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Elements politiques, Boniface V et VI

Deux grandes politiques face à face : Le comte Raimond Bérenger V et Boniface V de Castellane

Albert Blancas-Baudinars épouse la fille de Pons Justas, Seigneur d'Aignuines

D'après une sentence arbitrale, Boniface III aurait été tué en 1195 par Augier Spada, coseigneur de Riez. Déterminé à venger le meurtre de son père, Boniface IV dit le Roux, aurait donné sa part de juridiction sur Puimoisson à Blacas d'Aups, mari de sa sœur Laure, pour qu'il l'aide à exercer ce châtiment; en 1202 la clause n'ayant pas été remplie, Hugues Raimond, évêque de Riez, aurait annulé la donation. Mais la charte qui aurait relaté causes et circonstances de cette sentence arbitrale reste douteuse parce qu'introuvable.
Quoi qu'il en soit, en cette année 1195, Boniface IV, dit le Roux, et sa femme Orable accroissent le fonds des Templiers du Ruou en leur sacrifiant de nouvelles terres sur la seigneurie de Villecroze, puis en 1205, en présence notamment de Boniface de Robion, en leur permettant de faire paître leurs troupeaux sur toute l'étendue de la seigneurie. Toujours à Villecroze, il passe un accord avec l'église qui, elle, relève de Saint-Victor, et en 1214, lui cède entre autres une maison et un serf de Salernes.
Alphonse I signe des conventions avec Guillaume IV, comte de Forcalquier (1193) : son fils cadet, destiné à lui succéder à la tête du comté de Provence sous le nom d'Alphonse II, épouse l'héritière de Guillaume IV (1195), préparant ainsi l'union du comté de Forcalquier et de la Provence. Mariage qui a des conséquences indirectes clans notre région : la nièce de Guillaume IV, Béatrice de Sabran, épouse en 1206 Justas, peut-être d'origine aragonaise, futur balle de Forcalquier, agent général et en quelque sorte, ministre en Provence d'Alphonse II, puis exécuteur si ce n'est inspirateur de la politique de Raimond Bérenger V en Haute-Provence de 1217 à 1226. Des Justas apparentés aux Moustiers se seraient établis dans la région d'Aiguines vers la fin du XIIè siècle; ils auraient élevé le château dont les ruines se dressent à proximité de la chapelle Saint-Pierre (édifiée plus tard à l'emplacement de la chapelle castrale). Cinquante ans après, un Pons Justas est seigneur d'Aiguines; Thierry Pécout assure qu'il est fils de Guillaume de Moustiers-Callian. D'un caractère chicanier, bien que ne détenant que la basse justice, il tente "à plusieurs reprises de s'arroger les peines corporelles, la punition des délits portant sur les troupeaux étrangers, ou encore la connaissance des cas d'adultère". Il entre en conflit pour des droits de pâturage notamment avec le prieur des Salles. Il a été condamné personnellement pour violences et injures, pour refus de payer le trézain ou encore pour dettes. Ce qui ne l'empêchera pas de marier sa fille Yseude avec Albert Blacas-Baudinard, qui assurera sa succession à la tête d'Aiguines.

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Le baron perspicace : Boniface V de Catsellane

Boniface le Roux et sa femme Omble, qui ont laissé peu de traces dans l'histoire, ont eu au moins le mérite de donner à Castellane l'un de ses barons les plus habiles : dans un premier temps humilié par l'Église, battu par le comte comme l'avait été son grand-père, Boniface V aura le courage de surmonter son amertume et l'intelligence de tirer la leçon de sa défaite. Le rapport de force ne lui étant pas favorable, sans plus jamais avoir recours aux armes, il parviendra à maintenir le prestige de la baronnie. Et malgré les qualités politiques de son adversaire, non seulement il déjouera la manoeuvre d'encerclement entreprise par celui-ci, mais réussira à élargir sa zone d'influence.
Nous l'avons rencontré une première fois, en 1211, lorsqu'il participait à la "donation" consentie par son père à l'église de Villecroze. Il est marié avec une dame de Galbert, probablement de la famille qui possède une partie de la vallée de l'Asse et, entre autres, la seigneurie de Gaubert dont elle porte le noms. Il épousera en secondes noces, la riche Agnès Spata, "dame en partie de Riez, Saint-Étienne, Brunet, Roumoules, Saint-Laurent, Montpezat, Mezel, Allemagne, Quinson, Brauch, fille et héritière de Spata ou Spada, seigneur des mêmes terres.
De sa première femme, naît Boniface dit de Galbert, du nom de sa famille maternelle. C'est à lui que son père donnera, en 1247, le château du Roc, mais il le cédera bientôt à son avide cadet. De Boniface de Galbert sont issus les Castellane de Salernes, Entrecasteaux, Grignan, Esparron, Fos, etc.
De sa seconde épouse, Boniface V aura deux autres fils et trois filles :
  • Boniface dit de Riez, du nom lui aussi de la famille de sa mère, dont il revendiquera énergiquement la succession, même au préjudice des droits de son père ; son ambition en fera finalement le véritable héritier de la baronnie, mais aussi son naufrageur ;
  • Hugues dit de Baux, dont le nom, pour É. Baratier, "reste énigmatique et suggérerait quelque alliance avec cette illustre famille" : peut-être n'est-il pas sans rapport avec le fait que la seigneurie de Tartonne, pour laquelle Boniface va prêter hommage, comme d'ailleurs celle de Lambruisse (toutes deux dans l'actuel canton de Barrême), sont terres baussenques, et que celle de Moriez comptera, avant la fin du siècle, des Baux parmi ses seigneurs.
  • Béatrix, qui épousera Bertrand de Mévouillon, seigneur de Mison et bien d'autres lieux ;
  • Aicarde, qui épousera l'un des fils de Romée de Villeneuve, Paul, seigneur de Vence ; elle en aura deux fils dont Boniface de Villeneuve-Vence, dit de Castellane, lequel accompagnera sous ce nom Charles I d'Anjou à la conquête de Naples;
  • Sibille, qui épousera Rostang de Trigance, seigneur de Rougon").

Le premier comte catalan à rompre avec Barcelone (1219)

Avec le court règne d'Alphonse 11 (1196-1209), l'union des comtés de Forcalquier et de Provence a failli échouer, Guillaume IV remet-tant en question les conventions de 1193. Mais la mort quasi simultanée du gendre et du beau-père va assurer la réunion des deux comtés entre les mains du fils d'Alphonse II, Raimond Bérenger V. Le gouvernement de celui-ci sera l'un des plus féconds qu'ait connus la Provence indépendante. Il commence pourtant dans les pires difficultés : le comte n'a que cinq ans à la mort de son père; il a pour tuteur son oncle Pierre II, roi d'Aragon ; alors qu'il porte secours au comte de Toulouse, chef des Albigeois, Pierre II est tué à la bataille de Muret (1213), qui marque la fin de l'intervention catalane au-delà des Pyrénées.
Pendant que Raimond Bérenger est gardé en Aragon, un nouveau prétendant, Guillaume de Sabran, neveu de Guillaume IV, revendique le comté de Forcalquier et prend le titre de Guillaume V, tandis que l'anarchie s'installe en Provence. Mais excédé par une semi-captivité, le jeune comte s'évade, en 1216, avec l'aide de quelques Provençaux, et rejoint sa mère, Garsende de Forcalquier, qui lui fait donation de son comté de Forcalquier, puis confirme cette donation (1215) en présence de Boniface de Castellane, de Guillaume de Galbert dit "Le Gros", et autres grands de Haute-Provence. Ayant atteint ses 15 ans et sa majorité en 1219, Raimond Bérenger s'impose désormais comme comte effectif. Pratiquement, il a désormais rompu les ponts avec le comté de Barcelone et établi sa résidence permanente en Provence, le plus souvent à Aix, qui devient sa capitalen.
Énergique et intelligent, le nouveau comte a pris fermement en mains les rênes du pou-voir. Par un heureux compromis avec Guillaume de Sabran (1220), il laisse à celui-ci le titre de comte et la jouissance de plusieurs seigneuries, mais raffermit ses propres droits sur le comté de Forcalquier. Il groupe dans son gouvernement central quelques excellents conseillers, au premier rang desquels Romée de Villeneuve à qui, à partir de 1234, il confiera toute l'administration.

Villes alentours et répliques

Il rencontre des difficultés à réduire la résistance des seigneurs et villes de Provence centrale et orientale. Depuis vingt ans, à Sisteron et Manosque, un consulat qui, bien qu'à caractère aristocratique, s'est affirmé en faveur des libertés municipales au détriment des seigneurs. Nice et Grasse avaient donné l'exemple (1150), leur consulat ayant même reçu à l'origine l'appui de l'évêque, qui ne possédait que de faibles droits clans la cité, et du comte qui n'y exerçait encore qu'une suzeraineté théorique. Vers 1220, alors qu'il poursuit l'organisation de et d'une administration centralisée, Raimond Bérenger va s'appliquer à réduire une trop large autonomie urbaine et à récupérer de gré ou de force les droits et revenus des consulats de Brignoles (1220), Tarascon (122(i) et Grasse (1227) En revanche, afin d'affaiblir la puissance des Castellane, il favorise l'implantation de nouveaux consulats dans les vallées de l'Ubaye et du Haut-Verdon ; Boniface V y tient en effet les villages par l'intermédiaire de proches parents, tandis qu'au sud, son oncle Blacas possède toute la région d'Aups et partage avec lui la région de Salernes. "Dans cette dernière seigneurie, le comte Alphonse II a enfoncé de sérieux coins avant 1207 en confiant les places de Vérignon, de Lagnes, Comps-le-Neuf et La Faye à des Ordres militaires".
Pour répliquer, Boniface fortifie Villecroze, qui participe à la défense de Salernes en contrôlant la route qui y mène depuis le nord-est. L'abbaye Saint Victor proteste. Le pape demande aux évêques de Fréjus et de Senez d'arbitrer le conflit (juillet 1223). La convention précise finalement les droits des Castellane dans le castrum : pour l'albergue ou droit de gîte, le seigneur peut venir loger chez l'habitant deux fois par an, en hiver et en été, avec vingt chevaux ; le montant de la cavalcade, ancien droit féodal de lever des soldats dans la communauté, converti en un versement annuel en espèces, s'élève à dix livres ; lorsque le seigneur marie sa fille, ou bien s'il tombe en captivité, la communauté doit participer à la dot ou à la rançon pour un montant maximal de 300 sous raimondins, etc. Quant aux importants revenus de l'activité judiciaire, ils seront partagés par moitié entre le seigneur et l'abbaye, à l'exception des crimes avec effusion de sang, que se réserve le seigneur en vertu du "mère empire" dont il détient le privilège (mai 1227). Autrement dit, les Castellane peuvent faire à peu près ce qui leur convient à condition de ne pas imposer le prieuré.
Le comte nomme viguier de Nice son fidèle Romée. Celui-ci acquiert pour lui-même les seigneuries de Villeneuve et de Cagnes. Il veille avec autant de soin à sa fortune person-nelle qu'à l'administration du comté : au bas d'un testament (15 décembre 1250) il pourra faire suivre son nom des titres suivants : baron de Vence, seigneur de Cagnes, Gréolières, La Garde, Saint-Jeannet, Thorenc, Andon, Coursegoules, Cipières, Tournon, Le Castelet, Trigancels. Il a deux fils : Paul-Romée, qui se marie avec Aicarde, fille cadette de Boniface V de Castellane ; Pierre-Romée, qui épouse Alsacie d'Aiguines"'.

Cause de la 2nde Guerre Comtale contre Castellane (1227) : Boniface récuse l'annexion de la paroisse de Rougon par le diocèse de Riez

Les événements s'aggravent et les opérations militaires se succèdent : Le comte oppose Tourtour Lit Villecrozej, ce qui provoque l'érection de La Tour Grimaud près d'un ancien lieu de peuplement. Ils détruisent Sainte-Croix au midi. Rapidement le comte s'empare d'Aups et oblige ses seigneurs, les Blacas, à se réfugier à la pointe nord-est de leurs possessions, dans le château de Seranon, aux portes de Castellane.
On se bat aussi dans la région de Riez. Guigues de Galbert, allié de Boniface V et parent de sa première femme, saccage les domaines que tiennent les hommes de l'évêque Rostaing de Sabran; c'est en raison de ces dégâts sur les terres de Riez et de Montagnac, qu'en juillet 1227, le pape Grégoire IX confirmera à l'évêque, avec les églises qui jalonnent la limite orientale de son diocèse, la possession de celles de Riez, Allemagne, Esparron et Saint-Julien-le-Montagnier, toutes situées dans une seigneurie où s'exerce l'ascendant d'un Castellane. Au nord de Barréme, la région de Clumanc et de Tartonne connaît la même agitation. Boniface y redoute des attaques puisqu'il édifie les châteaux de Boades et de Taulane pour protéger l'accès de Castellane par le col des Lèques. Quand il devra prêter hommage, en 1227, il le fera entre autres pour Tartonne et, plus à l'est, Thorame-Haute. Or bientôt ces deux places seront aux mains du comte puisque celui-ci les lui restituera, en 1235, mais en lui prenant alors Thorenc et Barrême.

Sous l'administration du bailli à Grasse

À Grasse, vers 1221, l'administration du bailli, nommé deux ans plus tôt par le comte à la requête de l'évêque, provoque de vigoureux démêlés. Véritables instigateurs de la contestation, les nobles battent le rappel de leurs alliés. Parmi les seigneurs qui les entendent, les Moustiers de Caillan et d'Entrevennes, et Boniface V de Castellane qu'accompagnent plusieurs seigneurs de la région du Moyen-Verdon.
Sur ces entrefaites, probablement en réplique aux dévastations que lui ont fait subir les alliés de Boniface clans la région de Riez, l'évêque Rostaing de Sabran repousse la frontière orientale de son diocèse au-delà du torrent du Baou, et annexe la paroisse de Rougon tout entière. Or celle-ci, jusqu'à présent, relevait du diocèse de Senez, où siège un fidèle des Castellane. Boniface, qui vient d'élever un nou-veau château sur le piton dominant le village, récuse cette accaparement, les armes à la main. Il s'ensuit une deuxième guerre comtale, dont nous ne connaissons que l'issue : en plein cœur de l'hiver, au mois de janvier 1227, Boniface doit se rendre à Riez, "dans la maison de l'évêque" précisément, pour prêter hommage à Raimond Bérenger, non pas entre les mains du comte lui-même, qui n'a pas daigné se déplacer alors qu'il se trouve sans doute dans la région, mais par l'intermédiaire du prélat. Au mois de juillet suivant, le pape Grégoire IX entérine l'intégration de Rougon dans le diocèse de Riez : parmi les églises situées à la limite orientale de ce diocèse, la bulle mentionne celle du casirum de Rougon, sur la rive gauche du Baou, alors que cent vingt ans auparavant, Pascal II l'excluait puisqu'il fixait cette limite à l'oppidum de Rougon, c'est-à-dire sur la rive droite du torrent.
Après la bulle du pape, Boniface V doit, le même mois, essuyer une nouvelle avanie : revenant de Digne, Raimond Bérenger exige qu'il l'accompagne jusqu'à Grasse, à la tête des seigneurs, dont son oncle Blacas d'Aups, qui avaient eu parti lié avec les nobles de la cité, et lui enjoint d'assister, en juillet 1227, à l'abandon des droits de ce consulat au profit de son administration.
L'année suivante, le comte oblige Blacas d'Aups et son frère, Guillaume de Baudinard, à donner aux ''emplies divers droits à Montmeyan. Et en 1237, il entraînera encore une fois Boniface à Grasse, comme témoin de la vente de ses droits sur la cité et le territoire d'Antibes à Bertrand, évêque du diocèse.

Les premiers villages d'Eoulx et de Majastres

L'hommage que Boniface V prête en 1227 a pour nous le mérite d'énumérer toutes les possessions des Castellane en les classant en quatre catégories''' :
  • Les seigneuries qui ne font pas partie directement de la baronnie : Dans la région de Riez : Allemagne, Esparron, Saint-Martin-de-Brômes, Le Castellet, Brunet, Rousset, Bezaudun, Saint-Pierre de Brauch et Montbrien (ces deux dernières dans l'actuelle commune de La Verdière); Au sud du Verdon : Salernes, Villecroze, ainsi qu'un "honor" à Entrecasteaux, que Guillaume de Cotignac tient de Boniface ; Ces seigneuries doivent à Raimond Bérenger deux contributions annuelles : l'albergue et la cavalcade; la première a pour origine un ancien droit du comte, qui trouvait gîte et couvert chez l'habitant; nous avons vu la définition de la prestation que doit fournir Villecroze selon la convention passée, en 1223, entre les Castellane, qui détiennent encore ce privilège, et les représentants de l'abbaye Saint-Victor. Mais le plus souvent au début du XIIIè siècle, cette prestation en nature s'est convertie en une imposition financière basée sur le nombre de feux de la communauté. Quant à la cavalcade, elle est le droit comtal de lever une aide militaire sur les communautés, qui doivent fournir chevaliers armés de pied en cap, chevaliers en partie équipés, et fantassins, selon un barème déterminé par leur importance et que fixeront les statuts des grands bailliages de Fréjus, Digne et Senez ; l'enquête ordonnée en 1232 par Charles I d'Anjou montrera qu'alors, la plupart des communautés se seront affranchies de cette obligation militaire en lui préférant une imposition financière; déjà, en principe, le seigneur ne garde pas pour lui l'argent perçu au titre de la cavalcade, mais doit le réserver à l'entretien des chevaliers qui iront servir le comte. La convention de Villecroze limitait le montant de la cavalcade à dix livres, soit deux chevaliers avec leurs chevaux armée.
  • Le domaine de la baronnie proprement dite pour lequel Boniface n'est tenu qu'à l'hommage : pour Castellane même : le Roc, le castrum et le bourg; (celui-ci, mentionné pour la première fois, est un nouvel habitat installé sur un contrefort, dit le Baous, du coteau du Serre, en bordure de la voie à trafic commercial menant de Grasse - qui a supplanté Vence - à Senez, Digne et au-delà); viennent ensuite Peyroules, La Garde, les deux Castillon, Eoulx, Boades, Taulanne, Brandis, Blieux, Chasteuil, Taloire, Chateauvieux, Robion et Fenils (jusqu'au col d'Antremons);
  • Plus éloignées, les seigneuries de Thorame-Haute, Barrême, Thorenc et Tartonne, que les seigneurs tiennent de Boniface, à qui ils doivent aide et conseil, sauf contre le comte;
  • Enfin, acquises récemment, la seigneurie de Courchons et la moitié de celle de Majastres.
Si les seigneuries que des vassaux tiennent pour Boniface V ont envers le comte des obligations, les communautés qu'agglomère la baronnie proprement dit ne connaissent d'autre seigneur que Boniface, et celui-ci y exerce toujours une domination sans limite ni contrôle, en particulier dans les domaines de la justice et de la fiscalité.
Boniface a reçu la moitié de la seigneurie de Majastres de Laugier de Pelafoll en échange du château de Castillon Inférieur (pour lequel le fils de Laugier, Boniface de Pelafoll fera hommage à Boniface VI et à son frère Hugues de Baux, en 1252, le jour de la proclamation des nouveaux statuts de Castellane). Le château primitif devait occuper, à la fin du XIè ou au début du XIIè siècle, le sommet de la montagne Saint-Sauveur (alt.1 341 m), au sud-est du village que nous connaissons ; le site a été refortifié vers la deuxième moitié du XIVè siècle, peut-être par Guy de Roumoules, qui rend hommage en 1309, ou plutôt par Boniface de Roumoules, qui le fait en 1375. Mais les paysans sont probablement déjà descendus habiter plus près de leurs champs et de leurs bergeries, et si le village actuel n'a plus rien de médiéval, la présence d'un pigeonnier laisse supposer qu'un château s'élevait sans doute à proximité de la bergerie qui borde la route départementale, et qui semble avoir été couverte en voûte d'arête surbaissée. La communauté comporte, en 1300, au moins un gros propriétaire de trou-peaux : Hugues Chaudon, qui fait paître en hiver dans le bailliage de Brignoles et Saint-Maximin.

La ruine d'un grand dessein : l'union de la Provence et des États de Toulouse

Raimond Bérenger V a démontré qu'il n'hésitait pas à utiliser la force, et les principales familles aristocratiques qui, sur la ligne de partage de la Basse et de la Haute-Provence, ont si souvent fait preuve d'esprit d'indépendance, doivent reconnaitre sa souveraineté. C'est le cas du vieux Blacas d'Aups et de sa femme, Laure, fille de Boniface III de Castellane et d'Adélaïs de Moustiers - par conséquent oncle et tante de Boniface V - pour qui le poids de l'âge ajoute aux tourments politiques. Ils se trouvent dans l'obligation d'échanger leur seigneurie de Séranon, qui commande la route Grasse - Castellane - Digne, dont on sait l'intérêt économique et militaire, contre les châteaux de modeste importance de Fox, Amphoux et Tourtour, et 600 sous royaux (1233). Il leur faut, de plus, céder leurs droits sur Comps et sur Puimoisson aux Hospitaliers qui, en 1238, après le décès de Blacas, exigeront encore de Laure et de ses fils, un droit de pacage à Aups, Fabrègues, Moissac, Tourtour, Fox et Amphoux.
De même chez les Galbert, dont est issue la première femme de Boniface V : en 1233, le comte confisque à Guigonnet les biens qu'il possède à Mézel, ainsi qu'à Beynes et Bras d'Asse, et donnera ces derniers, en 1241, au bailli d'Aix, Périsso.
Mais c'est d'abord la puissance des Castellane qu'il cherche à réduire. À cette fin, après avoir confirmé les franchises accordées à Seyne-les-Alpes, en 1203, par son père Alphonse II, puis fondé le consulat de Selonnet en 1228, celui de Barcelonnette en 1232, il crée le 5 décembre 1233 des consulats à Allos, Colmars et Beauvezer. Avec "par conséquent le droit d'élire et d'établir les consuls jugés nécessaires, suivant le temps et les circonstances", ces consulats septentrionaux soustraient les communautés au pouvoir seigneurial, et consacrent leur émancipation. Ils assurent l'autorité comtale jusqu'à la limite de la zone d'influence de Boniface V. De celui-ci, Raimond-Bérenger exige d'ailleurs les châteaux de Thorenc et de Barrême (1235), autres positions-clés sur la route Grasse - Castellane - Digne, et lui restitue en échange les châteaux, à l'intérêt stratégique bien moindre, de Thorame-Haute et de Tartonne, qu'il lui avait pris quelques années auparavant.
Grâce à la médiation du jeune roi de France Louis IX (futur Saint Louis), Raimond Bérenger a écarté de la Provence le comte de Toulouse Raimond VII, fils de Raimond VI déjà dépouillé par le précédent roi de France Louis VIII, à l'issue de l'atroce guerre des Albigeois (1229), de la moitié de ses états, d'Avignon au Bas-Languedoc, mais que Marseille reconnaissait encore comme suzerain. La papauté avait déclenché ce conllit pour exterminer l'hérésie cathare, mais ses champions, les barons français d'abord, puis le roi de France lui-même, ont mené une authentique guerre impérialiste contre le comte de Toulouse. La Croisade des Albigeois ressemble par certains aspects, à une guerre de Sécession au cours de laquelle le Nord écrase le Midi. Mais quoi qu'on en ait dit, la Provence - à l'exception de Marseille - n'a guère fait preuve de solidarité avec Toulouse et le Languedoc. Certains prélats provençaux, dont l'archevêque d'Aix, inspirés par un souci de rénovation pastorale et d'intransigeance face à l'hérésie, ont au contraire déployé beaucoup de zèle contre eux. L'évêque de Riez, Hugues (né peut-être à Moustiers ; mort en 1223), a partagé de 1209 à 1213, avec des représentants du Saint-Siège, l'activité d'une légation qui, au concile de Montpellier (1211), n'a laissé au comte de Toulouse d'autre issue que la lutte armée, et dont l'ardeur et les manoeuvres ont même débordé les volontés du pape. Après avoir rappelé ses légats à plus de modération, Innocent III a finalement entériné les dispositions qu'ils avaient prises, au détriment de Raimond VII34.
La médiation française a une autre conséquence pour la Provence : la fille ainée de Raimond Bérenger et de Béatrice de Savoie, Marguerite, épouse Louis IX lui-même (1234). Cette alliance est l'oeuvre de Blanche de Castille qui, ayant marié auparavant Alphonse de Poitiers, l'un de ses trois fils, avec l'héritière du comté de Toulouse, avait déjà fait franchir aux Capétiens une nouvelle étape dans l'investissement du Midi.
Le roi d'Aragon, Jacques I, redoute alors une extension de l'emprise du roi de France sur les régions méditerranéennes. Pour s'y opposer, il tente de susciter la formation d'un bloc des états de Toulouse et de Provence par la réconciliation des deux comtes. Il projette de sceller cette entente en mariant, malgré leur différence d'âge, Raymond VII de Toulouse avec Béatrice, quatrième fille et héritière de Raimond Bérenger V de Provence. Mais la mort prématurée de ce dernier — il n'avait pas 40 ans — ruine ce grand dessein. Aidée par le pape Innocent IV, Blanche de Castille, mère du roi de France et d'Alphonse de Poitiers, fera épouser à Béatrice son troisième fils, Charles d'Anjou, qui se trouvera ainsi à la tète de la Provence, de l'Anjou et du Maine.

Genèse d'un État régional de style moderne

Pour mettre fin au morcellement de la puissance politique, dispersée entre de multiples lieux de pouvoirs, pour affirmer l'autorité du gouvernement comme principal organe directeur, et sa souveraineté, Raimond Bérenger a mis en place une administration qui donne déjà au pays figure d'un État organisé de manière de plus en plus conforme aux besoins, non plus de quelques-uns, mais de l'ensemble de la population. C'est ainsi qu'il structure la Provence en grands bailliages, dont relèvent toutes les seigneuries incluses dans leur périmètre, vaste mais nullement artificiel. Les statuts de Fréjus-Draguignan, de Sisteron, de Digne et de Senez, promulgués respectivement en 1235, en 1237 et, les deux derniers, en 1238, réglementent en principe les droits respectifs du comte, des seigneurs et des communautés, spécialement la justice, les obligations militaires et les redevances dues au comte : cavalcade, queste, etc. Dans chaque bailliage, un haut fonctionnaire devient le représentant sur place de la loi commune. Agissant par délégation, il réinstalle l'autorité publique. Pareille organisation témoigne de la montée en force du pouvoir central. Elle amorce l'institution d'un État de style moderne, au détriment de la société féodale, représentée par les nobles à qui elle cherche à reprendre tout pouvoir politique pour les muer en simples propriétaires domaniaux. Contraints de jurer les statuts, ils se reconnaissent vassaux du comte ("vassali et
fideles domini comitis") :
  • Le bailliage de Fréjus-Draguignan (établi en 1235) concorde à peu près avec les quatre arrondissements actuels de Brignoles, Draguignan, Grasse et Nice. Dans la région du moyen Verdon, il inclut entre autres Aiguines et les Salles (réunis en un seul castrum, qui doit fournir à la cavalcade un miles avec son cheval), Ampus, Aups, Bargème, Comps, Esclapon, ainsi que les communautés de La Garde et, plus au sud, de Salernes, Villecroze et Entrecastaux pour lesquelles Boniface V avait prêté hommage huit ans plus tôt, mais où le comte revendique des droits. En revanche ils ne mentionnent ni Trigance, ni Châteauvieux, qui restent dans l'orbite de Castellane. Parmi les signataires des statuts, Bertrand d'Aiguines (seigneur de Gréolières), Guillaume de Moustiers (seigneur de Caillan), Blacas d'Aups.
  • Le bailliage de Digne (établi en 1238) correspond à l'actuel arrondissement de Digne, moins les cantons de La Javie et de Seyne. Il englobe entre autres Châteauneuf-lès-Moustiers, Entrevennes, Gaubert, Levens, Majastres, Montagnac, Moustiers, La Palud, Riez, Rougon, Roumoules, Saint-Jars, mais aussi Allemagne, Le Castellet, Brunet, Esparron, Saint-Martin-de-Brômes, communautés pour lesquelles Boniface avait prêté hommage. Parmi les nobles signataires, Raymond de Moustiers (seigneur en partie de Moustiers), Guillaume de Moustiers (seigneur d'Espinouse), Bertrand des Salles.
Dans ce texte, le Palud et Rougon ne forment qu'un unique et môme castrum (au singulier) et doivent fournir ensemble à la cavalcade un milites avec son cheval et un autre, sans cheval. Cette entité regroupe, en fait, la partie méridionale de l'ancienne grande seigneurie de Châteauneuf et les Hauts de Rougon, deux des prises de guerre d'Alphonse I au détriment de Boniface III, annexées au domaine comtal dès 1189. Ce qui signifie que la seigneurie de Rougon proprement dite est restee dans la mouvance de Castellane.
Lorsque le comte Robert achètera la part que les seigneurs détiennent encore dans le consulat de Moustiers 127 mars 13131 elle ne représentera plus que le huitième du castrum; l'emploi à nouveau du mot castrum résulte, selon toute vraisemblance, justement de l'installation du bailliage secondaire. C'est parce qu'aucune influence féodale n'y peut plus faire écran à l'administration comtale que la ville aura obtenu le siège moyennant paiement de 200 livres coronats, de préférence à Riez dont la population est pourtant plus nombreuse : 550 familles imposables. Mais l'agglomération connaît, elle aussi, une réelle importance : en 1315, on y dénombrera 500 familles imposables pour la queste générale, contre 500 éga lement à Draguignan, 330 à Digne, 202 à Castellane, 150 à Blieux, 121 à Saint Jurs, 80 à Aiguines, 54 à Rougon, 52 à Trigance, et autres. Comme celui de Digne, le bailliage de Senez date de 1238 ; Féraud de Thorame et Raimond Féraud d'Allons, notamment, en ont signés les statuts. Il comprend, outre Tartonne et Thorame-Haute seigneuries où le comte a conservé des droits, bien qu'il les ait donnèes a Boniface en compensation de Barrème et Thorenc qu'il lui a pris - diverses communau tés des actuels cantons de Barrême, Saint André et Colmars avec, entre autres, Chaudon, Clumanc, Lambruisse, Moriez, La Mure, Piégut, Saint André, Seriez, Thorame-Basse. Autrement dit, Raimond Bérenger -- qui exige, dans la vallée de Senez, la possession de la colline du Puy-Saint Pons, et laisse à l'évêque, en échange, Château-Vieux et la Roche de Castellet — compte avoir la maîtrise de tout le territoire situé au nord ouest du Verdon, jus qu'au col de Lègue, à la seule exception des villages relevant directement de la baronnie'
En réalité les Castellane font sentir leur influence bien au delà de celle-ci. Si le bailliage de Senez est destiné à freiner leurs ambitions, la suite des événements, quinze ans plus tard, montrera sa relative inefficacité. Il n'empêche que cette organisation systématique du territoire correspond bien a la mise en place des organes d'un gouvernement responsable.
Succédant à la première lignée des comtes de Provence issue du burgondo provençal Guillaume le Libérateur, les comtes de Provence catalans ont laissé une oeuvre remar quable. Apres la période de desagrégation du pouvoir et l'apogée de la féodalité, leur avène ment 1113 avait ouvert une ère nouvelle. Dès la fin du xi siecle, Alphonse I avait jeté les bases d'une administration centrale, représen tee localement par des agents domaniaux.

Conclusion

Ce sont néanmoins Alphonse II et surtout Raimond Bérenger V qui ont fait de la Provence un véritable État régional. Désormais, a l'interieur de ses frontières, l'unification est réalisée et la souveraineté du comte reconnue.
Le domaine comtal lui même s'arrondit à la suite de confiscations de seigneuries rebelles. Des clercs et des juristes professionnels assurent la direction des affaires et des finances ; un conseil, que Romée de Villeneuve domine depuis 1234, aide le comte a définir sa politique, organise la justice, régit l'administration et l'armée. L'organisation administrative de la Provence aboutit ainsi à la concentration des pouvoirs. Après avoir essuyé défaites et humiliations, Boniface V de Castellane a le mérite de prendre acte de ce déclin de la société féodale, de la fin d'une époque, et d'en tirer les conséquences pour étendre son influence : au rêve en armes d'une baronnie indépendante qui avait été celui des ses ancêtres et que reprendra son fils pour son malheur -- il a substitué la diplo matie, la négociation réaliste, l'alliance avec Romée de Villeneuve, le compromis avec des institutions qui iront évoluant et se développant jusqu'au XVIè siècle.
Le renouveau se manifeste également dans le domaine économique. Les courants commerciaux se raniment, comme le trafic en Méditerranée, que favorisent les croisades. Il s'ensuit une profonde transformation urbaine dans la basse vallée rhodanienne : Arles, Avignon, Orange s'agrandissent ; une ville neuve, Saint Gilles, a surgi sur la rive droite du Petit Rhône et, sous l'impulsion des marchands italiens, devient en quelques années le port commercial le plus actif de la région.
Aix semble à cette époque ne tenir encore qu'une place relativement secondaire. En revanche, Marseille étend son quartier du negoce sur la rive nord du Vieux Port. En relations etroites avec la ville de Gènes qui vise à monopoliser les courants économiques de la côte ligure - Nice établit une ville d'affaires entre le port et le Paillon, et Grasse devient un centre commerçant important, que le col de Séranon relie à Castellane et à la Haute Provence. Marchés agricoles florissants, Forcalquier, Sisteron, Manosque et Pertuis sont en plein essor démo-graphique et commercial.
Dans ces villes et autour d'elles, les redevances en argent se substituent peu à peu aux services en nature et aux corvées, la petite pro-priété se multiplie, les bourgeois acquièrent des portions de terroirs qu'ils font travailler par des fermiers ou des censitaires ; de nouvelles catégories sociales apparaissent ainsi, milieu qui se differencie de plus en plus du monde rural des seigneurs et des serfs.

Boniface VI de Castellane

En Concurrence avec son père pour l'héritage de Riez (1246), avec son frère ainé pour le château de Castellane (1247)

Des quatre filles qu'il a eues de Béatrice de Savoie, le comte de Provence Raimond Bérenger V a marié et doté les trois premières : Marguerite avec Louis IX, roi de France et futur Saint Louis, Éléonore avec Henri III, roi d'Angleterre, Sancie avec le frère de celui-ci, Richard de Cornouailles. Six mois après sa mort, sa quatrième fille, Béatrice, épouse Charles, frère du roi de France, et lui apporte le comté de Provence, tandis que de son côté, le roi de France investit le jeune comte de l'Anjou et du Maine. Pratiquant une politique énergique et autoritaire, Charles d'Anjou entend tout de suite faire reconnaître sa suprématie, et plus encore que son beau-père, imposer avec une nouvelle fermeté sa suzeraineté même aux plus grands.
Cette année 1246, à Riez, le chanoine Augier vend à l'évêque Foulque de Caille' ses droits sur la ville épiscopale et sur la seigneurie de Brunet. Il venait d'en recueillir l'usufruit au décès d'Agnès Spata, dont il est fils d'un premier lit. En tant que second mari d'Agnès, Boniface V, seigneur de Castellane, s'oppose aussitôt à cette cession. Son fils cadet, Bonifitce de Riez, la conteste avec plus de virulence encore, en tant que frère utérin du chanoine Augier, de même qu'un an après, il récuse sans plus de ménagement la décision de son père, qui a donné le château du Roc à son frère aîné, Boniface de Galbe.
Pendant tout le temps que le nouveau comte, qui accompagnait son frère Louis IX à la 7e croisade, est retenu prisonnier en Égypte, Romée de Villeneuve, ancien premier ministre de Raimond Bérenger V, conserve la direction des affaires provençales. A ce titre, il remet le château de La Verdière (aujourd'hui canton de Rians) à Boniface V de Castellane, en compensation de la terre de Riez qui lui avait été promise mais sur laquelle son fils, Boniface de Riez, a réussi provisoirement à mettre la main. À une condition toutefois : ne jamais livrer ce château ni, justement, à Boniface de Riez, ni même à Boniface de Galbert. De cet acte ressortent trois traits, les deux derniers devant marquer les années à venir :
  • La confiance dont Boniface de Castellane jouit auprès de Romée de Villeneuve, dont l'un des fils, Paul, a d'ailleurs épousé sa fille;
  • La suspicion, au contraire, dans laquelle la cour comtale tient, dès cette époque, ses fils Boniface de Riez et Boniface de Galbert ;
  • L'ambition de Boniface de Riez qui n'a pas plus scrupule à marcher sur les brisées de son père, dans le cas de l'héritage de Riez, qu'il n'a hésité à entrer en compétition avec son frère aîné, finalement contraint de lui céder le château de Castellane que leur père lui avait remis. Cession que le comte, clans la pratique, semblera souvent contester.

Sibille de Trets, Dame de Toulon, et cousine des Blacas d'Aups épouse le seigneur Boniface de Castellane et Riez

À la mort de Boniface V de Castellane 1252, son fils cadet et successeur traduit son ambition en prenant le titre de "dominas Bonijàcius de Castellana et de Regio". La même année, de retour d'Égypte, Charles d'Anjou disloque la ligue conduite par un Barrai des Baux qui a la nostalgie de la première place tenue jadis par sa famille dans la vie politique provençale. Cette ligue rassemblait les consulats d'Arles, d'Avignon, et la commune indépendante de Marseille. Apres la rapide reddi lion d'Arles et d'Avignon, l'opportuniste Barrai se rallie au plus fort. Et comme Marseille ne se laisse pas intimider par une démonstration de troupes sous ses murs le 23 avril , il tente une médiation. En vain. Il prete alors hommage à Aix 22 novembre , en donnant pour gage de sa sincérité, entre autres, Sibille, dame de Trets, et Boniface de Riez, nouveau seigneur de Castellane. Lesquels vont s'épouser moins d'un an plus tard, tout en continuant à porter grande attention à la situation de Marseille, qui résiste toujours malgré son isolement. Issue d'une des branches des vicomtes de Marseille, et veuve depuis 1243 de Gilbert des Baux, seigneur d'Aubagne et frère de Barrai, Sibille est fille et héritière de feu Gaufridet, seigneur de Trets, Toulon, Cuers, Le Revest et partie de Solliès. Elle a pour mère Guillemette de Blacas, soeur de Blacas d'Aups et donc belle soeur de Laure, elle même fille de Boniface III de Castellane.
Saisissant l'occasion que lui offre la mort de Boniface V, le comte rompt l'accord provisoire passé entre celui ci et Romée de Villeneuve, et reprend La Verdière et les territoires limitrophes. Puis, le 28 juillet 1252, il convoque à Aix les frères Boniface VI de Castellane et Boniface de Galbert pour être témoins du compromis qui, finalement, conclut la longue résistance de Marseille. Le traité fournit trois renseignements :
  • Les Marseillais doivent reconnaître la suzeraineté comtale, consentir à l'installation d'un juge et d'un bailli, mais conservent leur libre administration et de nombreux privilèges d'autonomie ;
  • En traitant les deux frères sur un pied d'égalité, le comte rappelle en quelque sorte au puîné que, s'il a le pouvoir de fait à Castellane, l'administration centrale reconnait toujours à l'aîné le droit de le revendiquer ;
  • Les Castellane continuent à suivre avec constance les affaires de la commune de Marseille.
D'ailleurs ils se retirent aussitôt sur leurs terres, sans prêter hommage Le 8 octobre suivant, Boniface de Castellane et sa femme Sibille de Trets confirment les privilèges et libertés des habitants de Toulon.
Dix ans plus tôt (1242), en présence notamment de Burgondion de Trets, vicomte de Marseille, Sibille avait donné à ses cousins Bertrand a Boniface de Blacas, la moitié de la seigneurie d'Aups en échange du quart des droits de pacage d'Aups, Moissac, Fabrègues et Vérignon, qu'elle entendait garder jusqu'à l'extinction d'une dette de 9 000 sous, solde de la dot de sa mère décédée huit ans avant. Le 1  novembre 1258, par acte passé au chateau du Revest, Boniface de Blacas, seigneur d'Aups, lui reconnaît la possession de la moitie de la moitie d'Aups, qu'ils tiendront tous deux en indivision (l'autre moitié de la seigneurie appartenant au comte).
Quant à Boniface VI, continuant a s’intéresser activement à la vie politique de Marseille, il participe en décembre 1256, au règlement d'un vieux litige entre Barrai de Baux et la commune.

La zone d'influence de Castellane

Reprenant la politique de procédure et de chicane qui avait si bien reussi à son grand père Philippe Auguste dans le royaume de France, Charles d'Anjou recourt en premier à la pression économique et fiscale pour mettre au pas villes frondeuses et familles aristocratiques. Pendant qu'il accompagnait son frère à la croisade, il a fait préparer par son administration une enquete domaniale basée sur le principe que tout appartient au domaine coin tai, seules exceptions les privileges et aliénations dont les benéficiaires peuvent authentifier l'origine en exhibant la charte originale. A partir de 1252, il envoie à travers le pays prélats et juristes procéder au denombrement complet des droits et revenus du Domaine public.
Prudents, ses fonctionnaires n'oseront pas aller enquêter dans une cinquantaine de communautés du Moyen Verdon et de la région de Seriez ; nombre d'entre elles ne font pourtant pas partie integrante de la baronnie.
Non seulement tous les villages ne vont pas enregistrer la même evolution démographique, mais certains, pour des causes diverses, changeront de place : après la crise économique et politique de la fin du XIV et du début du XVè siècle, le castrum de Bagarry se trouvera complètement désert ; repeuplé dans la deuxième moitié du XVIè siècle, ses nouveaux habitants s'installeront à plus de 2 km de sa colline médiévale, et le nouveau bourg s'appellera justement Le Bourguet; la Bastide de Soleils abandonnera son église et ses maisons au pied du rocher dominant le ravin de La Doux pour s'installer, de part et d'autre de la route Comps-Pont de Soleils — Castellane, et devenir le hameau de Soleils, sur la commune de Trigance. Quelques villages s'effaceront même au cours des siècles, tel Levens qui, après avoir compté 169 habitants en 1765, se trouve rattaché administrativement à Majastres depuis une cinquantaine d'années, et dont les ruines ont pratiquement disparues, à l'exception de celles de l'église Saint Barnabé et de l'enclos du cimetière.
En définitive, au moment où les Castellane auraient pu apparaitre affaiblis, en particulier par le relâchement au fil des décennies de leurs liens familiaux avec les Féraud et les Glandeves, le comportement du Capetien aboutit paradoxalement à démontrer le renforcement de leur zone d'influence, aussi bien dans la vallée du Verdon qu'entre Barréme et Moustiers, c'est à-dire la solidité de leur force actuelle. Mais Boniface V n'est plus la pour voir ainsi reconnus implicitement les heureux résultats de sa politique, et Boniface VI ne saura pas tirer leçon de l'habileté de son père.

Les avantages qu'apportent aux habitants les statuts dits "lois et coutumes" 1252

Dès son accession à la tête de la baronnie, Boniface VI octroie à la communauté de Castellane de nouveaux statuts, dits "Lois et coutumes" (11 juillet 1252). Parmi les plus anciennes présentations historiques de l'événement, celle du prieur Joseph Laurensi (1775) se fonde sur un extrait que les syndics avaient fait enregistrer en 1315 par l'administration comtale de Castellane, document aujourd'hui disparu, et celle de J.-P. Papon, postérieure d'un an, sur une charte alors conservée aux archives du comte, à Aix, puis aux archives des Bouches-du-Rhône (cote B 347), mais elle aussi introuvable maintenant.17... Est-ce Boniface V qui a préparé cette charte de franchises ? En tout cas, en la promulguant dès son accession à la tête de la baronnie, son fils affirme sa propre autorité et s'assure la fidélité de ses vassaux et de la population. Pour solenniser cette proclamation "in platea Burgi Castellanae ante dom us quondam Aloisiae Cordonniero", il la fait contresigner par les chevaliers Cordel de Roumoules, Esparon de Châteauvieux, Graila, Bragalone, Fougues Terreneuve et Bertrand Guillaume. Il a besoin néanmoins de l'assentiment officiel de son frère Boniface de Galbert.

Trois chapitres

Les "Lois et coutumes" se divisent en trois chapitres : les privilèges, les délits et les peines, les services et les taxes, et disposent entre autres que chacun peut dorénavant acheter, vendre et tester librement ; prendre gage pour chose prêtée ; poursuivre ses créanciers, même les gens du seigneur, sans demander à celui-ci quelque autorisation ; quitter le pays et s'établir ailleurs en emportant tous ses biens ; interdire aux baillis, juges et autres officiers de la cour de justice, aux chevaliers et gardes du seigneur d'entrer dans les vignes et autres propriétés privées. Les chevaliers sont promus au rang des seigneurs, et les bourgeois au rang des chevaliers : les milites auront sur leurs homines les mêmes droits que ceux qu'ont les domini sur leurs hommes, et les burgenses, les mêmes droits que les militaires.
Nous ne disposons que de rares renseignements sur la composition de la population à ce moment mais quatre-vingt-dix ans plus tard, la communauté proposera à l'administration comtale de payer des droits supplémentaires contre divers avantages, dont celui de l'égalité des trois groupes sociaux - mis à part évidemment les nobles et les clercs - qu'elle comporte, et par conséquent l'émancipation de la catégorie des serfs. A la suite de cette démarche, le grand sénéchal enverra un commissaire interroger les notables. Étudiant la requête et les procès-verbaux de l'enquête, R. Aubenas décrit chacun de ces trois groupes sociaux"' :
  • Les roturiers libres (à vrai dire, le sens d" homines franci, liberi" a donné lieu à des inter¬prétations pas toujours concordantes), sont les plus nombreux, ils ne paient aucune redevance à l'administration centrale, privilège exceptionnel dû probable ment à la promotion des burgenses au rang des milites octroyée par ces nouveaux statuts.
  • Les "hommes de marches" ; leur condition, à l'origine voisine du servage, s'est trouvée fort améliorée par les statuts qui, à leur égard, a aboli en particulier la servitude de la mainmorte, le seigneur se contentant désormais d'une redevance de douze deniers par tête et par an. Seul cet impôt les sépare encore des hommes libres proprement dits, avec lesquels ils sont assimilés; son paiement au fonctionnaire de la cour royale se fait le 21 juillet, fête de la Saint-Victor, et sans doute jour de marché. C'est peut-être de cette circonstance que cette catégorie sociale tire son nom. À moins qu'elle ne soit composée d"étrangers venus s'établir à Castellane pour y exercer leur métier, les douze deniers représentant le prix annuel de leur droit de résidence.
  • Les malservi, dont le nom est inscrit sur un registre spécial ; ces serfs n'ont pas le droit de quitter leur terre, pour laquelle ils versent néanmoins une redevance de deux sous, sans parler des autres corvées auxquelles ils sont astreints, comme beaucoup de tenanciers non serfs. Bien entendu ils sont soumis au droit féodal de la mainmorte : quand l'un d'eux meurt sans laisser d'enfant légitime, ses modestes biens reviennent au seigneur, même s'il a des frères ou autres parents. Rien n'est dit des conditions juridiques de leur mariage, mais on peut penser que, s'ils avaient été obligés d'acheter le consentement seigneurial pour se marier hors de la seigneurie, la requête, qui insiste sur leur incapacite a payer quoi que ce soit, n'aurait pas manque de le signaler. En dépit de leur condition profondément misérable, ces familles seront encore au nombre d'une vingtaine au milieu du XIVè siècle.
Bien que la communauté ait proposé d'acquitter un impôt supplémentaire, sa requête ne sera entendue, en effet, qu'a ce moment, élargissant ainsi les droits des habitants, les statuts octroyés pat Boniface VI constituent un important progrès civique et social. Si la promotion d'une quinzaine de chevaliers ne doit guère provoquer de profonds bouleversements dans la vie quotidienne de la cité, en revanche celle des bourgeois fait de ceux-ci les vrais bénéficiaires : qui va le mieux tirer parti des nouveaux moyens désormais disponibles, si ce n'est, en effet, ceux qui possèdent déjà le plus de biens ? Les autres n'auront guère la capacité d'en profiter, et les serfs ne sont même pas affranchis. Encore ces droits conférés aux notables restent-ils du domaine économique plus que du politique : au sujet des affaires publiques et de la vie de la communauté, le prince ne pourra rien statuer sans le consentement et l'autorité des nobles et des notables. Ils seront sans doute consultés individuellement pour donner une opinion personnelle, mais non collégialement, en tant que catégorie distincte, puisqu'aucun conseil délibérant n'est institué.
Quant à la contrepartie prévue au profit du seigneur, elle n'est pas négligeable : "Chaque maison où il se fait du feu sera tenue de fournir un homme armé qui s'entretiendra à ses dépens et qui marchera à la suite du prince quand il ira à la guerre". Autrement dit, Boniface, qui pressent l'approche de la lutte décisive, s'assure la faculté de recourir à une mobilisation quasi générale des hommes aptes à porter les armes.

L'expansion capétienne sur les rivages de la Méditerranée

Tout en respectant la personne de Charles I d'Anjou - qui d'ailleurs a quitté la Provence quelques mois aptes la soumission de Marseille et n'y reviendra qu'en 1257 - Boniface VI intrigue contre les représentants du comte. Belle-mère à la fois des deux freres, le roi de France Louis IX et Charles d'Anjou, frustrée par le second de certains droits et seigneuries que son mari Raimond Bérenger V lui avait légués, la comtesse douairière Béatrice de Savoie les réclament àprement. Avec son soutien, le seigneur de Castellane intrigue contre l'Angevin, qui incarne à ses yeux l'intrus, l'étranger oppresseur. Les représentants de celui-ci lui confisque Quinson et La Verdière. Le roi Louis IX tente de régler les difficultés qui opposent Béatrice à Charles. En même temps, dans une sentence arbitrale de novembre 1256, il enjoint à son frère de remettre toute offense au seigneur de Castellane et de se comporter à son égard en bon et loyal suzerain (6 novembre 1256). L'administration comtale restitue aussitôt les deux seigneuries.
Par l'accord qu'elle conclut avec son gendre Charles I, la comtesse douairière renonce à toute souveraineté sur le comté de Forcalquier et à ses diverses prétentions en Provence, moyennant une rente annuelle de 6 000 livres tournois. La première conséquence de ce pacte est la dislocation des forces hostiles à l'administration et aux méthodes de gouvernement introduites par le Capétien, opposition qui, jusqu'à présent, se regroupait autour de Béatrice de Savoie. L'un de ses principaux conseillers, l'évêque de Sisteron Humbert Fallavel, est remplacé à la tête de l'évêché par Alain de Luzarches, d'origine parisienne, homme de confiance de Charles. Le comté de Forcalquier est définitivement rattaché au domaine comtal.
A Marseille des élections ramènent au pouvoir les partisans de l'indépendance. Pas pour longtemps : les habitants sont rapidement contraints de signer un traité (juin 1257) par lequel ils renoncent à leur commune et, reconnaissant cette fois la suzeraineté de l'Anjevin, non, il est vrai, comme comte de Provence mais en tant que seigneur de leur cité ! En fait, ils ont perdu leur indépendance politique... Boniface de Castellane a suivi de près les événements mais ne semble pas y avoir pris part active. Quoi qu'il en soit, Charles le presse de le rejoindre à Saint-Rémy, toujours en compagnie de Boniface de Galbert. Les deux frères s'y trouvent dans l'obligation de contresigner, à titre de témoins, la transaction par laquelle l'évêque cède la juridiction sur la ville haute au comte, qui devient ainsi seul seigneur de Marseille (août 1257).
Soucieux de contenir l'emprise de Castellane en Haute-Provence, Charles I entreprend, durant cet été 1257, une touillée qui le conduit de son château de Brignoles à Riez, où il s'assure du sentiment de l'évêque Foulques de Caille, dont le concours lui est particulièrement utile, à Digne dont il se fait céder la coseigneurie par l’évêque, et jusqu'à Apt où, profitant de la mésentente entre bourgeois et chevaliers, il prend aux consuls leurs droits et revenus. En octobre, par l'intermédiaire de son représentant André de Mérindol, il obtient les droits que Guillaume de Moustiers possédait encore à Thorame-Haute, dont Boniface VI est seigneur majeur. Et grâce à sa protection, la seigneurie de Riez  échoit définitivement à l'évêque qui est parvenu à en faire reconnaitre l'entière possession par son Église (juillet 1238), au détriment de Boniface.

Les 3 poèmes des troubadours provençaux

Paladin de la Provence féodale et dernier en date de nos troubadours, Boniface de Castellane compose des sirventès, dont trois sont parvenus jusqu'à nous. D'un genre poétique et satirique particulier à la Provence, ces pièces ont été exhumées au début du XIXè siècle par l'Histoire littéraire de la France.
Le premier poème fustige entre autres la hiérarchie ecclésiastique, les faux des renégats qui tiennent Empire vacant avec leurs mauvais principes, allusion à la vacance de l'Empire (1256-début 1257) grâce à laquelle on peut dater sa rédaction. Boniface crie son aversion pour la passivité avec laquelle le roi d'Angleterre - Henri III, marié à Éléonore, l'une des filles de Raimond Bérenger V - et le roi d'Aragon acceptent l'expansionnisme français; pour leur résignation à la perte de possessions dont s'est emparé le roi de France, qu'il se garde de désigner nommément. Il ménage aussi Charles I, avec toutefois une habile réticence visant ses mauvais conseillers :
"Quant à mon seigneur, si Dieu m'aide, s'il n'écoute pas les mauvais conseils, je sais qu'il sera droit et bon, et que lui plairont les épées et les boucliers, et les hauberts et les armures.
Et il sera bien loyal et mesuré, ainsi qu'un parfait chevalier."
Dans ces deux derniers vers, Boniface reprend presque mot pour mot les recommandations formulées en sa faveur par Louis IX à son frère.
Dans son deuxième sirventès, qui peut être daté approximativement de 1260-1261, Boniface fait grief au Capétien d'avoir infesté le pays d'avocats, clercs et fonctionnaires qui, selon toute vraisemblance, mettent une rudesse croissante à faire valoir les droits de l'administration centrale et à appliquer les sentences de confiscation ou de bannissement. Il condamne avec véhémence les seigneurs provençaux qui se font les auxiliaires du "Francia," et reproche à la noblesse piémontaise d'accepter à son tour l'emprise angevine. Bien que privé de l'appui de Béatrice de Savoie depuis plus de trois ans, il ne désarme pas mais fronde avec plus d'agressivité que jamais. Il commence d'ailleurs son poème par une glorification de la violence :
"Guerre, agitation et tumulte me plaisent, et me plait de voir l'arrière-garde, et me plaît de voir des chevaux armés, et me plaît de voir grands coups férir car ainsi se conquiert une terre.
Tels sont mon cœur et mes inclinations ; et pour chicanes j'ai chaque jour moins de goût, Et elles m'ennuient, car avocats je vois cheminer avec si grande suite ; et me déplaît le conseil des prélats
car je ne vis personne en être heureux car à qui leur présente son bon droit ils répondent que cela ne vaut rien, que tout appartient au comte.
Le malheur des Provençaux me réjouit car aucun d'eux n'y prend garde ; ils tiennent pour sages les gens du comte qui si souvent les conduisent avec une corde au cou
qu'ils ne méritent aucun ménagement tant on les tient pour lâches..."

Troisième sirventès pendant les ultimes combats autour de Castellane

Après avoir enrayé la révolte et isolé Marseille, Charles d'Anjou s'est assuré du loyalisme de la majorité de la noblesse (mars 1262). Intervenant avec sa détermination coutumière et le concours de ses habituels fidèles, il prend le chemin de la montagne et passe aussitôt à l'offensive contre Boniface et les siens, avec des moyens importants. Elles durent vraisemblablement plusieurs semaines, tantôt sous forme de négociations : des seigneurs se soumettent sans combattre ; tantôt par les armes. Postérieur de cinquante ans aux événements, un document rapporte les déclarations de témoins de la région de Riez : avec une grande armée, il aurait assiégé et réduit Hugues de Baux à Allemagne, et les défenseurs du Castellet, qui seront amenés à Beaucaire ou ils resteront deux ans prisonniers. Tour à tour seraient tombés entre ses mains Esparron, Saint Martin de-Brome, Albiosc, Quinson et La Verdière.
C'est au cours de cette période tragique que, profitant sans doute d'un temps de repit, le baron troubadour compose son dernier sirventès. Plusieurs de ses partisans l'ayant abandonné, il flétrit avec amertume ce qu'il estime des trahisons. D'autres ont subi des défaites, mais il ne cite personne. En revanche, dans deux passages différents, il nomme une position qui a succombé, la tour de Blaya, et trois autres qui résistent, Balba, Riez, Blieux :
(Ils [ces Français] envoient hommes, cavaliers et soldats, comme s'ils étaient des aventuriers ou de vils trublions, tout droit dans la tour vers Blaya.
Et peu leur chaut s'ils en meurent ou sont blessés [...] Il a conquis plus facilement Blaya, le preux Charles, qu'il n'a pris de coups à Balba, Riez et Blieux
Quoi qu'il en soit, loin de s'avouer vaincu, Boniface aspire à prendre sa revanche et, dans son château perché sur le Roc, attend le comte de pied ferme :
"Si je rencontre un jour ses agents qui me font la guerre, je les ferais dolents : je les ferraillerai tant que mon epee sera sanglante et ma lance presque en debris.
Et celui qui contre eux se decourage et, a tort, tente de fuir, si je ne l'occis pas, que plus jamais je ne couche bien avec ma dame que j'aime plus que tout."
Au bout de quelques jours, [Charles réussit à faire une breche dans les remparts : la ville se rend et le comte y fait son entrée. Mais Boniface tenait encore dans la citadelle ou Roche de Castellane ; après un nouveau siège de quelques jours, ce dernier point fut emporté à son tour, et Boniface prit la fuite par un chemin souterrain. Tous les biens de Boniface sont confisqués. C'est la fin de la baronnie.

Naufrageur de la baronnie de Castellane mais dernier défenseur de la nationalité catalano-provençale

Ayant fait passer leur rêve d'indépendance avant tout autre considération, les Castellane ont ete rarement des idéologues ; leur engagement audacieux et constant les ont placés en tête de ces familles aristocratiques qui, pour défendre leurs intérêts privés, se sont opposées à la réorganisation de l'État provençal par des comtes de plus en plus centralisateurs. Chacune de leurs générations s'est dressée contre ces comtes, ceux de la Maison burgondo-provençale de Guillaume le Libérateur" comme ceux de la Maison de Barcelone puis des Capétiens d'Anjou. Leur éviction du pouvoir central quand, avant l'an mil, les comtes d'Arles ont tenté de refaire l'unité de la Provence à leur profit, et la puissance de leur propre famille à la même époque, ont pu expliquer leur belle présomption. Ils prétendaient traiter avec les comtes d'Arles sur un pied d'égalité, plus tard amalgamer leur intérêt patrimonial et la volonté des Provençaux d'affranchir le pays d'une tutelle catalane puis française.
Leur attachement passionné à leur petite patrie montagnarde était partagé non seulement par les gens de leur Maison mais sans doute par la population de la baronnie. Quatre-vingts ans encore après la fin de celle-ci, nous retrouverons ce sentiment particulariste - mais alors débarrassé, semble-t-il, de toute aspiration séparatiste — dans une requête présentée par la communauté elle-même en vue d'obtenir, entre autres, le rattachement à leur bailliage de plusieurs localités. Les habitants de ces vallées ne se rendent à la cité de Digne que pour aller à la cour; pour d'autres affaires, ils vont en Provence en passant par Castellane, ainsi pour le sel, pour le vin et pour les pâturage. Pris au pied de la lettre, ce langage ne ferait-il pas de Castellane un pays autre que la Provence ?
Concevoir la baronnie en quelque sorte, comme une enclave dans le comté de Provence sans tenir compte ni de l'évolution en cours de la notion de l’État, ni de l'émergence chez les Provençaux d'une nouvelle conscience, tant sociale que politique, ni simplement du rapport des forces en présence depuis l'arrivée du Capétien, n'est-ce pas manquer de lucidité, oublier la leçon de son père : après l'échec de 1227, Boniface V indique par son comportement l'acceptation d'un certain changement perçu comme inéluctable, irréversible, et l'alliance de sa fille avec le fils de Romée de Villeneuve relevait de ce constat. En fait, Boniface VI succombe à une arrogance aveugle, et pratique une politique qui ne peut que le mener fatalement à l'échec...
Évidemment alliés et fidèles partageaient l'hostilité de Boniface VI à la volonté d'hégémonie du Capétien. Cependant ils n'approuvaient pas pour autant une politique que certains estimaient, au contraire, suicidaire. Sans jamais le trahir, son frère aîné Boniface de Galbert, seigneur de Peyroules, Salernes, etc., a fait preuve de plus de circonspection, s'est efforcé de rester à l'écart des folles bravades. Sa propre femme, Sibille, est allée mourir loin de Castellane après avoir reconnu, bon gré mal gré, le comte comme héritier universel. Et c'est sans doute parce que son parent Féraud manquait d'ardeur dans la solidarité, qu'il avait fait le siège de son château de Piégut.
Ce qui n'empêchera pas Charles d'Anjou, à la tête du royaume de Naples et de Sicile, de sanctionner des hommes, assurément aussi mal disposés à son égard que modérés, en les éloignant de Provence et les investissant de hautes charges en Italie du Sud.  Mais dignités et fiefs n'apaiseront leurs ressentiments ni ne leur feront oublier la Provence. Bien que Boniface de Galbert ait finalement reçu un domaine important dans la région des Abruzzes, à sa mort, son fils Réforciat, par défi à l'Anjevin autant que par attachement à la "nation" provençale, abandonnera le nom de Galbert pour prendre celui de Castellane.
Boniface VI s'est trompé d'époque et sur ses moyens de résistance. Il fut le dernier baron de notre cité qu'il a entrainée dans sa chute : son sort malheureux a valu à sa personnalité la sympathie et l'attachement dont sont habituellement l'objet les derniers représentants d'une dynastie éteinte et déchue.

Saint-Pancrace - Digne
Digne
Vallée de la Bléone - Digne
Digne
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