur la voie antique de Castellane à Digne.
Dans l'antiquité et en particulier à l'époque gallo-romaine deux voies importantes mettaient en communication la côte et les Alpes du Sud à travers la Haute Provence.
L'une de Fréjus à Sisteron par Riez; l'autre partant de Cagnes et passant par Castellane et Digne rejoignait la précédente dans la vallée de la Bléone un peu avant la chapelle de Saint-Christol près de Malijai.
Il est important de noter qu'entre Castellane et Digne cette voie avait un tracé totalement différent de la R.N. 85 actuelle, sauf sur une courte distance près de Taulanne.
Dans ses grandes lignes voici son parcours : Castellane - le col de Lègue, en montée presque directe (Taulanne ou plus exactement la chapelle Saint-Pierre) le hameau de la Maurelière puis Senez par la rive gauche de l'Asse.
Ce tracé par la rive gauche est très probable jusqu'à Barrême où la rivière devait être franchie à gué.
De Barrême à Digne c'est l'ancienne route encore bien connue par l'arrière-pays, le passage à Chaudon et la possibilité de regagner la vallée de l'Asse avant Digne par le passage "des portes" près d'Entrages.
Rappelons que les bornes milliaires normalement dressées tous les 1480 mètres le long de la voie, sont de gros blocs de pierre généralement taillés en forme de colonne sur une base cubique. Hautes de un mètre cinquante à deux mètres elles portent habituellement une inscription gravée donnant la titulature de l'empereur en exercice au moment de leur mise en place et souvent quelques autres indications de réfection ou de distances.
Leur découverte, surtout en pays de montagne, est rare et en dehors donc de celles de Taulanne le département des Alpes-de-Haute-Provence n'en présente que quatre ou cinq.
Les bornes des environs de Taulanne n'ont pas été découvertes récemment. On peut même dire qu'elles n'ont pas été découvertes du tout car elles ont apparemment traversé les temps historiques debout puis couchées à terre à peu près sur le même emplacement.

Érudits et historiens de Haute-Provence

Aussi depuis plusieurs siècles ont-elles excité la curiosité des érudits et des historiens de Haute Provence et surtout de ceux qui habitaient ou fréquentaient la région de Castellane.
En premier, l'historien Honoré Bouche qui, bien que né à Aix en Provence en 1598, a passé la plus grande partie de sa vie à Barrême où il mourut en 1671. Prévôt de Saint-Jacques de 1633 à 1661, il a publié son Histoire de Provence en 1664 mais le manuscrit en était prêt dès 1660. Son témoignage se place donc pendant la première moitié du XVIIe siècle.
C'est ensuite, plus d'un siècle après, l'abbé Joseph Laurensi (1719-1808) de Castellane, supérieur du séminaire de Senez avant 1760. Son Histoire de Castellane a été imprimée en 1774. On peut considérer que ses observations sont du milieu du XVIIIe siècle. Fréquentant donc Castellane et Senez, il ne pouvait que bien connaître cette portion de la voie antique devenue avec le temps "route royale".
Après J. Laurensi, nous trouvons Elzéard Gras-Bourguet (1788-1860). Juge d'instruction à Castellane, maire de cette ville à une certaine époque, il publie son Étude des antiquités de l'arrondissement de Castellane en 1842. Ses recherches se placent entre 1819 environ et 1840. Son étude est très documentée avec croquis à l'appui. Il eut néanmoins quelques difficultés avec l'épigraphie... et avec l'une des bornes qui avait été temporairement enfouie et qu'il ne put retrouver.
Puis dans la deuxième moitié du siècle dernier apparaissent les frères Honnorat, de Digne : Edouard Ferdinand, naturaliste, et Désiré Saturnin, employé aux Chemins de fer. Ils sont, dans leurs recherches, assistés d'Antoine Guérin (1841-1913), géologue à Castellane. Ce dernier, nous apprend le discours prononcé sur sa tombe par E.F. Honnorat, "avait réuni de précieuses monnaies et médailles antiques recueillies surtout dans l'arrondissement de Castellane". C'est lui qui aurait fait transporter deux des bornes à Digne. Outre quelques mentions diverses dans les bulletins de la S.S.L., les recherches des frères Honnorat sont publiées par D.S. Honnorat en 1882 dans le Bulletin épigraphique de la Gaule sous le titre "Milliaires des environs de Castellane".
Peu de temps après, la voie est parcourue et les bornes étudiées et répertoriées par l'abbé Henry Thédenat. Sa publication "Mémoire sur les Milliaires de l'embranchement de la voie Aurélienne qui allait à Riez" est de 1886. Elle concerne l'ensemble de la voie depuis Cagnes. Le titre n'en est pas tout à fait exact puisque la voie ne permettait d'atteindre Riez qu'indirectement. A l'époque l'abbé Thédenat ne s'attarde pas dans notre région mais c'est un savant épigraphiste et il fait le point sur le sujet. Par la suite Georges Bailhache, archiviste du département, fait transporter au musée de Digne l'une des bornes (incomplète) encore en place et publie un article sur le sujet dans la Chronique archéologique du Bulletin de la S. S.L. de juillet/décembre 1942.

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Inscription sur les bornes et datation

En partant de Castellane, le deuxième mille, soit à peu près 3 km, était marqué par deux bornes disposées, semble-t-il, de part et d'autre de la voie à proximité du hameau de Sionne (en Siounne sur les cadastres du XVIIIe siècle) soit à quelques centaines de mètres avant le col des Lègues en un point où l'on domine un très large panorama vers le sud-est. Ce sont celles du musée de Digne.
Remarquons que sur les cadastres anciens, s'il existait la bastide de Leco, le col lui-même s'appelait tout simplement : le passage.
La plus ancienne de ces deux bornes (le n° 14/15 de la nomenclature des bornes découvertes sur l'ensemble de la voie) est grossièrement taillée dans une pierre locale. Elle est depuis longtemps dégradée. Au début du XIXe siècle, elle mesurait, au témoignage de Gras-Bourguet, 1,44 m de haut, mais quelques détériorations à la base ont réduit cette hauteur. Un trou, au sommet, laisse supposer qu'une croix y avait été fixée. On ne peut savoir si la borne possédait la base cubique habituelle. L'ensemble de l'inscription se développe sur la partie supérieure soit sur 0,70 m de haut. Cette inscription comprend treize lignes et se termine par le chiffre II indiquant la distance de Castellane.
Autant par l'usure des lettres que par le fait qu'il s'agit d'un texte palimpseste, cette inscription a tenu en échec tous les érudits jusqu'à la fin du siècle dernier, où elle fut déchiffrée de façon certaine par H. Thédenat.
En fait il s'agit d'une borne au nom de Caracalla (M. Avrel. Antoninvs) mais élevée par les soins de Ivlivs Honoratvs (Procurateur impérial) soit en l'année 213. Mais cette première inscription a été, moins d'un siècle après, partiellement transformée pour lui ajouter et lui substituer un nouveau texte au nom des Césars Constance Chlore et Galère Valère Maximien.
On remarque quelques variantes de détail entre la lecture de H. Thédenat et celle de V. Lieutaud (catalogue du musée de Digne). Peut-être une nouvelle étude avec des moyens photographiques permettrait-elle de préciser quelques lettres, mais le sens général est certain.
La borne voisine (le n° 16 de la nomenclature Thédenat) a été taillée dans une pierre de même nature que la précédente. Elle est également assez détériorée et sa hauteur est réduite à 1,45 m environ. Elle ne présente plus de base cubique.
Elle a, au cours des temps, subi quelques avatars : alors qu'elle était bien connue depuis le XVIIe siècle, elle disparaît au début du XIXe siècle, ce qui provoque quelques confusions avec la précédente et Gras-Bourguet la recherche vainement. Mais en 1869 elle est de nouveau signalée par les frères Honnorat alors qu'elle vient d'être remise au jour.
Le sommet semble avoir été retaillé; peut-être une croix y avait-elle été fixée à une certaine époque.
Nous avons eu le 3 mai 1975 la satisfaction après l'avoir soulevée (avec difficultés) de découvrir une inscription inédite. Les détails de la découverte et les photos ont été publiés dans le n° 276 des Annales de Haute-Provence. Nous n'en reprendrons que les grandes lignes. C'est une borne très massive de 1,80 m de haut en forme de colonne sur une base de 0,90 m de côté environ. L'inscription en partie effacée est au nom de Caracalla, soit le début du Ille siècle et de la même époque exactement que le premier texte de la borne de Sionne (ri° 14/15). Ses dimensions et son bon état de conservation en font un vestige archéologique de qualité.
C'est donc au total quatre bornes et non cinq, comme on avait pu le croire, qui sont connues sur cette portion de la voie antique. Elles ont été placées :
  • deux sous l'empereur Caracalla, vers 213;
  • une sous Probus, moins de 70 ans après;
  • une borne de la première série a été modifiée, en 306, donc un peu moins d'un siècle après sa pose.
La conservation de ces bornes s'explique bien sûr par un heureux hasard, mais certainement aussi par le fait qu'elles avaient été transformées en oratoire, du moins à une certaine époque, par la pose d'une croix sur leur sommet.
Sur le reste du trajet jusqu'à Digne aucune autre borne n'a jamais été découverte.
On retiendra néanmoins une curieuse mention de l'évêque de Senez, Jean Soanen, qui, lors de sa visite pastorale du 17 juin 1703 à Barrême, a vu dans le village "au milieu du chemin une grande pierre qu'on nous a assuré avoir été longtemps un ridicule objet de superstition par des restes de paganisme que nous avons pris occasion de combattre". La remarque pourrait s'appliquer à une borne sans inscription.
Enfin on notera pour mémoire la pierre de petites dimensions placée en bordure du chemin près de Chaudon, qui porte les traces de six ou sept caractères gravés sur deux lignes avec, semble-t-il, la date de 1739 (?).
Raymond Moulin

Les origines

Les renseignements venus jusqu'à nous sont fragmentaires et diverses hypothèses ont été avancées :
  • "La plupart des historiens anciens ont voulu faire descendre les sires de Castellane d'un cadet de la maison royale de Castille qui, étant venu se fixer en Provence, y aurait bâti la forteresse de Castellane; mais il paraît aujourd'hui établi que l'existence de cette forteresse de Castellane (Peau Castellana) est antérieure à celle du royaume de Castille" (Dictionnaire des familles françaises, d'après l'Annuaire de la Noblesse du Vicomte Rêvérend - 1894).
  • Selon le comte Caïs de Pierlas, les Castellane auraient pour ancêtres les marquis de Toscane, gouverneurs ou comtes de Provence...
  • H. de Lestrées nous dit aussi qu'on a fait descendre le premier Boniface d'un autre Boniface, gouverneur d'Afrique en 424, tué par Aetius en 432... Mais un trou de quatre siècles sépare l'Africain du Castellanais.
  • L'historien Artefeuil pensait que Boniface Ier était le fils d'un seigneur qui s'était distingué dans les combats contre les Sarrasins au Fraxinetum (et qu'il ne faudrait pas confondre avec Guillaume le Libérateur).
J. J.M. Féraud et Laurensy font descendre Boniface Ier du fondateur de la cité de Petra Castellana. Ce citoyen dynamique aurait été Lacerda Valentinus pour M. Louiquy, ou peut être Marcus Matuconius, pour Laurensy.
Ces hypothèses se rejoignent dans une légende touchante rapportée par P. de Givaudan : "Un enfant du dernier Gouverneur des Saliniens ayant échappé providentiellement à la rage des Maures, fut élevé secrètement dans une grotte par une femme courageuse qui se plaisait à lui conter les malheurs de sa nobles ascendance et de sa patrie. A la maturité de l'âge, sentant circuler dans ses veines le sang de ses illustres aïeux, il se révéla un intrépide guerrier et fut l'un des artisans de la défaite totale des Sarrasins". C'est lui qui serait le fondateur de Petra Castellana... et l'ancêtre des Boniface. Cette légende rapportée en 1872 ne nous apprend rien de précis. Elle appartient plus au folklore qu'à l'histoire.
  • Dans ses Mémoires, publiés en 1924, Boni de Castellane raconte : "j'avais fait tracer une histoire de ma famille... D'après l'archiviste, M. Guerineau, les Castellane, princes souverains à leur origine, descendent des rois d'Arles qui eux-mêmes se rattachaient aux Carolingiens. Ma vanité pouvait en être satisfaite". Boni ajoute avec humour que sa grand-tante la comtesse de Beaulincourt regretta que cette ascendance ne remontât pas "jusqu'à un certain Adam de Castellane, époux d'Eve de je ne sais trop quoi" !
  • Selon H. de Lestrées (1843) l'opinion la plus probable est que les seigneurs de Castellane sont des descendants de Thibaut, comte d'Arles au IX siècle, mari de Berthe, fille de Lothaire, roi de Lorraine. Thibaut était gouverneur de Provence sous le règne de Louis l'Aveugle (vers 890). L'un de ses trois fils, Bertilion eut pour fils Ingilbert et la lignée se continua par Pons Arbaud, Petrus Blancus, Pons Pulverel, père de Boniface Ier du nom. La filiation se précise peu à peu mais l'origine lointaine demeure incertaine.
  • Enfin des lumières nouvelles sont venues éclairer nos connaissances sur les origines de la famille de Castellane : grâce à l'interprétation de documents extraits des cartulaires de Saint-Victor de Marseille (publiés en 1857), de Saint-Saturnin d'Apt (1967) et à l'étude d'inscriptions relevées dans cette dernière église; grâce aux publications de M. Juigné de Lassigny (1912), de M. Jean Barruol (1967 - Introduction au Cartulaire d'Apt), de M. J. P. Poly (1976), et surtout de M. Uc de Castellane, auteur du précieux ouvrage "Pages d'histoire mâconnaise et provençale" (1978).
Au début du Xe siècle "riches propriétaires terriens, bienfaiteurs de Cluny, baignant dans un monde carolingien en pleine mutation, marqués par une époque troublée et assoiffée de surnaturel, les Arbald font partie de l'encadrement du Comté de Mâcon..." "Arbald 1er s'insère dans la descendance d'une des vingt-sept grandes familles parties d'Austrasie, entre Rhin et Escaut, sans cesse en lutte les unes contre les autres, obligées de s'affirmer sous peine d'être dévorées, courant après la richesse pour être sûres d'avoir l'indépendance". "Mais comme toutes les familles importantes de ce temps, les Arbald ont des liens en d'avrreç régions et voyagent beaucoup. L'appel du passé, du sang, de la glèbe, du combat, plus simplement un mariage, vont faire qu'un Arbald va partir, quitter le Clunysois... Ce départ représente une rupture. Il va conduire à un enracinement durable en un pays captivant avec lequel les descendants d'Arbald III vont faire corps : la Provence" (Uc de Castellane). La belle-soeur d'Arbald III, Raymonde, avait épousé Foucher, important propriétaire terrien au pays d'Apt, à Reillanne, à Riez, Castellane, Valensole (où naquit leur fils, Maïeul, moine de Cluny en 943, capturé par les sarrasins en 972).
Après Arbald III la lignée se poursuit par :
  • Rostang-Arbald et ses quatre fils, Pons-Arbald, Rostang, Amie qui fut évêque de Senez et Aldebert, propriétaire à Castellane.
  • Pons-Arbald, qui épousa Ermengarde, fille d'Eyric (frère de Maïeul) et petite fille de Foucher. Ermengarde apporta à PonsArbald d'importants droits dans la région de Castellane et lui donna en outre dix enfants, neuf garçons (dont l'ainé était Dodon) et une fille.
  • Dodon, époux de Galburge, eut sept fils, dont Pons-Pulverel, Hugues, évêque de Senez, un Boniface (qui passa inaperçu) et Pierre, evêque de Senez après son frère Hugues.
  • Pons-Pulverel, né en 1001, marié en 1035, père de trois enfants, Dodon-Pulverel, Boniface ter de Petra Castellana et Pierre.
Avec la descendance d'Arbald III "on voit le centre d'intérêt des Arbald se déplacer peu à peu. Avec encore un pied dans le pays d'Apt, ces nouveaux provençaux s'installent maintenant de plus en plus fermement dans la région de Senez et spécialement à Castellane, tant par suite des héritages familiaux que grâce aux conquêtes consécutives à la lutte contre les Sarrasins" (Uc de Castellane).
On peut estimer que l'auteur de la famille de Castellane est Pons-Arbald ou Pons-Pulverel, père de Boniface Ier, et même en reporter très loin les origines puisqu'elles passent par le pays d'Apt, le Mâconnais et se perdent à l’Austrasie. Après avoir surgi de ses racines et pris un nom, un arbre est prêt à vivre, s'épanouir, s'imposer. Le point de départ de la maison de Castellane se situe donc à notre avis sur les terres de ce nom, au moment où Boniface Ier, souverain dans la baronnie reconnue vers 990 (par Conrad, roi d'Arles et par Othon III, maître du Saint-Empire romain germanique) a pris le nom de la cité où il vivait. "Cette ville n'a pas encore son nom définitif et s'appelle provisoirement Petra Castellana, la Roche Château, d'où le nom de famille qui est adopté" (Uc de Castellane).
A l'examen de la lignée de Rostang-Arbald à Pons-Pulverel et ses fils, devenus propriétaires puis seigneurs de Castellane ou notabilités des environs, quelques faits marquants sont à retenir :
  • Trois Arbald ont été évêques de Senez (le projet de transfert à Castellane du siège épiscopal ne sera jamais réalisé).
  • Amiel, frère de Pons-Arbald, (de 1030 ? à 1040) : rendit à l'abbaye de Saint-Victor de Marseille un manse qu'il possédait à Castellane.
  • Hugues, fils de Dodon, frère de Pons-Pulverel (de 1040 à 1060).
  • Pierre, le plus jeune fils de Dodon (né vers 1040), évêque de Senez de 1085 à 1108 ?
  • Entre Hugues et Pierre le siège épiscopal fut tenu par Etienne qui n'appartenait pas à la lignée Arbald.
  • Le quatrième fils de Boniface ter, Aldebert, sera évêque de Senez après avoir été moine de Lérins.
  • en 1010, Dodon et sa femme Galburge ont fait donation à l'église cathédrale de Senez des parts qu'ils avaient reçues sur les églises Sainte-Marie, Saint-Jean et Saint-Laurent "sub castro Petrae Castellanae"
  • Pierre, Vicomte de Castellane, le frère de Boniface Ier, troisième fils de Pons-Pulverel (et neveu de Pierre, évêque de Senez) est né probablement vers 1045-1050. Il se serait distingué en prenant part à la 1ere Croisade avec Raimond d'Orange, Raimbaud de Castillon, Guillaume de Sabran, Bertrand de Porcelet etc. Laurensy en fait le chef de ces croisés provençaux qui s'unirent à l'armée des croisés de Raimond de Saint-Gilles.
Pierre aurait contribué vaillamment à la prise d'Antioche avec le seigneur d'Albret et à celle de Tortose avec le vicomte de Turenne. Il se trouva ensuite à la bataille livrée contre Kerbag Sultan de Mossoul. "Depuis cette époque on perd sa trace et on ne retrouve son nom dans aucune des chartes du XIIe siècle. Il est vraisemblable qu'il périt en Palestine" (De Lestrées)
Le souvenir de cette épopée légendaire soulignée avec un certain lyrisme par Laurensy, conduira huit siècles plus tard, le 17 novembre 1861, le Conseil municipal de Castellane à faire graver le nom de Pierre sur une plaque apposée sur la fontaine de la place de la Grave, avec la date 1095 (qui est celle de l'assemblée de Clermont et non celle du début de la croisade). La participation de Pierre à la 1ere croisade mentionnée dans l'Histoire des croisades de P. Maimbourg (cité par De Lestrées) n'est pas admise par tous les historiens. Juigné de Lassigny pense que ce croisé était Pierre de Castillon et Uc de Castellane écrit "faute de document, aucun détail ne subsiste quant à la participation (aux Croisades) des Arbald Castellane".

La lignée des premiers Bonifacede Castellane

A partir de Boniface 1er la lignée des barons de Castellane comporte encore des incertitudes, mais au moins une donnée certaine : la présence effective d'un représentant de la famille sur les terres de Castellane, pendant près de trois siècles, de 1000 à 1262. Les imprécisions tiennent au fait que le nom et le prénom de Boniface ont été très répandus. Ils ont existé dans la maison de Toscane, ce qui a pu prêter à confusion sur les origines de la famille. Ils existaient à Reillanne (famille de Galburge, l'épouse de Dodon) avant d'apparaître dans la famille Arbald. On connait aussi, sans rapport avec la maison de Castellane, les Boniface-La-Mole, Boniface de Boisléhard, Boniface-Fombeton, Boniface-Laidet... Dans la lignée des Castellane l'identification d'un Boniface par rapport à un autre est parfois difficile. Il faut se référer à l'analyse des dates figurant sur les rares actes venus jusqu'à nous, ou au nom de l'épouse, pour distinguer le père, le frère ou le fils et éviter les confusions.
Pour clarifier les récits, les historiens ont numéroté les membres de cette lignée, mais il n'y a pas unanimité des avis et des décomptes. Le nombre des premiers Boniface est variable selon les auteurs. Par exemple J. J.M. Féraud en mentionne quatre, Laurensy cinq, De Lestrées et Uc de Castellane six. Artefeuil poussant l'étude généalogique au-delà de 1262 mentionne une bonne douzaine de Boniface (jusqu'au XVe siècle). En outre les filiations indiquées par Louvet, Artefeuil, Laurensy, De Lestrées, Isnard sont différentes.
Compte tenu des études détaillées dues aux historiens modernes, en particulier Juigné de Lassigny, E. Baratier et Uc de Castellane, la filiation la plus claire, la plus complète et la moins discutable comprendrait de père en fils sept barons ayant résidé à Castellane :
  • Boniface ter de Petra Castellana (1036 - 1120 ?)
  • Laugier de Petra Castellana (1066 - 1145 ?)
  • Boniface II de Petra Castellana (1086 - 1166)
  • Boniface III de Castellane (1135 - 1200)
  • Boniface IV ("le Roux") de Castellane (1157 - 1227)
  • Boniface V de Castellane (1179 - 1252)
  • Boniface VI de Castellane (dit aussi "de Riez") (1209 - 1278 ?)
Ils ont résidé, au moins par épisode dans un château édifié hors les murs de l'enceinte fortifiée de Petra Castellana, à la pointe nord du bourg. Ce château date sans doute de l'époque où la Cité devint seigneurie indépendante, en 990.
Les détails biographiques que nous possédons sur la lignée des Boniface de Castellane ne sont pas très nombreux. Ils reposent sur la mention de leur nom à propos d'actes divers de donations, d'arbitrages ou d'hommages. Ces actes situent dans le temps leur rôle "historique" mais les données intéressant leur personnalité, leur vie familiale, leur activité dans la Cité ne deviennent assez précises qu'à partir de Boniface V.
Selon M. Z Isnard, "les Barons de Castellane, investis du pouvoir souverain, possédèrent seuls jusqu'à la fin du XIIe siècle l'administration de la justice dans cette partie de la Haute-Provence où ils instituaient des tribunaux et nommaient les juges. Même après avoir été contraints de prêter hommage aux comtes de Provence, ces puissants feudataires conservèrent la plénitude de l'autorité qu'ils exerçaient sur leurs vaissaux".

Boniface 1 er

Au foyer de Pons-Pulverel, après Dodon-Pulverel (dont la des-cendance s'éteignit très vite) et avant Pierre "le Croisé", naquit en 1036 Boniface, qui devait être le premier à porter le titre de baron de Petra Castellana. Il épousa en 1089 Stéphanie, héritière de biens à Puimoisson. Après avoir offert son fils Aldebert, à titre d'oblat, à l'abbé de Lérins (également nommé Aldebert), en 1094, il signa au château de Roumoules qui lui appartenait, un acte de donation à l'abbaye de Lérins des terres situées à Puimoisson. Un événement nous permet d'apprécier sa personnalité. Il était intervenu, en 108990, avec Fulco Dodo, prince de Calian, et Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, dans le dénouement d'un différend qui opposait l'abbé de Saint-Victor de Marseille à l'abbé de Lérins à propos de leurs possessions respectives. Cet honneur et ce privilège laissent supposer que Boniface avait bien rang "princier" et jouissait d'une haute considération. Il est donc le digne "auteur" de la maison de Castellane.

Laugier

Ce troisième fils de Boniface ter fut sans doute le seul à avoir des descendants et donc à maintenir la lignée.
Il naquit en 1066 et se maria en 1095. Nous ne connaissons pas le nom de son épouse mais nous savons qu'il eut six fils, dont :
  • Boniface II, continuateur de la lignée;
  • Foulque, évêque de Riez de 1133 à 1138, qui confirma la donation de l'Eglise de Puimoisson aux Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, signée en 1125 par Augier, son prédécesseur à l'évêché de Riez;
  • Bertrand, évêque de Fréjus (1132).
La vie de Laugier fut discrète. Son nom ne figure que sur la donation de 1094 et sur un acte de vente du château de la Grugière à l'évêque d'Apt vers 1113.

Boniface II

Fils aîné de Laugier de Petra Castellana, Boniface II naquit en 1096. Il épousa, en 1130, Laure, fille de Pons de Lançon, seigneur de Salernes (de la première maison de Pontevès). La seigneurie de Salernes entra ainsi dans la maison de Castellane. La notoriété de Boniface II s'affirma rapidement. Les cautions qu'il fut appelé à donner à divers accords en témoignent :
  • 1122 : accord entre Aldebert, évêque de Senez, son oncle, et l'abbé de Saint-Victor de Marseille.1126 : accord entre Raimond-Bérenger 1er et les chevaliers des châteaux de Saint-Jurs, Aiguines, les Salles (ou Saiette) au diocèse de Riez.
  • 1147 : témoin de la confirmation par Raimond-Bérenger III de la donation de terrains à l'abbaye du Thoronet.
  • 1149 : témoin de la confirmation d'une donation de terrains à l'abbaye de Sénanque.
  • En 1144, lors d'une lutte entre Raimond-Bérenger le Vieux, oncle et tuteur du tout nouveau comte de Provence Raimond-Bérenger III, et Etiennette, descendante de Guillaume le Libérateur et femme de Raimond des Baux, Boniface II prend le parti de cette dernière. Elle représente, estime-t-il, la continuité provençale et carolingienne face à l'étranger" (Uc de Castellane). Cédant à la pression de Raimond-Béranger II qui n'hésite pas à renverser les tours d'Arles et à saccager les Domaines des Baux, les seigneurs provençaux sont contraints au serment de fidélité, en 1146. Raimond-Bérenger II recueille pour son neveu de nombreuses signatures à Tarascon (dont en tête celle de Boniface II), à Digne et à Seyne. Peu de temps après cet hommage, Raimond-Bérenger fait honneur à Boniface II en lui demandant d'être témoin de sa donation de terrains à l'abbaye du Thoronet.
  • En 1150, Raimond des Baux se soumet au comte de Provence et s'engage à livrer son château de Trinquetaille. En 1156, son fils, Hugues des Baux, récuse cette clause et reprend les hostilités, mais Raimond-Bérenger a rapidement l'avantage et la paix est signée. Boniface II la cautionne : le baron de Castellane est donc indiscutablement une personnalité estimée du comte de Provence

Boniface III

Né en 1135, Boniface III épousa Adalaïs (ou Adalasie) de Moustiers en 1156. De ce mariage naîtront Boniface IV et Laure, épouse de Blacas, seigneur d'Aups. Le toponyme Castellane a remplacé celui de Petra Castellana et Boniface III a été le premier de la lignée à porter le nom de Castellane.
Il fut en 1176, garant d'un traité de paix signé entre Alphonse 1er (ou Ildefons 1er), roi d'Aragon, comte de Provence, et les habitants de Nice, mais ses sentiments d'allégeance devaient bientôt connaître une éclipse. En effet en 1183 Boniface III refusait de rendre hommage à Alphonse 1er, en affirmant (selon César de Notre-Dame) "qu'il tenait sa souveraineté de Dieu et de ses illustres prédécesseurs qui avaient rebâti la ville après l'avoir conquise sur les Sarrasins et avaient obtenu l'inféodation des empereurs, rois d'Arles, depuis un temps immémorial; qu'il avait lui-même obtenu la confirmation de l'empereur Frédéric (Barberousse) et qu'au reste il se sentait assez fort contre quiconque viendrait l'attaquer injustement et était prêt à défendre jusqu'à l'effusion de sang un pouvoir fondé sur les droits les plus sacrés."
Devant cette attitude audacieuse, Alphonse 1er décida de lever une armée pour assiéger Castellane. Il prit Fréjus d'assaut dès qu'il apprit que l'évêque Bertrand, frère de Boniface II, s'apprêtait à soutenir son neveu puis dirigea sa troupe vers Grasse où elle fut accueillie en amie et s'apprêta à attaquer Castellane. Alors Maurel, évêque de Senez, et Romain, archevêque d'Embrun, intervinrent en médiateurs et Boniface III se résigna. Il se rendit à Grasse où il prêta hommage à Alphonse 1er.
"Une sentence arbitrale d'Hugues Raimond, évêque de Riez, rapporte que Boniface III aurait été tué par Spada, seigneur de Riez" (Uc de Castellane).

Boniface IV

Boniface "le Roux", né en 1157, baron de Castellane, seigneur de Salernes, Villecroze et autres lieux, n'a pas beaucoup fait parler de lui. Il a même été oublié de quelques historiens. Il a pourtant apposé son sceau sur un acte de donation de diverses terres de Villecroze aux Templiers du Ruou et été témoin en 1214 de la donation du comte de Forcalquier à Raimond-Bérenger V (comte de Provence de 1209 à 1245) par Garsende de Sabran, épouse d'Alphonse II.
Epoux d'Orable, il est le père de Boniface V et d'Agnès, dame de Tartonne et Barrême, qui se mariera avec son cousin Geoffroy Balb, descendant de Pons Arbald.
Boniface V
Né en 1179, Boniface V est un seigneur actif. En 1226, à Riez, à la mort de son père, il fait hommage de tous ses biens à Raimond-Bérenger V.
Son nom figure sur de nombreux actes, par exemple :
  • 1227 : confirmation des accords à l'occasion d'une transaction avec l'abbaye de Saint-Victor de Marseille.
  • 1235: acquisition de droits sur Tartonne.
  • 1240 : acquisition du château et de la vallée de Fox-Amphoux.
  • 1242 : accord avec Fougues de Caille, évêque de Riez, sur leurs droits respectifs sur Montpezat.
  • 1249 : cession du château de la Verdière à Romée de Villeneuve.
Boniface V tient surtout une place capitale dans la lignée par sa vie familiale. Il s'est marié trois fois :
  1. avec dame de Galbert, en 1200, qui lui donna un fils appelé Boniface-Galbert, origine de l'une de deux grandes branches de la Maison de Castellane.
  2. avec Agnès Spata (ou Spada) en 1208. Agnès Spata, de la famille des seigneurs de Riez, avait eu un fils, Augier, d'un premier mariage. De son mariage avec Boniface V naquirent deux fils, Boniface VI (dit de Riez) et Hugues; et trois filles, Béatrix, Aicarde et Sibille. Boniface VI est mort sans descendance et Hugues est à l'origine de la seconde grande branche des Castellane.
  3. avec Parise, dont on sait seulement qu'elle a fait un legs au monastère de Sainte-Catherine de Sorps, fondé en 1255 par Fougues de Caille, évêque de Riez (Fontaine l'Evêque).
Agnès Spata avait rédigé son testament en 1242. Elle meurt en 1246, alors se développe autour de son héritage une lutte âpre et méthodique qui "oppose durant de longues années Boniface V et son fils Boniface VI, dit de Riez, à l'évêque Fougues de Caille soutenu par Raimond-Bérenger V, puis par Charles d'Anjou" (J. et M. Cru). Augier, fils d'Agnès Spata, avait vendu à l'évêque son usufruit sur Riez, cession que les Castellane contestent avec énergie. Après la mort, en 1252, de Boniface V, Boniface VI continuera à revendiquer farouchement l'héritage maternel.

Boniface VI

Ce premier fils de Boniface V et d'Agnès Spata qui mourra sans descendance malgré deux mariages (d'abord avec Alix des Baux, puis avec Sibille de Signes), s'est révélé un personnage éminent, à la fois polémiste ardent, administrateur avisé, troubadour de talent et guerrier remuant mais malheureux. Les habitants de Castellane lui doivent de nouveaux statuts en 1252. Boniface agit en souverain indépendant mais animé d'un certain esprit libéral et démocratique. Il permet aux habitants d'emporter avec eux tout ce qui leur appartient s'ils veulent s'expatrier et de vendre leurs biens sans sa permission en payant le trezain. Il valide les testaments; si quelqu'un meurt ab intestat, il déclare que ses biens passeront à ses plus proches héritiers. Les hommes ne pourront se dispenser de le suivre à la guerre à moins de justes raisons... Les étrangers qui viendront s'établir à Castellane devront se conformer à ces statuts... (Promulgués en présence des chevaliers de Chateauvieux, Roumoules, Soleihas, Méouilles, Bagarris... et des habitants du bourg et du Castrum, devant le notaire institué à Castellane par Charles 1er).
Boniface VI fut attiré de bonne heure par la poésie. Il composa "Moult belles poésies" à la louange de Bellière, dame de Fos. Il se complaisait dans la satire qu'il composait volontiers après avoir bu plus qu'à l'ordinaire, feignant de s'étonner de ses médisances, dans son refrain habituel "Bouka qu'as dich ?" (Bouche qu'as-tu dit ?) Pour être admis à la Cour d'amour, il avait composé divers recueils dont le plus connu traite des nobles vertueux et des nobles vicieux de Provence ! Ses talents littéraires lui valurent de figurer dans la Vie des Poètes provençaux, de Jean de Notre-Dame.
Sa cour fut appréciée de Frédéric Barberousse qui écrivit des poèmes. Dans ses sirventes, il n'épargna ni ses contemporains qu'il jugeait trop serviles envers Charles 1er, ni Béatrix de Savoie avec qui il s'était brouillé.
Son esprit d'indépendance marqua son attitude envers Charles 1er d'Anjou. Leurs relations ont évolué en trois étapes :
  • Pendant une période d'expectative, Boniface VI s'obstina à revendiquer l'héritage d'Agnès Spata et, sans prêter hommage à Charles 1er, en 1252, accepte d'être témoin des accords passés avec Marseille.
  • Suit une période procédurière entre 1252 et 1257. Une enquête domaniale n'empiète pas sur Castellane, mais Boniface VI intrigue et se fait restituer La Verdière et Quinson qui lui avaient été confisqués (arbitrage de saint Louis).
  • Enfin éclate la période d'hostilité armée de 1257 à 1262. Boniface VI soutient les Marseillais en rébellion contre Charles 1er d'Anjou. Dès qu'il constate que la résistance des Marseillais faiblit, il juge prudent de retourner dans son fief de Castellane. Bientôt Charles 1er qui ne lui a pas pardonné, rassemble une armée, campe près de Riez et va mettre le siège devant Castellane en 1262. Quand il entre dans la cité, Boniface VI a disparu : il se serait enfui par un souterrain (qui partait peut-être de Saint-Victor). On n'entendit plus parler de lui.
Certains historiens croient que Charles 1er le fit arrêter et décapiter. D'autres prétendent que les deux rivaux se réconcilièrent et que Boniface VI accompagna Charles lei dans sa campagne au royaume de Naples. Une autre hypothèse est qu'ils ne se rencontrèrent plus et que Boniface mourut discrètement en 1278.
La lignée des barons ayant possédé les terres de Castellane s'éteignit donc en 1262. Charles 1er ne tarda pas à remplacer la baronnie par un bailliage.
En 1281, Charles II cèdera le château, résidence des Castellane pendant deux 'siècles et demi, aux moines Augustins.

La descendance

La descendance de Boniface V s'est prolongée avec des ramifications nombreuses à partir des deux grandes branches issues de Boniface-Galbert et Hugues de Castellane.
Il serait illusoire et superflu de tenter ici une étude généalogique approfondie de la Maison de Castellane depuis 1262.
Au XVe siècle, on comptait déjà une douzaine de rameaux. Certains se sont éteints mais d'autres ont continué à proliférer et à se disperser en Provence, dans le Périgord ou Ile-de-France et même en Belgique. Nous atteignons actuellement la vingt-cinquième génération au minimum... Les liens avec notre Cité ne furent étroits que dans un passé lointain, pendant deux siècles et demi, mais il est inexact de dire que la famille de Castellane n'a plus eu, après 1262, aucun rapport avec son berceau de Haute-Provence.
Nous trouvons, en effet, par exemple :
  • à Riez : Jean, 1418; Melchior, 1540; Claude, 1548.
  • à Saint-Jurs : Honoré, 1418; Horace, 1548; Marc-Antoine, 1597; J. Baptiste, 1756.
  • à Majastres : Jean, 1430; Florent, 1480; Claude, 1596; Henri, 1698; Henri César, 1878.
  • à Eoulx : Reforciat, 1435.
  • à Demandolx : Renée de Cast. Esparron ép. Gaspard de D. , Gabrielle de Cast. ep. Pierre de D.
  • à Forcalquier : du XVI au XVIIIe s. les Castellane-Adhémar (de Moissac, de Grignan, de Pierrerue...).
  • à Manosque : Jean de Castellane, bailli en 1468.
L’objectif est de situer la filiation des personnalités, qui depuis le XIIIe siècle ont été, à un moment de leur vie, en relation avec l'histoire de la Cité de Castellane : Nicolas du Mas-Castellane, baron d'Allemagne, qui prit sans succès l'initiative du siège de Castellane en 1586, était le fils d'Honorade de Castellane (épouse de Jean du Mas), l'héritier de Melchior et le descendant lointain d'Hugues de Castellane. François de Bonne, duc de Lesdiguières, le dernier Connétable de France en 1622, était le fils de Françoise (épouse de Jean de Bonne de Lesdiguières), le petit fils de Claude de Castellane Saint-Juers et le descendant, lui aussi, d'Hugues de Castellane.
Jean Baptiste Victor de Castellane-Adhémar de Monteil était évêque de Senez en 1784.

Boni de Castellane

Esprit Victor Boniface de Castellane (1788-1862), maréchal de France en 1852, était par la lignée des Castellane-Novéjean, descendant de Boniface-Galbert. Il était en 1861 gouverneur de Lyon. La communauté de Castellane l'invita alors à reprendre droit de cité dans la ville. Sensible à cette proposition qu'il déclina, le maréchal offrit son portrait qui orne la salle du Conseil municipal de nos jours.
En 1898 une délégation de Castellanais conduite par le maire se présenta au Palais de marbre rose à Paris et suggéra à Boni de Castellane, arrière-petit-fils du maréchal de se présenter aux élections législatives dans la ville où vécurent ses lointains ancêtres au moyen-âge. E lu trois fois député, de 1898 à 1910, après des campagnes électorales qui ne manquèrent pas de pittoresque, Boni découvrit et parcourut ainsi une région qu'il ne connaissait pas et que le dernier Boniface de la première lignée avait quitté sept siècles auparavant. Que reste-t-il de cet épisode politique ? Le récit que Boni en fit lui-même dans ses mémoires et les commentaires ou les souvenirs de ceux qui vécurent ces moments; un embryon de château dont le gros œuvre, quarante ans plus tard, servira à l'édification d'un hôpital; une croix élevée au centre du cimetière, le 15 octobre 1899, don de Boni, entériné par le Conseil municipal.
Depuis sept siècles la famille de Castellane a perpétué le souvenir de son lointain berceau de Haute-Provence et glorifié son nom.
Dès le XIVe siècle la dispersion de la maison de Castellane déborde largement la Haute-Provence et s'étend de Salernes aux Aygalades (près de Marseille). Plus tard, par le jeu des alliances on trouvera des descendants de Boniface-Galbert ou d'Hugues de Castellane dans le Périgord, à Paris et même à Bruxelles.

Anciens seigneurs de Castellane

Malgré l'extinction de certains rameaux (Fos, Andon...) la famille de Castellane, dont la descendance se poursuit, est l'une des plus anciennes de France.
Elle porte les armes des premiers Boniface (et dont Pierre "le Croisé" aurait orné son tabard) : "De gueules à un château ouvert, crénelé, maçonné de sable, sommé de trois tours d'or".
Supports ou tenants : deux sauvages avec chacun une massue d'or. Couronne : de marquis ou de prince. Cimiez : un sauvage à demi-corps.
La devise de la Maison de Castellane "Plus d'honneur que d'honneurs" est une très respectable profession de foi.
Les armes des anciens seigneurs de Castellane restent inscrites sur le blason de plusieurs villes ou villages de Provence qui leur furent inféodés : un château sommé de trois tours pour Castellane, Ampus, Peyroules, Saint-Laurent-du-Verdon, Montmeyan, La Verdière, Fox-Amphoux, Moissac, Salernes; une tour crénelée : Majastres, Mouans, Claret, Vence; un château flanqué de quatre tours : Allemagne-en-Provence.
De nombreux membres de la famille de Castellane ont atteint la plus haute notoriété dans tous les domaines. Voici à côté de plusieurs maréchaux de Camp et d’une soixantaine de chevaliers de Malte, quelques exemples appartenant à l'Histoire :
  • Le marquis de Montcalm tué devant Québec en 1759 était le fils d'une Castellane.
  • Le vice-amiral de Castellane-Majastres combattit aux côtés de La Fayette et de Rochambaud pendant la guerre d'Indépendance à Yorktown, en 1781.
  • Alexandre Melchior Marie Philippe de Castellane était, en 1788, chambellan du duc d'Orléans.
  • Henri de Castellane Novéjean fut ambassadeur de France.
  • Boniface Louis André de Castellane, lieutenant général des armées du Roi, fut préfet des Basses-Pyrénées, maître de requêtes au Conseil d'Etat, baron puis comte d'Empire en 1810, comte-pair héréditaire en 1817, marquis-pair héréditaire en 1829. Il était le père du maréchal de Castellane, gouverneur de Lyon et l'aïeul de Boni de Castellane.
En définitive, la famille de Castellane doit une part de son indiscutable lustre à ses origines très lointaines et surtout à la succession de personnalités éminentes que les générations de cette noble lignée ont données à la Provence et à la France depuis dix siècles.
Dr Gabriel Gillybceuf

Rougon et la famille de Castellane

Le testament de Balthazard de Castellane (1605)

En parcourant les registres notariaux de Rougon, j'ai vu revivre le village ou plutôt la "communauté". Ce terme est riche de contenu. La "communauté" réglemente, gère, sous l'autorité des consuls et du bailli lieutenant de juge. Elle passe les baux qui fixent le prix de la viande de boucherie, nomme le gardien d'avérage, achète le grain qui sera distribué aux pauvres.
Inévitablement, le seigneur est présent dans la vie de la communauté. En 1605, c'est Balthazard de Castellane, seigneur de Caille (par sa mère Marguerite) et de Rougon (par sa femme Lucresse d'Ambrois qui tient la seigneurie de son frère Mathieu, 1573); il vit souvent à Rougon, ainsi que l'attestent les nombreux actes qu'il signe dans le "château" ou "maison seigneuriale" (démoli assez récemment).
En l'année 1605, Balthazard met visiblement de l'ordre dans ses affaires. Sa famille est très nombreuse.
Sa dernière fille, Lucresse, épouse François de Roux, seigneur de Saint-Laurent (13 février 1605). Sa dot est de 6000 livres.
Il arrête un compte final avec son beau-fils, "Me Raphael Aymar, avocat au siège de Draguignan". Celui-ci lui était redevable d'une somme importante, 13.600 livres. Enfin, il rédige son testament (17 février).
Le caractère de cet écrit est révélateur de sa religion réformée : il est exempt des invocations et des donations aux confréries, des legs pour les messes qui figurent dans tous les testaments. Mais des dots sont constituées (12 livres) à "12 pauvres filles à marier des lieux de Caille et de Rougon; 6 livres seront distribuées aux pauvres qui seront présents à son ensevelissement" et ses héritiers devront assurer perpétuellement un don de cinq charges de blé aux pauvres de Caille et de Rougon et à l'Hôpital de Grasse. Ceci vient après une considération "sur la misère et calamités du monde qui procèdent principalement des guerres civiles". Il y a là l'expression d'un sentiment généreux et d'une réelle tristesse.
Sa femme Lucresse lui a légué tous ses biens. Il lui assure entre autres, "tous les fruits et usufruits de la place, terroir et seigneurie de Caille sa vie durant"
Puis viennent les donations faites aux enfants :
  • à Joseph de Castellane, "son fils puisné" "les biens qu'il possède en la ville de Draguignan et son terroir Château Double et Montferrat" et 13.600 lires que lui doit R. Aymar.
  • à Pierron de Castellane, "terres, prés et seigneurie du Castellat que ledit testateur possède à la ville et terroir tant d'Aix que de Bargemon et ensemble la somme de 7.430 livres".
  • à Scipion, terroir et juridiction à Castellane en meubles et immeubles et 3051 livres dont lui est redevable la Communauté de Castellane.
  • à Jehan Baptiste, diverses redevances, au total 13.800 livres.
  • idem à Anthoine, et une maison à Châteauneuf.
  • à Honoré "enclin et dézireux de prendre la croix de l'ordre de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, ledit testateur lui lègue la somme requise et nécessaire pour faire le voyage de Malte et réception aux ordres ensemble la somme de 1300 livres pour son entretien tous les ans autant que sera à Malte". Le paiement d'une éventuelle "ranson" est aussi prévu.
Quant aux filles, Marguerite, Clère, Diane, Françoise Lucresse de Castellane, elles perçoivent chacune 900 livres, en sus de leur dot. Clère aura 4.800 livres "pour la rendre égalle aux autres filles qu'il a colloquées en mariage".
En dernier lieu vient l'aîné, Pol de Castellane : il aura "tous les autres biens, meubles et immeubles; fiefs, juridictions, droits, actions, dettes" qui reviendront après lui à son enfant "masle". Suivent ensuite de nombreuses précisions sur la succession s'il n'y a pas "d'enfants masles". Enfin, une précision sur le nom de Castellane : "c'est d'autant ce que la plasse terre et seigneurie de Caille est (. ?) à leur maison par le moyen et droit de damoizelle Gasparde de Castellane, fille naturelle et légitime de Honoré de Castellane, seigneur d'Andon, grand-mère du testateur et ce que par acte publié damoizelle Marguerite, sa mère, l'avait chargé lui et les siens de porter le surnom et armes de ladite de Castellane, sa dite grand-mère, â peine de privation de ladite place de Caille" (ce que ses enfants devront faire aussi).
Sont exécuteurs du testament Me Raphael Aymar, "advocat au siège de Draguignan et Capp. ne Elzéard Brun", son cousin "Faict et publié au lieu de Rougon et dans la salle du château dudit seigneur testateur, avant midi, en présence de messire Honoré Fabre, viquayre dudit Rougon, Me Allexandre Audibert dict Perier, jadis juge de la ville de Moustiers". Suivent les signatures des intéressés.
A noter qu'au contrat de mariage de Lucresse de Castellane l'un des témoins est Charles de Barras, chevalier de Saint-Jean de Jérusalem.
Nous pouvons penser que l'autorité de Balthazard de Castellane était bienveillante et conciliatrice. Sa fortune est importante (sans doute le train de vie modeste y est-il pour beaucoup). Avec lui, le protestantisme s'est-il implanté à Rougon ? Jusqu'à maintenant, les archives notariales ne m'ont fourni aucun document probant. Mais d'autres sources peuvent apporter d'autres réponses.

La Société populaire de Castellane

Le 8 septembre 1791 "est comparu au greffe de la municipalité le Sieur Jean-Marie citoyen actif de Castellane, lequel en qualité de Président des Amis de la Constitution établi en cette ville, pour se conformer au décret de l'Assemblée nationale du 19 juillet 1791 publié et enregistré ces jours derniers au district de cette ville, a déclaré au nom de ladite société qu'elle tiendra ses séances dans la chapelle des Pénitents Blancs et qu'elle s'assemblera les dimanche et jeudi de chaque semaine". La Société des Amis de la Constitution prenait ainsi une existence officielle à Castellane.
Cette société politique avait été formée dès mai 1789 à Versailles sous le nom de Club Breton. Après le transfert de l'Assemblée constituante à Paris, elle siégea dans le réfectoire du couvent de la rue Saint-Honoré d'où son nom usuel de Club des Jacobins. Les patriotes comprenant les services que pouvaient rendre à la cause révolutionnaire des groupements politiques composés de petites gens en favorisèrent la formation à Paris et en province. Il était accordé aux citoyens de se réunir paisiblement et sans armes pour adresser des pétitions soit au corps législatif soit aux administrateurs du département et du district. Ce mouvement fut en 1792 accentué par les événements intérieurs et surtout par la guerre (après la déclaration de guerre à l'Autriche, le 20 avril 1792). C'est probablement pour ces raisons que la Société des Amis de la Constitution de Castellane qui avait fait l'objet d'une déclaration officielle le 8 septembre 1791, paraît avoir eu une activité connue seulement à partir du 6 mai 1792.

"Vivre libres ou mourir"

L'unique registre contenant les procès-verbaux des réunions de cette société porte en tête la devise "Vivre libres ou mourir" suivie de la première délibération "le six may mil sept cent quatre-vingt-douze, l'an 4e de la liberté, les citoyens de la ville de Castellane, municipalité de Castellane, district de Castellane, département des Basses-Alpes, se sont assemblés dans l'église des religieux augustins préexistants en cette ville à l'effet de se former en Société des Amis de la Constitution". Au cours de cette séance à laquelle assistaient, outre cent-quatre-vingt-neuf citoyens de Castellane, deux commissaires délégués par le Directoire du département des Basses-Alpes et un membre de la Société des Amis de la Constitution de Digne, on désigna le président, trois secrétaires et quatre commissaires de correspondance. Chaque assistant fit le serment d'être fidèle à la Constitution française décrétée par l'Assemblée nationale et de vouloir vivre libre ou mourir. Leurs buts étaient de se maintenir dans l'union, d'arriver à repousser les ennemis de la nation et de faire fleurir la constitution.
L'ivresse de la liberté avait développé à l'extrême le goût de la parole. A chaque séance plusieurs membres montaient à la tribune pour proposer des motions parfois sans grand intérêt mais exprimées en termes débordants de patriotisme. Le président avait convié les femmes à se constituer elles aussi en "Amies de la Constitution", ce qu’elles ne manquèrent pas de faire et qui valut un discours de Madame la Présidente méritant d'être rapporté : "Frères et amis, c'est avec grande satisfaction que nous venons vous exprimer nos sentiments qui ne cèdent en rien aux vôtres pour le patriotisme. Jusqu'à ce jour vous nous avez regardées comme vos idolles (sic), mais lors même que vous sembliez ne recevoir des lois que de nous, nous étions vos esclaves et vous ne nous regardez que comme un joujou qui servait à vous amuser et à vous distraire; pour les conseils et les affaires vous ne nous contez (sic) pour rien. Mais aujourd'hui que la loi nous rend tous égaux et nous est permis de manifester nos opinions, voudriez-vous, frères et amis, nous priver du plaisir de courir à la gloire ? Non, croyez que nous ne cèderons en rien, tant pour le courage que pour le zèle, nous voulons vraiment mériter vos homages (sic) en concourant avec vous à maintenir la Constitution, nous sommes prêtes à montrer aux ennemis de l'Etat qu'ils ont plus d'ennemis à combattre qu'ils ne croyent; nous serons les premières à marcher au champ de mars pour cueillir avec vous des lauriers. Qu'ils viennent ces audacieux chercher à nous vaincre ! Si l'on nous traite de méchantes nous ne voulons l'être que pour les ennemis de la patrie. "

Déroulement des séances

On prenait la parole pour lire les lettres des autres Sociétés du royaume, pour demander l'agrégation de la Société à celles de Digne, Mane, Grasse, Manosque, Aix, Marseille et Draguignan, puis aux Jacobins de Paris. On votait des motions pour demander des fusils au Directoire du département en raison de la proximité de la frontière, on faisait adopter des mesures de surveillance à la poste en raison des sentiments antipatriotiques de la "demoiselle Périer, dite Taulane, commis femelle audit bureau". On demandait également qu'on parlât provençal aux séances, "la majeure partie de l'assemblée, principalement la classe des agriculteurs ne comprenant pas trop bien la langue française". On adopta la motion invitant les prêtres non assermentés à prêter le serment dans les six jours sous peine d'expulsion de Castellane, et invitant aussi les religieuses de la Visitation à aller à la messe constitutionnelle.
Les calomnies et les dénonciations parvenaient en grand nombre au sein de la Société. Plusieurs séances furent consacrées au sort de Balthasar Lieutaud, commissaire du Roi près le tribunal de District, accusé d'avoir hébergé "le fier aristocrate Sabran" émigré au Puget et de l'avoir aidé à changer ses assignats (peut être faux dirent certains) contre du numéraire, faisant déprécier jusqu'à 40 pour cent ces papiers; accusé également d'avoir accaparé un baril de poudre qui lui avait été confié en 1789, en tant que consul, par le chef d'escadre Chailan de Moriez; d'avoir soutenu des prêtres réfractaires, Mgr de Ruffo Bonneval, évêque de Senez, lors de son procès; d'avoir altéré le tirage au sort des "Listes du Verdon", pour s'en attribuer la meilleure part et de s'être absenté pour ne pas assister à la fête de la Fédération.
L'influence de la Société populaire de Marseille était considérable; chaque lettre lue à la tribune entraînait des discussions passionnées. Celle du 7 juillet 1792 par laquelle la Société de Marseille menaçait la Société de Castellane de lui retirer son agrément, se termina par une violente bagarre. En septembre des commissaires furent envoyés de Marseille ainsi qu'un député de Toulon pour ranimer le patriotisme dans les Basses-Alpes. A la suite de cette visite on renouvela le bureau et les commissaires de surveillance à la poste; la lecture des papiers publics se fit à chaque séance. En septembre également commença le passage des bataillons dirigés sur les bords du Var.
Les "citoyens soldats" furent reçus à la Société, notamment la presque totalité du ter bataillon du 91e régiment d'infanterie qui venait de traverser les montagnes enneigées d'Allos dans des conditions tragiques, ne devant leur salut qu'aux secours prodigués par les habitants de ce lieu. On vit aussi le 2e bataillon de volontaires de l'Aude. Masséna, commandant le 2e bataillon du Var, prononça un discours à la tribune à la suite duquel on adopta la motion de faire un feu de joie en leur honneur puis on chanta une chanson patriotique. En novembre ce fut "l'himne des Marseillais" qui clôtura chaque séance.

Place dans la municipalité

Dans le même temps la Société intervenait auprès de la municipalité dont tous les actes étaient surveillés de près, pour l'inviter à taxer le pain et la viande en raison de l'augmentation arbitraire de leur prix et de la "coalition des marchands". Elle demanda que la fabrication du pain fût surveillée, ainsi que les moulins. La surexcitation des exprits grandissait, les dénonciations se faisaient encore plus nombreuses. Le jour de l'Epiphanie, le procureur syndic interrompit le service du vicaire, ce qui créa un vif incident. On dénonça les cabaretiers qui pratiquaient des jeux prohibés. La Société, n'ayant pas de ressources, demanda une imposition de cinq sols par membre pour subvenir à ses dépenses et aider à l'achat d'une capote et de deux paires de souliers aux volontaires dans le dénuement. Elle nomma des commissaires pour enquêter sur la vente du cuivre, interdite par la loi, lors de la vente des biens meubles des émigrés Charles d'Autane et Pierre Chailan (cuivre qui devait servir à frapper de la monnaie pour remplacer les assignats dont personne ne voulait plus). Pour maintenir l'esprit patriotique, elle décida que les séances seraient plus nombreuses. Un arbre de la Fraternité fut planté au milieu.de la ci-devant place des Augustins qui prit le nom de place de la Fraternité.
La situation économique du peuple était de plus en plus désastreuse. Invitation fut faite à la municipalité d'établir un boulanger qui vendrait exclusivement aux pauvres de cette ville un pain taxé au-dessous du tarif, la commune couvrant la différence. Le problème des volontaires devenait une importante préoccupation pour la Société. On dut nommer des commissaires pour faire rejoindre leur corps à la plupart des volontaires nationaux du district et limiter la compétence des dits commissaires à l'étendue du canton. Il fallut ouvrir une souscription afin de réunir des fonds pour acheter deux volontaires de levée à remplacer, et demander au département de fournir deux canons par bataillon.
Le registre de la Société populaire de Castellane se termine le 7 mai 1793 par de nouvelles dénonciations au sujet du pain et du blé vendu plus cher que la taxe, et par une pétition envoyée à la municipalité de Castellane pour assurer l'approvisionnement en viande, notamment en mouton. La dernière page comporte la liste des membres qui avaient acquis les "diplômes d'affiliation" imprimés à Digne chez Guichard, délivrés moyennant la somme de dix sols en assignats.
A cette époque où les idées évoluaient assez vite, une prudence bien comprise commandait de ne pas laisser de traces de ce qui s'était passé avant Thermidor. On peut supposer que la Société de Castellane a détruit les documents qui risquaient de compromettre les habitants de la ville après la chute de Robespierre. Cela expliquerait l'absence de manuscrits postérieurs au 7 mai 1793.

Les armoiries de Castellane

La première représentation indiscutable des armoiries de Castellane nous est fournie par le sceau de Boniface IV portant, au revers, un château crénelé à trois tourelles, avec un donjon central. Boniface IV avait apposé ce sceau sur un acte de donation aux Templiers, en 1205. Les armoiries sigillaires sont aussi mentionnées par De Ruffi (Histoire des Comtes de Provence - 1613), et par Honoré Bouche ("Sigillum Domini Bonifacii de Castellana"). Elles sont reproduites, par photographies, dans l'ouvrage de M. Uc de Castellane (Pages d'histoire mâconnaise et provençale 1978). Ce document précieux a servi de base au dessin.
Le château (ou la tour) à trois tourelles est le symbole héraldique habituel de toute ville fortifiée. Le choix de ce blason pour Petra Castellana n'a donc rien de mystérieux. Le prieur Laurensy, en 1775, pensait que les trois tours du château évoquaient les trois parties dont se composait la ville du XIe siècle : Rupes, Castrum, Burgum. Le Docteur Martin-Charpenel a eu raison d'écrire : "si le symbolisme hermétique de l'héraldisme est assez poussé, il ne faut tout de même pas lui faire dire tout ce que l'on veut".
Au XIIIe siècle la baronnie de Castellane a non seulement ses propres lois et coutumes mais aussi ses armoiries, celle de son seigneur, qui resteront celles du bailliage, puis de la viguerie et des membres de la famille de Castellane (avec, bien entendu, au fil des alliances dans la descendance diverses variantes ou brisures parfaitement légitimes).
Le blason de la Cité a été lui-même l'objet de diverses nuances :
  • "De gueules à un château d'or", in H. Bouche (1664).
  • "De gueules à une tour crénelée, de trois tourelles d'or ajourées et maçonnées de sable", Girault de St Fargeau (1844) et Malte Brun (1862).
  • "De gueulles à une tour crénelée de trois tourelles accostée de deux fleurs de lys et soutenue d'une, le tout d'or; la tour et les tourelles ajourées et maçonnées de sable".
La corrélation étroite entre le blason de la Cité et les armes de la maison de Castellane, issue de Bonniface I", explique pourquoi les diverses seigneuries qui ont appartenu à cette famille ont le même emblème, par exemple Montmeyan, Moissac (près de Tavernes), Salernes, La Verdière, Daluis... Vers 1150 Louis VII roi de France crée le blason semé de fleurs de lys (figuré sur le contre-sceau de Philippe III en 1275). En 1376 Charles V réduit à trois le nombre des fleurs de lys, pour symboliser la Sainte-Trinité sur les armes de son très chrétien royaume.
Alors que Charles VI règne sur la France, en 1411, Marie de Blois, veuve de Louis 1er, chef de file des Comtes de Provence de la seconde maison d'Anjou, et son fils Louis II décident de rendre hommage à la fidélité du bailliage de Castellane aux Comtes de Provence. Ils accordent à la ville la permission de porter en chef du blason trois fleurs de lys d'or sur champ d'azur. Dès lors le château est d'argent sur champ de gueules.
Dans le royaume de France l'attribution des trois fleurs de lys d'or distingua jusqu'en 1809 les "bonnes villes" (Bourges, Rouen, Moulins, La Rochelle etc.) dont le maire avait le privilège d'assister au sacre des rois de France, à Reims. La décision de Marie de Blois et de Louis II en faveur de Castellane n'avait évidemment pas la même portée.
En 1696 à Castellane, chef-lieu de sénéchaussée, un bureau des armoiries fut chargé de contrôler l'application de l'édit de Louis XIV obligeant les communes, contre paiement d'un droit, à faire enregistrer leurs armoiries à l'Armorial Général de France placé sous la garde de Ch. d'Hozier. Castellane négligea de se faire inscrire, mais conserva son respectable blason. On sait que la Révolution de 1789 "abolit les emblèmes se rattachant à la féodalité, poursuivant en eux un caractère nobiliaire que le vrai blason n'a jamais eu" (Robert Louis). Des symboles d'une valeur douteuse remplacèrent alors les emblèmes héraldiques les plus purs. Sous le Premier Empire les villes retrouvèrent leurs armoiries et le retour au blason du passé se confirma après 1848.
Sans empêcher, hélas, la floraison de fantaisies gratuites sur des étiquettes, des autocollants ou des décors de pacotille, c'est avec le respect de l'esprit symbolique et de l'authenticité historique qu'après 1946 l'art héraldique moderne s'est attaché à la définition et au dessin des blasons départementaux et communaux. Le blason de Castellane existe depuis dix siècles; il est logique, sobre, harmonieux et sans énigme

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