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Apparition des châteaux et décadence du pouvoir central

Château sur le Roc de Castellane (977) et enchatellement de la population

Bien qu'écarté du pouvoir central par les fils de Boson, comte d'Arles, l'un de ces mages, les fils de Griffon, comte d'Apt, vont donner trois branches qui, lorsque se répandra l'usage des noms de famille, deviendront les Castellane et les Ferraud dans la vallée du Verdon, les Glandevès dans la vallée du Var. On compte aussi parmi les siens les seigneurs des vallées de la Tinée et du Blore. Les Castellane, pour leur part, s'attribuent un immense domaine qui englobe une large partie de la région du moyen Verdon ; il a pour frontière occidentale, sur la rive gauche de la rivière, notamment le torrent appelé le Baou, avec Rougon, et déborde sur le rive droite, avec entre autres Taloire, Robion et Trigance. Cinq ans à peine après l'expulsion des Sarrasins, Pons-Arbaud et Aldebert ont établi sur la plateforme du Roc de Castellane (alt.900 m) un premier château, position stratégique sûre. Une large table calcaire arasée, avec traces d'aménagement, semble indiquer son emplacement à proximité de la chapelle Notre-Dame-du-Roc et de la citerne bâtie postérieurement clans une anfractuosité du rocher. En 977, une charte l'appelle "Para Castellanal", littéralement "la Roche châtelaine", toponyme qui, moins de 150 ans après, ne conservera plus que son adjectif pour désigner à la fois le lieu et la famille seigneuriale qui l'occupe.
Malgré la puissance de celle-ci, on peut supposer l'ouvrage peu pourvu des commodités de la vie matérielle, d'ailleurs les grands seigneurs de contrées plus favorisées, comme les princes d'Antibes, vivent clans une simple tour rectangulaire, tandis que la plupart des châteaux secondaires qui vont s'implanter dans la région au fur et à mesure de la reconquête du sol comporteront une pièce unique et que celui de Moire sera dressé en pierres sèches.
Pour mieux s'assurer le contrôle de la population rurale (celle qui habite l'oppidum Sinaca comme celle dispersée dans les campagnes environnantes) et la rassembler de gré ou de force, en toute sécurité, au pied de leur château, Pons-Arbaud et Aldebert instaurent l'une des premières enceintes médiévales urbaines, le "castrum" (ou agglomération fortifiée). Leur politique participe ainsi à un mouvement qui va se généraliser dans presque toute la Provence, et connu sous le nom d'enchatellement. Ils organisent ce castrum sur le plateau coincé entre l'ubac du Roc au sud, le coteau du Serre au nord (alt. 1300 m). Incliné du nord au sud et vaguement hexagonal, le terrain mesure près de 250 m dans ses dimensions maximales. A l'est et à l'ouest, il se termine par un versant en pente abrupte. Au pied du versant occidental, le bourg, deux siècles plus tard, s'installera à la lisière de la plaine. Le versant oriental dégringole sur le ravin dit aujourd'hui de Serrure.

Population

Pour se loger, la population ainsi rassemblée doit s'aménager des cabanes de pierres sèches, recouvertes de branchages, mesurant moins de 3 m de long sur 2 de large, de forme rectangulaire ou en fer à cheval. On voit les vestiges de telles habitations  ou "fonds de cabanes"  dans ce qui reste des castra de la même époque ou même postérieurs, tels le premier Taloire (en haut de la crête Saint-Étienne), le Château Neuf des Barris ou le premier Levens, au-dessus de la rive gauche du ravin de l'Estoudéou. Malgré son archaïsme, ce mode d'édification des habitations rurales perdurera dans la région bien après que les seigneurs auront édifié la deuxième génération de châteaux... Au sujet de la première agglomération de Castellane, Laurensi notait déjà en son temps : "Il ne reste aucune trace de maisons, excepté de la maison presbytérale, parce qu'elle est dans le cimetière, qui est un terrain sacré que personne ne peut cultiver. On voit seulement des tas énormes de pierres ça et lit, sur les limites de chaque propriété". Autrement dit, déjà au XVIIIie siècle, l'emplacement habité dès le haut moyen âge était transformé en jardins potagers.

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Le rempart primitif

Au nord du plateau, la petite dépression qui sépare celui-ci du coteau du Serre, profonde seulement d'une dizaine de mètres en moyenne, est facile à franchir. Aussi dès le XI siècle, ce côté du castrum s'abrite-t-il derrière un rempart... Est-ce celui dont nous voyons un magnifique pan (long d'environ 130 m d'après le cadastre de 1834, de 90 m) surmonter par le rebord du plateau, avant de se rabattre à l'est et à l'ouest de l'ancien village (longueur totale des vestiges identifiables, 22.5 m selon le cadastre, 190 m d'après Février) ?... Troué de niches et d'ouvertures diverses, mais aussi de meurtrières presque toutes à tir orienté, soit vers le bas, soit latéralement, ce mur est hétérogène dans la mesure où de nombreuses coupures verticales (peut-être aussi horizontales dans les portions les mieux conservées en hauteur) rompent sa continuité. Cependant, dans l'ensemble, toutes les portions sont d'un mode de construction très proche : pierres de calcaire gris (parfois quelques autres présentent un bel ocre rouge, soit isolées, soit réparties sur une assise) assez soigneusement équarries mais non dressées, assemblées en assises plutôt régulières, de petite ou moyenne hauteur, à joints moyens, avec peu de cales. En général le parement intérieur est bien conservé, contrairement au parement extérieur.
À l'ouest, dans la partie du rempart en retour, trois pierres cassées ornées de bossages à liseré étroit, indiquent la proximité d'un angle. Exceptionnellement, le parement intérieur est dressé, ce qui laisse supposer une tour-porte, peut-être cette "Porte de Rome" dont J. Laurensi prétend qu'elle n'a rien de remarquable si ce n'est sa solidité, car elle était encore assez haute à son époque, bien qu'on l'ait dépouillée de ses plus belles pierres pour construire, clans le bourg, le clocher de la nouvelle église paroissiale Saint-Victor.
Sur le côté de leur forteresse du Roc, pour mieux s'assurer le contrôle de la population, Pons Arbaucl et  Aldebert instaurent l'une des premières enceintes médiévales urbaines, Petra Castellana. Troué de niches et de meurtrières, le rempart encore debout utilise un mur plus ancien comme fondation. Au tour de l'ancienne agglomération fortifiée, l'église paroissiale Saint-André, du XIII siècle, est le seul bâtiment qui subsiste encore en partie ; la végétation sauvage a envahi son unique nef et l'abside en hémicycle, qui était probablement couverte d'un cul-de-four. Dans le mur latéral sud, s'ouvrent deux belles portes en cintre brisé et trois fentes d'éclairage en double écrasement.

Datation

Par son aspect, en particulier à cause du remploi de pierres plus anciennes, le rempart n'est pas d'une datation facile. D'autant que des tours semi-circulaires pleines le flanquent à l'extérieur (neuf en a comptées Laurensi, sept d'après le cadastre), en en principe, on n'a édifié de semblables tours de flanquement pleines que jusqu'au VII siècle environ ; et lorsqu'on recommencera à construire des tours, au XIV s., leur intérieur sera généralement creux.
Devant la complexité des données, Paul-Albert Février, grande figure contemporaine de l'archéologie et de l'histoire provençales, conclut prudemment : "Je ne vois pas de construction datée qui puisse être comparée à ces murs. La différence de technique avec ce que l'on connaît par le reste de la Provence  invite à reporter plus haut la date de la muraille de Castellane. Il faut tenir compte pourtant de l'archaïsme des régions de montagne et du fait qu'entre les constructions militaires et religieuses a pu exister un décalage. Il est donc nécessaire d'attendre que des fouilles soient entreprises sur ce site pour infirmer ou confirmer l'hypothèse qui me parait actuellement la meilleure : l'enceinte visible est celle de la bourgade du Xème siècle.
Pourtant on peut envisager aussi une datation plus récente, du mye siècle sans doute (comme l'ensemble des vestiges de la vieille forteresse alors commandée par des officiers du comte, en particulier le long mur, percé de meurtrières, qui descend du Roc, sur le versant oriental, jusqu'au ravin (le Serrure). D'abord parce qu'il arrive malgré tout de rencontrer des tours de flanquement pleines au XIV è s.; elles tiennent en quelque sorte le rôle de contreforts : appliquées contre le rempart, elle lui servent d'appui et le raidissent, un peu comme la tour pleine semi-circulaire qui était à la pointe du bec du château de Peyroules. Surtout parce qu'un nouvel élément est à prendre en considération : à son tiers occidental, le mur présente une singularité que nul n'avait signalée jusqu'ici : tandis qu'à l'intérieur de l'ouvrage, côté sud, une portion, située à l'est d'une rupture dans sa continuité, repose sur quelques assises plus anciennes, à l'extérieur, côté nord, sa base a perdu son parement sur une hauteur de 1 m et une longueur de 3 m environ. Singularité qui a permis à Jean-Claude Poteur, auteur de cette observation, d'identifier le parement d'un mur antérieur, fait de tout venant de petit format, à joints larges, sans cales, certaines assises étant des pierres posées en oblique (en demi-arête de poisson). Il s'agit évidemment d'un premier mur. Le rempart "actuel" l'utilise comme fondation après l'avoir épaissi en le revêtant d'un parement supplémentaire... Reste à savoir de quand date ce mur primitif.

Château sur l'oppidum de Moustiers

De leur côté, les parents des vicomtes de Marseille s'installent à Riez, édifient un château sur l'oppidum Saint-Maxime et accaparent la contrée en lui donnant pour frontière orientale la rive droite du torrent de Baou. Le premier d'entre eux dont les archives livrent le nom est une femme : Adalgarde, veuve d'un seigneur de Riez dont nous ignorons tout. Fondatrice (ou rénovatrice ?) d'un couvent de nonnes, elle assiste le 6 janvier 1004, en compagnie de ses fils, dont l'aîné Gérin, à l'élection de l'abbesse de ce monastère. En octobre 1011, ses fils font donation d'Esioublon à Montmajour, l'abbaye de la Provence rhodanienne ; sa présence comme témoin signifie qu'elle vit toujours à cette date, mais sans doute aussi qu'elle a déjà procédé au partage de l'héritage. Vers 1015, Gérin, son frère Aldebert, leurs femmes et leurs enfants, dont Guillaume, restituent à l'abbaye Saint-Victor de Marseille les quartiers d'Auveine et de Lagnes. Un peu plus tard, Gérin, décédé, est qualifié de "Prince de Riez" clans un acte par lequel sa veuve Richilde et ses quatre fils, dont lsnard, l'aîné, et Guillaume, donnent à Saint-Victor des vignes à Gonhiron.
À la mort de Gérin, son fils aîné Isnard lui succède à la tête de ses nombreuses possessions, en particulier de la grande seigneurie de Riez, dont, toutefois, a été détachée la partie orientale pour constituer la seigneurie de Moustiers, au profit du fils cadet. C'est ainsi qu'en 1037, Guillaume ajoute à son patronyme le toponyme "de Moustiers": dans les Actes des comtes de Provence, un document daté du 26 mai de cette année porte plusieurs signatures dont celle de "Guillaume de Moustiers, frère d'Isnard", et un autre, celles de "Guillaume de Moustiers et son frère Isnard. Puisqu'un seigneur de ce rang se qualifie du nom de l'oppidum, cela signifie que sa famille y a déjà dressé un château.

Moustiers... Pourquoi ce nom ?

Vers 460, Fauste, abbé de Lérins, a été proclamé évêque de Riez. Son ami Sidoine Apollinaire, qui est entré dans les ordres dix ans plus tard, a composé entre temps un poème d'actions de grâces à l’évêque Fauste; à propos d'un voyage fait à Riez "il y a quelque temps", il conte l'évêque, solitaire et méditant, dans un cadre qu'il esquisse en huit vers (sur un total de cent vingt huit), un paysage de grottes, de falaises et de marais. Dès le XVIème siècle, ceux des historiens qui connaissent la région, tels Simon Bartel et Honoré Bouche, ont situé ce paysage sauvage dans le territoire de la seigneurie de La Palud : sur la rive gauche du Verdon, peu avant le débouché des gorges, le site de Saint-Maurin étale en effet des prairies marécageuses et une douzaine de cavernes au pied de barres verticales impressionnantes.
Ici, dans le paysage décrit, il ne campe qu'un seul anachorète, son ami Fauste, évêque de Riez, qui vient s'y recueillir, et personne d'autre. Le court passage qui y fait allusion et la conclusion du poème ne prêtent à aucune confusion : "Que tu mènes une vie rude clans les Syrtes brûlantes et leurs solitudes inhospitalières, dans un marais au limon verdâtre ou plutôt dans la retraite de rochers noirs où des grottes profondes gardent, loin du soleil, des ténèbres éternelles; ou que ce soit la longue chaîne des Alpes, avec ses rochers abrupts, qui tremble devant toi, anachorète, quand tu goûtes de courts sommeils sur le gazon glacé quoi que tu fasses, où que tu sois, tu seras toujours pour moi Faustus".
Concernant l'origine de Moustiers et de son nom : Rostaing, fils de Garac ;ancêtre de la famille des Castellane-Faraud-Glandevès cède un manse situé à Thorame, à l'église Sainte-Marie "dans Moustiers" (in Monasteriumi"). Si le terme "Monasterium" avait désigné une communauté religieuse encore en activité, la donation aurait été faite au "monastère Sainte-Marie". Il en résulte qu'en 1009, Sainte-Marie est uniquement une église, tandis que le mot "Monasterium" est déjà devenu le nom du territoire. Puisque le cartulaire de Saint-Victor enregistre la donation, on peut en déduire que le monastère qui a donné son nom au territoire était probablement une filiale de l'abbaye marseillaise, ou tout au moins un petit couvent indépendant dont celle-ci avait récupéré les titres. Nous n'en savons guère plus sur le territoire lui-même. Remarquons néanmoins que, contrairement à ce qui se produira cinquante ou soixante ans plus tard, cette donation ne mentionne pas "Sainte-Marie dans la villa fou dans le castruml de Moustiers". On peut donc supposer que c'est l'oppidum situé sur le sommet arrondi appelé aujourd'hui "le Coulet de Quinson", entre le Ravin de Notre-Dame et le ravin dit le Riou, qui a pris le nom de Moustierse . Et que c'est au flanc de la montagne couronnée par cet oppidum toujours habité, que les princes de Riez ont fondé (ou restauré ?) sur un large replat, peut-être dès la fin du Xè siècle, une église paroissiale : l'église Sainte-Marie précisément.

Les Moustiers donnent l'église Saint-Jean à l'abbaye Saint-Victor de Marseille

En 1030, Isnard qui a donc hérité de la seigneurie de Riez, le jeune comte de Provence Bertrand, dans une expédition punitive contre les Fos et les Baux, en compagnie de presque toutes les familles aristocratiques de Haute-Provence, à l'exception remarquée des Castellane. Plus tard, son fils Raimond sera évêque de Nice (1050). Mais que se passe-t-il entre 1037 et 1039 ? Cette année-ci, au bas d'une donation faite de concert avec les vicomtes de Marseille et signée en présence de Richilde, veuve de Gérin et mère d'Isnard et de Guillaume, et d'Ecile, femme de celui-ci, on trouve la signature de Guillaume de Riez ("Villemus Regensil"). L'ainé aurait-il trépassé entre temps, laissant la seigneurie de Riez à son cadet ? On pourrait le croire si, lors d'une assemblée tenue à Arles en mars 1041 (c'est-à-dire deux ans après) Isnard de Riez ne figurait parmi les "nobles chevaliers" de l'entourage des avant-derniers comtes de Provence de la lignée initiale, les frères Joufré et Bertrand. Quoi qu'il en soit, quinze ou vingt ans plus tard, Guillaume portera bien le titre de "prince de la terre de Riez" dans l'acte par lequel il donnera à Saint-Victor l'église Saint-Jean.
Le siège de la paroisse commence à attirer dans ses murs, autour de l'église Sainte-Marie, des habitants descendus de l'oppidum et des paysans travaillant sur les exploitations agricoles voisines telles celles de l'Ourbes et des bords du Verdun. En 1052, l'évêque Bertrand et le chanoine Riculfe, représentant les deux plus grandes familles du diocèse, celui-ci les Riez Moustiers, celui-là les Pontevès-Spada, font une collégiale de cette église Sainte-Marie "dans le castrum qu'on appelle Moustiers". En donnant, le premier, le qualificatif de "castrum" à Moustiers, le texte suggère qu'à cette date, l'agglomération comporte un château à proximité du nouvel habitat, en tout cas que celui-ci est fortifié.

Abbaye marseillaise

L'abbaye marseillaise, que la terrible crise du siècle précédent avait fort éprouvée, a retrouvé à ce moment prospérité et prestige. Après lui avoir fait d'autres donations en d'autres lieux, Guillaume qui, tout en gardant la seigneurie de Moustiers sous son autorité, est donc devenu Guillaume de Riez du fait de la mort prématurée de son frère aîné  désirerait l'installer (ou la ramener) à Moustiers. Mais la collégiale y remplit toujours sa fonction, avec la bénédiction probable du chapitre. Le seigneur ne veut pas déplaire à celui-ci, qui compte trop de proches et de fidèles. Il donne donc à Saint-Victor, avec divers biens et droits, une autre église, sous le castrum, dédiée à Saint-Jean, acte passé en 106.1 et 1079.
D'où vient cette église ? Une charte de Cluny datée de 909, énumérant les propriétés qui avaient constitué le domaine des parents de Mayeul, abbé de ce monastère, cite entre autres la "villa Ardas" avec son église Saint-Jean.
Poly y voit un terroir de Moustiers, appelé aujourd'hui "L'Hert" (armas, en provençal : terrain en friche), dominant la rive droite de la Maire, et qui aurait englobé jusqu'à l'église Saint-Jean, sur l'autre rive. Ainsi s'expliquerait ce que nous voyons à présent de cet édifice : certes très mutilé et transformé en grange, il est sans abside, n'a peut-être jamais été voûté, mais y subsistent de remarquables vestiges (pierres travaillées au marteau, appareil régulier ) et surtout un plan qu'on rencontre rarement aussi complexe dans une église de la seconde moitié du XI ème siècle.
En juillet 1089, le pape Grégoire VII confirme la possession de cette "cella" à Saint-Victor, "cella" que les fils de Guillaume de Riez, vers 1090, dotent à leur tour : ils lui attribuent, d'une part, le Mont-Saint-jean,  "la colline supérieure aux Quatre-Chemins"; celle qui, aujourd'hui, domine la croisée des routes de Sainte-Croix et de Riez - d'autre part, un domaine que les lieux-dits cités permettent de localiser au sud du terroir entourant l'église, du ravin d'Embourgues à celui de Melen et à Peirengue.
Il faudra attendre jusqu'au 7 mars 1096 pour rencontrer à nouveau, dans les archives, le nom de Guillaume de Moustiers, mais il s'agira alors du fils aillé de Guillaume de Riez et, par conséquent, du deuxième de la dynastie des seigneurs de Moustier.

Notre-Dame de Palude et le Château Neuf des barris (avant 1062)

La villa carolingienne était devenue le noyau d'une agglomération que constituaient, autour de la maison du propriétaire, un certain nombre de fermes plus modestes, les manses élevés au milieu des terres cultivées. Une villa a pu donner naissance à l'un de nos villages, comme Valensole. Mais le plus souvent, entre la fin du Xè et le XIIè siècle, des regroupements vont s'opérer sur des sites stratégiques. Les nouveaux maîtres, laïques ou ecclésiastiques, consentent bien sûr à la présence sur leurs terres des paysans de l'oppidum ou dispersés dans la campagne, mais leur nient le droit de faire valoir par eux-mêmes d'autres friches, et les poussent, par la persuasion ou par la force, à se ranger sous leur "protection", c'est-à-dire à accepter de nouveaux liens de subordination. Ils vont réussir à encadrer l'essor démographique et l'activité agricole en couvrant la Provence d'un réseau de lieux de culte, ensuite de châteaux quand, à l'occasion de la réforme grégorienne (deuxième moitié du XI è siècle), les évêques auront mis la main sur les églises.

Qu'en est-il des Moustiers ?

Les Moustiers, pour leur part, érigeront plusieurs églises et châteaux. Dans la zone orientale de leur domaine, un certains nombre d'habitats coexistent sur le territoire des actuelles communes Châteauneuf-La Palud : outre l'oppidum préromain de Rougon (aujourd'hui "Le Fourmis"), on en trouve trace sur le sommet et le flanc ouest des Barris, sur le sommet de Meyreste, au Puy d'Eycharme, à Counier, etc. Il y a également, autour d'une plaine marécageuse, l'habitat dispersé de cette "villa" que va mentionner la donation de 1062 (au quartier de "12Flôpita126", le creusement d'une tranchée, en novembre 1964, a provoqué la découverte de quatre ou cinq tombes gallo-romaines en terre cuite).
Sur un promontoire (alt. 935 m) qui domine la plaine marécageuse, les Moustiers bâtissent (ou restaurent ?) l'église paroissiale. Comme la plupart des petits édifices du réseau du premier art roman, elle comporte probablement une seule nef, couverte en charpente, avec une abside demi-circulaire, voûtée en cul-de-four; un clocher-tour jouxte l'extrémité de la nef, près de la jonction avec l'abside. Ces églises, que caractérise donc leur clocher-tour, conservent leur vocation paroissiale au-delà de la création des premiers châteaux, jusqu'à la fondation de la seconde génération des lieux de culte, dont l'implantation à l'ombre du donjon aboutira au renforcement de l'influence seigneuriale. Autre particularité des premières églises paroissiales : elles agrègent à leurs murs celui du cimetière, qui pourra y rester même après que l'habitat ait abandonné son premier emplacement pour rejoindre le château.

Les Barris

Sur un sommet voisin (alt. 1 143 m), dit aujourd'hui "Les Barris", arête calcaire qui s'étire d'est en ouest dans le prolongement de l'oppidum du Fourras (largeur de la plate-forme sommitale : de 10 à 15 m), les Moustiers édifient un "Château Neuf". Au pied de la falaise portant ce château, derrière une enceinte de pierres sèches, ils vont organiser un habitat sous forme de constructions de pierres sèches également, sur une surface de configuration elliptique de 30 x 40 m, et y rassembler les paysans des environs ; du même coup, ils retireront à l'oppidum sa fonction de village fortifié. Quand ce château est mentionné pour la première fois, en 1062, il est déjà divisé en huit parts, sa construction est donc antérieure de quelques années. L'un des co-seigneurs (tous parents ou fidèles des Moustiers) cède à l'abbaye Saint-Victor de Marseille "un huitième du Château Neuf», aussi bien dans le bâtiment que dans "la villa et tout le territoire du château" : il est précisé castelli (et non castel, terme qui, joint à celui de villa, semble indiquer qu'à cette date, les seigneurs n'ont pas encore procédé à l'enchatellement de la population. D'autre part, il n'est fait aucune allusion à l'église, mais cinquante ans plus tard (1114), une bulle de Pascal II spécifiera que celle-ci appartient à l'évêché de Riez et non au patrimoine de la famille du prévôt (un Moustiers) du chapitre épiscopal (et nous apprendra accessoirement qu'elle a pour titulaire "Notre-Dame de Palme").

Topologie et archéologie du château neuf

Une enceinte défendait cette plateforme ; mal conservée, elle était par endroits en pierres sèches (à l'est et au nord-ouest), par endroits maçonnée (à l'ouest) et épaisse alors de 0,75 m. La partie en pierres sèches est elle-même assemblée tantôt en gros blocs de type murs cyclopéens, tantôt en moellons beaucoup plus petits. Quant aux murs maçonnés, ce qu'il en reste est enterré et l'appareil non visible.
Un donjon rectangulaire, long d'environ 12,30 m et large de 7 m, entièrement musé, se dressait au point culminant.
Une église castrale ? En bordure de l'enceinte, enclavée clans son mur occidental, subsiste la base d'un bâtiment rectangulaire d'axe est-ouest ; largeur, 5 m ; longueur 8 m environ ; épaisseur des murs nord et sud, 0,60 m. Seul le parement intérieur s'aperçoit encore, construit en moyen appareil régulier, à face dressée à l'aiguille et à joints de mortier minces.
À l'est du sommet, le prolongement de l'arête rocheuse en direction du Fourras, s'amincit et devient plus escarpé; entre l'arête étrécie et la plateforme du sommet, un fossé, aménagé en petit col, isole celle-ci.
Au nord, une falaise puis une pente abrupte bordent le sommet, au-dessus de la source de la Vallonge, et surplombe la partie orientale du Plan de Chateaneuf.
À l'ouest, le sommet se prolonge par un petit plateau qui présente les traces d'un habitat en pierres sèches, puis descend en forte pente sur le col de la Croix-de-Chateauneuf : c'est un "lapiaz" (strates de calcaire affleurant à peu près dans le plan du sol, avec forte érosion chimique par l'eau). Au long de la pente, les taillis et les pins cachent un autre habitat. Celui-ci, plus éparpillé mais du même type que le précédent qu'il prolonge, suggère une première occupation, vers la fin de la protohistoire (quelques centaines d'années avant J.-C.).
Au sud, en lisière du sommet et le supportant, une petite falaise surplombe une table rocheuse ; celle-ci s'incline vers le midi, puis tombe en pente raide sur la vallée de Courchon et le ruisseau du Brusquet qui, plus loin, traverse la plaine marécageuse de La Palud. Prenant appui, à l'est et à l'ouest, sur cette falaise, le rempart de pierres sèches, aujourd'hui écroulé et dispersé, enfermait l'habitat; au centre de celui-ci, une anfractuosité clans un gros rocher qui émerge des buissons, aménagée, a servi de silo ou de citerne.

Églises et châteaux primitifs d'Aiguines, des Salles et de Saint-Jurs

De la même façon et pour les mêmes raisons, les Moustiers et leurs fidèles vont encore édifier au cours du X è siècle les châteaux primitifs d'Aiguines, des Salles et de Saint-Jurs; les dates précises de leur construction sont approximatives et leurs traces sur le terrain guère évidentes, mais leur confiscation en 1126 par le comte de Provence confirmera leur existence.
Dans la première moitié du siècle, les textes unissent les noms d'Aiguines et des Salles sans les différencier. Vers 1021-1044, l'église de Notre-Dame "du lieu ou de la villa nommé Aquina ou Salera" ayant été endommagée par un incendie, le Frère Isnard, moine de Saint-Victor de Marseille, l'a réparée. Le jour de sa consécration, Aldebert accorde diverses terres à cette église et à Saint-Victor. En 1038, le même Aldebert cède à Saint-Victor son aleu, "qui s'appelle Aquina ou Salera", en indiquant qu'il a en propre toute la villa, à l'exception de cinq manses ; cette villa s'étend du chemin du gué Maurice (guado Maarisco) et de la crête de Vernis (monlis Viril au nord-est, à la source de Garruby (Cahtbio) au sud-ouest, en longeant le Verdon jusqu'au susdit gué au nord-ouest. Les limites ainsi précisées indiquent cette fois qu'il s'agit du territoire qui deviendra celui de l'ancien village des Salles (noyé vers 1974 sous le Lac de Sainte-Croix), mais il n'est rien dit des confins du sud-est, en direction du territoire actuel d'Aiguines. En décembre 1053 encore, quand Aldebert offre à nouveau des terres et des vignes à l'église Saint-Jean-Baptiste, l'acte spécifie que celle-ci est située dans la villa des Salle.

Château d'Aiguines

À l'occasion de la consécration de l'église Notre-Dame restaurée, "Isnard d'Aiguines" a donné lui aussi des terres, nommément désignées, mais en des lieux rarement repérables aujourd'hui : Morania, Carambant (Garruby ?) Amigdalarios, tandis que d'autres personnages donnent des terres et des vignes à Peracelam, Cataliosco, Crucem (future Sainte-Croix ?) etc. La présence de cet "Isnard d'Aiguines" peut laisser supposer qu'il existe dès ce moment, un château à Aiguines, hypothèse que confortent la présence d'un "Pons d'Aiguines" lors d'une donation en 1035 de Guillaume de Moustiers au prieuré de Saint-Michel de Cousson.
Ce château d'Aiguines occupe, semble-t-il, au nord-ouest de la chaine de Marges, le sommet arrondi du "Puy" ("le Puits" sur la carte IGN, alt.1 056 m) où, sous les buissons et les pins, on peut deviner des restes d'enceintes de pierres sèches. Isolant Le Puy à l'est et au nord-est, un vallon le sépare de la chaîne de Marges, que termine au nord la crête de Vernis, et qui constitue la rive gauche des Gorges du Verdon. Partant de ce sommet du Puy, un chemin conduit jusqu'au col d'Illoire et, laissant sur la gauche la crête de Vernis, dégringole jusqu'au Verdon, qu'il franchit à gué pour conduire à Château Neuf en remontant la rive droite de la rivière puis le ravin de Mainmorte. À l'ouest, au nord-ouest et au nord, le Puy domine en pente abrupte ou raide les bords d'un vaste bassin"... La présence de Guillaume de Moustiers à la donation de 1038, avec sa femme Hélène, ses parents Raymond (futur évêque de Riez), Ricolfus, et Vénérand, prêtres, ses chevaliers Pons Arbert et Taxil, sous-entend que, si le château existe déjà, il est tenu par un parent ou un fidèle des Moustiers.

Château des Salles

Néanmoins la délimitation des terroirs des Salles et d'Aiguines, et la fixation des toponymes demanderont encore un certain temps : en 1053, "Guillaume d'Aiguines" compte en effet parmi les trois donateurs à l'église Saint-Jean-Baptiste d'Aiguines", de diverses terres, en particulier au lieu dit "La Frênaie" (Fraixineda)  or la confirmation des possessions de Saint-Victor par le pape Grégoire V stipule, en 1079, que le prieuré de Notre-Danse et Saint-Jean d'Aiguines s'appelle Les Salles.
Le château des Salles ne paraît avoir fait l'objet d'aucun texte antérieur à celui de 1126, qui annonce sa confiscation : sur l'actuel territoire de la commune d'Aiguilles, des bouts de murs faits de quelques pierres moussues, en bordure du lieu dit " Villevieille", peuvent passer pour ses seuls vestiges.
D'autres chartes nomment deux églises sur le territoire d'Aiguines même : Saint-Pierre, près de laquelle s'élèvera un nouveau château quand, au mir' siècle, on abandonnera le premier site pour s'installer au pied du Puy, et Saint-Victor, qui serait à l'origine de l'église paroissiale du village actuel. Enfin, l'abbaye Saint-Victor reçoit une autre église en 1063, Saint-Michel de Vernis, dont l'évêque Augier confirme en 1098 la possession par l'abbaye, mais qui paraît ne pas avoir laissé de traces.

Saint-Jurs

Le territoire qui s'appelle Saint-Jurs était probablement une importante villa, et l'église Saint-Georges flanquée de son cimetière, une paroisse domaniale. C'est peut-être la population de la villa et des exploitations agricoles indépendantes se partageant le reste du territoire, qui trouvait refuge sur le grand oppidum de Castillon... Fils d'Arbert de Lançon, propriétaire de vastes domaines dans la région de Salernes et en Haute-Provence, entre autres à Trigance, cet Aldebert qui a fait donation de la villa des Salles à l'abbaye Saint-Victor en 1038 et 1053, apparaît à nouveau dans une charte de 1090, mais comme seigneur de Saint-Jurs, ce qui signifie qu'à cette date un château s'élève à l'extrémité orientale du plateau de Valensole, sur les contreforts du serre du Montdenier. Au sommet de l'Huby (alt 285 m), d'où descend le ravin de la Roque, il ne reste rien de l'édifice qui, sans doute, s'y dressait, seule une enceinte de pierres sèches entoure un petit sommet voisin (alt. 1238 m). Pour relier ce premier château de Saint-Jurs à Château Neuf, un chemin dévale le vallon de l'Estoudeou et, remontant la vallée de l'Estoubldisse, franchit le col des Abés (des Abesses sur la carte IGN) pour rejoindre, par la haute vallée du Baou, la Voie Romaine à Chauvet.
Quant au donateur, le seigneur Aldebert, après la mort d'Isarn en 1048, le vénérable abbé de Saint-Victor, il a repris ses biens par la force. Ce qui lui vaut de comparaître, autour de 1090, devant un plaid (assemblée de justice) où siègent les chevaliers du territoire (milites ibsius terre): "Guillaume, seigneur de Moustiers, avec sa femme Élène et son neveu Raimond, et Pons Arbert et Pons Malfait, et Taxil, et Riculfe ainsi que Pons Roubaud et nombre d'autres chanoines". Aldebert et ses fils Rostaing et Auphant sont condamnés à restituer leurs spoliations.

Les taxil au "chastelas" de Chauvet

Entre les Riez et les Moustiers installés sur la rive droite du Baou, et les Castellane en aval sur la rive gauche, le domaine de Chauvet, en amont sur cette rive gauche, s'étend sans doute du ravin dit "de Praoux" à l'est, jusqu'au plateau de l'Auon à l'ouest, du Mourre de Chanier au nord jusqu'au Baou au sud, c'est-à-dire clans les mêmes limites que celles du hameau qui, de nos jours, constitue sous le même toponyme la moitié de la commune de Chateauneuf. La famille des Taxil y a fondé (ou restauré ?) une église paroissiale, Saint-Pierre, et dressé un petit château, peut-être à l'emplacement de la maison de maitre d'une villa carolingienne.
Mais Chauvet ne dispose ni d'une surface, ni de ressources suffisantes pour former une seigneurie comparable à celles de ses puissants voisins, et son château, le "Chastellas", est encore en pierres sèches. C'est pourquoi son propriétaire, Guillaume Taxil, tout en ayant autorité sur son domaine et maintenant des liens étroits avec les Castellane (il dispose du quart des décimes dans la seigneurie de Rougon ,comme d'ailleurs dans celle de Saint-Jurs) reste, ou devient l'un des chevaliers, peut-être le premier si ce n'est le plus riche, de l'entourage de Guillaume II de Moustiers.

Multiplication des châteaux en Provence vers 1030-1040

Les Castellane quant à eux, construisent sur la rive gauche du Baou, dans la plaine en déclive de La Tièye (alt. 986 m), une église paroissiale qu'ils dédient à Saint-Christophe. Puis ils édifient un château, soit sur le cône tronqué que surmontent aujourd'hui les pans de murs d'un château postérieur (XIV è siècle), soit à l'ubac du sommet dit Barre des Catalans (alt.1 333 m), qui domine en à-pic La Tièye au sud, en pente raide, la petite plaine de Suech (alt.1200 m), au nord. Et puisque la rive droite du Baou s'appelle à présent Château Neuf, et que l'oppidum de Bougon ("le Fourras") (dont le territoire s'étendait largement sur cette rive gauche du torrent) n'est plus en service, ils sauvegardent ce toponyme en l'attribuant au nouveau château.
D'autres châteaux encore vont s'élever, témoins de la désagrégation de l'autorité centrale, de sa fragmentation en de multiples lieux de pouvoir. Alors que la Provence n'en comptait qu'une douzaine dans la première moitié du Xè siècle, tous édifiés dans sa partie occidentale, et quelques dizaines autour de l'an mil (dont celui de Castellane) on en recense plus d'une centaine vers les années 1030-1040, dispersés sur tout le territoire. Ils n'ont pour fonction principale, ni la défense contre un ennemi étranger, (l'expulsion des Sarrasins date déjà de plus de cinquante ans) ni la protection des grands propriétaires et de leurs proches contre les ambitions de leur voisins. Il ne faut d'ailleurs pas s'exagérer leur valeur militaire : beaucoup consistent simplement en une tour pointant sur une arête rocheuse aménagée. Avant tout, ils se dressent au-dessus de la villa pour dominer le terroir et les paysans qui y vivent et produisent leur richesse. "Et comme le puissant fait désormais du château sa résidence habituelle, il y rattache la perception des nouveaux droits qu'il a accaparés et qu'il étend, ou tente d'étendre, à tout ce qui vit à l'ombre de sa roque;!'"
Mais souvent fort étroites et rudimentaires, parfois édifiées en pierres sèches avec toit en planches, ces demeures féodales du x1' siècle font place bientôt à des ouvrages plus spacieux et plus habitables. Bien sur, les Castellane les premiers élèvent un nouveau château, plus vaste, plus confortable, en bordure de la plateforme du Roc, sans doute là où le situe Joseph Laurensi dans son Histoire de Castellane. Quand, à leur tour, les autres seigneurs de la région se fortifieront dans un édifice plus solide, ils raseront le premier pour reconstruire sur le même emplacement, comme à Château Neuf des Barris ou à Rounioules, ou bien pour empêcher un ennemi éventuel de s'en servir quand ils s’installeront sur un site d'accès moins abrupt : à Alpines, du "Puy", le château descendra jusqu'à proximité de la chapelle Saint-Pierre ; à Saint-Jurs, il abandonnera le sommet de l'Huby, à Trigance, celui de Biach.

Ce qu'il en reste aujourd'hui

Il ne subsiste dans la vallée du Verdon qu'un seul exemplaire des châteaux de la première génération : un Castellane l'a dressé à Taloire, sur la crête Saint-Étienne (alt. 1179 m) dominant l'actuel village ; et en 1095, Pons, ancien évêque de Glandèves (un Castellane lui aussi) confirme la donation qu'il en a faite à Saint-Victor'''. Raison de cette exception : au XIè siècle et plus tard encore, les Castellane ne construiront et ne moderniseront plus de châteaux qu'en fonction de la défense du siège de leur baronnie qu'ils rêvent indépendante ; Taloire se trouvant à l'écart des routes stratégiques, il n'y avait donc aucune raison d'en bâtir un.
Nos villages perchés ont pour origine ces châteaux autour desquels, rassemblée de gré ou de force, la population rurale fut "enchatellementée". Les limites de leur terroir resteront inchangées la plupart du temps, même quand les périodes de paix permettront de construire sur des sites bas, plus favorables à l'activité économique. Contre le pouvoir de la seigneurie, et face à la société féodale qui a envahi l'espace provençal, les comtes successifs auront besoin de plus de deux siècles d'énergie, de combats et d'adresse pour regagner leur souveraineté perdue et faire de la Provence un État. C'est avec cet objectif qu'ils appuieront constamment les efforts d'émancipation d'une Église tombée, elle aussi, sous la coupe des grandes familles aristocratiques.

Les Castellane contestent déjà l'autorité du Comte (1018)

Bien que composée des compagnons de Guillaume le Libérateur et de leurs descendants, la nouvelle aristocratie ne s'est pas implantée sans cliquetis d'armes ni sang versé. Contrairement aux princes de Riez, les Castellane, issus des comtes d'Apt écartés du pouvoir central par les comtes d'Arles, s'affirment, dès le début, parmi les contestataires de ce pouvoir. Le conflit à propos du contrôle du château de Fos est typique. Cette forteresse commande l'entrée de l'étang de Berre et ses nombreux salins. En 1018, la famille à qui elle a été confiée (avec celle d'Hyères), et qui en a pris le nom, a refusé de la rendre. Le comte Guillaume, fils de Guillaume le Libérateur, entreprend de la recouvrer par la force.
Deux ans après, les vicomtes de Marseille, vieux ennemis des Fos, ont effectivement récupéré le château, mais le comte Guillaume a trouvé la mort en combat. Pendant les opérations, les Castellane ont fait diversion en s'en prenant à un fidèle de la maison comtale, Estève, évêque d'Apt, dont les leurs avaient naguère occupé le siège.
Onze ans plus tard, le jeune comte Bertrand a dû mener une nouvelle expédition punitive contre les Fos et les Baux. À l'issue de l'intervention, il réunit ses alliés en l'abbaye Saint-Victor de Marseille (août 1030). Outre le nouvel archevêque d'Arles, Raimbaud de Reillane, son frère Boson et l'évêque de Gap Féraud, sont présents lsnard, prince de Riez, son cousin Guigne de Gaubert et les représentants de presque tous les grands lignages de Haute-Provence, à l'exception notable des Castellane et des Agoult.
À la même époque, Aldebert, seigneur de Petra Castellana, son frère Rostaing, leur frère Amiel, évêque de Senez, et leurs neveux, dont Dodon, souche des prochains Castellane, remettent à l'abbaye Saint-Gervais, située près de Fos, l'église paroissiale du Plan de Castellane, Sainte-Marie, et ses trois annexes, les chapelles Saint:Jean-Baptiste, Saint-Pierre et Saint-Laurent, ainsi que le terroir qui en dépend. Or il s'agit précisément de biens que revendique Saint-Victor à titre d'anciennes possessions. Confirmant ainsi leur engagement aux côtés des Fos, les Castellane défient le comte à travers son alliée, l'abbaye marseillaise. La donation est faite sous le règne de Rodolphe III, roi de Bourgogne-Provence.
À une échelle moindre sans doute, les conflits d'intérêts ne doivent pas manquer jusque dans les rangs d'un même lignage. Dans notre région, pourquoi des aberrations de frontières tel le débordement du territoire de Rougon sur la rive gauche du Verdon, au détriment de Trigance? Et le rattachement à cette seigneurie elle-même, d'un large quartier de Bagarry, quartier qui, malgré son annexion millénaire, conserve encore de nos jours son nom original ?
 

Verdon
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pédalo dans le lac de Sainte-Croix
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Rafting
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