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Castellane, quelques personnages célèbres

​Une étrange histoire Scipion Brun de Castellane dernier seigneur de Caille et de Rougon

La tradition protestante est solidement établie dans cette famille depuis Balthazard Brun de Castellane qui fit venir le premier pasteur dès 1558. Aussi, lorsque s'annoncent les persécutions qui précèdent la Révocation de l'Edit de Nantes, Scipion Brun de Castellane, seigneur de Caille et de Rougon, se prépare-t-il à un exil en Suisse. Il vit à Manosque, dans la famille de sa femme Judith Legouche. Ses nombreux enfants y sont nés, et c'est là que sa femme meurt peu après la naissance d'un fils qui ne vivra pas (mars 1679). Nous savons par l'ouvrage de Barbery "L'éphémère seigneur de Caille" que le groupe familial qui prend le douloureux chemin de l'exil comprend, avec le chef de famille Scipion, son fils Isaac (le seul de tous les enfants mâles qui ait survécu), ses deux filles, sa mère, sa sœur, Mme de Lignon et son fils, sa belle-sœur Mlle de Saint Étienne, et le précepteur d'Isaac.
De nombreux actes passés à Rougon en octobre 1684 prouvent que Scipion prend de nombreuses dispositions : il passe des baux, perçoit des redevances, loue une bastide dont le mobilier est minutieusement inventorié : une grande table en noyer à quatre pieds, un matelas de 42 livres, trois caquettoires... Le sieur Laugier, de Manosque, est l'administrateur de ses biens. De Rougon, il gagne sa seigneurie de Caille où il prend des dispositions avec son notaire, Me Funel. Par Nice et le Piémont, les exilés gagnent Turin; ils s'établiront à Lausanne. Sans aucun doute, Me Périer et Me Funel veilleront aux intérêts de leur seigneur. Un acte de 1688 permet même de penser que Scipion est revenu secrètement à Caille. En effet, le 20 octobre, Anne Funel, fille de feu W Funel, épouse Joseph Flory, fils de feu Guillaume. Au bas de l'acte, figure la signature "Caille" bien reconnaissable. En 1689, Louis XIV ordonne que les biens des protestants soient saisis et remis à leurs proches. Ils reviendront, pour Judith Legouche, à sa sœur, épouse de Roland, avocat au Parlement du Dauphiné, et, pour Scipion, à Tardivy, conseiller au bailliage de Grasse.

Naissance d'Isaac

En 1696, Scipion annonce la mort de son fils à Vevei, malade depuis longtemps "par excès de travail provoqué par un amour trop vif des mathématiques".
L'étrange affaire va commencer. Elle provoquera deux grands procès, l'un à Aix (1706) l'autre à Paris (1712). Ces procès figurent dans la série "Causes célèbres et intéressantes avec les jugements qui les ont décidées"recueillies par Mr Gayot de Pitaval, avocat au Parlement de Paris. Bernard Barbery en reprendra les pièces . De 1699 à 1712, les étapes de ce procès passionneront foules et magistrats, feront d'un miséreux un grand seigneur maître d'une grande fortune, puis un prisonnier déchu de ses titres et biens, et vite disparu dans les cachots de la Conciergerie.
Voici les faits essentiels qui ont pu être établis d'après les deux ouvrages cités et le texte de l'arrêt d'Aix. Les pièces elles-mêmes (dix-neuf sacs au total), enquêtes, témoignages, compte-rendu des transports doivent figurer aux archives à Paris.
La date de naissance d'Isaac, fils de Scipion Brun de Castellane, ne figure pas sur l'Etat-Civil de la Religion Réformée. D'après des documents de famille, il est né en 1664; son père l'envoie à Genève de 1681 à 1683, mais la maladie l'oblige à revenir à Manosque. "C'était un garçon sournois querelleur, ...incapable de travail ou même d'attention soutenue. Chétif, mal venu, il faisait peu d'honneur à la famille. Tout le monde savait à Manosque quel médiocre attachement Scipion témoignait à son fils". Aussi, est-on fort surpris d'apprendre que la mort du jeune homme en 1696 est attribuée à un excès d'étude. Trois ans plus tard, à Toulon un soldat de la marine enrôlé sous le nom de Pierre Mêge, déclare être Isaac de Caille, évadé de la maison de son père et vivant sous un autre nom par crainte des persécutions religieuses.

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Pierre Mêge

Pierre Mêge a existé; on possède de lui ses inscriptions sur les rôles, plusieurs actes d'abjuration, un acte de mariage avec Honorade Venelle en 1686. De 1696 à 1699, il a été "entoilé plusieurs fois sur les gallères, vendant du beaume et des remèdes aux environs de Marseille". Mais un fils de famille abandonné par les siens, dans la misère, quelle histoire ! Surtout quand il manifeste le désir de rentrer dans la vraie foi. Et l'abjuration solennelle a lieu le 10 avril 1699 dans la cathédrale de Toulon. L'ancien Pierre Mêge prend le nom d'André d'Entrevergues (lieudit proche de Rougon). Cependant, lorsqu'il déclare ne savoir signer, les grands seigneurs qui l'ont aidé de leur bienveillance sont quelque peu surpris.
A Lausanne, Scipion est informé de l'affaire. Il déclare que son fils est bien mort à Vevei, il en envoie de nombreuses attestations, mais non l'acte de décès. De plus, les possesseurs des biens de l'exilé, les Roland et les Tardivy, attaquent le nouveau venu en imposture. Ce premier procès se déroulera dans une atmosphère de passion extrême. Aix était favorable au jeune seigneur. Emprisonné, visité par de nobles dames, aidé financièrement par les libéralités de grandes familles, soigné par des geôliers originaires de Rougon, il a le prestige de ceux qui sont injustement accusés. Le procès dure sept ans; on se transporte à Manosque, à Rougon, à Caille; Isaac est reçu en triomphe. Le 14 juillet 1706, le Parlement d'Aix rend son arrêt : le "querelé" est Isaac Brun de Castellane, seigneur de Caille et de Rougon; il est remis en possession des biens de sa famille. L'avocat Roland est reconnu coupable de "fausseté, calomnie, subornation de témoin, tentative d'assassinat".
Une foule énorme applaudit et porte le Président Boyer d'Eguille en triomphe. Dans les jours qui suivent, noble Isaac de Brun de Castellane épouse Madeleine Serry, dont la mère appartient à la haute noblesse; il mène grand train, visite ses terres, fait graver son portrait par Trouvain. Mais sur ce portrait d'une belle facture, le regard est inquiet.
Les Roland et Tardivy font appel. Et Honorade Venelle apparaît. La voici à Paris réclamant son mari; c'est là une alliée de premier ordre pour les opposants au procès d'Aix.
L'arrêt définitif est rendu le 17 mars 1712. Il est terrible pour l'intéressé : il n'y a plus qu'un soldat de marine, sans sou ni maille, emprisonné à la Conciergerie du Palais, et poursuivi pour crime de bigamie. Madeleine Serry le défendit courageusement, mais la mort vint mettre fin au drame.

Isaac de Caille ou Pierre Mêge ?

On peut se demander comment deux si hautes instances ont pu juger de manières aussi opposées. Plus de cent personnes de Manosque, Rougon et Caille ont reconnu le fils de leur seigneur; ses nourrices étaient du nombre; des cicatrices du fils de Caille ont été vues sur le prisonnier. Mais les Roland aussi ont produit des témoins qui ont reconnu Pierre Mêge, et Scipion surtout a toujours clamé la mort de son fils...
J'ai relevé dans l'arrêt d'Aix un curieux témoignage : "le Sieur Malij d'Ailhane, lieutenant d'une compagnie suisse, aurait dit à Tollon en présence des Sieurs de Charmasaille (gouverneur de Tollon) et Brissac et de qui cognoissait bien le sieur de Caille père, qu'il logeait dans la maison dudit sieur d'Ailhane à Lausanne ... et que de plus il avait connu le fils du dit sieur de Caille, que c'était un innocent et un folâtre".
Le véritable Isaac de Caille a-t-il été l'élève studieux, appliqué aux mathématiques, de la légende familiale ? M. Barbery, qui expose les deux thèses, celle d'Aix et celle de Paris, fait état du témoignage d'un avocat huguenot, Me Barbeyrac, qui déposa devant le Parlement d'Aix : "le fils de Caille était instruit ... mais il n'avait point voulu parler du fils légitime de Scipion. "
Nous lui empruntons sa conclusion : "Après avoir dépouillé les dossiers, interrogé les documents, mis en parallèle les hypothèses, on se trouve embarrassé de conclure ... Etait-il Isaac de Caille ? Etait-il Pierre Mêge ? La question demeure entière, mais l'histoire est remplie d'obscurités..."
Suzanne Audibert - Varcin

Le Prieur Laurensi 1719-1808

Joseph Laurensi naquit à Castellane, le 4 décembre 1719, d'Honorat Laurensi, maître en chirurgie, et d'Elisabeth Pastour, au sein d'une famille notable. Il fut baptisé le même jour. La peste de 1720, qui désola la Provence, épargna le nouveau-né, sa famille et son pays.
Le futur prieur commença ses études au collège de sa ville natale. De ses premières impressions d'enfance, l'une d'elles surtout survécut en lui, c'est le profond souvenir qu'il garda, sa vie durant , de Mgr Soanen, évêque de Senez. Des visites que le prélat faisait au collège, des cérémonies brillantes qu'il présidait, soit à la paroisse, soit chez les religieuses de la Visitation, de ses discours, de cette gravité majestueuse qui le caractérisait, Laurensi a parlé avec attendrissement. Joseph Laurensi avait huit ans quand, en septembre 1727, le concile d'Embrun condamna l'évêque de Senez et le relégua à l'abbaye de la Chaise-Dieu en Auvergne. Plus tard, le prieur de Castellane sut toujours reconnaître les moeurs plus que pures et austères du prélat janséniste. Le jeune écolier fit sa première communion à un âge relativement avancé comme le voulait la morale janséniste naguère encore si vivace dans notre région.
Le 21 juillet 1739, à l'âge de vingt ans, en la fête de Saint-Victor, titulaire du prieuré curial, et dans l'église de la Visitation de Castellane, le jeune étudiant reçut la première tonsure. En l'absence de l'évêque de Senez, toujours exilé à la Chaise Dieu, le prélat collateur fut Mar de la Motte d'Orléans, évêque d'Amiens, ancien administrateur du diocèse de Senez. La réception des ordres mineurs dut suivre de près celle de la tonsure.
Où étudiait alors l'abbé Laurensi ? Le séminaire de Castellane, abandonné par les Doctrinaires, était désert. D'autre part, Messire Pierre Laurensi, prêtre remarquable de Castellane, qu'une infirmité des jambes, en l'écartant du ministère paroissial, avait voué à l'instruction et à l'éducation de la jeunesse, était mort en 1722. Mort aussi l'abbé Joseph Gibert, natif d'Angles, vicaire perpétuel de Soleilhas, qui, nous dit un procès-verbal de visite épiscopale de 1722, "a enseigné quarante-cinq prêtres sortis de Soleilhas ou de son école". Il reste donc plus que probable que Laurensi étudiait encore au collège de Castellane, quand il reçut la tonsure et les ordres mineurs.
Une culture plus étendue et supérieure était nécessaire à un sujet aussi distingué. Aussi partit-il pour Marseille afin d'y achever sa formation théologique. Il y fit des études sérieuses, brillantes même, non pas à l'Oratoire, comme on l'a avancé, mais chez les Jésuites. Le 17 Juillet 1744, nous le retrouvons, âgé de vingt-cinq ans, soutenant une difficile thèse de théologie sur les questions brûlantes qui passionnaient alors le monde autant laïque qu'ecclésiastique : la grâce, le libre arbitre, la liberté humaine etc... "Laurensi, en un style châtié, précis et imagé, nous dit une note communiquée par le regretté Victor Lieutaud, commença par poser la thèse, la soutint avec chaleur et exposa aussi clairement qu'il se peut le scotisme et le thomisme, avec tout leur argot et toutes leurs arcanes, qui, pour reculer la difficulté, ne la laissent pas moins insoluble en des matières si au-dessus de l'intelligence humaine... et fut salué par de triples applaudissements, au moment où il quittait modestement la chaire pour rentrer dans les rangs... "

Retour au diocèse

Après cet éclatant succès, le jeune acolyte revint dans son diocèse d'origine. Le 18 décembre 1745, à Senez, dans la chapelle du séminaire, il recevait l'ordre sacré du sous-diaconat. Le 9 avril 1746, au même endroit, il était ordonné diacre et, le 24 septembre suivant, en la fête de Saint Isarn, chère aux Castellanais d'antan, il était promu au sacerdoce à l'âge de vingt-sept ans.
Au lendemain de son ordination, par un mandement daté du 18 octobre 1746, Joseph Laurensi fut donné comme secondaire au prieur de Castellane, Etienne Petit. On était alors en plein dans la guerre de succession d'Autriche. Les armées austrosardes ravageaient la contrée. Le ministère sacerdotal du nouveau secondaire débutait en de bien pénibles circonstances; du moins, les occasions de se dévouer s'offraient nombreuses à son zèle. Par exemple nous le voyons accompagner Mgr de Vocance, évêque de Senez, quand le prélat se rendit au devant du Général d'Orméa, qui arrivait du côté d'Angles à la tête de l'armée ennemie, pour lui demander d'épargner les habitants.
L'armée austro-sarde partie et le calme rétabli, Laurensi reprit avec un zèle toujours croissant le cours normal de ses fonctions.
En 1748, il y eut un changement de prieur. L'abbé Joseph de Tassis arriva à Castellane, âgé de trente-huit ans, et jeta les yeux sur son plus jeune vicaire, qu'il connaissait de longue date. Il pensait pour longtemps s'attacher son compatriote.

Laurensi à Senez

Les plans de l'abbé de Tassis furent déjoués car, de son côté, l'autorité diocésaine avait des vues sur l'abbé Laurensi. Mgr de Vocance le retira de Castellane pour le mettre à la tête du 'séminaire de Senez. Fondé depuis un siècle environ par Mgr Duchaisne qui le dota et le confia aux Frères de la Doctrine Chrétienne, ce séminaire avait connu de mauvais jours. Tour à tour installé à Senez et à Castellane, abandonné, puis repris et de nouveau abandonné par les Doctrinaires, Mgr de Vocance voulut le rétablir en le confiant aux prêtres du diocèse qui le régentèrent jusqu'à la Révolution. Il ne crut pas mieux faire que d'y appeler Laurensi : "Notre séminaire, lui écrivait-il le 12 novembre 1748, se trouvant actuellement dépourvu de supérieur et d'administrateur par l'abandon qui en a été fait depuis environ dix années par les Pères de la Doctrine Chrétienne, ce qui cause un préjudice considérable aux ecclésiastiques de notre diocèse... pour remplir les intentions du fondateur de cette maison, pleinement informé et convaincu de vos bonnes mœurs, science, piété et saine doctrine, nous vous avons nommé comme nous vous nommons par ces présentes supérieur et administrateur de notre dit séminaire de Senez, tant pour le spirituel que pour le temporel, vous donnant pouvoir à cet effet de professer la théologie et de former aux fonctions du saint ministère les ecclésiastiques, etc...
En arrivant à Senez comme supérieur du séminaire, Laurensi remplit les fonctions de curé pendant quelque temps. Il signe les actes de catholicité, en novembre et décembre 1748 comme provicaire. Nous ne savons rien de précis sur la manière dont le nouveau supérieur dirigea le séminaire et sur le temps qu'il passa à la tête de cette maison. Ce qui est certain c'est que le nombre des élèves n'étant jamais très élevé, un seul professeur lui était adjoint. Lui-même enseignait la philosophie et la théologie. L'abbé Laurensi parait avoir joui de toute la confiance de Mgr de Vocance. Aussi sa douleur fut-elle grande quand il apprit sa mort survenue à Riez, en mai 1756. Après la mort de Mgr de Vocance, Laurensi passa encore quelques années au séminaire. Vers 1760, disent quelques uns, il revint à Castellane en qualité de secondaire, toujours attiré par l'abbé de Tassis. Ce fait paraît très vraisemblable car dans l'acte de collation de la chapellenie de Sainte-Anne au hameau de la Rivière de Peyroules, faite en août 1764 à Joseph Laurensi, celui-ci est qualifié dans l'acte de présentation des patrons, de prêtre desservant la paroisse de Castellane.
Cette nomination à Castellane lui facilitait le travail qu'il avait entrepris, l'oeuvre historique principale de sa vie "l'Histoire de Castellane".
Le 29 décembre 1764, Laurensi était nommé vicaire perpétuel de Soleilhas et installé dans ses nouvelles fonctions le 3 janvier 1765.
Les cinq années que l'ancien secondaire de Castellane passa à Soleilhas ne sont pas connues. Cependant le 12 octobre 1770, Jean-Baptiste Antoine de Brancas, des comtes de Forcalquier, archevêque et chancelier de l'Université d'Aix, accordait au docteur en théologie qu'était déjà le vicaire-curé de Soleilhas le diplôme de bachelier en droit canonique. Sa vie durant, Laurensi ne se départit pas un, instant de l'amour qu'il avait pour l'étude. Le travail intellectuel occupa tous les loisirs que lui laissait le ministère pastoral.

L'évêque de Senez

Après cinq ans environ de séjour à Soleilhas, le 3 août 1769, l'abbé Laurensi démissionna de sa vicairie. Appelé à Castellane par Mgr d'Amat de Volx, il devint aumônier des religieuses de la Visitation, couvent fondé en 1664 par Mgr Duchaisne, évêque de Senez. Les jeunes filles de toute la région y accouraient pour y venir faire leur éducation. La chapelle, la plus belle et la plus riche du diocèse, était témoin des cérémonies liturgiques les plus magnifiques. Les évêques de Senez y tenaient souvent leurs synodes ou y faisaient leurs ordinations.
Au moment où arrivait Laurensi, eurent lieu les fêtes splendides ordonnées par Mgr d'Amat de Volx à l'occasion de la canonisation de la bienheureuse Jeanne Françoise de Chantal, fêtes qui durèrent huit jours.
C'est au cours de ces mêmes années que l'auteur de l'histoire de Castellane mit la dernière main à son œuvre qui parut dans le courant de 1775. Cette histoire venait à peine de paraître que le prieuré-cure de Castellane vint à vaquer par la mort de l'abbé Joseph de Tassis du Poir décédé le 7 décembre 1775. Le prieuré de Castellane étant le plus important du diocèse de Senez, avec celui de Colmars, on comprend que la succession ait pu occuper les esprits. L'attente ne fut pas longue. Celui que la voix publique désignait, l'abbé Laurensi, fut nommé, le jour même des funérailles du prieur défunt, le 8 décembre 1775, par les vicaires généraux de Mgr de Beauvais, évêque de Senez. Indiquons au passage que le prieuré curial de Castellane, qui réunissait les quatre paroisses primitives de Notre-Dame-du-Plan, Notre-Dame-du-Roc, Saint-André et Saint-Victor, nous apparaît toujours, en dernier temps, sous la triple dénomination de Saint-André de la Roche, Saint-Victor du Bourg et Saint-Martin de la Baume. En 1770 Castellane, comme Colmars, avait été déclarée ville murée. Or pour être curé dans une ville murée, d'après une déclaration du 9 mars 1591, il fallait être gradué, c'est-à-dire au moins bachelier, condition que réalisait amplement le docteur Laurensi. A Castellane, il fut vrai et unique prieur-curé.
Nommé donc par lettres de provision du 8 décembre 1775, le nouveau prieur fut mis en possession réelle, corporelle et actuelle, le 12 décembre suivant, par les notaires Meiffred et Paty, de Castellane. Une fois installé, Laurensi alors âgé de cinquante-six ans, se mit à l’œuvre. Cette œuvre se présente à nous sous des formes multiples. Ce sont d'abord, en plus de l'Histoire de Castellane, des notes nombreuses laissées dans les registres paroissiaux. Elles contiennent des renseignements aujourd'hui bien souvent négligés : morts subites, accidentelles, avec ou sans sacrements etc... Elles touchent non seulement aux événements marquants survenus dans la paroisse mais encore aux choses les plus ordinaires de la vie quotidienne : pluies, orages, sécheresses, état des récoltes, détails d'ordre démographique etc... Tout est méthodiquement mentionné à la fin du registre annuel des baptêmes, mariages et sépultures, sous ce titre générique : événements mémorables de l'année.

De grands travaux

Si en faisant un travail historique sérieux et précieux le curé de Castellane pensait aux générations futures, il n'oublia jamais, en homme de raison et de règle, ce qu'il devait avant tout à ses paroissiens actuels. Il fut et resta toute sa vie l'homme de Dieu dans la forme appropriée à son temps. Il se donna au double ministère de la prière publique et officielle et de la prédication. La liturgie fut entre les mains du prieur de Castellane une arme de combat efficace. Il sut la faire valoir aux trois époques bien marquées de son existence mouvementée : au temps de la paix et de la splendeur, 1775-1790; au temps de la persécution, 1791-1800; au temps de la restauration, 1800-1808.
Curé de Soleilhas, aumônier de la Visitation, prieur de Castellane, nous le voyons s'intéresser avec zèle aux églises et chapelles qui lui sont confiées.
L'église paroissiale de Saint-Victor de Castellane, sombre et humide à l'intérieur, étroitement entourée à l'extérieur de maisons qui paraissaient l'étouffer, ne brillait pas par sa splendeur. Laurensi suivit l'exemple de ses prédécesseurs en s'attachant à la rendre plus Digne et suffisante.
Dès 1776, c'est-à-dire à peine installé, le prieur assainit la sacristie et l'église par un aqueduc. L'année suivante, il régularise le sanctuaire en lui donnant une forme aux contours plus gracieux. Pour cela il fallut combler le caveau qui servait de sépulture aux prêtres. Le 29 juin 1778 on procéda à la bénédiction solennelle de trois cloches refondues dédiées respectivement à sainte Marie, à saint Victor et à saint André. Le 11 octobre suivant, une quatrième cloche fut dédiée à saint Isarn. La plus grosse réparation, l'agrandissement par la construction d'une nef, se fit en 1780. Les travaux durèrent presque toute l'année. Le 27 février le service paroissial fut transféré dans l'église des Pères Augustins. Le 29 novembre suivant, veille de Saint-André, fête patronale, "toutes les réparations achevées, la paroisse a été transférée des Augustins dans cette nouvelle église".
D'autres réparations suivirent que nous ne pouvons toutes mentionner. Mais malgré tout son zèle, le prieur Laurensi ne fut pas toujours bien inspiré du point de vue architectural. Il ne le fut même pas du tout le jour où il fit recouvrir d'un horrible badigeon blanc et jaune la nef principale et primitive de Saint-Victor, toute en pierres de taille.
Les églises des succursales ne préoccupaient pas moins le curé de Castellane que l'église matrice. Signalons les travaux à l'église de Saint-Martin de la Baume en 1775 et 1806, ceux de l'église Saint-Christophe à La Palud en 1777.

Mais que sont les églises sans l’œuvre de la prière et louange éternelle ?

S'il s'occupa avec attention des fêtes générales de l'église, le prieur-curé de Castellane ne négligea pas celles spéciales à sa paroisse. Grâce à lui nous savons comment ces fêtes étaient célébrées par le clergé et par le peuple. Chaque paroisse avait alors son coutumier riche de souvenirs locaux. Laurensi aimait trop sa petite patrie de Castellane pour négliger les fêtes locales. Il aimait trop l'Eglise pour ne pas se soumettre à ses lois et règlements. Aussi le voyons-nous s'adresser à l'autorité épiscopale, alors souverainement compétente en matière liturgique, pour faire approuver ces fêtes et leurs offices. Sur ses instances, par une ordonnance signée à Eoulx, en 1782, Mgr de Beauvais, évêque de Senez, éleva les offices de Saint-Pons, 11 mai et de Saint-Isarn, 24 septembre, au rite double de 2e classe. Même souci pour la solennité de Saint-Victor, 21 juillet, avec une oraison propre, tirée du bréviaire parisien, et deux hymnes spéciales aux premières et secondes vêpres. Pour la fête du Pétard ou anniversaire de la délivrance de la ville de Castellane, Mgr de Beauvais, en 1779, approuva un nouvel office composé en 1776 et alors permis par les vicaires généraux. Fait de pièces anciennes, telles que certains hymnes, et de compositions nouvelles, cet office est un vrai chef-d'oeuvre de liturgie localé. Tout nous porte à croire, et le choix judicieux de textes scripturaires et l'agencement des parties anciennes et nouvelles, que nous nous trouvons encore là en face d'un travail de notre prieur.
L'année 1786 ramena le deuxième centenaire de la délivrance de la cité, Laurensi voulut donner un éclat tout particulier à cette fête locale. Il nous en a laissé lui-même un compte-rendu très détaillé qu'il termina ainsi : "nous prions nos successeurs de vouloir la continuer chaque année, avec le cérémonial ordinaire, comme nous en avait prié nos prédécesseurs, surtout ceux de l'an 1614, et d'ajouter quelque chose chaque année centenaire, pour raviver la ferveur des citoyens. Nous avons cru devoir coucher ceci sur les registres pour servir à la postérité et nous avons signé avec nos prêtres..."
La fête de saint André, apôtre, titulaire du prieuré et de l'ancienne paroisse de Petra Castellana, fut aussi l'objet de toute son attention.
Au bas d'une lettre, parmi les signatures des recteurs de l'hôpital Saint-Martin de Castellane celle du prieur Laurensi.

Organisation et règlementation 

Le soin qu'apporta le prieur Laurensi à l'organisation et à la réglementation des confréries mérite encore une mention spéciale.
Veiller sur les églises et leur mobilier sacré, être l'homme de la prière publique, officielle et liturgique, s'occuper des fêtes et de leur solennité n'est qu'une partie du sacerdoce. Laurensi ne l'oublia jamais. S'il fut essentiellement l'homme de la liturgie, il fut aussi celui de la prédication. Il prêcha et prêcha beaucoup. Si le dimanche 17 octobre 1802, au rétablissement officiel du culte, nous le voyons occuper la chaire à deux reprises, malgré ses quatre-vingt-trois ans, quel zèle ne dut-il pas apporter à cette fonction quand il était en pleine possession de lui même ? Malheureusement, malgré tous nos efforts, nous n'avons pu retrouver un seul manuscrit des sermons, prônes et homélies du prieur de Castellane.
Une forme particulière de la prédication populaire, ce sont les missions. Un pasteur aussi zélé que l'abbé Laurensi ne pouvait pas négliger un moyen si puissant de ramener les âmes à Dieu. Il en fit donner une qui dura quatre semaines, du 23 avril au 20 mai 1787. Il n'y en avait plus eu depuis 1728, c'est-à-dire depuis cinquante-neuf ans. Notre prieur en fut le principal organisateur.
Dans les archives paroissiales de Castellane, Laurensi nous a laissé un récit détaillé de cette mission de 1787, qui concorde bien avec celui de l'évêque Mgr de Castellane.
Cependant la Révolution s'annonçait déjà. A la fin de 1788, Laurensi note ses impressions : "Remuements en France de la part des Parlements. Commencements de guerre civile en Bretagne, en Dauphiné; la prudence du Roi les a dissipés. Beaucoup de mémoires de la part de toutes les villes pour servir d'instructions aux Etats Généraux qui doivent se tenir en 1789. Le tiers-état, encouragé par le ministère, a conçu beaucoup d'espoir contre le clergé et la noblesse..."
Quelle fut l'attitude du curé de Castellane devant le mouvement anti-catholique de la Révolution ? C'est ce que nous allons voir sans entrer dans les questions d'ordre politique et social.
Le 22 mars 1789 le prieur publiait au prône le décret fixant le jour de l'assemblée des députés des trois états de la sénéchaussée. Le 26, dans la chapelle Saint-Joseph, eut lieu la réunion de tous les chefs de famille pour nommer à cette assemblée, qui se tint le 3 avril. Ce jour-là, après la messe du Saint-Esprit célébrée par Laurensi lui-même à la paroisse Saint-Victor, les députés des trois ordres se réunirent de nouveau à Saint-Joseph. Le clergé demanda à s'assembler en particulier. On lui désigna la salle de l'hôtel de ville. Il choisit au cours de cette assemblée les six députés ecclésiastiques qui devaient se rendre à la sénéchaussée de Draguignan. Joseph Laurensi fut élu pour cette députation.

Que devint le curé Laurensi pendant la période révolutionnaire ?

Le 31 décembre 1789, à Castellane, il fait option de la congrue et renonce à la dîme, désormais difficilement percevable. Le 17 décembre 1790 il fait la déclaration prescrite sur les revenus et charges de son prieuré. Quelques jours après cette déclaration, l'intéressé nous apprend, à la fin du registre de 1790, que la Révolution, à Castellane, qui n'avait porté que sur le terrain financier, n'avait pas troublé la paix.
Mais la Constitution civile du clergé fut votée le 12 juillet 1790 et cinq mois après ce vote, le 27 novembre 1790, la Constituante, par un nouveau décret, exigea de tous les évêques, curés et ecclésiastiques en fonction le serment constitutionnel. Quelle fut la conduite de Laurensi en ces douloureuses conjonctures ? Invité à prêter le serment, il se déclara d'abord malade. Quelques jours après, pressé par les autorités, il le fit, mais avec une restriction essentielle. Lui-même nous dit comment il se comporta en cette circonstance : "L'an 1791 et le 20 du mois de février, nous prieur-curé, pénétré de zèle pour le bien de la patrie et voulant donner à nos paroissiens l'exemple public de notre soumission et de notre respect pour tous les décrets de l'Assemblée nationale, après nous être concerté avec Mrs les maires et autres officiers de la municipalité de cette ville, avons en leur présence prêté notre serment de fidélité à la Nation, à la Loi et au Roi et juré de maintenir de tout notre pouvoir la Constitution civile décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le Roi, sauf la religion que nous avons toujours professée et voulons toujours professer dans son intégrité et ce à l'issue de notre messe paroissiale, vers les neuf heures du matin, sur les degrés du maître autel, en portant la main droite sur notre poitrine et ensuite l'ayant levée et mise sur le livre des Évangiles, accompagné de messieurs nos secondaires revêtus des surplis... lesquels ont tous prêté le serment dans la même formule que nous, à l'exception du Ste Marie qui n'a point jugé à propos d'ajouter la restriction sauf la religion, et nous avons tous signé le présent...".
Dans une lettre du 6 mars 1791 le procureur général syndic près le Directoire se plaint au procureur près le Directoire du district "le serment prêté... est inconstitutionnel ..." Laurensi et les autres prêtres sont donc dans le cas d'être remplacés, mais jusqu'au remplacement ils peuvent continuer leurs fonctions.
Un peu plus tard, le 4 juin 1791, nouvelle lettre du Directoire départemental au procureur du district pour qu'il engage les prêtres de Castellane à se soumettre. On alla même jusqu'à faire entrevoir à Laurensi la suppression de sa cure. Laurensi tint bon contre tous les assauts. Cependant, c'est un fait, il passa pour jureur. On ne pouvait, du jour au lendemain, remplacer tous les curés insermentés. Laurensi put donc, quelque temps encore, exercer ses fonctions pastorales, sans trop de gêne et d'encombre. Mais il savait que ses fonctions pastorales lui seraient bientôt disputées et il se demandait avec angoisse quel sort était destiné à l'Eglise de France.
Une grande consolation, cependant, lui était encore réservée. Il put célébrer la fête de Notre-Dame-du-Roc, le 25 mars, jour de l'Annonciation, mais sans bravade. Laurensi était encore là quand, en avril, fut célébré à Saint-Victor, avec toute la pompe possible, un service funèbre pour Mirabeau.

A la recherche de la sécurité

Cependant le jour approchait où Laurensi devrait aller chercher à l'étranger une sécurité que la France ne lui donnait plus. Il partit le 1er mai 1792 et demeura successivement à Turin, à Ferrare, à Assise et à Rome. Dans des notes précieuses l'exilé ne fait que nous énumérer brièvement les lieux divers où il séjourna plus ou moins de temps. Il ne nous dit rien de ses occupations et de l'emploi de son temps, de ses tristesses et de ses amertumes, de sa charité. Après trois ans d'exil, se trouvant à Rome, le curé de Castellane reçut de Mgr de Bonneval l'ordre de revenir dans sa paroisse avec les pouvoirs de vicaire général pour toute l'étendue du diocèse de Senez.
Le 15 fructidor an III (1er septembre 1795), le Directoire du département prit trois arrêtés d'après lesquels André Paul, Joseph Laurensi et Auguste Mistral étaient rayés de la liste des émigrés et réintégrés dans leur droits politiques. L'arrêté concernant Laurensi faisait remarquer qu'il avait été obligé de fuir et de se tenir caché par suite de menaces.
Arrivé à Castellane au commencement de septembre 1795, à la faveur d'une accalmie dans la tourmente révolutionnaire, Laurensi trouva l'église des Augustins réconciliée par M. de Pillafort, chanoine de Senez. C'est là qu'il reprit ses fonctions le dimanche suivant. Les premiers actes de son ministère, après ce retour, furent souvent accomplis à domicile "pour des raisons à nous connues" écrit-il le 9 octobre 1795 à propos d'un baptême. D'autres fois, ces notes, qui nous font saisir sur le vif les manifestations de la vie paroissiale en ces temps troublés, nous disent que les cérémonies mortuaires ont été faites seulement dans la chambre du défunt.
Le 2 brumaire an III (24 octobre 1795), Laurensi et trois autres prêtres font une déclaration de soumission aux lois de la République.
Le 24 mars 1797, veille de la fête de l'Annonciation, Laurensi eut la joie de réconcilier l'église de Notre-Dame-du-Roc qui avait été profanée pendant la période troublée de la Révolution.
L'accalmie qui avait permis à Laurensi de rentrer de l'exil ne fut que relative et de courte durée. En septembre 1797, le prieur fut de nouveau proscrit et obligé de se cacher "tantôt dans une maison, tantôt dans une autre et souvent dans des autres". Comme pour son premier exil, Laurensi ne nous a rien dit sur cette période. Trois années durant, de septembre 1797 à juin 1800, Laurensi se tint caché à Castellane, exerçant son ministère en cachette, sans que nous puissions rien savoir de précis sur ce qu'il fit à cette époque.

Réapparition

Le 30 juin 1800, nous le voyons reparaître au mariage de Lazare Joseph Demandolx et de Françoise Bérard qu'il unit.
Le 9 octobre suivant, le prieur bénit le tableau du maître-autel de Notre-Dame-du-Roc, tableau fait à Grasse en 1736, par le sieur Genti, peintre et sculpteur, représentant la Sainte Vierge au milieu, saint André à droite et saint Etienne à gauche.
Le 30 novembre 1800, Laurensi rentra de nouveau aux Augustins. Toute l'année 1801 se passa dans le calme.
Le temps de la réconciliation totale approchait. Le 13 octobre 1802 (21 vendémiaire an XI), Laurensi rentra triomphalement dans son église paroissiale dont il avait été chassé onze ans auparavant, le 16 août 1791. L'abbé Marie l'y reçut comme on reçoit un chef et le reconnut pour prieur. Tous les prêtres assermentés ou insermentés étaient présents.
Le Concordat signé le 16 juillet 1801 entre Pie VII et Bonaparte et promulgué en France le 8 avril 1802, recevait ses premières applications. L'une d'elles fut la suppression de l'évêché de Senez dont le dernier titulaire fut Mgr de Bonneval (Jean Baptiste Marie Scipion). L'ancien diocèse de Senez, à quelques paroisses près, fut englobé tout entier dans celui de Digne. Le nouvel évêque concordataire, Mgr Yves Irénée Dessoles nomma à la cure de Castellane l'ancien prieur Joseph Laurensi qui, dispensé par son âge et ses infirmités d'aller à Digne, pour prêter le serment exigé par le Concordat, s'acquitte de cette formalité devant le sous-préfet de Castellane, spécialement délégué par le préfet.
La liste des prieurs-curés de Castellane finit en la personne de Joseph Laurensi, mais ce prêtre remarquable, témoin de tant de bouleversements, eut l'honneur d'ouvrir une ère nouvelle, celle des curés concordataires de la nouvelle paroisse de Castellane. Cinq ans encore Laurensi va dépenser au service de ses paroissiens les restes d'une ardeur qui va s'affaiblissant. Mais de quels changements sa vieillesse n'a-t-elle pas été témoin !
Peu à peu il redonna à sa paroisse son ancienne splendeur. En 1804, l'église Saint-Joseph, vendue révolutionnairement, fut rachetée au prix de 1 400 francs.
Le premier juillet 1804 eut lieu la bénédiction solennelle de l'oratoire que le citoyen Antoine Andrau avait fait construire en l'honneur de saint Isarn au-dessus de sa propriété, près du pont en planches sur la Recluse. Le 15 juillet à six heures du matin, Laurensi accompagné de son clergé et des "frères bleus" bénit encore l'oratoire érigé sous le Roc, sur le chemin d'Angles.
A la fin de cette même année 1804, le curé de Castellane, fidèle à son ancienne habitude, mentionnait parmi les événements mémorables de l'année "l'élection de notre empereur Bonaparte", le voyage du Pape Pie VII venant sacrer le nouvel empereur, le 2 décembre, à Notre-Dame de Paris.

Jusqu'à la fin, serviteur de Dieu

En octobre 1805, malgré ses quatre-vingt-cinq ans, Laurensi alla bénir la nouvelle église de la Baume. Il y revint l'année suivante pour la fête de Saint-Martin. Il prit la parole à la cérémonie de première communion du 9 juin 1805. En 1806, du 3 au 29 mai, il procura encore à ses paroissiens les bienfaits d'une grande mission. Le 18 avril 1807, Mgr de Miollis, évêque de Digne, vint à Castellane pour la première fois "le curé Laurensi, âgé de quatre-vingt-huit ans, écrit l'évêque dans son journal, jouit encore d'une bonne santé. C'est un saint pasteur".
L'heure de la récompense sonna enfin pour le bon et fidèle serviteur de Dieu que fut le prieur Laurensi. Le 21 mai 1808, il s'éteignait à l'âge de quatre-vingt-neuf ans dans la maison qu'il possédait rue du Mitan. Comme toute sa vie, sa mort fut exemplaire. Après avoir reçu tous les sacrements, il fit "sa profession de foi en vrai pasteur" dit son acte de sépulture. Ses funérailles eurent lieu le lendemain avec le concours de toute la population de la ville et des hameaux. Tous les prêtres de la paroisse et des environs, la municipalité en corps et les administrateurs de l'hospice accompagnèrent à sa dernière demeure celui qui avait été leur pasteur et leur guide, pendant sa vie.
Quelques jours après, le 31 mai 1808, de Gap où il était en tournée pastorale, Mgr de Miollis écrivait : 'Je viens de perdre M. le Curé de Castellane, âgé de quatre-vingt-dix ans, jouissant d'une belle santé et d'une juste réputation de vertu, de sainteté et de lumière. Il avait repris l'enseignement du catéchisme pendant ce Carême et cette occupation pénible l'a précipité vers le tombeau. De telles pertes font à mon âme des plaies presque incurables".
Ce témoignage parti du cœur n'est-il point la meilleure des oraisons funèbres ?
Léon VENTRE

Le maréchal de Castellane

Le visiteur non informé qui pénètre dans la salle du Conseil de l'hôtel-de-ville de Castellane s'étonne d'y trouver un grand portrait à l'huile d'un maréchal du second Empire. Ce tableau n'y est nullement déplacé puisqu'il s'agit de l'effigie du maréchal de Castellane qui en fit cadeau aux habitants de la ville où naquirent ses ancêtres. Il ne pouvait être question, dans le présent opuscule, de présenter une biographie du maréchal mais le Comité de rédaction a pensé que le lecteur serait intéressé par des extraits de l'Histoire de Caluire et Cuire de Martin Basse et Jo Basse, auxquels ont été ajoutées quelques notes de notre ami le Dr Gabriel Gillybœuf, Castellanais bien connu. Nous remercions vivement M. Jo Basse d'avoir bien voulu nous autoriser à reproduire son texte dans nos colonnes. "Elle a été certes bien remplie la carrière militaire d'Esprit-Victor-Elisabeth-Boniface, comte de Castellane, qui mourut à Lyon le 16 septembre 1862, maréchal de France, commandant le 4e corps d'armée, conseiller d 'Etat, sénateur, grand 'croix de l'ordre impérial de la Légion d'honneur, médaillé militaire, chevalier de Saint-Louis.
Né à Paris le 21 mars 1788, il est soldat en 1804 à l'âge de 16 ans, sous-lieutenant en 1806, part en Italie avec le 24e dragons, passe en Espagne, se distingue à la bataille de Rio-Secco, enlève au combat de Burgos une pièce de canon, participe à la campagne d'Autriche, est cité après les batailles d'Abensberg, Eckmüchl, Ratisbonne, Essling, Wagram.
Capitaine en 1810, Castellane fait la campagne de Russie, puis les campagnes de 1812, 1813, 1814. Il devient colonel-major des gardes d'honneur.
Général de brigade, puis général de division, il prend part aux opérations d'Espagne en 1823, d'Anvers en 1832. Louis-Philippe le nomme pair de France, la République de 1848 lui donne le commandement de l'armée de Lyon, Napoléon III le fait maréchal de France. Il était soldat dans l'âme. La discipline avait pour lui des joies austères qu'il s'efforçait de faire partager. Il gardait à un haut degré le culte de l'uniforme. On avait confié à ce rude instructeur le soin de mettre au point les divisions qui allèrent faire campagne en Crimée et en Italie. Il sut en faire de beaux instruments de guerre.
Sa participation aux guerres impériales, ses qualités de chef militaire ont d'ailleurs moins fait pour la popularité de Castellane que les relations des revues dominicales de Bellecour, des petites guerres de Montessuy et du Grand-Champ, et les bals dans les salons du Quartier Général, rue Boissac.
Il aima Lyon et les Lyonnais. Nous devons être reconnaissants à ce beau soldat de nous avoir donné - en dehors du camp de Sathonay, qui est son œuvre - les belles routes de Caluire au Rhône et à la Saône, de Sathonay à Rillieux et à la Pape. Si on l'eût laissé faire, il eût doté le plateau de Bresse d'une route ombragée reliant Sathonay au boulevard de la Croix-Rousse.
Son nom demeure lié à celui de notre commune et son souvenir se retrouve dans les deux grandes voies d'accès au Rhône et à la Saône : montée des Soldats et montée Castellane, construites par ses troupes. Sa présence est manifestée au milieu de cette dernière voie, par son tombeau.

Quelques opinions

Extraits du discours prononcé aux obsèques du Maréchal par le sénateur Vaisse, chargé de l'administration du département du Rhône : "Arrivé à Lyon dans une de ces périodes de déchirement dont il ne faut garder le souvenir que pour éviter tout ce qui pourrait en provoquer le retour, il a rétabli et maintenu l'ordre en alliant toujours la modération et la fermeté... D'une souveraineté bienveillante, d'une politesse et d'une loyauté de gentilhomme dans ses rapports avec les personnes, il était scrupuleux observateur de tout ce qui touche à la dignité des fonctions et ce scrupule il l'avait pour les autres comme pour lui-même..."
Préface de son Journal, publié par sa fille, la comtesse de Beaulincourt, en 1897 : "Né dans le grand monde, il en avait gardé les instincts, les goûts, les habitudes, tout en menant la vie de soldat fervent, instruit et sérieux. Les difficultés qu'il eut dans sa carrière vinrent de sa volonté ferme de faire respecter les règlements, notamment celui du port de l'uniforme... Le 5 e régiment de housards qu'il forma est resté légendaire ... Dans tous ses commandements, en France comme à l'étranger, il se fit aimer et respecter de tous ... Il pensait que civils et militaires doivent toujours s'entendre pour le bien général..."
Extrait de la Révolution de 1848 dans les Pyrénées Orientales, par Félicien Mandet (Imprimerie de l'Indépendant) "Le général de Castellane est le type même du soldat, complètement étranger aux discordes civiles. Soldat avant tout, voyant la France au-dessus des gouvernements, il servait tous les régimes avec le même cœur... Brave guerrier, intrépide sur le champ de bataille, il a une haute conception de la carrière militaire. C'est un serviteur loyal du pays..."
Extrait de Mon dernier rêve sera pour vous, de Jean d'Ormesson (Biographie de Chateaubriand, 1982) : "Il était excentrique, généreux, d'une sévérité égale pour ses hommes et pour lui-même, d'une galanterie désuète avec les femmes et une foule d'anecdotes a couru sur son compte. Il serait un peu oublié s'il n'avait eu l'heureuse idée d'épouser Cordélia."

Un éditeur de cantiques : Le Chanoine Angelin Saurin

Qui n'a pas chanté, durant son enfance, les cantiques populaires édités par l'abbé Saurin ?
Ils résonnent encore à nos oreilles et sans doute aussi dans notre cœur, ces chants du mois de mai : "C'est le mois de Marie, c'est le mois le plus beau... Prends ma couronne, je te la donne,.." avec l'offrande des fleurs des champs. Et, les jours de communion solennelle, après "Le voici l'Agneau si doux..." quand retentissaient sous les voûtes de nos églises embrasées de cierges, presque avec un certain triomphalisme, "J'engageai ma promesse au baptême. .. -Je suis chrétien - Nous voulons Dieu..."
C'était une époque, les processions se déployaient avec les bannières, les confréries, le cortège des communiants, brassard blanc et des communiantes, robes opulentes dans leur blancheur.
Ces cantiques inspirés du romantisme s'adressaient au sentiment religieux et ce n'est pas sans un peu de nostalgie que nous les évoquons aujourd'hui. C'était notre jeunesse ! Pendant plus d'un demi siècle, les recueils de l'abbé Saurin, recommandés par les cardinaux, les archevêques et les évêques ont été adoptés dans presque toute la France. De ces recueils, jusqu'en 1950, il s'est tiré en édition ordinaire plus de trois millions d'exemplaires et près de quatre-cent-mille avec la notation musicale.La diffusion était assurée par la maison Publiroc. Publiroc, c'était le nom qu'avait choisi l'abbé Saurin en témoignage d'affection à Notre-Dame du Roc : Publiroc, publications du Roc.

Mais qui était l'abbé Angelin Saurin ?

Il est né, le 28 mai 1837, à Saint-André-les-Alpes où son père était percepteur. Cette fonction, il l'exerça par la suite à Castellane et à Mirande, dans le Gers. La famille comprenait six garçons : Eugène, Aman, Baptistin, Angelin, Jules et Alphonse.
Parmi les descendants d'Eugène, d'Aman et de Jules, il me serait facile de mentionner des hommes de finances, des magistrats, un sénateur de la ville d'Oran, des médecins. Parmi ceux de Baptistin, je ne voudrais pas oublier Jules Saurin, fondateur et directeur de la Société des Fermes Françaises de Tunisie. C'est lui qui a donné à la ville de Castellane le terrain pour aménager le stade qui porte son nom.
Dans cette branche, je relève des banquiers, un géologue, un ingénieur, des professeurs. Et s'il m'est permis de citer un nom, ce sera celui de Geneviève Saurin, épouse de Maurice Grimaud, directeur-fondateur de la Sécurité Sociale dans le département, personnalité attachante par son dévouement, par son esprit de conciliation, par sa droiture et sa gentillesse envers tous. Le père de Geneviève était banquier à Castellane.
Quant à Alphonse, le dernier frère de l'abbé Saurin, il a été emporté par le choléra, vers 1866. Angelin n'avait que dix sept ans lorsque son père mourut. Il eut par contre le bonheur de garder longtemps sa mère. Elle s'éteignit doucement à Cuers, chez son fils Baptistin, en 1897, à l'âge de quatre-vingt-huit ans. Dans cette famille considérée et profondément croyante, Angelin a puisé le sens du devoir et du service.
D'une intelligence remarquable, il fit ses études au collège de Grasse puis entra au Grand Séminaire de Digne. Ordonné prêtre par Mgr Meirieu, il est nommé vicaire à Castellane, de 1860 à 1865.
Mais il était attiré par l'enseignement et ses efforts, il les dépensa en faveur du collège de Castellane qu'il ressuscita de ses ruines et dont il fut le directeur de 1865 à 1871. Il ne ménagea ni son temps, ni ses ressources, ni sa peine pour rendre prospère cette maison.
Après un an de professorat au Petit Séminaire de Digne, il revint à Castellane comme vicaire de 1872 à 1875.
Il faut croire que ses qualités d'éducateur étaient connues et appréciées car on le chargea bientôt de la direction du collège de Forcalquier, le collège Saint-Louis. Ce collège dont la réputation s'étendait dans toute la Provence avait été fondé par Mgr de Miollis (le Myriel des Misérables), en 1816. Confié aux Jésuites, ceux-ci avaient été remplacés par des prêtres du diocèse.
Voici ce que Berluc-Perussis écrit au sujet de ce collège dans un conte "Lou signum", le signum, c'était cet objet exécrable que l'on faisait circuler entre élèves qui parlaient provençal et dont le possesseur, le soir, devait accomplir une punition. Comment s'étonner que notre douce langue ait été déracinée par le zèle des services académiques de l'époque.

Le Chanoine Angelin Saurin

Berluc-Perussis, qui fut un collaborateur apprécié de Frédéric Mistral, disait donc : "Voudriéu vous counta quauquei souvenenço dou coulègi de Fourcouquié. Lei remembre de la pichoutié acà fai tant de bèn de lei remastega ... Desepmièi cinquanto an, n'a passa à Paris de menistre e à Digno de prefet, que sariéu fouosso, entrepres de voui dire sei noum. Mai lei Mestre que m'an abari, les coupan qu'ensèn, pendènt dès annado, se sian gava de latin e de (faiàu), e jusco lei serviciau que couinavon nouosto tambouio, e escoubavon de fes que fi a, les classo, toutes aquelei d'aqui voui n'en diriéu la letanié, senso n'eissublia un souret".
C'est dire que si la discipline était quelque peu sévère, il régnait dans ce collège un esprit de famille et l'abbé Saurin sut l'entretenir.
Il était là, en fonction, lorsqu'il apprit non sans émotion que la foudre était tombée sur Notre-Dame du Roc, le jeudi 28 août 1880, vers les neuf heures du matin. Par bonheur, après avoir traversé la chapelle, elle en était ressortie en brisant un vitrail. Le frère ermite qui sonnait la cloche, à ce moment là, n'eut d'autre mal qu'une terrible sensation de peur.
De 1881 à 1884, nous retrouvons l'abbé Saurin vicaire à Manosque et de 1884 à 1889 curé de la Baume, à Sisteron. C'est durant cette période que je relève dans un Bulletin religieux de 1886, un article assez virulent. Permettez-moi de le citer, tout en faisant des réserves sur le ton acide et agressif bien caractéristique d'une époque où le cléricalisme et l'anticléricalisme s'affrontaient.
"Il paraît que la guérison de Mlle Jourdan au pélerinage de Lourdes a complètement dérouté la confrérie libre-penseuse de Sisteron. Celle-ci éperdue, affolée n'a trouvé d'autre moyen de salut que dans l'emploi des procédés habituels de la secte, empruntés au sanhédrin de l'ancienne juiverie.
"Ah ! vous osez nous opposer des miracles; eh bien ! nous vous opposerons la police, la prison et, au besoin, la mort".
L'abbé Saurin quitta la Baume pour Entrevaux où il fut curé de 1889 à 1891.
La conduite d'une paroisse ne convenait guère à sa nature. Il demanda qu'on lui accorde quelques années de repos et fut nommé curé de Lagremuse, petite paroisse alors peuplée d'une soixantaine d'habitants, située à une quinzaine de kilomètres, au sud-ouest de Digne, rive gauche de la Bléone., il y resta sept ans.
En 1898, de nouveau, on fit appel à lui pour reprendre la direction du collège de Forcalquier. C'est là qu'il devait achever son activité de prêtre éducateur. "Hélas ! les temps étaient mauvais pour l'Eglise de France. Par décision préfectorale de fin novembre 1903, le collège Saint-Louis dut fermer ses portes et un jour de marché on dispersa au vent des enchères le mobilier que les directeurs s'étaient transmis successivement et on réduisit en une poignée d'or ces meubles scolaires qui avaient servi à de nombreuses générations".

Victime résignée

C'est ainsi que s'exprime Cyprien Bernard dans son "Etude sur les écoles et le collège de Forcalquier", tome XII des Bulletins de la Société Scientifique et Littéraire des Basses-Alpes.
D'autre part Mgr Bonnefoy, dans l'éloge qu'il adressa au chanoine Saurin, lors de ses obsèques a pu dire : "Il fut à Forcalquier l'éducateur consommé, et grâce à lui, l'antique collège de cette ville vit refleurir ses beaux jours; les élèves lui arrivaient chaque année plus nombreux, et aujourd'hui encore il serait en pleine gloire, si de mesquines tracasseries et une opposition systématique n'avaient mis son directeur dans la cruelle nécessité de fermer ses portes et d'abandonner l'oeuvre si péniblement commencée, si laborieusement conduite et si glorieusement prospère.
Victime résignée, l'abbé Saurin... se retirera le coeur brisé, mais sans aigreur à l'égard de ceux qui le faisaient frapper".
Il se retira à Marseille et consacra sa retraite à éditer et à diffuser le "Recueil des Cantiques".
Il prépara durant ses dernières années un Manuel du Pèlerin à Notre-Dame du Roc. C'était un hommage à la Vierge de Castellane, en signe de filiale dévotion.
Dans ce manuel il retrace l'histoire du sanctuaire et celle de la paroisse. Il décrit le siége de 1586 et les festivités qui le commémorent. Il y ajoute des cantiques et des prières à l'usage des pèlerins.
Il se disposait à éditer ce petit ouvrage lorsque une attaque le terrassa. Après une semaine de souffrances, il succomba, le vendredi 14 août 1908, dans des sentiments de grande piété, cent ans après la mort du Père Laurensi, en 1808. Il rejoignait Notre-Dame du Roc, plus haut que le Roc.
Son corps fut transporté à Saint-André où ses obsèques présidées par Mgr Bonnefoy, vicaire général, furent suivies par une foule nombreuse.
Le deuil était conduit par MM. Jules et Alphonse Saurin, neveux du défunt, par M. Honnorat, président du Conseil général, par M. Auguste Honnorat, notaire à Saint-André, et par M. le docteur Dozoul, ses cousins.
Les temps ont changé. C'est un autre style de cantiques en vogue de nos jours. Que restera-t-il des éditions Publiroc et des cantiques qu'elles ont diffusés ? Sans doute quelques exemplaires oubliés sur les bancs d'une église de village.
Avant que le temps n'ait jeté sur ces recueils la poussière de l'oubli, je crois qu'à Castellane il n'était pas inutile d'évoquer le souvenir et l'oeuvre du chanoine Angelin Saurin.
Jérôme Richaud

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