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Conséquences des guerres de religions

​Les troubles commencent à Castellane (1559)

En Provence, les guerres de religion vont durer de 1559 à 1596. Les premiers troubles ont Castellane pour cadre. Dans la petite ville, à majorité catholique, une église réformée vient de se créer. Les frères Antoine et Paul de Richieu, seigneurs de Mauvans, apparentés aux Brun de Castellane et aux Demandolx, ont fait appel à un pasteur de Genève (1559). Leurs réunions se tiennent dans une maison des Brun de Castellane, proche de l'église paroissiale Saint-Victor dans laquelle un père Cordelier plein de zèle, prêche le carême. A l'issue d'un de ses sermons particulièrement virulent, les fidèles se ruent à l'assaut de la maison où les protestants sont assemblés, lancent des pierres dans les vitres et menacent de mettre le feu. Les protestants se défendent, tirent; il y a des victimes. Les catholiques se dispersent, bien décidés à revenir à l'assaut. Dès le soir venu, les protestants s'enfuient de la ville, la haine au coeur. Avec leurs adhérents qu'ils ont armés, les frères Richieu pratiquent des représailles sur les environs, pillent entre autre le couvent des Augustins.
Le gouverneur de Provence, Claude de Savoie, comte de Tende, lui-même marié à une protestante, essaie d'apaiser les esprits. Il propose à Antoine de Richieu-Mauvans sa médiation auprès du Parlement d'Aix, qui vient de décréter contre lui d'ajournement personnel. Mauvans accepte de s'en remettre à la décision de quatre gentilshommes du pays : le viguier Martin et les seigneurs de Barème, de Demandolx (Gaspard I de Demandolx, parent par alliance d'Antoine) et d'Espinouse, qui doivent se rencontrer à Flayosc. Mauvans s'y rend de son côté. Mais lorsqu'il passe à Draguignan, où s'est réunie une assemblée protestante pour le soutenir, les catholiques l'assaillent et le mettent en pièces. Son cadavre est traîné dans les rues, "éventré puis salé", mis au tonneau et expédié à Aix où, finalement, suspendu à un gibet, il est brûlé.
Paul de Richieu-Mauvans jure de venger son frère. Il "était homme de grande âme et de grand dessein et entreprise, autant savant en affaire qu'en guerre, et bien capable d'être chef de parti". Ayant recruté des partisans, il tente de se rendre maître d'Aix et de Pertuis, mais échoue (été 1560). Il attaque Draguignan, fait expier aux habitants le meurtre de son frère, regagne ensuite les montagnes, saccage des églises et multiplie les actes de violence à Castellane, Entrevaux, Colmars, Seyne, "au hasard, avec des cruautés atroces".
Les paysans catholiques s'arment à leur tour; Paul de Richieu se retranche à Saint-André ; le gouverneur Claude de Tende envoie contre lui quelques troupes. Finalement on négocie : Richieu dépose les armes à condition que le culte réformé soit respecté partout où, au cours de sa campagne, il l'a établi (début 1561).

Le Parlement d'Aix refuse la paix d'amboise (1564)


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Les catholiques massacrent le seingeur Demandolx et brûlent son château (septembre 1564)

En février 1564, le roi de France Charles IX qui, jusqu'en 1563, régnera sous la tutelle de sa mère Catherine de Médicis, prescrit différentes mesures pour tenter d'apaiser les querelles religieuses. Le parlement d'Aix, acquis au parti catholique, refuse d'appliquer l'édit. Se ravisant, Charles IX revient, cinq mois plus tard, sur les concessions faites aux protestants. Irrités, ceux-ci se soulèvent et saccagent la cathédrale d'Orange. L'attentat rend furieux les catholiques provençaux. Ils portent à leur tête Durand de Pontevès, seigneur de Flassans et frère cadet du comte de Carcès, Jean II de Pontevès, coseigneur de Châteauneuf-lès-Moustiers, Blieux et La Clue. Quelques mois plus tard, Durand de Pontevès pille le village protestant de Tourves (Var), en massacre les habitants, puis se retire derrière les murs de Barjols. Le gouverneur Claude de Tende appelle Paul de Richieu et ses troupes, qui prennent Barjols d'assaut et y égorgent 600 défenseurs.
La guerre se déchaine. Catherine de Médicis envoie Sommerive à Aix avec le titre de lieutenant général et commandant de la province. Sommerive, fils de Claude de Tende mais d'un premier lit, manifeste avec ardeur sa foi catholique. Tandis que Durand de Pontevès, chef des troupes catholiques provençales, se place sous ses ordres, il part attaquer les places protestantes d'Orange, qu'il met à feu et à sang, et de Sisteron, défendue par Paul Richieu-Mauvans, dont il massacre 400 hommes. Bientôt l'hérésie semble écrasée en Provence. Aussi quand l'édit d'Amboise vient accorder aux protestants la liberté du culte dans un certain nombre de lieux bien déterminés, le parlement d'Aix refuse-t-il une fois encore d'appliquer la paix (mars 1563). Charles IX doit le suspendre (avril 1564).
Quelques semaines après, un groupe de catholiques assiège le château de Demandolx. A la tête de ce fief, Gaspard a succédé à son père Pierre. Seigneur de Demandolx et de Vatiplane (arrière-fief de Demandolx), Gaspard s'est marié (1531) avec Renée de Castellane, fille de Boniface, seigneur d'Esparron, petite-fille par sa mère de Palamède de Forbin, et soeur de Marie, qui avait épousé douze ans plus tôt Antoine de Demandolx-La Palud. Ils ont quatre enfants, dont Gaspard II, qui héritera de Demandolx et a épousé, en 1562, Anne de Grasse, fille de Rolland de Grasse, seigneur de Bormes et de Mauvans. Comme quelques autres nobles de la Haute-Provence, ils sont tous deux de la religion réformée. Ont-t-ils pris part aux campagnes de Paul de Richieu-Mauvans, leur parent ?... De toute façon, il en faut beaucoup moins pour s'attirer la haine des fanatiques. Aussi, avant que la bande catholique n'arrive au château, ont-ils la prudence de fuir, avec leur fille Melchione. Les assaillants les aperçoivent, mettent le feu au château puis se lancent à leur poursuite à travers rochers et pacages, les rattrapent sur la montagne voisine, le Crémont, et les massacrent tous les trois.

Procès-verbal

Procès-verbal est dressé (21 septembre 1564) de l'enquête conduite par le juge de Castellane et les commissaires députés par le lieutenant au siège de Draguignan. Les meurtriers sont condamnés à mort par contumace. Gaspard Il succède à son père. Lui aussi est protestant. La Cour du parlement d'Aix prend un arrêt (8 février 1565) qui le place, lui, sa famille et ses serviteurs, sous la protection du roi et du tribunal comtal, avertissant les habitants de Demandolx que quiconque offenserait sa personne ou ses biens, serait puni d'une amende de 10000 livres tournois et de châtiment corporel.
Gaspard II relève les murs ruinés. Au bas du testament qu'il rédige moins de huit ans après le drame, (janvier 1572), il lègue la seigneurie de Demandolx à son fils Samuel, à condition qu'il poursuive à outrance les meurtriers de son père ; lègue 1200 florins à son autre fils Jean, pour qu'il étudie les Saintes Écritures à Genève ; dote ses deux filles à condition qu'elles épousent chacune un protestant. Il désigne comme exécuteurs testamentaires son oncle, Claude de Villeneuve, baron de Vence, et son cousin, Melchior de Castellane, seigneur d'Esparron. Son intolérance témoigne bien de l'esprit du temps. Elle n'empêchera pas d'ailleurs son fils et successeur Samuel de se convertir à la religion catholique, ni l'une de ses filles de se marier (25 novembre 1587), à l'église Saint-Victor de Castellane. Il est vrai qu'à ce moment, il sera mort, ainsi que sa femme, Anne de Grasse.
Samuel, né vers 1563, se trouvera donc jeune à la tète de la seigneurie. Avec l'autorisation de son curateur et oncle maternel, Pompée de Grasse, seigneur de Bormes, de Mauvans et de Sartoux, il arrente le château et la terre de Demandolx moyennant 310 écus 60 sous par an et pour trois ans, à Louis Carbonnel, coseigneur de Sartoux, acte passé au château de Mauvans, appartenant à Pompée de Grasse (1(i octobre 1589). Il épouse Anthonie de Blacas, fille de feu Durand de Blacas, seigneur de Carras, et de Catherine de Lascaris, soeur du Grand maître• de l'ordre de Malte, Jean-Paul de Lascaris-Castellar. Il prêtera hommage le 17 janvier 1587.

Jean de Pontevès évite à la Provence une "Saint-Barthélémy"

Dans la nuit du 24 au 25 août 1572 (Saint-Barthélemy), 3 000 protestants sont massacrés, la plupart à Paris, sur l'ordre de Charles IX mais à l'instigation de Catherine de Médicis et des Guise. Si la Provence s'épargne horreur semblable, elle le doit moins aux hésitations du roi qu'à la sagesse dont fait preuve à ce moment Jean de Pontevès, seigneur de Carcès, de Châteauneuf, de Mieux, de La Clue, etc. À la mort de Claude de Tende (1566), son fils, Sommerive, jusque-là lieutenant général, lui avait succédé comme gouverneur de Provence, et Jean de Pontevès avait été nommé lieutenant général. Quand le roi ordonne de massacrer à leur tour les protestants provençaux, Sommerive, prudent, demande avant d'agir ratification de l'ordre, mais reçoit un contre-ordre. Puis l'ordre est confirmé. Or, le gouverneur, malade, vient de succomber (2 octobre). Jean de Pontevès, qui se trouve, de fait, à la tête de la Provence, refuse d'obéir : "J'ai toujours servi le roi en qualité de soldat, aurait-il répondu, je serai marry de faire en cette rencontre les fonctions de bourreau". Une autre version lui fait dire "qu'il n'estoit pas bouclier mais gentilhomme". Le fluctuant Charles IX se montre d'ailleurs satisfait de sa conduite, érige peu après ses terres de Carcès en comté, et le nomme grand sénéchal.
Cependant, en ces temps de confusion et de crimes que sont les guerres de religion, horrifiés par le massacre de la Saint-Barthélémy, des catholiques libéraux, ennemis de la violence, constituent, dans le comté de Provence comme dans tout le royaume, le parti des "politiques". Ils veulent le rétablissement de l'ordre et, à cet effet, l'entente avec les protestants. Enhardis par cette alliance, qui fait suite pour eux à des années d'isolement et de brimades, les protestants provençaux cherchent à améliorer leur position.

Coups de mains des protestants contre Riez, Castellane et autres villages (1574)

Derrière François d'Oraison, Nicolas Mas de Castellane, baron d'Allemagne, Louis de Vintimille, seigneur de Montpezat, et d'autres seigneurs dont celui d'Estoublon, les protestants lancent des raids contre Riez (juillet 1574), qu'ils tiennent quelque temps, puis contre Digne, Seyne, Puimoisson, Majastres, Gréolières, Espinouse et Annot. Le 4 octobre suivant, les rebelles ennemis du roi s'emparent de la ville de Castellane mais les habitants, qui en étaient sortis, alliés avec ceux du voisinage, les en chassent et les poursuivent jusqu'à Taulanne, au Pas de Saint-Pierre.
Douze jours plus tard, une troupe commandée par le baron d'Allemagne quitte Riez pour attaquer Aups. Redoutant cette éventualité, la petite ville avait bien sollicité de Jean de Pontevès quelques compagnies pour sa protection, mais le grand sénéchal n'avait pu les lui fournir. Les protestants arrivent au début de l'après-midi, brisent en moins d'une demi-heure la résistance des assiégés, pillent les maisons, en brûlent six ou sept, massacrent une trentaine d'habitants, en blessent d'autres, dont Jean Roux, prêtre bénéficier de l'église, arrêtent tous ceux qui leur tombent sous la main, parmi lesquels Louis de Blacas, seigneur de Vérignon et coseigmeur d'Aups. A la nuit tombante, ils reprennent la route de Riez, traînant avec eux, pour les échanger contre rançon, un certain nombre de prisonniers dont quelques-uns, à la faveur de l'obscurité, réussissent à se sauver dans les bois.
Peu après, vers 1575, le seigneur de La Palud, Antoine de Demandolx, meurt sans postérité. Il a demandé à être enterré devant le grand autel de l'église paroissiale du village.
Il a légué La Palud, Meyreste, Clumanc et Boriane à son neveu Jean II, fils de son frère Louis. Il laisse à sa femme, Blanche d'Agout, sans doute dans le premier château (et non dans celui qu'il a fait construire), le bétail,  la cave pour enfermer son vin. Elle aura les fruits et usufruits du jardin, sous les fenêtres du nouveau château de La Palud. Elle pourra choisir deux chevaux et une jument parmi ceux qui sont dans l'écurie, après toutefois que Jean II, l'héritier, en aura choisi lui-même deux, ce qui semble indiquer la présence, à cette époque, d'un nombre important de chevaux au château. Elle aura également les fruits et usufruits de la moitié de Meyreste, des prés qui sont sous ce château, et de la "Vigne Madame".

A la cour littéraire d'Henri d'Angoulême

Celui qui vient d'être nommé gouverneur du comté (1579), Henri d'Angoulême, frère naturel du roi Henri III, a le titre de Grand Prieur de France dans l'ordre de l'Hôpital. Il était arrivé à Marseille deux ans plus tôt. Pendant tout son séjour en Provence, il protègera les artistes. Poète lui-même, il a amené avec lui, comme secrétaire, le jeune François Malherbe, qui le suit à Aix.
Autour du Grand Prieur et de Malherbe, gravitent des artistes, des lettrés qui s'éprennent de la culture française, ainsi que des poètes de langue provençale. Le cénacle rassemble entre autres le poète grassois Louis Bellaud de la Bélaudière, le peintre et historien César de Nostredame, fils aîné de l'astrologue-médecin Michel Nostradamus, François du Périer dont la mort de la fille inspirera à Malherbe les fameuses stances : "Et Rose, elle a vécu ce que vivent les roses, L'espace d'un matin."
Il faut faire ici une place à part à un autre poète, Louis de Galaup-Chasteuil. Issu d'une famille agenaise, son père, Antoine de Galaup, a récemment acquis (1574) la seigneurie de Chasteuil, qu'il partage avec les familles Puget et Tressemanes. Auteur de plusieurs pièces de vers non dénués de mérite, Louis est aussi un historien, un antiquaire et un savant estimé. Son talent s'affirme en particulier dans la rédaction d'inscriptions et d'épitaphes, telles celles que lui inspirera le trentième anniversaire de la mort de Nostradamus (1596).
Il a deux fils, dont Jean qui lui succédera comme coseigneur de Chasteuil. Poète lui aussi, il aura pour amis le savant l'abri de Peiresc et le philosophe et mathématicien Pierre Gassendi. L'érudit magistrat se distinguera en particulier en dessinant les arcs triomphaux érigés à l'occasion de l'entrée à Aix du roi Louis XIII (1624
La paix se maintient depuis plus de quatre ans. Le gouverneur Henri d'Angoulême mène sa politique de tolérance en s'appuyant sur la majorité de la population, que lassent la guerre et ses ravages, et qui regroupe tous les catholiques modérés soucieux de maintenir l'unité autour du roi, et bien entendu les protestants. Seuls restent dans une opposition farouche, les catholiques intransigeants qui ont pour chef de file, jusqu'à sa mort (1582), Jean de Pontevès, comte de Carcès, seigneur de Chtiteauneuf-lèsMoustiers, Blieux et La Clue.
Lorsqu'en 1581, par suite du décès du duc d'Alençon, frère d'Henri III, le jeune Henri de Navarre, un protestant, devient héritier présomptif du trône, ces catholiques fanatiques forment en Provence la Ligue, à l'image de celle que le duc de Guise a fondée à Paris (depuis 1576), et placent à leur tête Hubert de Vins, neveu de Carcès.

La Ligue relance la guerre

Dès le printemps 1585, la Ligue passe à l'attaque. Après des coups de mains manqués sur Puimoisson et Sisteron, elle pense se rendre maître de Marseille, où un homme à elle, le consul Louis de La Motte-Dariès, exerce durant quelques jours une tyrannie qui oblige l'évêque lui-même à fuir. Finalement, elle échoue, et La Motte-Dariès est exécuté (avril 1585). Mais à Paris, Henri III, de caractère faible et irrésolu, se soumet aux volontés du duc de Guise et, pour ne pas perdre son trône, prend lui-même la tête de la Ligue. Les protestants doivent rendre leurs places de sûreté. Ceux de Provence se pressent autour de Nicolas Mas-Castellane, baron d'Allemagne, qui se retranche dans Seyne et de là, lance un appel au duc de Lesdiguière, son parent, qui commande une armée protestante en Dauphiné.

Échec face à Castellane

Le 30 janvier 1586, les troupes des deux chefs, forte de sept à huit cents hommes, s'avancent prudemment à travers les montagnes enneigées, avec le dessein de surprendre Castellane. Une pauvre femme qui ramassait du bois dans la forêt, les aperçoit, court jeter l'alarme, et permet de prendre les premières mesures de défense. Arrivant devant la ville dans la soirée et la trouvant en armes, les protestants renvoient l'attaque au lendemain. A l'aube, leurs troupes se mettent en mouvement. Soutenus par une compagnie d'arquebusiers, les "pétardiers" tentent de faire sauter la porte de l'Annonciade. En vain. Les arquebusiers ouvrent le feu sur les remparts. Les habitants résistent avec courage. Jusqu'aux femmes qui ripostent à coups de mousquets et de pierres. Le capitaine Jean Mote, chef des "pétardiers", veut ranimer l'ardeur de ses hommes. Il se baisse pour appliquer lui-même un engin, lorsqu'une femme lance du haut du rempart un cuvier plein de poix embrasée, qui l'écrase. Le baron d'Allemagne, qui le suivait, reçoit une balle dans le dos, mais sa cuirasse dévie le coup. Lesdiguière reproche à d'Allemagne l'erreur d'avoir cru la ville sans défense et retire ses troupes. Le siège est aussitôt levé.

Victoire à Allemagne

La confusion atteint son comble en Provence quand Henri d'Angoulême est tué à Aix (juin 1586) au cours d'une altercation avec un député, mari de Renée de Rieux, sa maîtresse, et ami d'Hubert de Vins. Trois mois plus tard (fin août), celui-ci campe devant le château d'Allemagne, forteresse du chef protestant. Mas-Castellane demande à nouveau l'aide de Lesdiguière ; tous deux concentrent d'abord leurs troupes à Oraison, puis se mettent en marche (le 4 septembre) afin de dégager le château. Plusieurs des capitaines ligueurs sont d'avis de lever le siège pour se retrancher dans Riez, qui offre de bons moyens de défense et où de Vins a laissé une partie de ses forces : occupant un terrain accidenté, propre aux évolutions de l'infanterie, le général ligueur a cru pouvoir en effet se passer de cavalerie.
Lesdiguières et le baron d'Allemagne cherchent à l'encercler. Pour déjouer la manœuvre, Hubert de Vins veut nettoyer la route qui doit éventuellement assurer sa retraite sur Riez. Mais les ligueurs ne parviennent pas à contenir les assauts des pi utestants, se débandent, jettent les armes et s'enfuient. Voulant alors se lancer à leur poursuite à la tête de ses soldats, le baron d'Allemagne retire son casque pour être plus libre, quand une balle le frappe en plein front. Il meurt une heure après, mais la victoire des protestants est complète : l'armée de la Ligue fuit vers Riez, à travers champs.
Lesdiguières assiste impassible à cette déroute. A l'un des siens qui l'invite à courir sus aux fuyards, il aurait répondu qu'il a l'habitude d'aller à la guerre, non à la chasse. Hubert de Vins a perdu devant Allemagne douze cents tués ou blessés, ainsi que dix-huit de ses vingt-deux drapeaux.

Combats autour de Riez et mort d'Henri III

Après cet échec, le Parlement d'Aix retire à de Vins le commandement des troupes qu'il confie au duc d'Epernon, qu'Henri III vient de désigner comme nouveau gouverneur de Provence. Celui-ci a amené des troupes gasconnes, plus sûres, mais qui vont vite se faire haïr de tous. Il oblige ligueurs et protestants à déposer les armes. Il enlève même à ces derniers la place de Seyne, qu'ils tenaient depuis douze ans, puis en fait pendre les chefs. C'est la paix à laquelle, encore une fois, la peste contribue (novembre 1586 — mai 1587). Le duc d'Epernon part pour Paris, laissant ses pouvoirs à son frère, Bernard de Nogaret de La Vallette, avec le titre de lieutenant général.
La Ligue triomphe toujours à Paris, et les ligueurs provençaux finissent par chasser La Vallette de Marseille (août 1588). Le lieutenant général tente de reprendre l'initiative. En octobre, il convoque les Etats à Pertuis. Le Parlement d'Aix riposte en réunissant à Marseille une "assemblée de communautés".
La Provence a désormais deux gouvernements : celui du lieutenant général, que rejoint bientôt la minorité royaliste du Parlement, et qui siège à Pertuis, puis à Manosque ; celui d'Aix, où se trouve la majorité du Parlement, acquise au parti des catholiques ultras, et dont Hubert de Vins est redevenu le chef militaire. Les royalistes tiennent les campagnes, la Ligue les grandes villes.
Aussitôt après l'assassinat d'Henri III (1" août 1589), Aix reconnaît comme roi le cardinal de Bourbon, proclamé par la Ligue parisienne sous le nom de Charles X ; Pertuis reconnaît évidemment Henri IV. L'union de la Provence et de la France paraît à ce moment menacée : tandis que le roi d'Espagne intrigue à Marseille, son gendre, Charles-Emmanuel, duc de Savoie, répond à l'appel de l'un des dirigeants aixois de la Ligue, la comtesse de Sault. Son armée franchit le Var, bat les troupes royalistes à Riez (fin 1590). Le Parlement d'Aix lui confie les pouvoirs militaires et administratifs de la province, mais il ne reçoit pas la couronne comtale qu'il espérait.
Dans la région, Jean Il de Demandolx, seigneur de La Palud, s'est mis à son service. Sur commission du Parlement (1590), il lève une compagnie de cent hommes de pied, dont une partie tient garnison dans la tour de Boriane, arrière-fief de Clumanc, qui lui appartient. Puis sur commission du président Castellar de la Tour, il lève une compagnie de pionniers afin de conduire et charroyer l'artillerie.

Riposte d'Henri IV

Le Parlement convoque les États à Aix, tandis que, sur ordre d'Henri IV, les États royalistes se réunissent à Riez (fin janvier 1591). Charles-Emmanuel, duc de Savoie, décide alors d'occuper militairement la Haute-Provence. Il confie à Jean II de Demandolx-La Palud le commandement de Draguignan. Les troupes de La Valette et de Lesdiguières, soutenant Henri IV, se concentrent aux environs de Riez, battent les ligueurs, notamment à Esparron et à Vinon (décembre 1591), et obligent Charles-Emmanuel à rentrer dans ses états (30 mars 1592).
Entretemps, La Vallette lui-même a été tué au cours d'un engagement (11 février 1592). Pour le remplacer, la Ligue désigne le comte de Carcès, fils d'Hubert de Vins, tandis qu'Henri IV envoie de nouveau le duc d'Épernon. Celui-ci, voulant faire un exemple, s'empare de Montauroux (Var), dont il fait pendre les défenseurs. Sa brutalité lui aliène vite les esprits.
Enfin Henri IV ayant abjuré le protestantisme, le Parlement d'Aix, après avoir refait son unité, le reconnaît comme roi de France et comte de Provence (janvier 1594). Pour obliger le duc d'Épernon à se soumettre à Henri IV qui l'a désavoué, des députés de la noblesse, dont Jean II de Demandolx-La Palud, s'assemblent sur l'invitation du comte Carcès, ancien chef ligueur, et de François d'Oraison, ancien chef protestant et commandant des troupes royalistes. En février 1596, l'épée de Pierre de Libertat débarrasse Marseille de la dictature du chef ligueur Charles de Casaulx qui, se ralliant à Henri IV, tentait de livrer la ville au roi d'Espagne.
Le roi nomme son fidèle Guillaume du Vair à la présidence du Parlement; pendant vingt ans, du Vair travaillera à la réparation des ruines qu'ont accumulées quarante ans de luttes fratricides, et les populations vont connaître les bienfaits de la paix.

L'appauvrissement de la région au temps de Richelieu et Mazarin

L'érosion des revenus des communautés et de la noblesse

Dès la fin du XVIe et jusqu'au début du XVIIIe siècle, la Provence enregistre une élévation constante du coût de la vie, qu'illustre la montée du prix du blé de pays à Aix.
Partout où la terre conserve ses riches qualités productives, la dévaluation de la monnaie n'aura pas de conséquence sur le revenu des possesseurs du sol : le prix de la terre bénéficie lui-même d'une revalorisation supérieure, si bien qu'avec le prix d'un hectare, un propriétaire pourra acheter en 1718-1726 deux fois plus de blé qu'en 1602-1615. De la sorte, la Basse-Provence connaît, au XVIIe siècle, une croissance démographique et économique dont témoigne l'enrichissement, non seulement des notaires, mais aussi des artisans, meuniers, boulangers, bouchers et muletiers; Toulon passe de 10 000 habitants en 1598, à 18 000 en 1635, Marseille de 50000 au début du siècle à 65 000 en 1666. Les emblavures se multiplient, l'élevage progresse, la population active augmente ; les salariés agricoles eux-mêmes profitent de cet essor car ils trouvent plus facilement de l'emploi. Cette situation durera jusqu'en 1690.
A l'inverse, dans une partie de la Haute-Provence, le phénomène va provoquer l'érosion des revenus aussi bien de la noblesse que des communautés, et cet appauvrissement ne cessera de s'aggraver jusqu'à la Révolution.
Devant la hausse des prix, les seigneurs de la contrée, à la tête de leurs seigneuries, réagiront selon leur tempérament. Par imprévoyance et paresse intellectuelle, les uns continueront à mener une vie oisive dans leurs châteaux, ou dans le cadre plus agréable d'Aix ou de Marseille. Pour se procurer le supplément d'argent nécessité par la montée du coût de la vie, ils se contenteront d'exiger avec plus d'âpreté les redevances que leur paient leurs paysans, et d'en rétablir d'anciennes tombées en désuétude. Les autres, au contraire, qui ont une certaine intelligence des lois économiques, chercheront à accroître leurs ressources par l'augmentation des productions. La coutume leur interdit, sous peine de déchoir, les entreprises les plus lucratives : le commerce et l'industrie. Elle ne leur autorise, comme travail rémunérateur, que la mise en valeur de leurs domaines et la pratique de rares professions, telle la verrerie.

Dans l'armée et l'administration

Sans parler des offices dans l'armée ou l'administration : par des empiètements constants, les représentants du roi de France leur enlèvent progressivement les charges qui leur étaient jusqu'ici réservées clans la justice, la police et autres institutions, et les vendent désormais aux plus offrants, c'est-à-dire souvent aux bourgeois, mieux nantis, afin de faire tomber de nouveaux écus clans le budget royal. Aussi les nobles actifs s'emploient-ils surtout à impulser le développement des cultures et de l'élevage sur leurs terres. Comprenant que l'aisance des communautés est le plus sûr garant de la leur, les plus imaginatifs s'appliquent à faciliter le travail et l'existence des paysans. Mais ici interviennent deux facteurs particuliers à la région : l'irrégularité d'un climat excessif, qui entraine celle des rendements, et l'extrême fragilité du sol que détruit l'expansion des cultures et des troupeaux. Ces deux facteurs compromettent souvent les efforts et provoqueront, en fin de compte, la dévalorisation de la terre elle-même.
Conséquences, peste et opérations militaires s'en mêlant, la plupart des seigneurs — les oisifs d'abord, les actifs ensuite — devront vendre une partie de leurs seigneuries pour subsister, tandis que les communautés, sans cesse au bord de la disette, s'endetteront toujours davantage pour soulager les plus infortunés des habitants. Dans des conditions aussi difficiles, les relations entre seigneurs et communautés ne pourront généralement que s'aigrir.

Jeau II de Demandolx

Jean II de Demandolx-La Palud, qui a pris les armes pour la Ligue puis s'est rallié à Henri IV après son abjuration, a hérité de son oncle Antoine, mort sans descendance, les seigneuries de La Palud, Meyreste et Boriane, pour lesquelles il a fait hommage en 1596. De son côté, son père, Louis de Demandolx, ancien capitaine de galère et lieutenant de Jean de Pontevès, avait ensuite suivi la cour du roi de Navarre, lui-même père du futur Henri IV. Son frère Antoine, né en 1561, fonde la branche des Demandolx de Marseille, et aura pour fille Madelaine, compromise dans une affaire de sorcellerie.
Avec l'autorisation de son oncle Antoine, qui l'avait déjà institué son héritier, Jean II a épousé (7 juin 1573) Esprite de Villeneuve, fille de Jean de Villeneuve, baron de Vence, seigneur de Thorene, du Castellet et du Canadel. Il a cinq enfants, dont Elzéar, né le 30 mai 1585, qui lui succédera à la tête des seigneuries. Dans son testament fait au château de La Palud, il demande à être enterré "dans l'église de La Palu, à la tombe de ses prédécesseurs ".
Jean II meurt (16 août 1616) à l'âge de 63 ans environ. Son fils puîné, Elzéar, lui succède comme seigneur de La Palud, Meyreste, Clumanc et la Traille (commune de Clumanc). En 1607, il a épousé Marquise de Villeneuve, fille de Christophe de Villeneuve, baron de Vauclausse (commune d'Allons) et de Françoise de Grasse. Le contrat de mariage a été signé au château de Bargemont, appartenant à Christophe de Villeneuve. De ses quatorze enfants, seuls sept ont atteint l'âge adulte, dont :
  • Lucrèce, née le 1 juin 1610, qui a pour parrain Antoine de Boulogne ; elle épousera à l'âge de 18 ans Honoré de Raimondis, fils de Claude de Raimondis, seigneur d'Eoulx ;
  • Julien, né le 6 octobre 1614, qui succédera à son père à la téte de La Palud et de Meyreste ;
  • Gaspard, né le 12 janvier 1622, qui ne se mariera pas et mourra à l'âge de 80 ans. Son extrait mortuaire, signé par le second vicaire, précisera : "Son corps a été enseveli dans le bas de la chapelle du seigneur de La Palud".

Elzéar de Demandolx

Elzéar est un érudit ; il écrit un livre de raison où il consigne l'histoire de ses prédécesseurs, entretient une correspondance suivie avec des lettrés et des savants. Il s'occupe de ses propriétés, améliore ses terres, accroît le jardin du château, déjà important et d'un bon rapport. Pour subvenir aux dépenses de sa nombreuse famille et doter ses filles, il est pourtant obligé de vendre  la seigneurie de Clumanc à son beau-frère de Périer, conseiller au Parlement, ainsi que celui de La Traille.
Il fait son testament l'année suivante et demande à être enseveli dans l'église de La Palud, "à la tombe de ses prédécesseurs, devant le banc de ses enfants ; si la chapelle fondée par feu Messire jean de Demandolx, son très honoré père, n'est pas achevée, charge son héritier de la faire mettre en état afin d'y déposer le corps du testateur et de tout autre de ses prédécesseurs". À sa femme Marquise, il lègue sa chambre et le cabinet de dessus, la cuisine du château de La Palud et la chambre dessus la salle avec la garde-robe. Elle aura aussi l'usufruit de la garenne et du jardin dessous les dites chambres, pourra se servir à sa guise du four du château pour faire cuire, et du pigeonnier de la tour. Elle aura, de plus, jouissance "de la vigne de Meyreste, avec la salle du château pour s'aller récréer quand elle voudra, avec permission de mettre du bétail dans l'écurie et de prendre ce qui lui plaira dans la fénière pour la nourriture du dit bétail". Ce testament est fait en présence des notaires Antoine Audouardi, et Georges Rebory, ce dernier - fait remarquable -notaire à La Palud même. Elzéar de Demandolx mourra avant 1642.

Melchior et François de Demandolx

Fils ainé de Ican de Demandolx-Trigance et de Brigitte-Claudine de Lascaris, Melchior de Demandolx a succédé à son père à la tète de Trigance et d'Estelle. Il a épousé janvier 1581) Diane de Villeneuve, fille de Gaspard de Villeneuve, des seigneurs des Arcs. Il a six enfants dont :
François qui, en tant qu'héritier présomptif, prend tout jeune le titre de seigneur d'Estelle ; il se marie (1607) avec Anne de Simiane de la Coste ;
Arnaud, appelé "cadet de Trigance" ; Gabrielle, née en septembre 1589, qui se marie avec Charles de Villeneuve-Beauregard, seigneur de La Napoule, et dont le fils, Barthélémy de Villeneuve, épousera  Catherine de Demandolx, fille d'Elzéar de Demandolx-La Palud ;
Françoise, qui épouse Marc-Antoine de Sabran, l'un des trois fils de Claude de Sabran, seigneur d'Aiguines.
S'il ne semble pas que Melchior ait pris une part active aux guerres de religion, la communauté a souffert néanmoins des désordres. En 1595, elle est accablée de contributions de guerre et le conseil s'est trouvé contraint de prendre du blé à crédit du prieur pour payer la contribution exigée sans délai par le gouverneur de Grasse.
Durant toute sa vie, Melchior semble avoir entretenu d'excellents rapports avec ses sujets.
La communauté élit chaque année son conseil, qui prend de nombreuses décisions concernant le commerce, les troupeaux, les bois et les cultures. Composé de trois consuls, deux auditeurs des comptes et trois estimateurs, le conseil, en 1586, avait institué un bureau de santé dans lequel, aux côtés des trois consuls, siégeait le seigneur.
Ce dernier fait également preuve d'initiative dans le domaine de l'industrie : probablement sur ses conseils, son fils François, après avoir bâti un nouveau château à Estelle, établit à proximité (15 avril 1621) une verrerie dans des bâtiments édifiés à cet usage, dont il confie la marche aux deux frères Jean-Jacques et Honoré Perrot. Elle fonctionnera durant près de cinquante ans. Ils arrenteront la "verrière" d'Estelle jusqu'en 1646. D'autres maîtres-verriers leur succéderont. L'un d'eux épousera en secondes noces Marguerite de Demandolx.

Trigance se protège de la peste (1628-30)

L'autonomie voulue par les États assemblés à Aix, et jurée solennellement par Charles VIII, a été quelque peu méconnue par François néanmoins, elle subsiste en partie quand Richelieu, sous Louis XIII, entreprend une politique toute centralisatrice : il veut détruire les puissances provinciales pour ne laisser subsister que la volonté du roi.
Le bouleversement des guerres de religion, les querelles princières qui ont agité le royaume de 1611 à 1621, ont fait perdre au pays l'habitude d'obéir imposée par François I. Une terrible épidémie de peste, qui s'abat encore une fois sur la Provence à partir de 1628 et contraint, l'année suivante, le Parlement d'Aix à chercher refuge à Salon, vient accroître le désordre.
Dès que sont apparus les risques de contagion, la communauté de Trigance a pris ses dispositions : fermeture de toutes les entrées du village "hors le chemin de Saint-Roch, du moulin à la fontaine" ; institution de gardes payés quatre sous par jour, "pour donner et recevoir les bilhettes des allans et venans". Puis, afin d'assurer une surveillance permanente, et d'interdire l'entrée aux étrangers, le conseil vote un impôt spécial. La responsabilité de ces gardes échoit à tour de rôle à des délégués désignés parmi "les plus aparans" : le seigneur François de Demandolx, les trois consuls, le curé, etc. En 1629, la communauté redouble de vigilance : un préposé monte toujours la garde à l'unique porte qui donne accès au village, et seuls les porteurs de "bilhetes" peuvent entrer ou sortir. Une troupe de moissonneurs venant de Lorgnes, lieu suspect de contagion, n'est autorisée à pénétrer dans Trigance qu'après que des envoyés spéciaux aient rapporté de Draguignan des informations rassurantes. Mécontents d'avoir attendu, les moissonneurs injurient les consuls, causant de grandes "insolences". Le conseil décide de les poursuivre s'ils ne consentent à se rétracter et à payer tous les frais.
À mesure que s'écoulent les semaines, la peste étend ses ravages à travers la Provence. La communauté prend des mesures plus sévères encore : organisation d'un bureau de Santé, que composent quatre notables, pour assister les consuls; ceux qui auront "des petits chiens non nécessaires les feront mourir, nettoyage des rues, etc.

Nouvelles mesures

Devant la disette qui menace, on décide de "ramasser" le plus de blé possible et d'envoyer huit mulets à Fréjus pour en ramener le sel nécessaire aux troupeaux.
Enfin, attendu que le plus sûr "moyen de se garantir de telles maladies, après avoir imploré la miséricorde de Dieu, c'est de couper le chemin à toute fréquentation", les villageois reçoivent avis "de ce tenir prêts pour abandonner le lieu et se retirer chacun de leurs bastides ou cabanes" ; ceux qui n'en auraient point, en construiront là où ils voudront, sur le territoire de Trigance et d'Estelle. En même temps, le conseil nomme des personnes obligeantes et zelées, qui pourvoiront aux besoins de ceux qui se réfugieront ainsi dans la proche campagne, en tenant un compte exact des avances afin d'en exiger plus tard le remboursement.
Malgré tout, l'épidémie s'étend. Le conseil décide alors l'érection d'urgence d'une nouvelle chapelle dédiée à Saint-Roch car, de l'avis des médecins, la plupart des remèdes sont sans efficacité.Comme on ne prend jamais trop de précautions, le conseil demande aussi à François de Demandolx d'ordonner aux maîtres verriers d'Estelle de ne recevoir "pour acheter des verres" que des personnes munies de bonnes "billetes".

La guerre d'Espagne et la contribution des villages

Finalement le fléau épargne Trigance et La Palud. Mais désole Digne, où il aurait supprimé en quatre mois plus de huit citadins sur dix, la ville tombant de 10 000 à 1500 âmes. À Riez, il emporte une partie de la population, mais s'arrête quand le Parlement autorise les survivants à se disperser à travers les campagnes voisines. A Castellane, il fauche en 1630 de nombreux habitants ; en 1631, une ordonnance de santé interdit "à tout habitant des bastides du terroir d'en sortir sans prendre billetes, et de rentrer sans apporter billetes des lieux où ils auront passés, pour les faire voir au garde de porte de ladite ville, sous peine d'être mis en quarantaine"'. La peste recommence à Digne en 1631. Puis désole Manosque et, l'année suivante, Valensole ; heureusement, la dispersion de la population clans les environs y limite les dégâts.
En même temps que la peste, une grave crise de subsistance accable la Provence. La récolte de 1627 est tellement déficitaire que l'année suivante, il n'y a plus de blé à Trigance pour les semences et que le vicaire avance l'argent nécessaire aux consuls pour en acheter, à Castellane ou ailleurs. Mais la crise dure : dès la fin de 1621), le conseil de Trigance a évalué que manqueraient 150 charges (240 hl) de blé pour atteindre la prochaine moisson. Il a donc conclu un marché avec François de Demandolx, qui a promis la quantité de blé indispensable au prix de 21 florins la charge; pourtant, au printemps 1630, le seigneur n'arrive à rassembler que 100 charges. De son côté, le conseil n'en trouve que 10 autres chez Antoine Antenne, le tout livrable aussitôt et payable à la Saint-Michel. Pour combler le déficit, les consuls doivent perquisitionner chez certains particuliers privilégiés, et saisir le blé caché. Ils le paient comptant en empruntant les fonds disponibles des confréries.
L'année d'après, légère amélioration. Le seigneur et le curé ont cependant à fournir 80 et 20 charges de blé, et le conseil doit demander à François de Demandolx "de bailler encore" 20 charges supplémentaires. En 1635, nouvelle récolte déficitaire. La communauté emprunte au seigneur 50 charges (80 hl) de blé, qui sont attribuées par familles "au prorata des personnes". Le conseil demande aussi à l'évêque de Riez, attendu "la misère du temps", que les 21 livres qu'il a avancées "pour avoir esté employées à la facture de la sacristie", lui soient remboursées et non pas données au prédicateur du carême.

Exigences de la guerre

Autre cause de difficulté : les exigences de la guerre. La lutte que Richelieu mène contre la Maison d'Autriche en Piémont et en Lombardie, entraîne en Provence des réquisitions de vivres et des transports muletiers. En 1629, tandis qu'ils se bouclent dans leur village, les habitants de Trigance ont reçu l'ordre d'acheminer vers Fréjus, pour le service du roi, "une couble (un couple) de mulets et muletiers capables". Ils ont requis en conséquence, contre paiement, les mules de Jean Rouvier, ainsi qu'un conducteur, ledit Rouvier ne pouvant lui-même mener ses bêtes en raison de son grand âge. Mais celles-ci sont si peu "les plus capables" du lieu, que les services de Draguignan les refusent. Devant l'irritation de la population, il faut dépêcher le frère cadet du seigneur de Trigance, Demanclolx, et le curé du village, auprès de "Messieurs les Verriers" d'Estelle pour les prier de vendre "un per de mulets et nous accommoder de mullatierm".
Lançant la France dans la troisième phase de la guerre de Trente Ans, Richelieu déclare la guerre à l'Espagne en 1635. Dès le mois de septembre, les Espagnols s'emparent des îles de Lérins, mais ne réussissent pas à prendre pied sur le continent. Le maréchal de Vitry, gouverneur de la. Provence, renforce le littoral cannois et prépare la contre-offensive. Chaque village reçoit l'ordre de lui fournir des hommes. A Trigance, le conseil désigne cinq jeunes gens qui partent aussitôt, "portant une pale, une isade et un isadon".
Après la mort de Richelieu, Mazarin reprend les hostilités contre les Espagnols en Italie, et réunit une flotte à Toulon. Les opérations occasionnent une fois encore déplacements de troupes et charges militaires. La communauté de Trigance, en 1646, doit loger pendant dix-huit jours une compagnie de cavalerie du régiment de Créqui. Contraint de verser 57,5 sous par jour "sur le pied de 30 places" à chacun des cavaliers, malgré "la grande nécessité et pauvreté" des habitants et la rareté du fourrage qu'il faut aller chercher au loin "à grand coût et frais", le conseil doit emprunter ; les dépenses s'élèvent en effet à 893 livres, que paiera le trésorier de la communauté, non compris les 1020 livres de contributions que fournissent pour leur part les villages de Rougon et de La Palud.
Onze ans plus lard, le conseil de Trigance devra contracter un nouvel emprunt auprès d'Honorade d'Albert, dame de Rougon, afin de subvenir aux dépenses de trois compagnies du régiment de Guiri, et un autre auprès de son fils, Pierre Brun de Castellane, seigneur de Rougon et gendre de François de Demandolx-Trigance, pour payer les frais du logement de deux compagnies du régiment de Navarre''.

Saint-Pancrace - Digne
Digne
Vallée de la Bléone - Digne
Digne
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