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Vivre l'authentique route Napoléon, de Barrême à Digne

Chapitre 17 : 4 mars 1815 au matin, de Barrême à Chaudon

Pour effectuer le trajet Barrême-Digne, deux itinéraires s'offrent à l'Empereur. Le plus ancien, d'antique origine, utilise la montagne ; l'autre, tracé aux alentours de 1770, emprunte la vallée de l'Asse, passe par Norante, les Clues de Chabrières, puis abandonne cette vallée peu avant Châteauredon. Tous ces noms actuels existent sur la carte de 1815. Relativement plat, sauf dans la côte de Châteauredon, ce tracé devait être un progrès par rapport à celui passant par Chaudon depuis ... des millénaires.
Mais pendant la Révolution cette nouvelle route n'a pas été entretenue et Napoléon apprend, à Barrême, qu'il vaut mieux l'éviter. Telle est, du moins, la thèse officielle.
La vérité ne serait-elle pas que Napoléon, en fin stratège, préfère l'antique tracé montagneux qui le préservera de toute mauvaise rencontre, au moins jusqu'à Digne. Le tracé de l'Asse, en effet, reçoit à Châteauredon une route venant de Riez, ancienne cité romaine, et par laquelle peuvent arriver des royalistes du Var ... notamment.
On passera donc par Chaudon, La Clappe ... pour parvenir à Digne par l'établissement des bains thermaux. Ce très vieux tracé est d'ailleurs plus court que celui de l'Asse mais en contrepartie plus accidenté.
Comme chaque jour depuis Golfe-Juan, Cambronne est parti le premier avec une petite troupe, remplissant à la perfection le rôle d'avant-garde. Il est parti avant six heures. L'Empereur partira avec le gros de la troupe vers sept heures.

Départ de Barrême

Quand Napoléon sort de la maison du Juge Tartanson, ses hommes l'attendent, tout près de là, autour de l'église du village;
Derrière cette belle église est la place des Tilleuls d'où part la route de Chaudon, de lointaine origine, et continuant la voie que nous avons rencontrée à Escragnolles, Le Mousteiret, La Garde et au col des Lègues ... Celle que ligures, puis romains utilisaient. Dès la sortie de Barrême, le chemin monte en une pente relativement modérée et pourtant, après quelques centaines de mètres, nous constatons en nous retournant que nous dominons Barrême, joli village de Haute Provence, surtout vu de ce point inhabituel.
Le chemin est resté ce qu'il était au XIXe siècle ; de pierre et de terre, d'une largeur d'environ trois mètres. Mais au fil de notre montée il se rétrécira pour ne plus être qu'un sentier. Inutilisée par les véhicules, l'ancienne voie a subi le même sort que dans le col des Lègues ... Dans cette montée nous ne retrouverons aucune infrastructure ce qui est normal car dans l'Antiquité et au temps de Rome on ne créait de murs que quand ils étaient indispensables. De même, en dehors des villes, on ne pavait les routes que quand il y avait nécessité. La végétation, dans cette montée, n'est pas de haute futaie. Ce sont plutôt les plantes provençales robustes : buis, églantiers, voire genêts : le chêne dominera le pin jusqu'à des pentes artificiellement boisées par les Eaux et Forêts.
Parvenant au sommet de cette première côte, le chemin devient plus plat pendant quelques centaines de mètres et nous découvrons le premier mur soutenant le chemin : mur très ancien, vestige de la voie de 1815.
Puis nous montons à nouveau, pente raisonnable, à la rencontre d'une voie forestière récente, utile sans doute, mais gâchant quelque peu notre paysage.
Nous parviendrons ainsi au col, entre les sommets de la Gardivoire (1319 m.) et de Saint-Martin (1451 m.)
Nous marchons depuis plus d'une heure et demie mais nous sommes récompensés de nos efforts.

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Norante

Un vaste panorama s'offre au regard ; la vue s'ouvre largement sur une haute plaine en pente vers l'ouest et sur le village-hameau de Chaudon que nous apercevons nettement, en face de nous, à une paire de kilomètres et à peu près à notre altitude. Pour l'atteindre, nous passerons sous la barre rocheuse de la «Montagne de Coupe», encore nommée «Barre des Dourbes» par les autochtones.
Curieusement, cette barre se termine, au sud, par une formation rocheuse figurant un aigle énorme aux ailes déployées, mais ne serait-ce pas un aiglon, vue la forme du corps? ...
Cet aiglon majestueux, nous ne pouvons l'apercevoir. C'est de Norante, sur la N 85 (actuelle Route Napoléon) qu'il nous apparaîtra et que nous pourrons le photographier. N'est-il pas curieux que Napoléon soit passé sous ce symbole de pierre en l'ignorant, alors qu'il marchait dans la neige avec l'espoir de retrouver son ... «Aiglon»!
Pour atteindre Chaudon, il nous faudra, de ce col, une grosse demi-heure. Au départ du col nous chercherons notre chemin, «l'authentique», ayant été emporté depuis longtemps.
Nous franchissons ainsi une zone où nous ne serons point gênés par une végétation rare. La vue de Chaudon nous guide et nous retrouvons bientôt «le» chemin, l'ancienne route de 1815.
Nous le retrouvons, plus étroit qu'à l'origine mais bien dégagé pour les marcheurs bien que quelque peu envahi par les genêts ...
En plusieurs points nous découvrons l'infrastructure de l'ancienne voie : beaux murs de pierres, semblables à ceux déjà rencontrés depuis la montée sur Escragnolles.
Nous traversons des ravins, aisément, même quand un mur récemment maçonné en pierres de taille nous oblige à franchir une courte pente raide.
D'autres vestiges demeurent ; telle cette borne, encore belle, portant deux dates : 1415 et 1752 ... Telles ces grosses pierres servant autrefois de chasse roues, souvenirs de Rome, sans doute, qui utilisait cette technique pour ses chars sur les routes de campagne non pavées. A quelques centaines de mètres de Chaudon, un chemin large et récent, vient à notre rencontre. Quel massacre! Et quelle idée saugrenue ...
Et voilà la chapelle Saint-Sébastien, ancienne mais restaurée, tout près de Chaudon où une belle fontaine et des ormeaux nous accueillent. Ces derniers, vu leur âge respectable, ont sans doute vu passer l'Empereur. Les salua-t-il comme nous le faisons?

Chaudon

Chaudon ! Un beau hameau mais que de ruines aux alentours ... Elles attestent d'une occupation importante des lieux au temps où l'on cultivait les hautes plaines, voire les pentes. Au temps de Rome, aussi. Car les romains eurent ici un habitat important. Des vestiges, des tombes notamment, en attestent.
Les noms de 1815, lus sur la carte de Cassini, étaient nombreux, en partant du col que nous avons franchi et jusqu'à Chaudon ; certains se retrouvent encore sur nos cartes mais avec, aujourd'hui, la mention « ruines».
Nous citerons ainsi, du Col vers Chaudon : Le Villard, L'Espinasse, Préjauffret ... Et autour de Chaudon : Les Goumiers, Saint-Christophe, église aujourd'hui ruinée, Les Granges, Les Laurens ou encore Pradchastel
Que de changements ici, en moins de deux cents ans! Mais ces changements sont le contraire de ce que nous avons constaté de Golfe-Juan à Grasse. Ici ce fut l'abandon et non l'urbanisation. Abandon des maisons, des terres, de la route ... abandon de la nature à elle-même.
Mais il semble, cependant, que depuis quelques années les citadins redécouvrent les charmes de cette haute vallée de Chaudon.
Qu'ils sachent les conserver!

Chapitre 18 : 4 mars dans la matinée, de Chaudon à Entrages  

Napoléon et le gros de sa petite armée sont à Chaudon vers neuf heures : ils n'y marqueront pas une halte digne d'être notée. L'Empereur sait que les kilomètres sont encore nombreux pour être à Malijai, comme prévu, au soir de ce 4 mars. Au sortir du hameau, la route de Digne se partage en deux : la voie de gauche est le chemin de 1815 : nous l'emprunterons sur près de 700 mètres. Il rejoint alors la route actuelle pour la quitter immédiatement, à nouveau sur sa gauche. Nous passerons ainsi sous le sommet du Col de Corobin qu'emprunte souvent le Rallye automobile de Monte Carlo. Nous ne sommes, heureusement, pas à l'époque de cette épreuve et la route est vierge de voitures, vierge de bruit, donc ...
Le col de Corobin descend alors en lacets serrés. L'authentique voie ne suivait pas ce tracé mais elle a été emportée par le ravinement. Des témoins vous affirmeront qu'il y a une soixantaine d'années, elle existait encore ... Les courageux qui l'oseront pourront retrouver à peu près ce chemin de 1815 en franchissant les ravinements successifs ; nous rejoindrons alors la route actuelle peu avant La Clappe.
Ce dernier hameau a subi des vicissitudes depuis le passage de l'Empereur, un passage qui lui assura une renommée toute relative car c'est là que se situe l'épisode des œufs ; l'aubergiste ayant demandé un prix fort élevé, Napoléon lui demanda : «Les œufs sont-ils rares, ici ?» Et l'aubergiste de répondre : «Pas les œufs, sire, mais les empereurs!»
Nous aurions bien aimé retrouver cette auberge. Mais le hameau a beaucoup changé. Certes, nous retrouvons une petite église, celle de ce temps-là, d'ailleurs indiquée sur la carte de Cassini. En notre XXe siècle une colonie de vacances sera créée ; à cette occasion des maisons anciennes furent réhabilitées. Parmi elles, retrouvera-t-on la fameuse auberge? Aujourd'hui, la colonie de vacances, abandonnée, est menacée de ruine ; l'église, elle-même, a subi les derniers outrages. Ne pourrait-on faire quelque chose pour ce hameau que le passage d'un Empereur chargea d'Histoire et qui se trouve en un lieu que des hommes seraient sans doute heureux de ré-habiter.
La voie de 1815, au départ de La Clappe, se confond avec l'actuelle départementale 20 et cela jusqu'au col de Pierre Basse. Nous suivrons donc cette D 20 pendant un kilomètre et demi en subissant son asphalte.
Au sommet de Pierre Basse, nous prendrons le large chemin ouvert sur notre gauche ; là est l'authentique voie au sol largement modifié, amélioré, nous dira-t-on
Mais nous saurons vite nous en détacher pour reconnaître le tracé, sur notre droite, nommé GTPA
Nous le suivrons dans une solitude que rien ne vient troubler et qui nous permet d'imaginer ce que devaient être les pensées des hommes qui passèrent là, un jour de mars, dans la neige ...
Ce chemin, nous le quitterons par la droite, avant Entrages pour, à travers une pente pierreuse où passait l’authentique tracé, atteindre un oratoire (dit Notre-Dame) au pied de la côte conduisant à Entrages.
Ainsi, l'Empereur passa sur le sol d' Entrages mais ne traversa pas le village.

Chapitre 19 : 4 mars 1815 en fin de matinée, d’Entrages à Digne

Parvenus à l'oratoire Notre-Dame, les grognards laissèrent à gauche la montée sur Entrages (ils ne traversèrent pas ce village) et continuèrent leur descente vers Digne par le chemin de terre devenu aujourd'hui la D 120 qui rejoint la D 20 au début d'une petite vallée au fond de laquelle est adossée la «Ferme» de Feston qui existait en 1815. Dans cette petite vallée coule, jusqu'à Digne, la rivière des «Eaux Chaudes».
Avant de nous intéresser à l'authentique «Chemin», disons quelques mots de «Feston». Qualifié alternativement de «ferme» ou de «château», ce gros bâtiment d'une belle longueur, flanqué de deux tours-colombiers aux extrémités fit, au XIVe siècle, partie d'un domaine Comtal. En 1815, au passage de l'Empereur, il appartient à une famille Gaudemard. Le domaine attenant à ce «château» est très étendu puisqu'il compte environ 50 hectares sur Digne et 100 sur Entrages. En 1897, une riche américaine, Edith May Cassot, veuve Montgomery, achète l'ensemble et devient la «Dame de Feston». Actuellement, il est la propriété de la famille Payan.
Revenons à la voie de 1815 ...Mais laissons la plume à un dignois, Monsieur Roux : « ...la route Napoléon, descendue d'Entrages et arrivée dans la vallée plane, s'écartait des Eaux Chaudes à 150 mètres en avant du château de Feston pour monter sensiblement jusqu'au bord de cette imposante bâtisse ... De là, elle suivait, sur 600 mètres en ligne droite, la base de la montagne boisée de chênes et la bordure des vastes champs du domaine de Feston, ce qui revient à dire que cette montagne ( en fait une colline ...) sépare, depuis 1901, l'ancienne route Napoléon et la route actuelle bordant les Eaux Chaudes.
«Arrivée à une sorte de col près des plus hautes terres cultivées, la route Napoléon descendait à travers un bois de chênes, en un lacet en angle aigu et à forte pente (18%) d'une centaine de mètres, dans une gorge encaissée formant de petites cascades sur les strates rocheuses sous lesquelles elle traversait à gué le lit étroit du ravin. De cet endroit escarpé, elle continuait, en plan horizontal dans les robines, jusqu'au col de Feston où passe le sinueux chemin départemental n 20.

Chute du trésor

«Ce parcours horizontal a une longueur de 400 mètres. Établi sur les pentes de la colline de la Reine Jeanne, il est bordé, de distance en distance, par des vieilles murailles de soutènement de plusieurs mètres de haut et en grosses pierres sèches. Il est à remarquer que la ligne d'EDF passe tout au long de cet ancien tracé de route de plus d'un kilomètre allant du château de Feston au col du même nom. Certains de ces murs de soutènement sont partiellement écroulés, la route étant abandonnée depuis la création de l'actuelle en 1901 le long des Eaux Chaudes...»
Ce texte d'un dignois connaissant bien les lieux est précis et correspond à ce que nous avons trouvé. Il fait état d'une «colline de la reine Jeanne», ce qui appelle une précision. Sur un piton que contourne l'authentique chemin est une ruine dite de la Reine Jeanne. Était-ce un château ou une défense du défilé avant l'arrivée à Digne? Les précisions sont difficiles à obtenir sur ce point. Mais l'appellation «Reine Jeanne» doit prendre toute sa signification. Il ne s'agit pas d'un château qu'elle aurait fait édifier ou lui ayant appartenu : l'appellation signifie simplement une époque et permet une datation. Cette ruine daterait de XIVe siècle ou du XVe siècle ... et nous pensons, vu son emplacement stratégique, qu'elle avait un caractère défensif relatif à la voie qu'elle dominait.
C'est dans ce passage scabreux que ce serait produit le fameux accident d'un mulet chargé du trésor et chutant dans le ravin ...
J'ai toujours entendu parler de cela, depuis mon enfance, par les vieux dignois qui prétendaient qu'au début du siècle on trouvait encore des pièces d'or, dans ce ravin. Peyrusse a écrit que l'accident se produisit à la nuit.
Passa-il ici vers 22 heures, comme certains l'ont écrit? On sait qu'il avait de la peine à suivre la troupe avec ses mulets lourdement chargés. Il était donc très en retard. On sait aussi, puisque nous les avons signalés au long du parcours, que plusieurs chutes de mulet porteur de trésor sont indiquées, notamment dans la montée sur Escagnolles et dans le col des Lègues. Y eut-il plusieurs chutes? Nous ne le pensons pas. Car Peyrusse n'en signale qu'une qui se serait produite de nuit. Il faudrait donc savoir où il coucha, quelles furent ses étapes ... S'il dormit comme Napoléon à Barrême, il nous étonnerait fort qu'il se fut trouvé dans le col de Feston à 22 heures. Par contre, s'il a dormi à Castallane au soir du 3 mars, alors il se serait trouvé de jour au col des Lègues et de nuit à Feston.
Nous ne conclurons donc pas sur ce sujet, n'ayant pu trouver la marche exacte de Peyrusse. Mais il doit bien exister des éléments intéressants dans quelque bibliothèque ... C'est en tous cas la marche de Peyrusse qui renseignera avec précision les chercheurs de trésor ou du moins les amateurs de précision historique.

Les bains de Digne

Après ce passage difficile pour l'ancienne route, nous atteignons rapidement les bains thermaux de Digne.
Quand il parvint à cet établissement thermal fort ancien puisque exploité par les romains, I 'Empereur eut une pensée pour sa chère Pauline qui était venue ici prendre les bains et lui en avait tenu quelques propos.
L'établissement de 1815 n'avait de commun avec celui d'aujourd'hui que le lieu. Mais des vues du début de siècle nous traduisent assez fidèlement ce qu'il était en 1815 avec, cependant, un vieillissement mal supporté. On peut, en effet, supposer que ces immeubles assez lugubres de 1900 devaient avoir un charme certain cent ans auparavant. Assez, dans doute, pour retenir une princesse impériale.
A partir de cet établissement thermal, la route de 1815 correspond avec l'actuel tracé. Mais c'était alors un chemin de terre d'environ quatre mètres de large.
On parvient ainsi au quartier de Barbejas, puis après la traversée du torrent venant des Dourbes, on parvenait à une porte de Digne, aujourd'hui disparue, donnant accès à la rue Mère-de-Dieu que nous retrouvons à peu près telle qu'elle était en 1815 ... goudron en plus!
Cette rue, Cambronne d'abord, puis l'Empereur l'empruntèrent.
Et ce dut être un spectacle impressionnant pour les quelques dignois privilégiés qui eurent la chance de se trouver là par hasard, un hasard qui les associa à l'Histoire.

Document

Il nous apparaît intéressant de verser au dossier de cette route, que nous venons de suivre depuis Barrême, ce qu'écrit André Coquis dans son «Histoire de Digne» (éditions Jeanne Laffitte) :
«En août 1837 le Conseil fut amené à s'occuper de la question de la route des Bains. La route royale de Digne à Antibes par Barrême était classée depuis 1807, mais elle n’était praticable que jusqu'à l’établissement des Bains. On ne pouvait y circuler qu'à cheval ou à dos de mulet.
«Le Conseil demanda qu'on l'améliorât au lieu de choisir un autre tracé comme on l'avait proposé. Une route passant par la vallée de l’Asse demanderait d'ailleurs plus de travaux (crues de torrents, éboulements de rochers à Chabrières ...). «Le changement de tracé léserait les intérêts de la ville, car la route actuelle traverse l’agglomération, ce que ne ferait pas l'autre. Digne n'a pas d'industrie, qu'on lui laisse au moins son rôle de voie de passage. Le 7 mai 1839, on annonce néanmoins au Conseil que la route de Digne à Barrême passera par Châteauredon et Chabrières. Le Conseil demande alors qu'au moins la route qui passe par les Bains soit reconnue route départementale.»
Un texte fort instructif sur ce qu'étaient nos routes, il y a moins de deux siècles! Et sur l'état de la route de Barrême à Digne, par Chaudon.

Chapitre 20 : 4 mars 1815. De midi à 15 heures, à Digne

Ils sont entrés dans la ville par la porte des Bains, démolie en 1830, et donnant accès à la rue Mère-de-Dieu que nous retrouvons peu changée au niveau des immeubles.
Ils entrèrent au son du tambour et ce fut un extraordinaire spectacle pour des dignois stupéfaits. Au bout de la rue, la petite place de l’Évêché. L’Évêché a disparu, remplacé par un immeuble récent.
A gauche, l'hôtel du Département est également très récent. Mais face à nous, les maisons anciennes ont été conservées ; certaines renferment des richesses architecturales : escaliers, plafonds ... La place elle-même a été agrandie en 1830 et son sol, goudronné, n'a plus rien à voir avec celui de 1815. Ils prirent ensuite la «Ruelle» qui descend vers le cours des Arès et le pré de Foire, aujourd'hui place de Gaulle, et arrivèrent ainsi à l'hôtel du Petit Paris (sis 2, rue Jeu de Paume) tenu par Louis Bausset et son épouse, née Véronique Guichard ; un de leurs descendants habite Digne, en notre fin de XXe siècle.
Le samedi a, de temps immémoriaux, toujours été jour de foire à Digne. Les paysans des environs apportent leurs produits et une grande animation règne dans la ville. Il en était ainsi le samedi 4 mars 1815 et l'on eût dit que Napoléon avait choisi ce jour d'affluence ...
L'antique Dinia, édifiée près de Notre-Dame du Bourg, n'existant plus, la ville s'était transportée au Moyen Age autour de la colline où se dressait le château de l'évêque puis, plus tard, la cathédrale Saint-Jérôme.
Si le château céda la place à une prison, la cathédrale du XVe siècle est toujours là avec son clocher dominateur. Elle est due à l'évêque Antoine Guiramand et fut construite par Antoine Brollion, un maçon de Barcelonnette, de 1490 à 1500. Dans certaines villes, l'urbanisation galopante entraîne l'édification d'immeubles dont la hauteur dépasse les clochers des églises, voire des cathédrales. Le symbolisme du spirituel est ainsi occulté et le spirituel lui-même cède la place ... Aucun danger que cela n'arrive à Digne. Certes, l'urbanisme y fleurit, mais le clocher de la cathédrale ne risque rien ; il dominera toujours la ville haut, droit et fier!
Mais essayons de revivre le 4 mars 1815 ...
Tandis que les hommes se sont installés pour deux heures de repos et un frugal repas sur le cours des Arès et le pré de Foire, l'Empereur déjeune chez Bausset.
Il y reçoit, surtout ...Le maire royaliste, Monsieur de Gassendi Tartonne, et l'entrevue est brève!
Des adjoints au Maire, Itard et Estournel. Du premier, Napoléon va faire le nouveau maire de Digne ... agissant comme il va le faire pour Vallauris et Cannes, notamment.
Par contre, l'Empereur ne recevra pas l'évêque de Digne, Monseigneur de Miollis, connu pourtant pour ses sentiments bonapartistes ... un évêque faisant l'unanimité par ses sentiments élevés et qui servira d'exemple à Victor Hugo. Ce dernier en fera le «Monseigneur» des Misérables, celui qui reçoit, à Digne, le forçat Jean Valjean

Départ de Digne

A titre anecdotique, nous signalerons que Beau de Rochas naîtra à Digne le 9 avril, rue de la Mairie, un mois après le passage de Napoléon ; sa mère, enceinte, regarda-t-elle passer l'Empereur?
Cambronne va quitter Digne vers 13 heures. L'Empereur et le gros de la troupe le suivent peu après quinze heures. On emprunte le «Chemin Neuf», actuel boulevard Gassendi. Ce chemin est tracé hors de la ville limitée, de ce côté nord à l'actuelle rue de I'Hubac.
Les immeubles ne seront bâtis le long du chemin. Neuf que plus tard, au XIXe siècle. Un exemple en est le Grand Hôtel Rémusat, aujourd'hui Résidence de Tourisme Espace Morel, qui sera édifié peu après 1850.
A l'extrémité du chemin Neuf, le «Grand Pont» de pierre permet de franchir la Bléone, un affluent important de la Durance. Les gravures du temps montrent l'importance de ce pont en une époque où ils étaient relativement rares. Il suffit, pour s'en convaincre, de regarder sur la carte de Cassini le nombre de bacs permettant de traverser la Durance entre Manosque et Sisteron et l'absence quasi totale de ponts dans ce secteur.
Napoléon franchit donc le Grand Pont qui, en 1815, comptait douze arches l'une d'elles étant remplacée par une passerelle en bois depuis la crue de 1803 ... et pas encore réparée!
La population de la ville s'était amassée le long du chemin Neuf pour voir ce spectacle extraordinaire.
Les chevau-légers précèdent les chasseurs à pied de Malet ... puis viennent les grenadiers, l'Etat-Major et Napoléon suivis du bataillon corse ...
On a pris la précaution de laisser une arrière-garde commandée par Drouot, qui ne partira de Digne que le lendemain.
Napoléon sait que sa vitesse d'exécution met plus en danger ses arrières que son avant-garde. Et puis il y a toujours Peyrusse et ses mulets, éternels traînards qui n'arriveront à Digne que dans la nuit du 4 au 5 mars.
Et il faut tout de même veiller sur un trésor qui peut s'avérer utile ...
Tel fut le passage à Digne de l'Empereur. Et cette capitale de la Haute-Provence entra ainsi dans l'Histoire Impériale.

Chapitre 21 :  Vivre l’authentique route Napoléon

Dans les chapitres précédents nous avons retrouvé la voie de 1815, du moins quand elle existe encore. Or, cette voie, nous voudrions le voir revivre.
C'est pourquoi fut créée, en 1990, «l'Association pour le Raid Géant Napoléon».
Dès 1992, en collaboration avec l'Association Marche Montagne de Vallauris, le premier Raid fut effectué de Saint-Vallier à Digne, à la marche, en quatre étapes.
Devant le succès, cette marche est devenue un classique, au grand week-end de l'Ascension. En 1993, nous avons ajouté, le week-end précédent, une régate de l'île d'Elbe à Golfe-Juan.
Il y a encore place pour deux compétitions très sportives car disputées sur un parcours difficile, l'une en course
à pied de grand fond, l'autre en Vélo Tout Terrain. Il ne nous restera plus qu'à ajouter les chevaux ...
Cet ensemble d'activités réunis en un même Raid en feront effectivement un «RAID GEANT».
D'autant plus géant que l'Histoire lui est naturellement associée avec l'épopée napoléonienne qui se déroula sur ces mêmes lieux.
Mais un tel RAID peut être, encore, un extraordinaire terrain d'expérimentation médicale. C'est ce que comprirent le Docteur Allignol et l'Association Française des Diabétiques (AFD) qui, dès 1993, ont procédé à des expérimentations en mer, entre Elbe et Golfe-Juan, et sur terre, lors des quatre étapes de Saint-Vallier à Digne-les-Bains.

Des parcours pour un Raid

L'authentique voie de 1815 ne survit pas, nous l'avons vu, dans son intégralité mais des variantes existent permettant au marcheur, au cavalier ou au cycliste de rester constamment en contact avec la Nature.
Il nous restait donc à signaler les différents parcours possibles, étant entendu que chaque fois que l'authentique chemin existe en son état de 1815, nous le prendrons.

A : De Grasse à Saint-Vallier

On partira au début du chemin de Cabris ou de Roquevignon.
Inconvénient : le GR que nous empruntons nous oblige à prendre le goudron de la route de Cabris jusqu'au chemin du Col du Pilon.
Autre possibilité : partir du début de ce chemin.
De toute façon, on doit passer par ce chemin et l'emprunter plusieurs centaines de mètres, au moins.
Au premier carrefour sur la gauche on pourra alors prendre le GR 51 jusqu'à la Croix de Cabris d'où l'on suivra à peu de distance la D 4 de Cabris à Saint-Vallier pour rejoindre ce dernier village.
Une autre possibilité est de conserver le chemin du Col du Pilon jusqu'à la N 85 que l'on suivra alors jusqu'au col.
Là, on s'engagera sur la gauche pour prendre, sous la ligne électrique, un chemin rejoignant le précédent à hauteur de la Bastide Guizol.

B : De Saint-Vallier à Escragnolles

Un seul parcours possible, celui que suivit l'Empereur et indiqué sur la carte.

C : D'Escragnolles à Seranon

Un seul parcours d'Escragnolles aux Galants.
On peut alors continuer ce tracé (recommandé) ou continuer le SD 2 jusqu'au col de Valferrière où l'on retrouvera sur la droite, à travers le bois, le tracé précédent.

D : De Seranon à Mousteiret

On ne cherchera pas à suivre l'authentique chemin car il est occulté par la route actuelle. On empruntera donc, au départ de Broundet, le SD 2 jusqu'aux Baux d'où nous rejoindrons, par le Défens de la Serre et la piste cavalière, la petite route de la Rivière au Mousteiret.

E : Du Mousteiret à la Batie

Un seul parcours : l'authentique Chemin de 1815.

F : De la Batie à la Garde

L'authentique chemin a pour sa quasi-totalité disparu sur ce tronçon, seul demeure un chemin jusqu'à mi-col de Luens. Le suivre nous amène au col d'où nous pourrons soit continuer sur le goudron de la
N 85, soit prendre le chemin de terre sur la gauche, vers la colline de Sébet.
En 1,5 km environ nous parvenons à un sentier partant sur la droite et descendant dans le ravin des Sagnes jusqu'à la route d'Eoulx à La Garde : nous remonterons alors sur La Garde (un peu plus d'un km).
Une autre variante intéressante nous fera prendre la petite route qui, à la Bâtie, part à côté de l'hôtel des Chasseurs, sur la gauche de la N 85; nous la suivrons sur500 mètres, environ, avant de prendre le sentier qui, sur notre droite, nous conduira à Sébet, puis sur la petite route d' Eoulx à La Garde, sous le lieu-dit Clavet. De là, nous monterons aisément sur La Garde.
Variantes : de La Bâtie à Castellane.
  1. Une autre variante sur le parcours La Bâtie -Castellane nous amènera à prendre, à partir de la Colline de Sébet, le chemin nous conduisant à Eoulx par la chapelle Saint-Antoine. D'Eoulx nous rejoindrons Castellane en passant par Font Sainte, le Cloutas, le clos Maréchal d'où nous rejoindrons la D 102 nous ramenant à Castellane.
  2. De La Bâtie, on prendra la route de la Rivière que l'on quittera aux "Sauterons", peu avant la rivière, par un chemin montant sur la gauche Nous atteindrons une belle chapelle ruinée sur un mamelon. Puis par l'Adret sur Ville et Séguret, par un paysage très verdoyant et aux belles vues dégagées, nous gagnerons le sommet du Teillon pour jouir d'une vue exceptionnelle. Du Teillon nous redescendrons par de belles pentes à l'herbe rase sur La Garde...

G : De la Garde à Castellane

On suivra le GR 4 qui épouse le tracé de l'authentique Chemin Napoléon.

H : De Castellane à Taulanne

Parmi différents parcours possible, nous en distinguerons deux.
  1. Nous suivrons la N 85 et entamons la montée jusqu'au milieu de la deuxième épingle. Là, sur la gauche, nous prenons le chemin de la Bastide du Couvent. Après avoir passé le ravin de Sionne, nous prendrons un chemin, sur la droite. Il nous conduira près du sommet du col, en passant sous le hameau de Basse Sionne. C'est peut-être l'authentique tracé de 1815 ... à peu de choses près ...
  2. Au centre de Castellane, nous empruntons la rue de la Sous-Préfecture ; elle nous conduit au chemin du Coulet. Nous monterons dans les bois en passant sous le rocher du Castel de Ruel. Nous rencontrerons un large chemin forestier nous faisant redescendre sur le sommet du col des Lègues.
Variante : peu après notre rencontre avec le chemin forestier, nous pourrons prendre un sentier, sur la gauche, qui nous permettra d'arriver à Tau lanne en évitant toute route goudronnée.

I : De Taulanne à Senez

Trois cents mètres après le Bivouac Napoléon, nous prendrons la petite passerelle de bois sur notre gauche.
Nous nous engageons ainsi sur l'authentique chemin que nous suivrons jusqu'à La Tuilière.
Là, nous prenons le chemin de la Maurelière. Un chemin de terre nous conduira de ce point jusqu'à Senez à travers des terrains dominant l' Asse de Blieux .

J : De Senez à Barrême

Au sortir du village, prendre le chemin qui conduit au pont mais, avant de traverser ce dernier, s'engager sur le chemin qui nous fera suivre le cours de l'Asse de Blieux en longeant de magnifiques terrains de cultures et cela jusqu'à la petite route descendant de Riou d'Orgeas. Nous traverserons cette route pour continuer à suivre l'Asse, sur la même rive, jusqu'à Barrême où nous devrons traverser, à gué, l'Asse.

K : De Barrême à Chaudon

Nous prendrons, derrière l'église du village, la rue qui passe devant la mairie et monte vers Chaudon. C'est l'authentique Chemin Napoléon.

L : De Chaudon à la Clappe

Nous ne pourrons éviter d'emprunter la départementale et le col de Corobin sur cette portion que nous effectuerons en guère plus d'une heure
Les intrépides pourront tenter leur chance en coupant à travers les «robines» ... pour éviter les lacets du col, peu fatigants, cependant, puisque nous les prenons dans le sens de la descente.

M : De la Clappe à Entrages

Nous éviterons la route goudronnée en prenant le sentier qui part vers l'ouest et nous conduit après un kilomètre, environ, au SD 2 qui, presque rectiligne va nous amener à Entrages en une grosse heure ...
Autre possibilité : prendre la D 20 au départ de La Clappe. La suivre jusqu'au col de Pierre Basse. On prendra alors le chemin forestier, sur la gauche, pour rejoindre le chemin précédent.

N : D'Entrages à Digne

Deux possibilités s'offrent à nous :
  1. Prendre la route qui descend du village et rejoint la D 20. Nous subirons alors le goudron jusqu'à Digne mais nous aurons la consolation d'être (sauf aux alentours de Feston) sur l'authentique Chemin Napoléon.
  2. Prendre le chemin du Pas d'Entrages (belle montée point trop difficile) d'où l'on redescendra dans un ravin nous permettant de contourner le sommet du Cousson. Nous passerons aux Hautes Bâties de Cousson puis nous descendrons sur Digne en passant par deux rochers curieux, les «Oreilles d'Ane» ... Nous arrivons non loin du centre, près du collège (ancien lycée Gassendi).

Epilogue

Nous voici parvenus au but.
Certes, le lecteur est en droit de s'étonner ; pourquoi donc s'arrêter à Digne-les-Bains? ... Alors que la Route Napoléon se poursuit bien au-delà!
Deux raisons essentielles à cela.
La première est dictée par la logique et notre respect du lecteur. La recherche de l'authentique chemin est longue et demande de fréquentes interventions sur le terrain. Ne voulant parler que de ce que nous connaissons (à peu près bien ...) il nous fallait donc limiter l'espace, sujet de notre exposé.
La deuxième nous a été imposée par la recherche des difficultés physiques que durent subir l'Empereur et ses hommes. Or, les dénivelés et les accidents du sol se rencontrent essentiellement entre Grasse et Digne-les-Bains. C'est là qu'ils souffrirent le plus ...
Parvenu au beau château de Malijai, en ce 4 mars au soir, il avait vaincu la Nature.
Il lui restait à affronter l'Europe.
Camille Bartoli, Golfe-Juan, Mars 1994

Saint-Pancrace - Digne
Digne
Vallée de la Bléone - Digne
Digne
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