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Vivre l'authentique Route Napoléon, de Golfe-Juan à Saint-Vallier

Introduction

La Route Napoléon commence à l'Ile d'Elbe.
Par «Route» nous entendons en effet la voie suivie par l'Empereur en février-mars 1815, quand il s'engagea dans la plus osée, la plus insensée et la mieux pensée, pourtant, des entreprises jamais engagées par les grands personnages de l'Histoire.
La voie fut d'abord maritime qui de Portoferraïo le conduisit au Golfe de Jouan ; il débarqua aux «Gabelles», alors humble quartier de la commune de Vallauris, situé entre Cannes, modeste bourgade de trois mille âmes en 1815 et Antibes, alors place forte respectable défendue par remparts et fortifications.
Ainsi, l'Aventure commença sur la mer.
Il était normal que dans un ouvrage voulant faire revivre ladite épopée on traite de cette traversée qui, plus peut-être que la partie terrestre, réclama toutes les qualités dont fit preuve Napoléon Ier pour mener à bien son pari, inconcevable pour tout autre que lui-même, à savoir aller jusqu'à la capitale sans verser une goutte de sang.
Et il est tout aussi normal que dans la deuxième partie, de Golfe-Juan à Digne-les-Bains, nous fassions état des difficultés rencontrées par ces centaines d'hommes suivant aveuglement leur «charismatique» Général.
Nous serons aidés dans cette recherche par ce qu'ont vécu les participants aux deux premières éditions du Raid Géant Napoléon en 1992 et 1993, tout autant que par la reconstitution ,le ter mars 1993 et les jours suivants, de la chevauchée légendaire par les cavaliers parisiens du «10e Escadron» qui eurent la «chance» de tester leur résistance physique, psychique et morale dans des conditions météorologiques voisines de celles de mars 1815.

Vivre la route Napoléon

Il est plusieurs façons d'écrire sur la route que suivit l'Empereur ...
Mais la plus intéressante n'est-elle pas de faire vivre cette voie impériale en la vivant nous-mêmes comme ils l'ont vécue. A la voile d'abord, puis en marchant de longues heures chaque jour et endoloris dans chaque muscle à en tomber de sommeil. Nous penserons alors fortement à ce millier d'hommes ne pouvant que s'assoupir quatre à cinq maigres heures par nuit pour repartir au seuil d'une nouvelle longue et dure journée. Et les quelques privilégiés ayant un cheval n'étaient guère mieux lotis...
La route de 1815, de Grasse à Digne, était évidemment différente mais aussi distincte de l'actuelle Route Napoléon. Elle a été abandonnée mais de nombreux tronçons, encore praticables à pied ou à cheval, subsistent.
Retrouver cette ancienne route, décrire ce qu'elle était et l'état des villes et villages traversés comme la beauté d'une Nature d'exception permettra de revivre l'épopée par un bond dans le temps nous apportant l'indispensable connaissance ...
Et nous lancerons un cri d'espoir pour la résurrection d'une voie chargée d'Histoire et de Beauté.

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Chapitre 1 : le 3 mai 1814 - 26 février 1815, A L’île d’Elbe

Connaître ce qu'a réalisé l'Empereur en Elbe durant les dix mois où il y «régna» nous permettra-t-il de comprendre les raisons qui l'ont poussé à entreprendre la plus extraordinaire des reconquêtes? ...
Mais se pencher sur ses activités durant ces dix mois «elbains» prouvera qu'à 45 ans Napoléon Ier demeurait un extraordinaire organisateur, un infatigable travailleur, un chef militaire au faîte de son génie.
Le 17 avril 1814, alors qu'il attend d'embarquer pour Portoferraïo, Napoléon écrit de Fréjus à son épouse Marie-Louise :
«J'ai choisi l'Elbe en considérant la douceur des coutumes de ses habitants et la bonté du climat.»
Certes ces explications sont acceptables mais sont-elles les seules? Car partir pour Elbe n'est pas s'éloigner trop de la France ... C'est le 3 mai que l'Empereur «abdiqué» atteint Portoferraïo à bord de la corvette anglaise «Undaunted». Il est accompagné des commissaires anglais, Campbell, et autrichien, Keller. Les commissaires russe et prussien ont, quant à eux, préféré demeurer à Fréjus. Le 4 mai, à 15h30, Napoléon Ier débarque. Toute l'île est là! ... ou presque. Marcello Ferrari écrit dans son «Napoleone e l'Elba» « ... pour l' accueillir, les plus hautes autorités civiles et militaires, les représentants du clergé et les maires des communes les plus importantes entourés d' une immense foule venue de toutes les parties de l' île
Et déjà une première anecdote : le maire de Portoferraïo, Tarditi, veut offrir la clé de la ville à l'illustre arrivant. Or cette clé n'existe pas! Il fait alors dorer celle de sa cave, que Napoléon lui rend, le priant de la garder avec soin ...

Chance des Elbois

Les Elbois ont compris que cette arrivée est une immense chance pour eux.
Jusqu'en cette année 1814, Elbe est en effet partagée entre plusieurs pouvoirs. Désormais leur île va être celle d'un seul souverain. Et quel souverain! Le plus grand que le Monde ait connu depuis Charlemagne, voire Jules César ou Alexandre. Et dix mois vont suffire au nouveau «protecteur» de l'île pour construire, promulguer, administrer pour le plus grand profit de ses nouveaux sujets.
De ces dix mois date le démarrage de l'île. Dès le lendemain de son arrivée se pose le problème de sa résidence principale ; ce sera la «Villa dei Mulini» dont les travaux de restauration commencent aussitôt, ce qui le contraint à établir son campement dans le jardin. Une première nécessité apparaît : meubler ce petit palais. On aura sans hésitation recours aux parents qui le lui doivent bien. Dix soldats sont envoyés à Piombino prélever le mobilier nécessaire dans ce Palais Impérial qu'Elise vient d'abandonner ... et ce sera ensuite le tour du mobilier du prince Borghèse, mari de Pauline, quasiment confisqué au cours de son transport de Gènes à Rome.
Ces problèmes matériels heureusement réglés, Napoléon «administre» immédiatement son domaine. La «minière» de Rio nell Elba reçoit sa visite.
L'administrateur, Pons de l'Hérault, présente une caisse contenant 200.000 francs (10.000 pièces d'or!) mais en vertu d'une loi impériale de 1809, cet argent appartient à la Légion d'honneur, ce que respecte l'Empereur prouvant son extrême probité en un moment où il a pourtant grand besoin de fonds. A cheval, infatigable, il parcourt l'île en tous sens.
Découvrant le site de San Martino, il y crée sa «résidence secondaire» ... en achetant une petite maison qu'il fait aussitôt aménager. Napoléon va effectuer des actes et mener une vie nous permettant de trouver des éléments de réponse à certaines questions ... Ainsi ...Manqua-t-il d'affection au Palais dei Mulini? Se conduisit-il en retraité du Pouvoir? Ou encore : se plia-t-il aux volontés de ses vainqueurs?

Faits et hypothèses

Pour répondre à la première question nous utiliserons des faits certifiés. Pauline, sa sœur préférée, dès le 1er juin et Letizia, Madame-Mère, à partir d'août, vont partager son exil ; Marie Waleska accompagnée de «leur» fils (qui sera un jour ministre de Napoléon III) va tenir compagnie à son impérial amant lors d'une trop brève visite. Et des faits plus incertains telles ces «diverse avventure sia conforestiere che con ragazze del luogo» (Marcello Ferrari, opus cité).
Nous noterons, cependant, que sa rencontre avec Marie Waleska sera écourtée à l'initiative du souverain. Il espère alors l'arrivée de Marie-Louise et de leur fils. Il les espère tant qu'il ordonne à Waleska de quitter l'île dans des conditions météorologiques épouvantables. L'amour de Napoléon pour l'Impératrice est donc encore grand en septembre 1814. A moins qu'il ne pense surtout à son fils, le roi de Rome, ce fils qu'il a tant désiré et pour l'obtention duquel il a répudié la femme de sa vie. Cherchons, maintenant des éléments fournissant une réponse à la deuxième question à savoir, fut-il un retraité du pouvoir ?
Des faits significatifs ne manquent pas ; nous les trouvons décrits dans l'excellent «Napoleone e l'Elba» de Marcello Ferrari. Tant pour la défense militaire de l'île que pour son essor économique et commercial, il est nécessaire de la doter de routes dignes de ce nom. Une route est donc projetée partant de Portoferraïo vers différentes directions : Marciana, Langone, Lacona ... Marcello Ferrari ajoute : «Aujourd'hui encore, pour avoir été l'initiateur d’une opération aussi importante, son nom est lié à la viabilité de l'île.» Est-ce le souci d'une expansion économique qui le guide quand il redevient conquérant?
Dès les derniers jours de mai, moins d'un mois après son arrivée (!), il fait occuper par ses hommes l'île de Pianosa, inhabitée depuis 1806, et l'îlot de Palmaïola. Pianosa sera dotée d'une garnison militaire aux ordres du commandant Gottmann. Ceci répond à la troisième question, car ces occupations sont d'importance : Napoléon risque de provoquer un incident diplomatique avec Campbell, c'est-à-dire avec l'Angleterre. Et ceci pour dix kilomètres carrés ... On peut y voir, certes, le désir de créer un grenier pour Elbe mais plus encore une manière de tester les réactions anglaises ... Ce que confirme l'occupation de l'îlot de Palmaïola, quand on sait que son seul intérêt est stratégique et qu'il sera doté d'une batterie de canons à une époque où «un canon à terre vaut un bateau de ligne en mer».
Par ces deux occupations d'îlots nous devons retenir que Napoléon continue à penser et agir en stratège. Ce qui est, aussi, la meilleure explication des «Cent-Jours».
En cette année 1814, il organise l'Administration de l'île mettant à la tête des Ministères ses plus valeureux compagnons : Bertrand à l'Intérieur, Drouot à la Guerre et Peyrusse aux Finances.
Et les grands projets vont bon train, malgré le peu d'argent dont on dispose, allant d'une meilleure exploitation des carrières de granit à celle de la viticulture (32 millions de pied) en passant par le développement de l'industrie de la soie.

Organisation de l'île

Et il organise l'île! Organisation militaire, administrative, financière, sanitaire ... il crée un «Jury de Médecine» visant à éliminer les nombreux charlatans de l'île ... il veille à améliorer les conditions d'hygiène de sa capitale, Portoferraïo, allant jusqu'à créer un «Impôt de Propreté» qu'aucun de nos actuels écologistes n'a imaginé!
Organisation judiciaire, encore! Il crée un Tribunal de Cassation et une Cour d'Appel, entre autres innovations ... Et l'on comprendra la tristesse des habitants d'Elbe, le 26 février au soir, quand, rassemblés sur les mêmes quais que dix mois auparavant, ils comprennent que jamais ils ne retrouveront semblable souverain.
Mais, au fond d'eux-mêmes, ils réalisent que leur île est un trop petit royaume pour un tel homme ...

Chapitre 2 : Les Hommes de l'épopée

Connaître l'authentique voie ne saurait aller sans une connaissance (nécessairement fort incomplète) des hommes qui suivirent quasi aveuglément leur Empereur en Reconquête.
Nous proposons donc au lecteur la liste des soldats de la Garde Impériale qui suivirent Napoléon Ier à Elbe, en 1814.
A Fontainebleau ils se bousculaient, les volontaires!  Et sur 20 000 on n'en retint que quelques centaines. Or nous connaissons les noms des heureux élus. «Napoléon Ier et la Garde Impériale» d'Eugène Fieffé (édité par Fume Fils en 1859) nous donne la liste de la Maison Militaire et des bataillons se trouvant à l'île d'Elbe avec l'Empereur.
Cela donne 885 hommes, en comptant le grand maréchal du Palais, Bertrand, le gouverneur de l'île, Drouot, et le général Cambronne. Il y aura parmi ces hommes quelques déserteurs, fort peu nombreux, en vérité, et Napoléon magnanime n'en fera fusiller (peine de l'époque) aucun. Parmi ces 885 noms figurent ceux qui suivront leur Empereur durant les Cent-Jours.
Des «elbains» se joindront-ils à eux, le 26 février 1815?
Nous n'en avons pas trouvé trace. Par ailleurs, Napoléon laissera une petite partie de sa troupe en Elbe pour garder l'île mais aussi sa mère et sa sœur ...
Nous suivrons Marcello Ferrari quand il écrit : «Napoleone partiva dall'Elba per riconquistare la Francia con sette bastimenti sui quali erano imbarcati 500 - 600 uomini, quai che cannone e pochi cavalli.»
Les noms de ces hommes figurent dans la liste qui suit.
Ils iront au Golfe de Jouan, à Vallauris, Cannes, Grasse, Castellane, Digne, Gap, Grenoble, Lyon, Paris et ... Waterloo! Nous penserons à eux, avec émotion, en parcourant l'authentique Chemin Napoléon ...

Composition de la Maison Militaire de Napoléon

A l’île d’Elbe
Généraux de division. — Bertrand grand maréchal du Palais: Drouot. Gouverneur de l’île d'Elbe.
Général de brigade. — Cambronne.
Officiers supérieurs. — Jerzmanowski , colonel des lanciers, commandant de Porto-Longone; Ambrosi, Ordioni , Paccioni, colonels; Baillon, Deschamps, chefs de bataillon, fourriers du palais; Roule, chef d'escadron, aide de camp; Paris, Philippi, Colombani Joseph , Benedettini, Paoli, chefs de bataillon.
Capitaines. — Labersere, Colombani, Vinciguerra, Frediani, Arrighi, Peretti, Bastelien, Rossi, Rigo , Belluzzi, Susini , Raffalli, Guelfueci, Fossi, Rizzardi, Vantini, Andreani, Salvini, Bertrand, Simon, Salicetti, Fantoni, Moltedo, Cormeau, Casabianca, Santolini, Fortini, Courtier, Demonté.
Lieutenants. —Larabit, Toscani, Brazelli, Biancardi, Bozio, Vitaliani, Matta, Buttafoco, Farinole, Gabrielli, Fabiani , Virgili, Negrone.

Chapitre 3 : Dimanche 26 février - mercredi 1er mars 1815, de l'Île d’Elbe –Golfe-Juan

Comme nous aimerions retrouver le livre de bord de l'un des sept bateaux de la flottille! Car la connaissance de l'authentique Chemin ne peut aller sans celle de la route maritime que suivit l'Empereur au départ d'Elbe.
Nous nous contenterons, pour cela, de ce qu'écrivit, en 1830, le chevalier Cuneo d'Ornano, témoin oculaire et fils du commandant de la place d'Antibes qui osa résister à Napoléon.
Nous utiliserons également notre expérience personnelle notamment vécue à travers le Raid Géant Napoléon et plus précisément la partie de ce Raid constituée par la régate Elbe-Golfe Juan de juin 1993.
Reprenons donc ce qu'écrivit Cuneo d'Omano: «Le 26 février 1815 est fixé pour le départ de la petite armée elboise. Le matin, rien ne transpirait encore ; à midi, le tambour appelle aux armes ... Napoléon assemble les chefs de corps et leur ordonne d’embarquer immédiatement toutes les troupes sur les bâtiments qu’il leur désigne.
Ces bâtiments sont au nombre de sept : le brick «L'Inconstant» de vingt canons, commandé par le capitaine de frégate Chautard, la goélette «L'Etoile» et «La Petite Spronara», toutes deux armées en guerre par les capitaines Richon et Gualanti, trois pinques de Rio, employées au transport du minerai ... sous le commandement des officiers de marine Pulicani, Basteliga et Bartolani; le septième était une bombarde française ... que les vents contraires avaient forcée à relâcher à Portoferraio ... (Napoléon pourvoit dans la journée) à tout ce qui regarde la sûreté et l'administration de l'île d'Elbe, il embrasse une mère et une sœur chéries ... et s' élançant dans la barque qui l'attend au rivage, à 9 heures et demie ( lire 21h30) il arrive à bord du brick; à 10 heures ( lire 22 h) on met à la voile ...»
Voilà pour la composition de la flottille et l'heure du départ.

Route des navires de Napoléon

Notre but est maintenant de retrouver la route suivie par les sept bâtiments.
A partir de Portoferraïo, deux options se présentent par rapport à l'île de Capraia que l'on peut laisser à tribord, en passant au sud, ou à bâbord si l'on fait un cap au nord.
Lors de notre régate Elbe-Golfe Juan, dans le cadre du Raid Géant Napoléon, nous avons en juin 1993 choisi l'option nous faisant passer au sud de Capraia, ce qui nous a conduit à remonter ensuite, «au près», le long du Cap Corse, avant de trouver un vent de 25 nœuds, à hauteur de la Giraglia. Nous croisions le phare vers minuit, étant partis à midi de l'Ile d'Elbe; il est vrai que nous étions restés encalminés contre Capraia une partie de l'après-midi. Dans la nuit, vers une heure, nous apercevions encore la masse noire de Capraia sur tribord ... Ce sera ensuite la pleine mer, puis le Golfe de Gènes, hors de vue de toute côte. Le lever du jour est toujours une renaissance avec le retour du soleil ... sur la mer plus encore que sur la terre. Ce seront alors tout à la fois la chute du vent, un grand calme sur l'eau et l'arrivée épisodique d'oiseaux, petits, fragiles et très fatigués. L'un d'eux, sorte de mésange, se posera sur l'épaule de notre barreur. L'absence persistante de vent allongera la journée, heureusement égayée par un étourdissant ballet de dauphins. Ils sont là par dizaines, s'approchant de nous, jouant, passant sous la coque, sautant hors de l'eau, seuls ou par couples. L'un d'eux nous fit le numéro suprême ; droit, hors de l'eau, il se tint quelques secondes en équilibre par la seule action de sa queue battant la mer avec force. Cabot avec ça! A bord, nous eûmes une même pensée ; «il faut faire quelque chose pour eux!» Et lutter contre les filets dérivants, entre autres ...
Cette route qui fut la nôtre n'avait pas été celle de 1815.

Propos recueillis de Cuneo d'Ornano

La lecture de Cuneo d'Ornano va nous l'indiquer avec assez de précision et nous l'admettrons car de par sa position au moment des Cent-Jours, d'Ornano eut les moyens de recueillir des renseignements auprès de marins relâchant à Antibes et ayant participé à la traversée historique;
Revenons donc au départ de l'île ; il écrit :
«Personne ne sait où l'on se dirige. Le capitaine du brick a ordre de gouverner au nord et les commandants des transports ont reçu des instructions cachetées qu'ils ne doivent ouvrir que le lendemain de leur départ. «La Petite Spronara» sert de découverte. Tous les équipages sont persuadés qu’on va débarquer à Piombino ... lorsque l'on est convaincu qu'on doit aller plus loin aussitôt qu’on a dépassé le Cap della Via qui fait face à ce port ... » Que d'enseignements dans ces quelques lignes! Elles nous donnent avec précision l'option choisie par l'Empereur. En effet, si l'on gouverne au nord, au sortir de la rade de Portoferraio, on met pratiquement le cap sur Livourne, ce qui fait longer l'île d'Elbe et tant que l'on n'a pas dépassé le Capo Vita, on peut croire que l'on va à Piombino.
Nous signalerons au passage une légère erreur commise par Cuneo d'Ornano qui écrit «le Cap dalla Via» alors qu’il s'agit de Capo Vita se trouvant bien en face de Piombino. Ils ont donc mis le cap sur Livourne, ce qui fait passer la flottille très à l'est de Capraia et nous renseigne sur l'option choisie par Napoléon. La suite du récit du Chevalier va nous être encore très utile : «... le lendemain, dans la matinée, le voile du mystère est déchiré. Chaque capitaine de bâtiment ouvre et lit son ordre cacheté. Il portait que chaque transport devait naviguer loin des eaux du brick, sans cependant le perdre de vue, pour ne point montrer l’apparence d’un convoi et que le rendez-vous général était à Fréjus.»

Capraia

Ce passage nous précise comment ils ont navigué afin de ne pas se perdre de vue tout en ne paraissant pas groupés en flottille. Et nous pensons aux difficultés de navigation que cela dut comporter pour les capitaines. Par comparaison, lors de notre régate de 1993, des écarts très importants apparaitront entre le premier et le cinquième. Le premier ayant réalisé la traversée en une vingtaine d'heures, le dernier en près de quarante heures! Alors que les différences entre voiliers étaient bien moins importantes qu'entre un brick et une bombarde ou une pinque
Nous apprenons, par ailleurs, que le but avoué est Fréjus.
Conformément au vœu de Chautard on a doublé dans la nuit l'île de Capraia grâce au vent du «sud» qui a «accéléré la marche de la flottille». La suite du récit de Cunéo d'Ornano est intéressante. Nous sommes le lundi 27 février 1815, dans la matinée et Cuneo écrit à ce propos :
«On voit alors une corvette anglaise sortir du port de Livourne et courir des bordées vers le sud...»
C'est là un éclaircissement capital. Etant passés à l'est de Capraia, ils ont ensuite laissé également sur bâbord l'île de la Gorgone ce qui leur a permis de voir un bâtiment sortir du port de Livourne.
Ils sont alors, approximativement, sur les lieux où se déroula, en 1284, la terrible bataille navale de la Meloria, opposant Pise à Gênes, la victoire de cette dernière assurant alors sa prépondérance sur la mer Thyrénienne et la Méditerranée occidentale, Corse comprise. Cuneo d'Ornon précise, à propos de la corvette anglaise: «On la reconnait pour celle montée par le colonel Campbell, commissaire de cette puissance à l'île d'Elbe. Elle tient le cap à cette lie ... Le vent contraire pour la corvette et favorable pour le brick empêche ces deux bâtiments de s'approcher.»

Livourne et Gênes

Le vent souffle donc bien toujours du sud et la flottille impériale est vent arrière, allure favorable aux bateaux de l'époque. En ce lundi, cependant, on va changer de cap et se mettre progressivement cap à l'ouest en suivant, de loin, la courbure de la côte italienne dans le golfe de Gênes. «Il vente frais vers midi, écrit d'Ornano, et rien ne parait plus inquiéter la marche du conquérant lorsque, sur le soir, on entrevoit un brick manœuvrer sur l'Inconstant »
Il s'agit du Zéphir, aux ordres du capitaine Andrieux. Les deux bricks se croisent à portée de voix. On connaît le dialogue qui s'établit.
Andrieux reconnait Taillade, commandant des marins de la Garde, est lui demande : «Comment se porte l’Empereur et où allez-vous?» «Napoléon se porte bien et je me rends à Gênes,» répond Taillade.
Andrieux précisera : j’ai une mission pour Livourne ...»
Le lundi soir, donc, la flottille est entre Livourne et Gênes. «Le vent fraîchit de plus en plus», note Cuneo d'Ornano. Peyrusse souffre du mal de mer et il n'est pas le seul. La nuit sera difficile pour les hommes embarqués qui, outre la mer, endurent le froid. «Le mardi 28, à six heures du matin, on signale Novi.» Cette phrase aussi est intéressante. Mais comme il n'y a pas de «Novi» sur la côte ligure, nous pensons qu'une faute d'orthographe masque Noli, alors village de pêcheurs ayant conservé des tours du 13e siècle et facile à reconnaître pour un marin. Ce qui indique, d'une part, que la flottille navigue en vue de la côte italienne dont elle s'est rapprochée à la faveur de la nuit et que, d'autre part, on a dépassé Gênes d'une trentaine de mille nautiques. On se trouve au large du «Capo Malpasso». Tout un programme!

Côtes italiennes et débarquement de Napoléon

En ce mardi 28 février, la côte italienne va défiler à bonne distance. Sans doute, les hommes embarqués voient-ils de loin Albenga, Alassio, Impéria ... et peut-être San Remo ...
Une troisième nuit est descendue sur la flottille qui pénètre enfin dans les eaux françaises. Le mercredi 1er mars, le lever du soleil la trouve au large de Nice, une ville que l'Empereur connaît bien. En fin de matinée, avant onze heures, on double le cap d'Antibes et là ... nouvel ordre aux capitaines ... Mais lisons Cuneo d'Ornano :
«C'est alors que Napoléon, qui avait eu des vues de précaution en ordonnant le rendez-vous à Fréjus, fait mettre son brick en panne à hauteur du lieu où il se trouve et donner aux autres navires le signal d'arriver». Ils recevront tous de l'Empereur l'ordre «de mouiller le plus près possible de la plage» ...
«Tel est le point de débarquement de Napoléon», conclut d'Ornano.
Voilà une description de la partie maritime de l'épopée qui nous permet de proposer avec une relative précision la route suivie par l'Empereur qui, apparemment, bénéficia d'Elbe à Golfe Juan d'un vent portant et relativement frais facilitant sa route.
Les meilleurs auspices, en somme, pour la plus extraordinaire des entreprises ...

Chapitre 4 : 1er mars 1815, A Golfe-Juan

Arrivés en fin de matinée dans la rade, puis ancrés près de la côte, à hauteur des Gabelles, quartier de la commune de Vallauris, les sept bateaux vont lentement débarquer leurs hommes entre la Tour de la Gabelle et le Chemin de la Mer. L'emplacement de cette tour est facile à retrouver bien qu'elle ait disparue : à l'angle de l'avenue Pierre Sémard et de la rue dite «la Gabelle Prolongée», un transformateur électrique l'a remplacée. On imagine sur place la modification des lieux ...
La plage de sable, recouverte de varech, commençait à hauteur de l'actuelle voie ferrée datant de 1860. Aucun des immeubles ou des villas que nous voyons aujourd'hui n'existait, ce bord de mer étant alors inhabité comme en atteste le cadastre de 1815 existant en mairie de Vallauris. A l'emplacement de l'actuel Golfe-Juan nous voyons quelques entrepôts pour les poteries en attente d'embarquement et de rares maisonnettes de pêcheurs tous situés dans un périmètre restreint actuellement délimité par la place de la Douane, la rue des Pêcheurs et l'avenue de la Gare.
Les douaniers (fort mal reçus quand ils demanderont aux grognards de présenter leurs papiers!) occupent une petite maisonnette donnant sur l'actuelle place de la Douane ...
Hors de ce petit périmètre on ne voit que quelques maisons de campagne et de rares constructions isolées le long de la route de Marseille à l'Italie, l'actuelle RN 7.
Aucune auberge, notamment, ne figure au carrefour de cette future route nationale avec la route de Vallauris dont le départ est celui que nous connaissons aujourd'hui.
Ainsi, le décor est planté. Vers 15 heures, l'Empereur débarque. Pas de port pour l'accueillir, ni le moindre débarcadère. Ses hommes vont l'aider à ... ne pas se mouiller. La mer est agitée mais pas trop car un coup de mer ou un vent fort eussent rendu l'opération difficile et les chroniques s'en seraient fait écho. L'emplacement exact où Napoléon Ier touche terre ne peut être précisé d'après les textes d'époque. Nous l'estimerons par un raisonnement basé sur la connaissance des lieux.
Depuis plusieurs heures ses hommes débarquent quand il se présente à son tour devant la plage. Le chemin de la Mer étant celui que l'on doit emprunter, le débarquement de l'Empereur a donc dû se produire tout près de ce chemin, pratiquement à l'emplacement de la plaque commémorative.

Le choix de l'Empereur

Quant à ce «chemin de la Mer», l'actuelle avenue de la Gare, il s'agit alors d'un mauvais chemin presque exclusivement utilisé par les chariots amenant les poteries de Vallauris aux entrepôts, voire directement à l'embarquement quand le bateau est à l'ancre à quelques encablures du rivage.
Des champs le bordent où poussent vignes et oliviers ... A mi-distance entre la mer et la route de Marseille à l'Italie, sur la droite, est une maison de campagne, celle de Jérôme Jourdan, alors conseiller municipal de Vallauris. C'est ici que l'Empereur va s'arrêter. Le conseiller Jourdan est là. Il offre un fauteuil, vite installé près du gros olivier car dans la maison le poêle fume. Il fait beau et le soleil apporte une douce température. Tel est le quartier-général, le premier de la plus extraordinaire, la plus insolite des campagnes militaires.
Sans doute, Napoléon espère-t-il une visite du Maire et des conseillers municipaux de Vallauris ... Car le quartier des Gabelles où la flottille elboise a accostée appartient à la commune de Vallauris. Il est d'ailleurs stupéfiant que les historiens ignorent systématiquement ce fait ; un livre d'histoire en usage dans nos lycées ne place-t-il pas ce débarquement à ... Fréjus!
Quant aux notables, ils doivent leur nomination à Napoléon, en 1812!

Qui sont-ils?

Le maire est Jean Antoine Louis Gazan ; ses conseillers se nomment, Honoré Daumas, ancien armateur, armé en corsaire sous la République et l'Empire qui, en 1810, fortune faite sur la mer et aux Amériques, a acheté le château de Vallauris et les nombreux terrains qui en dépendent, Jérôme Jourdan, déjà rencontré, Jean Baptiste Cevoule, Antoine Laty, Pierre Charabot, Jean Baptiste Carbonnel, Donat Gazan, Jean Antoine Lisnard
A part Jourdan, aucun ne viendra voir l'Empereur. Leur en tiendra-t-il rigueur? A l'un d'eux, le Maire, certainement.
En effet, nous lisons dans le Livre des Séances du Conseil Municipal :
«Ce jourd' hui vingt-deux juin mille huit cent quinze à Vallauris, dans la salle publique de la maison commune, par devant nous Jean Antoine Louis Gazan maire en exercice de ladite commune, en vertu de l'arrêté de Monsieur le Préfet du département du Var en date du treize de ce mois qui en exécution de l'article 3 du décret impérial du 30 avril dernier, ordonne l'installation de Monsieur Sicard Jérôme dans les fonctions de Maire de la Commune de Vallauris et de Monsieur Carbonnel Antoine dans celles d'Adjoint de la même commune ...» Le premier est chirurgien-major des Armées retraité et l'autre est avocat.
Installation stupéfiante! Quatre jours après Waterloo!
Ce qui prouve la lenteur des communications de l'époque, lenteur qu'utilisera avec génie Napoléon pour réussir sa reconquête.
Au conseil municipal suivant du 1er décembre 1815, Gazan aura repris son poste de Maire comme si rien ne s'était passé. Quand à Antoine Carbonnel, il deviendra maire moins d'un an plus tard, le 24 novembre 1816 ... curieuse époque, quand même!

En attendant les nouvelles, l'Empereur travaille

Mais revenons à ce 1er mars, près de l'olivier de Jérôme Jourdan ...
En attendant les nouvelles d'Antibes avec l'impatience que l'on devine, l'Empereur consulte ses cartes.
Sans doute a-t-il la carte de Cassini et des cartes d'Etat-major.
Regarde-t-il encore une carte du Golfe de Jouan, alors appelé «la Baye de Gourien» dressée par Ayrouard en 1744? ... Certainement pas car elle est dépassée, obsolète! Et il le sait bien, lui qui a mis les côtes en défense une vingtaine d'années auparavant. La ferme de Jérôme Jourdan où Napoléon espère le renfort de la garnison d'Antibes a disparue depuis des lustres. Son emplacement est à situer à hauteur de la rue de Verdun joignant les actuelles avenues de la Gare de du Midi. La soirée y sera longue pour l'Empereur. Alors que cette nuit de mars est tombée depuis longtemps, il comprend qu'il lui faut définitivement renoncer à cette garnison d'Antibes pour laquelle il a apporté 1000 fusils ...Après un frugal repas prépare avec les provisions amenées de l'île d'Elbe et débarquées dans l'après-midi, les troupes vont se mettre en ordre de marche, en haut du «chemin de la Mer», le long de la «route de Marseille à l'Italie». L'Empereur, monté sur Tauris, son cheval de l'île d'Elbe qui le suivra jusqu'à Waterloo, les passe en revue alors que la petite armée s'ébranle vers Cannes, terme d'une première et courte marche. L'Empereur se tenait entre deux ormeaux, évidemment disparus, à l'emplacement de l'actuel arrêt des cars, situé près de la «Colonne Napoléon».

Et Golfe-Juan entra dans la littérature

Attiré par ce site qui vit débarquer le géant qu'il admirait, Châteaubriand vient à Golfe-Juan durant l'été 1838 et il écrit alors à Madame Récamier une lettre dont nous tirons quelques extraits :
«... La nuit était close quand j’arrivai ; je mis pied à terre à une maison isolée, au bord de la grand' route. Jacquemin, potier et aubergiste, propriétaire de cette maison me mena à la mer. Nous prîmes des chemins creux entre des oliviers sous lesquels Bonaparte avait bivouaqué. Jacquemin lui-même l'avait reçu et nie conduisait ...»
L'auberge de Jacquemin existait bien en 1815 puisqu'elle est mentionnée sur la carte de Cassini. Mais elle ne se trouve pas sur ce qui fut l'itinéraire de Napoléon à Golfe-Juan. Elle était en effet sur la route d'Antibes et non dans la partie des Gabelles que traversa l'Empereur qui n'y pénétra donc pas. Mais Jacquemin, en 1838, fait ce que feront beaucoup d'aubergistes et de cabaretiers en prétendant, ce qui est toujours bon pour le touriste-client, que l'Empereur descendit chez lui. Si cela était vrai, Napoléon n'aurait fait que manger, boire et dormir tout au long de la route, ce qui ne fut pas le cas!
Ce qu'écrit encore Châteaubriand dans cette lettre nous montre qu'il apprécia l'été golfe-juanais et que les lieux étaient toujours aussi déserts qu'en 1815 :
«Parvenu à la grève, je vis une mer calme que ne ridait pas le plus petit souffle ... il n'y avait dans le golfe qu'une seule barque à l'ancre et deux bateaux. Ce qui deviendra, un demi-siècle plus tard, la «Côte d'Azur» donne encore, en 1838, une image fidèle de ce paradis où Napoléon débarque ...
Un an plus tard, attiré lui aussi par le grand homme, Victor Hugo est à Golfe-Juan et il racontera sa visite dans «Choses Vues» :
«Je me suis promené longtemps dans ce lieu illustre. Vis à vis du petit chemin au bord de la route de Cannes, sur un étroit plateau autour duquel la terre a croulé, il y a deux mûriers. C'est entre ces deux mûriers que l’empereur se plaça pour passer en revue le bataillon qui sera dans l'Histoire aussi grand que la Grande Armée. Puis il se dirigea vers l’ouest, passa près de cette batterie basse que je viens de voir, traversa des torrents que je viens de traverser ...»
En 1839, donc, rien n'a changé depuis 1815. Les mûriers sont encore là ... leur emplacement exact est donné par Victor Hugo et nous le retrouvons aujourd'hui : au feu rouge du croisement de la RN 7 (avenue de la Liberté) et de l'avenue de la Gare, ils étaient au bord de la RN 7 actuelle, au début de la rue

Chapitre 5 : De Golfe-Juan à Cannes, Nuit du 1er au 2 mars 1815

Les hommes se sont rangés en ordre de marche : ils sont chargés d'un «barda» de près de quarante kilos avec fusil, munitions et arme blanche. Sans oublier la couverture qui ne tardera pas à prendre du poids, sous la neige. Comment sont-ils chaussés? De chaussures réglementaires, identiques, sans pied droit ni gauche ... et trois pointures seulement sont à leur disposition : petite, moyenne ou grande, la paille étant une aide précieuse ... A cheval, entre deux ormeaux, l'Empereur les regarde défiler devant lui. Ainsi, peu avant minuit, ils sont partis! Pourquoi si tard? Deux raisons peuvent l'expliquer.
La première, dont va découler la seconde, est la longue attente et l'espoir, finalement déçu, de voir la garnison d'Antibes se rallier
Ayant attendu trop longtemps et la nuit tombant tôt, en mars, l'Empereur a alors décidé d'attendre le lever de la lune, ce qui permettra à la troupe de ne pas marcher dans l'obscurité.
Ce sera un avantage non négligeable sur cette route de Cannes dont Victor Hugo écrira dans «Choses Vues» : « ... il se dirigea vers l'ouest, passa près de cette vieille batterie basse que je viens de voir, traversa des torrents que je viens de traverser ...»
Nous devons réaliser, en lisant ces lignes, que la route actuelle n'a absolument rien à voir avec ce qu'elle était il y a moins de deux siècles. Les moyens de locomotion n’avaient alors aucun rapport avec ceux d'aujourd'hui et ils se rapprochaient beaucoup de ceux de ... l'Antiquité. De même, la route ressemblait plus à un mauvais chemin traversé çà et là par des torrents, souvent à sec mais capables, aussi, de gros caprices.
De mauvais ponts, souvent de bois, permettaient de franchir ceux ayant creusé un vallon important ; quant aux ruisseaux, on les franchissait à gué, en espérant qu'il ne fussent point trop impétueux.

Quels sont donc ces torrents et cette batterie dont parle Hugo? Et où étaient-ils?

Les premiers existent toujours et ont conservé leurs noms de 1815. Le premier est le «Barraya» qui passe aujourd'hui sous la RN 7, à hauteur de l'avenue Juliette Adam ; en 1815 un pont de bois l'enjambait.
C'est ensuite le ruisseau de la Mer, humble ruisseau, le plus souvent à sec et franchi à gué, en 1815. Ce dernier, cependant, est encore capable de débordements intempestifs, d'autant plus qu'on a voulu, au XXe siècle, lui imposer un passage sous la route nationale, à hauteur du n°24 de cette route. Tout à côté, au n°26 sont deux oliviers qui virent passer l'Empereur à leur pied ... Ce témoignage qu'ils nous apportent ne devrait-il pas leur mériter un classement au titre des monuments historiques?
C'est ensuite le vallon de l'Aube, encaissé, profond, qu'un nouveau pont permettait de franchir.
Tout à côté se trouvait, en bord de mer, cette «vieille batterie basse» dont parle Hugo. Nous avons confirmation de son emplacement sur le cadastre de 1815 et sur la carte de Cassini. Elle se dressait au bord de la plage, immédiatement après le vallon de l'Aube. Un mur ancien dominant le sable en est-il un vestige? ...Sur le cadastre de 1815, elle est nommée «batterie de la Gabelle». Ce qui confirme bien que le quartier de Vallauris aujourd'hui nommé Golfe-Juan s'appelait alors «la Gabelle». Napoléon dut encore franchir d'autres torrents et vallons échelonnés tout au long de sa route vers Cannes. Le vallon de Rolland, d'abord, puis les vallons de Latil, de la Font, des Bauges et enfin de Mauvarre servant de limite entre les communes de Vallauris et de Cannes. Alors que la route de 1815 coïncide avec celle d'aujourd'hui du centre de Golfe-Juan jusqu'au vallon de l'Aube, à partir de là un doute pourrait subsister sur l'emplacement. Était-elle à l'emplacement de la RN 7 ou de la voie ferrée? Il est pourtant évident que l'on ne détruisit pas la route quand, en 1860, on édifia la voie ferrée. La route de 1815 se trouve donc sous la RN 7, beaucoup plus large que l'ancienne voie et cela jusqu'à l'entrée de Cannes, c'est-à-dire quelques quatre cents mètres avant le carrefour de la Source.

Le Fort Royal de Sainte-Marguerite

A partir de là l'urbanisation des XIXe et XXe siècles a brouillé les pistes. Les plans et cartes de l'époque nous donnent alors une idée du tracé mais sans grande précision. Car, sur le terrain, tout indice a été effacé.
En considérant les cartes et plans en notre possession, nous pouvons considérer que l'antique voie suivait à peu près le boulevard de la Source. La presqu'île de la Croix (aujourd'hui la Croisette) était alors vierge d'habitations et la route en vue du Fort Royal de Sainte-Marguerite se trouvait sous son feu.
Évidemment en ce 1er mars, il fait nuit, sous la lune ... mais l'Empereur sait que, de toutes façons, le fort ne tirera pas sur lui. Et c'est heureux car Napoléon connaît parfaitement l'histoire de cette région : il sait notamment la puissance de feu du Fort Royal. Une délibération du Conseil de la Communauté de Vallauris, datée du 6 avril 1708, montre que le canon de l'île arrêta l'armée ennemie commandée par le duc de Savoie, armée obligée de remonter à Vallauris pour parvenir à Cannes ...
Ces faits confirment ce que nous disions des assurances reçues par Napoléon quant à une certaine neutralité, lors de sa reconquête ...
Une autre batterie, semblable à celle que nous avons rencontrée à la sortie de Golfe-Juan, se trouve en bord de mer, à hauteur de la Source. Elle est désarmée quand Napoléon se présente ... et sans doute le sait-il!
La route de 1815 suivait donc à peu près le boulevard de la Source, puis se situait entre l'actuelle Croisette et la rue d'Antibes pour rejoindre l'emplacement actuel de cette dernière, à hauteur de la rue Maréchal Joffre, donc légèrement au nord de la chapelle Notre-Dame de Bon Voyage où les pêcheurs de Cannes venaient en pèlerinage.
C'est autour de cette chapelle que la troupe bivouaqua, avant de se lancer dans une étape difficile.

Chapitre 6 : Nuit du 1er au 2 mars 1815, A Cannes

Dans l'après-midi du 1er mars, le général Cambronne s'est présenté à la mairie de Cannes pour effectuer des réquisitions ; lui et ses hommes ne sont d'ailleurs pas passés inaperçus semant une agitation certaine tant auprès des adultes que des enfants. Imaginez cinquante bonnets à poils et leur général arrivant inopinément dans une petite bourgade perdue au fin fond de la Provence! Qui plus est, revêtus de l'uniforme impérial alors que depuis dix mois cet uniforme a disparu de l'armée française ...
Dans son rapport sur l’Événement, le maire de Cannes, Maître Poulle, notaire de son état, écrit notamment que le général réquisitionna « 12 voitures à 4 colliers, 3000 rations de pain, 3000 de viande, à distribuer à minuit précis ...» Diverses questions viennent à l'esprit, ainsi ...
Où se trouvait la Mairie de l'époque? La réponse nous est donnée par Thierry de Ville d'Avray dans son «Histoire de Cannes», quand il précise que les bulletins de victoire de l'année 1809 sont affichés à la «Nouvelle Mairie» construite sur l'emplacement du sieur Ricord ... C'est donc l'immeuble à l'angle de la rue Emile Négrin. Une autre question se pose sur l'heure d'arrivée de l'Empereur. Le maire de Cannes écrit à ce propos :
«C'est vers 2 heures du matin que Buonaparte arriva à Cannes ...»
Nous pensons que cette heure n'est pas éloignée de la vérité. Le bivouac va se dresser près de la chapelle Notre Dame de Bon Voyage, aujourd'hui disparue. Pourtant cette chapelle existait encore en 1860. Sa fin surviendra par un Décret ... impérial émanant de Napoléon III autorisant la construction en ses lieux et place de l'actuelle église due à l'architecte Vianay (la ville de Cannes lui doit ses plus belles réalisations du XIXe siècle).
Mais qu'était donc Cannes en cette année 1815? ... Oui, qu'était donc cette petite ville, modeste port de pêcheurs, qui n'a pratiquement jamais fait parler d'elle.

Cannes la mystérieuse

Et pourtant ...
Pourtant, c'est dans l'île Sainte-Marguerite qui appartient au territoire de Cannes, que fut enfermé dans un cachot du Fort Royal le célèbre «Masque de Fer» dont nous avons écrit qu'il était Henri II de Guise ... («L'Inconcevable Secret du Masque de Fer»). Cette île avait aussi mobilisé la noblesse française en 1636, pour en chasser les espagnols. Et l'île voisine de Saint-Honorat, appartenant également à Cannes, était depuis longtemps renommée pour sa célèbre abbaye!
Plans et aquarelles nous viennent en aide pour décrire la partie urbaine de Cannes. Sur l'une de ces dernières nous voyons, en avant plan, les allées de la Liberté beaucoup plus étroites qu'aujourd'hui ... la mer vient alors quasiment jusqu'à la route d'Italie (actuelle rue Félix Faure) dont elle est séparée par une rangée d'arbres. Les maisons qui bordent alors cette rue sur son côté nord, le seul bâti, s'arrêtent à hauteur de l'actuelle rue du Maréchal Joffre. Au-delà de cette limite se continue la route menant vers Antibes et qu'a empruntée Napoléon. Au sud de la route commence la plage de sable, immense, qui se prolonge jusqu'à la pointe de la Croix ... En ce mois de mars 1815, au bord de l'eau, le sable disparaît sous le varech nommé «Zostera marina» par Thierry de Ville d'Avray
Au nord, la limite de la ville est à l'actuelle voie ferrée alors qu'à l'ouest elle se termine avec la colline du Suquet. L'espace n'est, on le voit, pas très étendu par rapport à ce qu'est devenue la ville aujourd'hui. Mais il suffit, apparemment, pour les 3367 habitants recensés en 1807. Quel accueil réservèrent-ils à l'Empereur? Les avis sur ce point sont très partagés mais quelles que soient leurs opinions politiques une certitude demeure : ils n'allèrent point se coucher!
Quant à l'heure du départ, c'est encore Maître Poulie qui la fournit en écrivant : « ... Vers cinq heures et demie du matin, Cannes eut le bonheur de se voir entièrement délivrée ...».
Allant jusqu'au bout de son loyalisme envers le Roi, le maire va se faire excuser, le 27 avril suivant quand il faudra prêter serment à l'Empereur ; Joseph Michel Hébert le remplacera à cette occasion.
Et il arrivera à Poulie la même mésaventure qu'au maire de Vallauris ; il sera renvoyé de l'Hôtel de Ville fin juin ... pour y être, lui et ses adjoints, réinstallé le 20 juillet. Mais dégoûté de la politique il ne se présentera pas à cette cérémonie. Ainsi, Napoléon resta moins de quatre heures à Cannes. Cambronne et une cinquantaine d'hommes le précédaient afin qu'aucun obstacle ne vint ralentir la marche. Il fallait aller vite et toutes les haltes, tous les bivouacs, seront brefs, du moins jusqu'à Gap. Telle allait être la nécessaire clé d'un succès programmé par le cerveau d'un géant ...

Chapitre 7 : 2 mars 1815, De Cannes à Grasse

Après une mauvaise nuit sur la «plage» (ce mot figure sur la carte du XVIIIe siècle) de Cannes d'où le sommeil fut exclu, bien avant le lever du soleil la troupe se remit en marche car il fallait prendre de vitesse les troupes royales susceptibles d'entraver la marche impériale. Cambronne et l'avant-garde avaient plus d'une heure d'avance.
La surprise, donc une nécessaire rapidité d'exécution du plan, étaient les clés d'une stratégie victorieuse. Partant du «bivouac», ils prirent l'actuelle rue Maréchal Joffre, puis la route de Grasse qui commence au Carrefour Carnot. A cet endroit, la voie ferrée et sa couverture n'existant pas, la pente s'avérait raide dès le départ et permettait d'atteindre en une heure ce que l'on nommait alors «les hauteurs du Cannet». On se trouvait, en réalité, à l'emplacement de l'actuelle Rocheville, un nom alors inconnu, ne figurant sur aucune carte du temps. Mais d'autres noms permettent de situer la route de 1815. Sur la carte de Cassini, en allant vers la Cité des Parfums, nous lisons à gauche de la route : L'Aubarède, L'Olivet, Ranguin ... tandis qu'à droite, après avoir laissé un moulin à huile, les noms rencontrés sont Saint-Nicolas, Paruchon, avant de laisser le village du Cannet nettement sur la droite.
L'authentique route Cannes-Grasse de cette époque s'écartait peu de la RN 7 entre Rocheville et Mougins mais en raison d'une forte urbanisation on ne peut espérer y retrouver la moindre trace de l'ancien parcours.
Ayant donc laissé le Cannet nettement sur sa droite, la route de 1815 se dirigeait vers Mougins ; on ne traversait pas plus le vieux village perché sur son piton que ne le fait l'actuelle Route Napoléon.
Avant de parvenir à Mougins on longeait un nouveau moulin à huile, peut-être celui qui inquiéta Napoléon par le bruit qu'il faisait et que les grognards prirent pour une canonnade dans le lointain.
Ce qui prouve que l'on travaillait tôt dans les moulins de l'époque!
Ayant atteint le sommet de la côte on redescendait. De Cannes au Plan-de-Grasse, la route de 1815 s'écartait peu du trajet actuel, en prenant, au Pont Carnot, la Route de Grasse, conduisant à l'actuelle Rocheville ...
Ensuite vers un petit carrefour qui deviendra plus tard celui de Tournamy (aujourd'hui profondément modifié). En 1815, peu avant le quartier Saint-Martin, sur la droite partait la route d'Antibes, la même qu'aujourd'hui, traversant les lieux dits Saint-Blaise, les Clausonnes, pour atteindre la Cité fortifiée héritée du monde gréco-romain. Mais l'urbanisation galopante comme les travaux parfois gigantesques des Ponts et Chaussées ont ici plus qu'ailleurs fait disparaître les vieux chemins, fussent-ils les plus importants de leur temps.
Nous supposerons cependant qu'après ce très ancien carrefour la «route» de 1815 occupait à peu près l'emplacement de l'actuelle N 85 et, après avoir laissé une bastide sur la droite et les chapelles Saint-Sébastien et Saint-Jean sur la gauche, parvenait à Mouans.

La route d'hier et d'aujourd'hui

Comme de nos jours, donc, la route passait à droite du vieux village puis longeait le mur Est du château aux trois tours des seigneurs de Mouans.
Napoléon, comme prévu sans doute, marqua un arrêt à Mouans dans l'attente de nouvelles émanent de Cambronne en butte aux hésitations grassoises.
Comparant la carte de Cassini aux cartes d'aujourd'hui et en parcourant le terrain on peut imaginer que la route suivait à peu de choses près l'actuel tracé avec ses lignes droites et ses courbes. Les quartiers s'appelaient alors : Laugis, Plantiers, Les Bastides (que l'on retrouve de nos jours face au Golf), Bertrand ... C'étaient ensuite la route du Plan, sur la droite ... le vallon de Grasse ou coule toujours la
Mourachone…le plan de Saint-Antoine ... Saint-Bernard ... la route commence alors sa montée laissant le Coulet sur la droite, Saint-Hilaire, à gauche ... Le chemin suivait le tracé de l'actuelle avenue Sidi Brahim, puis la montée devenait plus rude dans le boulevard Sainte-Lorette, dont une partie a été débaptisée pour devenir le boulevard Victor Hugo.
Nous sommes bien sur l'authentique parcours que nous suivons par le boulevard du Jeu de Ballon qu'emprunta l'Empereur, en ce 2 mars 1815 dans la matinée.
Et il passa, comme nous y passons encore, devant la porte de l'Hôtel de Pontevès, aujourd'hui Musée de la Marine Amiral de Grasse.
Nous en admirons la magnifique porte, richesse de pierre qui vit pénétrer, au XVIIIe siècle, Mirabeau, le futur tribun ...
A l'extrémité du boulevard, la place de la Foux qui a, depuis, bien changée ... On y battait le blé, en 1815, et elle s'avéra suffisante pour permettre aux grognards d'y marquer une pause avant d'autres épreuves physiques ... Il était environ onze heures, alors, en ce 2 mars 1815 ...!
Cette pause sera mise à profit pour un ravitaillement supplémentaire (Cambronne a déjà obtenu 3000 rations!) à l'Auberge des Trois Dauphins, au 27 place aux Aires, une place où nous retrouvons aujourd'hui les bâtiments de 1815. La population, quant à elle, profitera également de la pause pour voir de près son ancien ex-Empereur qu'elle n'hésitera pas à harceler de demandes comme si, déjà ...

Chapitre 8 : 2 mars 1815 - début d'après -midi, De Grasse à Saint-Vallier

Il est, nous l'avons vu, difficile de vivre l'authentique Route Napoléon entre Golfe-Juan et Grasse. Cette voie, nous avons tenté de la retrouver mais nous n'avons pu y découvrir avec précision que des repères ayant miraculeusement survécus. Au-delà de Grasse, cela va peu à peu changer. Désormais, le béton ne fera plus la loi. Et souvent le goudron non plus!
Napoléon et ses hommes sont donc partis de Grasse, de la place de la Foux, plus précisément, avant midi et nous allons, à leur suite, retrouver l'itinéraire qu'ils suivirent de cette place à Saint-Vallier.
Ils prirent ce que l'on nommait alors la «Route des Alpes».
Elle suivait, pensons-nous sans en avoir de certitude, la route actuelle jusqu'à l'embranchement où, sur la gauche, part la route de Cabris, quelques cinq cents mètres avant la piscine «Altitude 500».
Cette route de Cabris était, en 1815, la «Route des Alpes». Elle nous conduit rapidement sur le plateau où une deuxième halte permit à la troupe de se regrouper car la montée jusque-là avait été fort raide.
Nous sommes alors sur ce qui est, depuis, nommé «Plateau Napoléon».
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le but de ces haltes était essentiellement de regrouper les hommes car les rudes montées, par des chemins ô combien difficiles, les éparpillaient en une longue file exposant les traînards et risquant donc d'amoindrir la petite armée. Et puis il y avait le trésor sur lequel veillait Peyrusse. Mais les mulets qui en avaient la charge (deux cents millions-or ... dit-on) suivaient avec peine et loin derrière.
Sans doute l'Empereur aurait-il voulu supprimer ces haltes si peu conformes à la stratégie de cette reconquête mais il lui fallait plus que tout conserver ses forces vives.
Et l'on repartit sur ce mauvais chemin qui est aujourd'hui goudronné, hélas, goudron que nous subirons jusqu'à la côte 552. Alors, sur notre droite, part l'authentique chemin, miraculeusement conservé et annoncé par une pancarte : «Chemin du Pilon de Saint-Vallier».

Balcons de la Côte d'Azur et col du Pilon

Nous y retrouvons la voie caillouteuse d'autrefois, une nature verdoyante et une forêt très méditerranéenne où les chênes retrouvent leur place. En montant, le panorama s'étend de plus en plus pour finalement s'ouvrir de l'Italie à Saint-Tropez. Nous sommes bien, alors, sur les «Balcons de la Côte d'Azur».
Napoléon eut-il le temps de s'émerveiller de ce panorama? Pensa-t-il que d'ici l'on aperçoit la Corse, parfois, énorme, avec netteté juste avant le lever du soleil, par les jours de Mistral ... ce qui nous est arrivé un matin de mars 1988. Il s'agit, évidemment, d'un mirage provoqué par la réfraction des rayons lumineux épousant la rotondité de la Terre quand l'indice de réfraction est favorable. C'est la raison pour laquelle, du bord de mer, à l'altitude zéro, on peut également voir la Corse. Pour l'heure, nous nous contenterons de regarder l'Esterel et ses deux principaux sommets, le Mont Vinaigre et le Pic de l'Ours.
Près de nous, ce sont les murs du Clos Amic qui retiendront notre attention tandis que nous continuons notre montée vers la N 85. Et nous retrouverons le goudron sur ce même chemin du Pilon avant d'atteindre cette actuelle Route Napoléon qui, en quelques centaines de mètres, nous amènera au col du Pilon.
Nous devons avouer que ce parcours que nous venons de suivre ne nous satisfait pas entièrement en raison d'une bâtisse que nous n'y avons pas rencontrée et qui pose une énigme. Il s'agit de cette ruine, nommée «le Petit Saint Jean», que nous trouvons dans un large virage de la N 85. Un de nos correspondants grassois, Monsieur Chabert, ancien élu de la Cité des Parfums, s'intéresse au mystère de cette demeure et il nous a rapporté un crime affreux qui l'aurait eue pour cadre.
C'était alors une auberge ... Le fils des propriétaires, de retour après un voyage de plusieurs années et ayant certainement beaucoup changé physiquement, arriva un soir et ne se fit pas connaître. Il laissa simplement entendre qu'il avait largement de quoi payer.
Durant la nuit, les aubergistes, par cupidité, assassinèrent leur enfant en ignorant son identité. Ils auraient été pour cela guillotinés à Grasse.
Et là commence pour nous le mystère. Si le «Petit Saint Jean» fut une auberge, c'est que la route passait tout près. Ce n'était pas, alors, le «chemin du Pilon de Saint-Vallier» que nous avons suivi ...

La carte de Cassini viendra-t-elle à notre secours?

Les noms que nous y lisons au départ de Grasse ont tous disparus sur les cartes actuelles. Sur la gauche, «La Médecine» semble indiquer le «Plateau Napoléon» alors qu'à droite «Ricord» marque non un quartier mais une propriété et le nom du propriétaire. Il en est de même pour trois bâtiments signalés au bord de la route, sur la droite en montant. C'est d'abord Floris, puis Daveyre, en dessous du lieu-dit «La Marbrière», en enfin, plus loin «Fabre de Grasse» ... L'une de ces maison est-elle «le Petit Saint Jean»?
Nous espérons obtenir un jour une réponse permettant d'avoir toutes assurances sur l'authentique Chemin Napoléon ...
Pour l'heure, le «Chemin du Col du Pilon» nous a permis de rejoindre la N 85 peu avant le sommet.
Nous longerons alors cette nationale, persuadés que nous sommes sur le tracé parcouru par l'Empereur. Et il en sera ainsi jusqu'à Saint-Vallier, ou presque ...
Le vieux chemin a, en effet, été recouvert par le goudron mais il est bien là, sous nos pas. Les vieilles pierres que nous voyons sur le bas-côté droit sont un indice précieux. Il faut savoir les regarder, ces bas-côtés souvent loquaces et nous donnant de précieuses indications sur l'âge, si ce n'est l'origine de la route qu'ils bordent. Jusqu'à Digne, ils seront parfois nos seuls repères pour retrouver l'ancienne, l'authentique voie.
Un autre indice permettant de situer l'authentique chemin est le nom des «Arboins» qui figure sur la carte de 1815, au même emplacement que sur les cartes actuelles par rapport à la route.
La dernière ligne droite avant le village est une création de ce siècle. Autrefois, les routes étaient plus sinueuses qu'aujourd'hui. On suivait une ligne naturelle, on évitait de traverser un champ, on respectait les cultures ... Et l'on allait lentement. Quoi de plus ennuyeux, alors, qu'une longue ligne droite! C'est pourquoi, en 1815, quelques centaines de mètres avant le village la route s'incurvait sur la droite, prenant l'actuel et toujours existant «chemin de Praredon» : l'âge de ce dernier est attesté par les anciennes constructions de pierre qui le bordent.
Les maisons du village entre lesquelles nous nous engageons à la suite de Napoléon ont un âge respectable. Et nous les admirons au passage ; belles portes aux arcatures de pierre, beaux chaînages ...
Nous parvenons au banc de pierre, en face de l'église, ce banc où l'Empereur s'assit.
De l'autre côté de la route, le banc, également de pierre, adossé à l'église paroissiale, permit à des grognards de se reposer. Ils avaient alors, depuis Cannes, déjà parcouru trente-cinq kilomètres Il était environ quatorze heures et la journée était loin d'être finie. Dans la montée de Grasse au col du Pilon la montagne, «le Doublier», située en amont de la route, apparait particulièrement aride. C'est le résultat d'incendies dévastateurs allumés non seulement au XXe siècle mais encore aux siècles précédents. Napoléon connaissait cette situation et de Paris s'en inquiéta durant ses quinze ans de règne. La preuve en est, l'ordre qui suit, donné au préfet du Var car, à l'époque, le département des Alpes Maritimes n'existait pas. Grasse, Antibes et jusqu’au fleuve Var, villes et villages dépendaient du préfet du Var.

Saint-Pancrace - Digne
Digne
Vallée de la Bléone - Digne
Digne
Provence

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