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Guerres en Provence et Templiers

La filiation des seigneurs de Castellane

À l'initiative de Raimond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, les abbayes de Lérins et de Saint-Victor ont engagé, en 1089, des entretiens pour mettre fin à leur querelle au sujet d'églises que chacune revendique. Le seigneur de Castellane y prend part. Pour la première fois, il se prénomme Boniface, et pour la première fois il est désigné par le toponyme de son château : "Bonifacius de Petra Castellana". La même année, Stéphanie et Laugier, sa femme et son fils, assistent à la cérémonie au cours de laquelle son frère Pierre, évêque de Senez, confirme les possessions de l'abbaye Saint-Victor de Marseille dans son diocèse dont, à Petra Castellana, le prieuré avec l'église Sainte-Marie, son "claustra" et trois églises annexes, à Blieux, l'église de Saint-Pierre, etc. Cinq ans plus tard, le seigneur et sa femme donnent à l'abbaye de Lérins des biens à Puimoisson (1094) et lui offrent en même temps un de leurs fils cadet, Aldebert, pour être moine. L'acte est passé au château de Roumoules, que tient un parent ou un fidèle, en présence de leurs quatre fils, dont Aldebert lui-même. Devenu ainsi moine à Lérins, celui-ci est probablement l'Aldebert qui héritera de son oncle Pierre le siège épiscopal de Seriez.

Successeurs de Boniface

Quant à Boniface, il aura six successeurs en moins de deux cents ans, dont cinq prénommes également Boniface; à chacun d'eux les historiens ont affecté un chiffre pour le distinguer des autres. Seul à porter un nom différent, "Laugier de Petra Castellan' " s'identifie probablement au Laugier qui assistait en 1089 à la confirmation des biens de Saint-Victor, puis en 1094 à la donation à Lérins. À sa mort, sans doute prématurée puisqu'il n'apparaît plus dans aucun document, l'aîné de ses quatre fils va assurer sa succession sous le nom de Boniface II. Celui-ci a épousé Laure, petite fille de Fougue de Pontevès et fille de Pons de Lançon, dont elle héritera la seigneurie de Salernes qu'elle cédera à son mari. En 1122, à l'occasion d'une nouvelle confirmation des biens de Saint-Victor par Aldebert, évêque de Senez, Boniface II est dit pour la première fois, "Bonifacius de Castellane'.
Des recoupements et des analyses ont fait surgir des épisodes, parfois des hommes à l'existence jusqu'alors insoupçonnée. Exemples :
  • La "donation" au Templiers de la terre de Ruou (seigneurie de Villecroze), avec quatre serfs de Salernes et un d'Entrecasteaux (donation faite, en 1155 par Laugier de Castellane, fils de Boniface II et de Laure) n'est connue que parce des chercheurs se sont aperçu que Boniface V la cite, cent ans plus tard (1252), à l'occasion d'une "donation" qu'il fit lui-même à ces Templiers de Ruou;
  • Mentionnés dans un acte ou deux seulement, certains des Castellane n'ont été découverts qu'avec l'avancée de la recherche, tel Boniface IV dit le Roux, qu'ignore Laurensi ;
  • Juigné de Lassigny a reconstitué avec peine leur filiation dans sa Généalogie de la Maison de Castellane, qui fait toujours autorité bien que remontant à 1912 : s'il tient pour prouvée leur descendance directe de Dodon et de son père Pons-Arbaud, la similitude fréquente des noms le fait hésiter parfois entre la succession de fils à père et celle de frère puîné à frère aîné ; prudent et réservé, il ne considère comme certain le lien unissant le fils au père que plus tard.

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La Provence sous l'autorité des Comtes de Barcelone

Au début de l'an mil, la famille comtale issue de Guillaume le Libérateur gouverne toujours la Provence. Par suite de mariages, elle va se ramifier en trois branches : les Provence-Barcelone, les Provence Toulouse et les Provence-Forcalquier. Après un certain temps d'indivision, ces trois branches se partagent le pays, qu'elles découpent en trois comtés distincts :
  • Le comté de Provence, que forme tout le sud de la Durance ; il échoit au comte de Barcelone;
  • Le comtat Venaissin (du nom de Venasque, la capitale), qui comprend le restant de la province d'Arles ; il échoit au comte de Toulouse ;
  • Le comté de Forcalquier qui regroupe les territoires des provinces d'Aix et d'Embrun situés au nord de la Durance ; il échoit au comte d'Urgel.
L'histoire du XIIè  sera remplie des rivalités des comtes de Toulouse et de Barcelone pour reconstituer à leur profit l'unité du pays. Rivalités que compliqueront les revendications d'un seigneur puissant et remuant, Raymond de Baux, soutenu par des familles aristocratiques impatientes de l'autorité comtale, dont les Castellane qui rêvent d'indépendance pour leur baronnie de Haute-Provence.

Raimond Bérenger I

Le comte de Barcelone Raimond Bérenger I a épousé Douce, fille et héritière de Gerberge, elle-même sœur et héritière du comte Bertrand. Pour l'instant, bien que sa femme lui ait cédé tous ses droits sur le comté de Provence, il n'étend son autorité réelle que sur la Provence occidentale, mais a maté la puissante famille des Brussan-Paliol, dont les domaines enserrent Aix, et responsable de l'assassinat de son beau-père. La vigueur de ses méthodes fait sensation : désormais l'échec ne signifie plus compromis mais dépossession. Impressionnés, quatre-vingt-neuf seigneurs lui prêtent hommage en cette année 1113, tous, il est vrai, de la région rhodanienne et de l'ouest d'Aix.
Grâce à sa force militaire (il a pris soin d'amener avec lui des chevaliers catalans) il va parvenir à rallier en moins de trois ans une large fraction de l'aristocratie. Grâce également à l'influence de l'abbaye Saint-Victor, solidement implantée en Catalogne. Grâce enfin aux pressions qu'exercent l'ordre des Hospitaliers de Saint-Gilles et le haut clergé provençal. En 1116, il s'empare du château de Fos, puis arrive à Brignoles où, le 13 juillet, plusieurs grands, qui n'avaient pas daigné le faire plus tôt, viennent lui prêter hommage, dont Guillaume II de Moustiers qu'escorte Augier, l'évêque de Riez. L'année suivante, Guillaume se trouve encore dans la suite du comte qui vient imposer à un seigneur de Nice, de la famille des vicomtes du lieu, un accord avec l'évêque).
Les comtes de la première lignée n'avaient pas tellement cherché à contenir l'aspiration à une certaine autonomie des grandes maisons aristocratiques, que ne liait à eux aucun lien vassalique à proprement dit. Au contraire, le Catalan entend imposer à tous une suzeraineté autre que nominale. Pour s'opposer à ses prétentions, quelques-uns des plus grands seigneurs de Provence occidentale prennent la tête d'une sédition, en 1125, dont Raimond des Baux, Guillaume de Sabran et Guillaume-Raimond de Vedene, en relation avec le comte de Toulouse, qui a lui-même des droits en Provence.

Matant la révolte contre l'évêque Augier, le comte tue en combat Guillaume de Moustiers et Pons de Lançon, beau-père de Boniface II

Profitant des circonstances, plusieurs nobles de Provence centrale et orientale se soulèvent à leur tour. Moins contre le nouveau style autoritaire de gouvernement, dont ils n'ont encore guère eu l'occasion d'éprouver la rigueur, que pour tenter de récupérer les larges portions de domaines dont l'Église les a dépossédés par, estiment-ils, des procédés discutables. Parmi eux, Foulque de Grasse qui, après avoir enlevé Vallauris aux moines de Lérins, saccage leur possession d'Arluc, et Truan de Laurade, seigneur de Chateaudouble et d'Ampus, qui brûle Notre-Dame d'Espéltique, près de Montfort (décembre 1121). De leur côté, Pons de Lançon et les chevaliers de Montbrien réduisent Albiosc en solitude, et incendient, en janvier 1125, l'église Saint-Pierre de Brauchm, Guillemette elle-même, veuve de Guillaume Augier, se mêle énergiquement à l'insurrection ; il s'agit d'hostilités entre petits-fils d'Arbert de Lançon. Celui-ci a eu huit fils en effet, dont :
  • Bertrand, ancien évêque de Riez (de 1034 à 1062) ;
  • Foulque de Pontevès qui a eu, entre autres fils, Pons de Lançon, lui-même père de Laure, femme de Boniface II;
  • Augier ("Spada Curta") qui, lui-même, a eu deux fils : Guillaume Augier, récemment décédé mais au nom de qui agit sa veuve, Guillemette ; Augier, évêque actuel de Riez (1096-1139), artisan de la réforme grégorienne, et qui, en mars 1103, a donné à l'abbaye de Lérins cette église de Brauch, que son frère considérait comme bien patrimonial.
C'est à cette révolte que prend part Guillaume II de Moustiers, elle va lui être fatale. Après avoir soumis les rebelles à l'ouest (16 septembre 1125) et réglé le conflit avec le comte de Toulouse, Raimond Bérenger I, qui trouve là l'occasion d'intervenir dans une contrée où son autorité est encore mal assurée, gagne promptement la région d'Antibes avec ses chevaliers catalans. Après avoir réduit Foulque de Grasse, il opère clans l'arrière-pays : Pons de Lançon doit trouver la mort clans la bataille, il ne sera plus parlé de lui.
Il se retourne enfin contre Moustiers. S'ensuit "une grande guerre" dont nous ignorons les péripéties; nous savons seulement que Guillaume est tué lui aussi, son castellum détruit sur l'oppidum du Couler de Quinson, les églises Sainte-Marie et Notre-Dame-de-la-Roche saccagées. Le comte confisque à la veuve de Guillaume les châteaux d'Aiguines, des Salles et de Saint-Jars, et les remet officiellement aux chevaliers qui, trahissant leur seigneur, les lui ont livrés sans combat. Nous connaissons les noms sous lesquels ils prêteront hommage en 1147 à Digne : Rostaing de Saint -Prs, Guillaume de Saint -Prs et Joufré d'Aiguines. En exigeant la présence de Boniface II à cette cérémonie, Raimond Bérenger I  lui fait payer évidemment sa parenté avec son beau-père Pons de Lançon, sans doute aussi une certaine connivence avec Guillaume II.

Fin des Moustiers

Les Moustiers resteront l'une des prestigieuses familles aristocratiques de la Provence centrale mais, comme ils ont été éliminés de Riez à la fin du Xè siècle, ils devront quitter au début du XIIè siècle la seigneurie dont, pourtant, ils continueront à porter le nom. Nom qui aura subi une modification : Lérins ayant érigé la nouvelle église Sainte-Marie en prieuré, le lieu comptera, avant mars 1250, deux implantations monastiques. Pour consacrer cette coexistence de Saint-Victor et de Lérins, le toponyme de Moustiers, écrit jusqu'alors au singulier ("Monasterium"), prend depuis le pluriel. A la mort de Guillaume III, fils du révolté de 1125, son héritier adoptera la nouvelle graphie; mais Guillaume IV "de Mosteriisn, présent, le 24 juillet 1227, avec d'autres grands de la région, à la cession du consulat de Grasse et, en octobre 1235, à la définition des statuts du bailliage de Fréjus, agira alors en tant que seigneur de Callian. Et d'autres branches des Moustiers auront autorité à Espinousse et Entrevennes.
Après l'annexion de la baronnie de Castellane (1262), lorsque le comte Charles I" obligera les grands seigneurs de Provence à se fixer en Italie méridionale ou en Sicile pour prévenir leur turbulence pendant son absence, il confiera à un Guillaume de Moustiers, en Sicile, le castrum de Gratteri confisqué à Henri de Vintimille (1271).
Boniface II a de solides raisons d'éprouver du ressentiment à l'égard du comte : sa résolution de venger son beau-père, Pons de Lançon, mort lors des combats autour de Brauch et de Pontevès, ne peut qu'affermir son refus de toute tutelle et sa prétention a l'indépendance ; prétention farouche qui inspirait déjà la politique de ses prédécesseurs et animera celle de ses héritiers.

Boniface II renforce la défense du territoire...

Préfaçant l'inventaire des Archives des Basses-Alpes, M. Z. Isnard rappelait que "les barons de Castellane, investis du pouvoir souverain, possèdent seuls, jusque vers la fin du XIè siècle, l'administration de la justice dans cette partie de la Haute-Provence, où ils instituaient des tribunaux et nommaient des juges. Même après avoir été contraints de prêter hommage à Ildephonse [Alphonse], roi d'Aragon (1189) et à Raymond-Bérenger IV (1226), comtes de Provence, et de reconnaître leur suzeraineté, ces puissants feudataires conservèrent la plénitude de l'autorité qu'ils exerçaient sur leurs vassaux. C'est pourquoi, bien qu'aucun document ne donne officielle-ment aux Castellane le titre de barons (à l'exception d'un acte de donation à Ruou daté de 1195), la tradition nomme "baronnie" le groupe de seigneuries où ils tenaient ces privilèges. Tradition qui remonte loin puisque, lors d'une enquête faite en 1354 sur le fonctionnement de la gabelle à Castellane, un témoin parlera de "seu baronnia domini Bonifacii de Castellanal".
Plus que l'origine du comte de Barcelone, c'est sa détermination à assujettir l'aristocratie féodale qui renforce encore l'hostilité de Boniface. La solidarité dans l'infortune et les menaces suspendues autant sur lui-même que sur les Moustiers, l'incitent à soutenir ses voisins. Il consolide leur défense commune en construisant, pour contrôler les principales voies de communication, des ouvrages qui fortifient des points stratégiques au moyen de remparts. Dressées en pierres sèches, nombre de ces rustiques "bastiés" ou châteaux de guerre ont dû, au cours des siècles, être emportés par les pluies et les orages, des lieux dits évoquent parfois leur souvenir. Il en subsiste néanmoins quelques-uns, par exemple :
  • Le coulet de la Bastié17 : au confluent du Verdon et du ravin de Mainmorte. Il barre le chemin qui, du château d'Aiguilles, désormais aux mains d'un homme du comte, conduit à Château Neuf en dégringolant du col d'Illoire sur le Verdon, qu'il franchit à gué avant d'escalader la rive droite entre les colles de l'Olivier (alt. 758 m) et de Meyresle (alt. 817 m) ; il remonte ensuite la rivière par les crêtes, jusqu'au ravin de Mainmorte, qu'il remonte à son tour. Danger permanent pour le Château Neuf des Barris, ce chemin l'est aussi pour Castellane, parce qu'il s'embranche plus loin sur la Voie Romaine, qui, venant de Moustiers, y conduit directement... L'ouvrage oppose deux éléments entre lesquels passe le chemin : Côté sud, une plate-forme adossée à l'à-pic sur le Verdon. Ses flancs étaient défendus par une enceinte de pierres sèches formant fer à cheval, et renforcée de murs avancés ; bien qu'en grandes partie écroulés, enceinte et murs se distinguent nettement; sur la plateforme sommitale, traces sur le sol du château et de sa basse-cour. Côté nord, un rocher vertical : sa hauteur lui assurait une première protection natu-relle sur trois faces ; il était couronné d'une étroite enceinte de pierres sèches, moyen module, encore à peu près en étal ces dernières années, détruite récemment par des vandales.
  • La falaise de Peycal ("Peycard" sur la carte IGN, alt. 1335 m); avant la petite plaine de Suech que domine la Barre des Camions, à l'ubac de laquelle, cent ans plus tôt, s'élevait peut-être le premier château de Rougon,
  • La bastié du Petit-Robion : au nord-est du hameau de ce nom, sur le territoire de Robion, une enceinte en pierres sèches entoure le petit sommet qui sépare les ravins de la Sagne et du Pré du Loup, et que couvrent aujourd'hui pins et buissons. A l'est, une portion, longue de 7,50 m, montre des restes du mur, épais de 2 m, dont le parement extérieur, le seul visible, est fait de gros blocs longs de 60/70 cm, hauts de 30/40 cm et larges de 35/40 cm. Au sud-ouest, un abri de jardin, qui n'est plus en service depuis long-temps, employait comme fond une autre por-tion du mur d'enceinte, et pour ses côtés, non bâtis niais formés de tas, également des pierres de l'enceinte, prises probablement dans la partie sud, manquante ; le mur servant de fond a une longueur d'une douzaine de mètres, une hauteur totale de 1,68 m, une épaisseur de 2 m ; parement fait de très gros blocs à l'intérieur de la fortification, à l'extérieur blocs à Lice éclatée. Le reste de l'enceinte, souvent caché clans la végétation, dépasse rarement 30 ou 40 cm au-dessus du sol. Quelques rochers protègent le centre, surélevé naturellement, comme une sorte de donjon. L'ouvrage contrant le chemin Trigance-Castellane qui, par le ravin de La Doux et Robion, atteignait le torrent de Rayaud à son confluent avec le ravin du Pré du Loup. Une bergerie en ruines, trois cents mètres plus loin, a emporté le nom et s'appelle "La Basile".
D'autres lieux ont reçu un toponyme d'inspiration guerrière, qu'expliquait probablement la présence d'un fortin, mais comme ces lieux n'ont plus trace de construction, et qu'aucun document ne mentionne l'ouvrage qu'ils portaient, c'est seulement leur toponyme, leur emplacement stratégique et leur utilité militaire qui invitent à leur supposer un rôle dans la défense de Castellane. Par exemple :
  • La Tour : au nord-ouest de Castellane, à 500 m à vol d'oiseau au nord de Taulanne, un grand rocher se dresse au confluent des ravins de Sant-Paire et de Tahori; à son pied, un sentier (qui, peut-être allait jusqu'au Vieux-Boade) s'embranche sur la route de Digne. Une petite enceinte de pierres sèches a pu fortifier la plate-forme qui couronne le sommet, mais il n'en reste rien.
  • Le Castel de Ruel : à 4 km à vol d'oiseau à l'ouest de Castellane, dressée sur un rocher (alt.1 180 m) une fortification commandait éventuellement le chemin qui, venant de Senez, descend à partir du col de Lègues sur Castellane, soit directement, soit en bifurquant avant le lieu-dit "Le Goulet", pour passer par Brayal et La Colle. Seul vestige, un fossé creusé à main d'homme, qui isole un replat en éperon.
  • Le Rocher du Fort : à vol d'oiseau, à 4 km au nord-est de Trigance et 2 km au sud-ouest de Robion; il domine et a pu contrôler le chemin qui, venant de Trigance par "le Gros Vallon" et le Haut-Bagarry, rejoint au col de "Basse de la Doux" le chemin Trigance-Castellane par le ravin de La Doux, le Petit-Robion et le torrent de Rayaud.

...Puis va se battre contre le comte (1147)

En 1146, Boniface a dû assister, toujours sous contrainte, à la translation de Notre-Dame-de-Florieye, qu'un de ses parents, l'évêque de Fréjus Bertrand, avait instituée onze ans plus tôt sur le territoire de Tourtour, alors sous son influence. Elle a été transférée au Thoronet (à une vingtaine de km au sud-ouest de Draguignan), où l'emprise de Raimond Bérenger II  se fait mieux sentir. Or il avait confié personnellement à cette abbaye cistercienne la fondation monastique indépendante de Saint-Pierre de Demuèyes, avec les sépultures de sa famille...
Dès que l'occasion s'en présente, il prend les armes : dans la région du Rhône, Raimond des Baux a engagé la lutte contre le comte. Beau-frère provençal de Raimond Bérenger II - il a épousé en effet Étiennette, deuxième fille de Gerberge et sœur de Douce - il prétend avoir quelques droits sur le comté. Fort de l'appui de la république de Gênes et du comte de Toulouse, son camp regroupe Rostaing de Sabran, Gancelme de Claret, Guy de Fos et une fraction de l'aristocratie rhodanienne. Boniface se rend clans la région d'Arles avec quelques alliés, Guigue de Roumoules, Guillaume de Montagnac, Pierre de Galber, et participe aux combats. Son rôle doit être important : après l'échec du soulèvement, en 1147, il figure le premier sur la longue liste de ceux que le nouveau comte Raimond Bérenger II contraint à lui rendre hommage à Tarascon. De leur côté, les enfants des vaincus de 1125, Guillaume et Raimond de Moustiers, Foulque de Pontevès doivent le faire à Digne quelques semaines plus tard, avec leurs parents ou amis Guillaume Augier et son frère Cordel, Isnard de Roumoules, ainsi qu'Isnard de Barème, Hugues d'Oraison et autres seigneurs de Provence centrale et de Haute-Provence. À l'exemple de Boniface II, ses ombrageux successeurs ne se soumettront à l'humiliante céré-monie (1189 et 1237), tête nue, genoux à terre et mains jointes, qu'après y avoir été réduits par les armes.

Appui du comte et descendance

Sans cesse en garde contre la noblesse turbulente de Haute-Provence, le comte apporte un appui constant à l'organisation ecclésiale, qui le lui rend bien. Il charge les Hospitaliers et les Templiers de surveiller en particulier les Castellane. Aux premiers, que l'évêque de Riez, le réformateur Augier, a introduits une trentaine d'années auparavant à Puimoisson en leur offrant les églises du castrum et de la villa Saint-Michel, il donne toute cette villa. Les seconds ont installé une commanderie (qui deviendra fort puissante) à Ruou, sur le territoire de Villecroze, dépendant de Salernes, dont est seigneur Boniface II.
Raimond Bérenger II meurt en 1162. À moins de trente ans, son neveu et héritier Raimond-Bérenger III trouve la mort à son tour dans la plaine du Loup, en 1166, au cours d'une expédition montée en vue de faire reconnaître son autorité par la ville de Nice, soumise jusqu'alors à l'ascendant de Gênes, république qui monopolise au profit de sa propre politique toute l'activité commerciale de la côte ligure.
Déjà roi d'Aragon depuis 1164 et comte de Barcelone, Alphonse I élargit notablement son aire d'influence en recevant le comté de Provence, et rêve de développer sur les rivages méditerranéens un vaste royaume catalan ; au cours des vingt années suivantes, il réussit de fait à imposer sa souveraineté sur une large partie du Languedoc. Il ne séjourne en Provence que par intermittence, mais y établit les bases d'une administration centralisée avec, à sa tête, un "procureur du roi, bailli de Provence" muni de pleins pouvoirs. Puis il prend le comté directement sous son autorité, s'entoure d'un groupe restreint de conseillers et élargit la mission des baillis territoriaux, dont il s'efforce d'étendre l'action. Il en fait de véri-tables représentants locaux, à la fois fonctionnaires administratifs et officiers de justice. Il transforme l'organisation judiciaire : un "juge mage" représente l'organe supérieur de la jus-tice comtale, et les baillis territoriaux sont chargés, dans le domaine relevant directement du comte, de la police, de la justice, en particulier de la répression des crimes de sang, dont le chàtiment entraîne la mutilation ou la mort. Un moment, il délègue son autorité à l'un de ses frères puis, en 1185, attribue le comté à son jeune fils, Alphonse II, mais en y conservant toujours le pouvoir réel.

Boniface III récuse la suzeraineté du Comte (1183)

Boniface III de Castellane apparaît pour la première fois en 1174, à l'occasion du règlement d'un conflit, à propos de Thorame, entre Guillaume Féraud et Saint-Victor. Second fils de Boniface If et de Laure de Lançon, il est le frère puîné de ce second Laugier qui, pour avoir dû céder Ruou aux Templiers en 1155, tenait probablement la seigneurie de Villecroze, mais n'a jamais eu celle de Castellane, sans doute parce qu'il est mort avant son père.
Mû par la même aspiration à l'indépendance que celui-ci, Boniface III va poursuivre la même politique avec la même constance. Il se rapproche davantage encore des Moustiers en épousant Adéldis, petite fille de la victime du Catalan en 1126, qui lui apporte la seigneurie de Château Neuf. Ils auront deux enfants :
  • Boniface de Castellane, qui sera dit le Roux (Rues de Castellana) clans une donation à l'église de Villecroze (1195)
  • Laure, qui épousera Blacas, seigneur d'Atys, de Séranon, etc, et troubadour. Pour donner une idée des mérites de celui-ci, l'historien Papou traduit ce qu'en dit un biographe provençal (dont il ne donne pas le nom) : "Blacas était un noble baron, puissant, riche, généreux, bien fait, qui aimait les femmes, la galanterie, la guerre et la dépense ; il se plaisait à tenir cour plénière, à être magnifique, à faire du bruit; il aimait le chant, le plaisir et tout ce qui donne de l'honneur et de la considération. Personne n'eut jamais autant de plaisir à recevoir que lui à donner. Il nourrit les nécessiteux et fut le protecteur des délaissés.
Renforçant les défenses face au danger que constituent toujours l'évêque de Riez et les gens du comte qui tiennent les châteaux d'Aiguines et de Saint-Jars, Boniface III confie à un fidèle la garde de la seigneurie de Château Neuf et bâtit à son tour des fortifications, mais maçonnées donc plus solides que celles de son père, et stratégiquement encore mieux situées :
  • Le château de Meyreste, sur le sommet calcaire, très isolé, d'une colline qui constituait le centre d'un premier habitat, antérieur à l'époque romaine sans doute, avant que les moines en forment un autre à Saint-Maurice. Le château fait désormais de ce sommet une solide position militaire qui, sur l'itinéraire d'Aiguines, surveille le gué du Verdon et la gorge par laquelle le chemin escalade la rive droite. A mi-pente, un mur maçonné suit une courbe de niveau ; presqu'au sommet, un mur en pierres sèches pas très bien assemblé. A l'extrémité sud-est de la plateforme sommitale (30 m de long x 15 à 20 m de large), des restes de fortifications en pierres sèches suivent le rocher; côté est, une sorte de demi-fossé isole artificiellement le site ; à l'extrémité nord-est, une église ; les autres constructions maçonnées sont en tout-venant à peine lité. Dans le prolongement de l'église et à l'ouest, s'alignent plusieurs constructions, la plupart en pierres sèches. Tessons romains et du moyen âge (I du Xè siècle, 2 de la moitié du XIè,  et 1 fin du XIVè)... Le comte s'emparera de ce château et le gardera après 1189. Son administration le mentionnera dans une liste de castra postérieure à 123223. Marie de Blois, mère et tutrice du jeune comte Louis II, le cédera en 1387 à Giraud de Villeneuve-les-Arcs. Des bâtiments primitifs, il ne reste rien. Les ruines que nous voyons (fragments de courtine du château et portions du rempart du village) appartiennent à une seconde forteresse édifiée à son emplacement, probablement par Giraud de Villeneuve a la fin du XIVè siècle, lors des guerres civiles consécutives à la succession de la reine Jeanne. Mais dès la création du premier château, l'église Notre-Dame de Meyreste, qui jouxte celui-ci, est rattachée à l'évêché de Riez ; possession que le pape Grégoire IX entérine, le 30 juillet 1227, dans la bulle, déjà citée, confirmant à l'évêque Rostaing le temporel de l'Église de Riez. Pourtant, dans le compte de décimes du diocèse, elle ne sera mentionnée ni en 1274, ni en 1351.
  • Le château de Levens, sur une crête (alt. 1 274 m) qui domine la rive gauche du ravin de l'Estoudeou ; d'après les traces au sol, il devait mesurer 16 m de long sur 4 m de large ; il en subsiste encore un fragment de mur jointé à la chaux, épais de 0,90 m, long et haut de 2 m, en petit appareil, éclaté et tout venant ; épaisseur des lits irrégulière, présence de cales. À son pied, sur le flanc sud-est de la montagne, des fonds de cabanes du premier village se groupent derrière une enceinte en demi-cercle. Cette fortification surveille le chemin qui vient du château de Saint Jars (sur l'Huby, probable-ment) et, par le ravin de l'Estoudeou et la vallée de l'Estoublaftse, arrive à Chauvet où il s'embranche sur la Voie Romaine.
Celle-ci passe par Chasleuil et Brandis; pour la barrer, Boniface bâtit deux châteaux. Et d'autres encore, pour couper l'accès à Castellane par la vallée du Haut-Verdon et par le sud-est :
  • Le château de Chasleuil, créé pour fermer l'accès à Castellane par le côté ouest, le plus menacé : la Voie Romaine concentre en effet les dangers que représentent les hommes à qui le comte a confie les châteaux d'Aiguines et de Saint:Prs, mais surtout l'évêque de Riez. Au nord-est de l'agglomération actuelle, sur un rocher (alt. 1 155 m) qui se détache du flanc méridional de la crête du Pas du Loup; au lieu dit "le Vieux Chasteuil", subsistent les ruines d'un donjon carré (4,10 m de côté, murs épais de 1 m) dont le mur sud-est se dresse encore 4 ni au-dessus du sol ; en contrebas, plan d'un logis visible au sol (4 x 6 m environ).
  • Le château de Brandis constitue un deuxième verrou sur la Voie Romaine : sur un éperon calcaire (alt. 1 061 m), à l'extrémité d'une crête descendant des Cadières, au lieu dit Chapelle Saint-Jean (mais celle-ci est postérieure puisqu'elle n'existera pas encore en 1278). 11 ne reste que les traces d'une enceinte sur le point culminant ; en contrebas, une plateforme portait une basse-cour ou un minuscule village. Au nord-ouest, du côté de l'attaque, qui est aussi celui de l'accès, il est isolé par un fossé obtenu par l'élargissement d'une faille.
  • Castillon Supérieur, créé au nord-est de Castellane au lieu-dit Blaron pour contrôler l'accès par la haute vallée du Verdon. À l'ex-trémité d'une crête en éperon, l'ouvrage sur-plombe aujourd'hui le lac artificiel qui a noyé le village de Castillon, tenu jadis par les Castellane, et qui sera dit "Inférieur" pour le distinguer de la forteresse : une plateforme polygonale qui mesure dans ses grands axes 22 x 22 m, avec sur son contour irrégulier d'infimes restes d'enceinte ; au sud, traces d'une petite basse-cour ; au nord, en contrebas, une troisième enceinte, pratiquement disparue, défendait un village minuscule : dix habitants d'après l'enquête de 1278.
  • La Garde : découpé sans doute dans la seigneurie d'Eoulv, ce château contrôle l'accès à Castellane par la route Grasse-Digne. À 0,3 km au sud-ouest du village actuel, une plate-forme longue d'une soixantaine de mètres et large d'une vingtaine, couronne un sommet calcaire marneux, qui s'étire selon un axe nord-ouest/sucl-est, avec des pentes abruptes de tous côtés. Aucune trace de constructions, mais l'aménagement du socle rocheux permet de comprendre qu'une grande enceinte l'entourait et qu'au nord-ouest, la partie surélevée portait sans doute un donjon et le logis seigneurial.
Alphonse I" oblige la cité de Nice à reconnaître sa suzeraineté, en 1176, et Boniface, dont il est informé évidemment des dispositions d'esprit, à se porter garant du traité de paix signé par les Niçois.

Alphonse I investit Castellane et soumet Boniface III (1189)

Héritiers des rois de Bourgogne-Provence, les empereurs du Saint Empire romain germa-nique maintiennent sur la Provence une souveraineté toute théorique, qu'ils manifestent à l'occasion en accordant des bulles d'inféodation et des privilèges. En 1178, Frédéric Barberousse vient se faire couronner empereur à Arles par l'archevêque, en présence du comte de Toulouse et d'une affluence d'évêques et de seigneurs provençaux. Il donne de nombreux diplômes qui entérinent biens et droits féodaux, au bénéfice de laïcs et de prélats. Puis, absorbé par les soucis de la politique internationale, il ne prête plus guère attention aux affaires de la lointaine Provence. D'ailleurs à peine est-il parti qu'Alphonse I, qui s'est gardé d'assister à la cérémonie de Saint-Trophime pour conserver les mains libres, dissipe toute illusion.
Si l'on en croit César de Notredame, Boniface III aurait profité du passage de Frédéric Barberousse pour obtenir de lui l'inféodation directe de la baronnie. L'empereur n'a-t-il pas consenti à Raimond d'Agoult et, quatorze ans plus tôt, à Giraud Adhémar, que lui soient inféodées sans intermédiaire la seigneurie de Sault et celle de Grignane ? En tout cas, le seigneur de Castellane prétend ne pas relever du comte de Provence et, par conséquent, lui refuse l'hommage. Alphonse I réagit énergiquement mais, en raison de la puissance de la baronnie rebelle, doit combiner deux tactiques. D'abord il va l'isoler en coupant les chemins qui y conduisent par des châteaux de guerre, dont :
  • La bastide" de la Glue , à l'extrémité sud-est de la seigneurie de Moustiers, que tient le beau-père de Boniface. Du haut de son promontoire triangulaire adossé en à-pic, à l'est et au sud, à la Glue de la Vallonge, cet ouvrage contrôle au nord-est et au nord la Voie Romaine au moment où, par une boucle fortement pentue, elle quitte le plateau de Vénascle pour descendre dans la vallée de la Vallonge, qu'elle remonte ensuite jusqu'au Plan de Châteauneuf. Le bâtiment actuel est une reconstruction de la fin du XIè' siècle.
  • La bastide de Lagne, au sud de Castellane, sur un territoire que les Moustiers ont donné à Saint-Victor vers 1015, et que traverse la voie reliant Comps et Aups (autre château de Blacas d'Aups) par Vérignon ; aujourd'hui dans le camp militaire de Canjuers.
  • La bastide de Soleils (sur la carte IGN, "La Forteresse") au sud de Castellane, à l'extrémité nord-ouest du territoire de Saint-Pierre de Bagarry, que des Castellane ont donné à l'abbaye Saint-Victor vers 1035. La fortification commande le chemin qui relie le château de Trigance (tenu par des parents de Boniface) à Castellane. Il passe par le ravin de La Doux (aujourd'hui limite entre les départements du Var et des Alpes-de-Haute-Provence) le village de Robion et le ravin de Rayaup. En bout d'une crête calcaire qu'il termine, un rocher plus large et plus haut se détache, en falaise de tous côtés. Au nord, du côté de l'attaque, la faille naturelle a été élargie et approfondie ; le haut du rocher, découpé pour former un mur, est surélevé de maçonnerie. Cet ensemble constitue un donjon rectangle assez allongé et irrégulier. Une barbacane défend l'entrée ; l'accès est taillé clans le rocher, de même qu'une citerne. Un village fortifié s'accrochait au pied du piton, dans la pente sud et à l'ouest. Il n'en reste que des tas de pierres et les vestiges du mur d'enceinte.
  • La bastide d'Esclapon au sud-est de Castellane, en bout d'une crête aux parois abruptes ; du sommet du dernier des rochers, ses vestiges dominent encore le village auquel elle a valu le nom de La Bastide. Elle a pour mission de maî-triser la liaison entre Comps, possession des Castellane, et le château de Séranon que tient Blacas d'Aups, gendre de Boniface. La faille naturelle isolant le rochet a été aménagée en fossé; la rampe d'accès aboutit à un vaste pallier qu'enclôt une petite enceinte, doublée postérieurement, et qui renferme une citerne voûtée, d'une contenance approximative de 12 000m3.
  • La bastide defabmn, au sud-est de Castellane, à proximité de la source de cette rivière ; elle surveille la voie directe Séranon — Castellane (la RN 85 actuelle); rien n'en subsiste sur l'emplacement qu'elle occupait au sommet de la colline portant le village de La Balle;
Alphonse I conduit ensuite des opérations plus traditionnelles. Il "franchit le Rhône pour faire le siège de Castellanel. De Brignoles, son château le plus important en Provence centrale, il mène son armée contre les places les plus méridionales de Boniface : Cotignac, Salernes, Comps. Puis opérant partir d' Aiguines et de Saint-Jars, probable-ment aussi de la cité épiscopale de Riez, il enlève le château de Aleyreste, se fait livrer celui de Château Neuf des Barris, avance en direction de Castellane, par la Voie Romaine. Et pour assurer sa libre circulation, installe une garnison, qu'il confie à Hugues de Montréal (1er mars 1188), à l'ubac d'un sommet, emplacement présumé du premier château de Rougon, et dont le nom : "Barre des Catalans", est d'évidence, un souvenir de cette occupation militaire. On y voit les restes d'une triple enceinte de forme semi-circulaire, en pierres sèches, qui prend appui sur une grande falaise dominant le village actuel. Rien clans les textes ou sur le terrain ne laisse supposer que l'armée comtale soit allée plus loin, ni qu'elle ait pris Chasteuil.

Division des seigneuries de Château Neuf et de Rougon, création de celles de la Palud et Meyreste

Asphyxié par le blocus et conscient de la disproportion des forces, Boniface se soumet sans attendre l'assaut final. En 1189 Alphonse l'oblige à descendre à Grasse pour prêter un hommage solennel en présence de prélats et seigneurs de Provence centrale et orientale. La leçon est plus sévère que ne le laisse apparaître le traité de paix contresigné par l'archevêque d'Embrun, l'évêque d'Antibes, ainsi que par Raimond d'Agout et Bertrand des Baux (lequel possède entre autres, au nord de Barrême, la seigneurie de l'adonne dont hériteront bientôt les Castellane). Parmi la vingtaine de témoins, l'évêque et le prévôt de Senez, le prévôt de Badois, le commandeur des Templiers du Ruou, Guigues de Comps, Raimbaud de Grassé". Sans doute le comte rend-il Camps et Salernes, mais il a préalablement installé à Comps les Hospitaliers, qui lui sont toujours dévoués, et conserve Cotignac, porte de Salernes, qu'il donne (avec Carcès) à Garcia de Resa, l'un de ses loyaux Catalans, dont le fils, moins de quinze ans plus tard, prendra le nom de la seigneurie
Durant la deuxième moitié de ce siècle, Jean de l'ontevès, comte de Camés, estime sans doute le village indéfendable en raison de sa situation géographique et, pour protéger ses hommes, fortifie la grotte à deux étages, appelée un peu plus tard Grotte Notre-Dame à cause d'une chapelle où la population se rendra chaque année en pèlerinage le jour de l'Assomption.
Parmi les confiscations non mentionnées par Alphonse I dans le traité de paix, mais qu'on découvrira lorsque ses successeurs, s'étant définitivement emparés de Castellane, et pour qui elles n'auront donc plus d'utilité militaire, les céderont une à une :
  • La seigneurie de Château Neuf elle-même, qu'il divise en deux : il octroie la partie nord au chevalier qui lui a livré sans combat le château des Barris, avec le privilège d'y construire un château et une église, d'y rassembler un nouveau village (alt. 1 155 m) et d'y transférer le nom de Château Neuf (qui va désormais s'écrire en un seul mot). Il se réserve, quant à lui, la forteresse des Barris et la moitié sud de la seigneurie ; celle-ci, qui n'a plus de nom, emprunte son vocable à l'église paroissiale "Notre-Dame-de-Palude" et s'appelle désormais La Palud. Charles II l'échangera en 1292 avec Pons Moissac-Priouret contre les deux tiers de la seigneurie de Moissac.
  • Les hauts de Raugan et le territoire environnant, qu'il concède à son fidèle Hugues de Montréal par convention, puis aux Hospitaliers de Camps qui, en 1338, l'échangeront avec Arnaud de Trigance. Il transmettra les droits restants à Priouret, seigneur de Moissac, lorsque celui-ci renâclera à échanger sa seigneurie contre celle de La Palud (1292 et 1298).
  • La bastide de La Clue, dont il fait une seigneurie avec un petit terroir détaché de celui de Moustiers ; le comte la confiera en 1294 au sénéchal de Provence Alphant de Solliers, puis en 1305 à Guillaume de Montolieu, avant de la céder, en 1387, à Giraud de Villeneuve-Les Arcs ;
  • Le château de Meyreste, dont il fait une sei-gneurie avec une parcelle du territoire de La Palud; la reine Marie de Blois le confiera à Giraud de Villeneuve-Les Arcs.
Autre conséquence de la guerre dont il sort vaincu, Boniface III perd la grande seigneurie de ChâteauNeuf, reçue par mariage avec la fille du seigneur de Moustiers. Le comte la divise en deux, garde la partie sud avec la forteresse des Barris ; au chevalier qui lui a livré celle-ci, il confie la partie nord, en le chargeant d'y édifier un nouveau chàleau, une église et un village, qui conserveront le toponyme. Ce nouveau ChâteauNeuf, à la Renaissance, descendra de sa plate-forme sommitale sur un replat du versant sud, et s'y développera.

Templiers et Hospitaliers dans les Gorges du Verdon

 

Tradition généreuse avec le Temple : Saint-Thyrs de Robion et la Grotte de Châteauneuf

Fondés en Terre Sainte pour la sauvegarde du tombeau du Christ et pour soigner les pèlerins qui s'y rendaient, les deux Ordres militaires, Templiers et Hospitaliers, installaient dès le début du XIIè siècle, à Port Saint-Gilles, en Camargue, une importante maison chargée des liaisons avec le royaume de Jérusalem. La rapide extension de leurs domaines dans les régions alpines, démontre aussi bien la profondeur de la foi des Provençaux que leur intérêt pour le commerce avec le Levant; elle révèle aussi les avantages tirés par ces Ordres, les Hospitaliers en particulier, de leur soutien sans faille au comte de Provence.
Pourtant les archives sont à peu près muettes sur les possessions des Templiers dans notre région. Seuls sont authentifiées celle de la bastide Saint-Maxime, rattachée à la commanderie de Lorgues-Ruou ; celle de plusieurs terres et revenus à Soleihas, Peyroules, Comps; celle de droits à Aiguines, relevant de la commanderie de Régusse, et d'autres droits à Riez, Baudinard... D'après des assertions contestables, l'Ordre du Temple aurait également détenu des biens à Robion et à Majastres...

Faible implantation

Une si faible implantation s'explique d'autant plus difficilement que les seigneurs de Castellane et de Riez figurent parmi les principaux donateurs, libres ou obligés, des commanderies de Lorgues-Ruou et de Régusse.
À Robion, après avoir été paroissiale d'une villa, l'église Saint-Thyrs est devenue (ou à son emplacement a été érigée une) paroissiale du territoire de Robion, comme en témoigne le petit cimetière attenant à son chevet. Nous trouvons sa première mention dans le cartulaire de Cluny. Vers 916, Foulque de Valensole et sa femme, Provençaux de souche latinochrétienne, étaient assassinés par les Sarrasins ou leurs commanditaires bourguignons, et leurs possessions pillées, lors de la sanglante rivalité entre familles aristocratiques d'origine bourguignonne et celles de droit romain. Devenu abbé de Cluny, leur fils Mayeul a fait enregistrer leur contrat de mariage et la liste des domaines qu'ils possédaient ; dans le commilatus de Riez, entre autres une villa avec l'église Saint-Thyrs (et aliam villam cum ecclesia Sancti) L'habitat de la villa a pu occuper tout près de là, au sud-est, un petit sommet isolé (alt.1 150 m), qui domine de moins d'une centaine de mètres l'église et l'actuelle route Le Bourguet-Castellane (D 102). Orienté sud-ouest/nord-est, presque ovale, le site mesure dans sa plus grande longueur 22 m, dans sa plus grande largeur, 8 m ; un mur de pierres sèches l'entourait de tous côtés ; 14 m en avant, à l'est, une première enceinte, effondrée elle aussi, protégeait le côté où la pente est la moins prononcée.
Pour Jacques Thirion, l'église, "compte tenu de la qualité de l'appareil, du tracé en cintre brisé de la voûte et du caractère de ses signes lapidaires, n'est pas antérieure au XIIè siècle". Une croix pattée, sculptée dans le linteau qui surmontait une étroite fenêtre de l'abside, a fait penser aux Templiers ; c'est encore Thirion qui rectifie : "La croix de Malte gravée sur le linteau échancré de la fenêtre du chevet a fait abusivement attribuer la construction aux Templiers par l'historien de Castellane du xvIlle siècle, le prieur Laurensi, opinion répétée par Féraud au XIXè siècle et par nombre de suiveurs. Cette appartenance n'est pas du tout sûre. J. A. Durbec a souligné qu'il n'y avait aucune trace écrite d'une maison du Temple ou de l'Hôpital en cet endroit. Saint-Thyrs présente en tout cas les caractères d'un petit prieuré rural servant en même temps de paroisse". Ce n'est que vers 1300 que nous retrouvons sa trace dans les textes anciens : elle paie alors une dîme de 15 livres au diocèse de Senez, de 5 florins en 1376. En 1697, Mgr Soanen ordonne une sérieuse remise en état du vaisseau et du clocher. Sa fonction paroissiale est transférée au XVIIè siècle à la nouvelle église de Robion, placée sous le vocable de Notre-Dame. Réparée sommairement en 1942, classée monument historique en 1944, Saint-Thyrs a été restaurée en 1979.

La légende des Templiers

Bien que les fonctionnaires comtaux qui dressent l'enquête de 1278 n'aient rien vu de tel, J.-J.-M. Féraud, se référant à Laurensi, prétend que "Castellane eut aussi une Maison du Temple dans le quartier de Cheiron. Le monastère était bâti près de l'ancienne église de Saint-Pierre, dont on voit encore les ruines non loin du grand-chemin, et prés du sentier qui conduit du hameau de La Palus à celui de La Baume". Nous connaissons déjà les erreurs de Laurensi sur le moyen âge, il en fournit ici de nouveaux exemples en donnant Hugues de Bagarris, de la famille des seigneurs de Bagarry, comme fondateur de l'Ordre des Templiers, ou en plaçant un Pierre de Castellane à la tête des Provençaux de la première croisade. Mais au sujet de la présence templière à Castellane, il se montre plus prudent, ajoutant aussitôt "Mais après tout, ce ne sont que des conjonctures".
Comment alors expliquer la légende ? Les enquêteurs de 1278 citent parmi les droits du comte sur les biens du clergé, outre le quart d'une vigne de la domus Ponlis, deux poules que doit le prieur de Saint-André, église paroissiale de Petra Castellana, pour ses terres du Cheiron ("Prior ecclesia Sl-Andre servit curie II gallinas pro quibusdam terris quas tend in Chaironc"); n'est-ce pas un vague souvenir de cette propriété qui aurait stimulé les imaginations ?
Même à Gréoux, la présence des Templiers ne repose que sur une tradition. Il est possible que la perte des actes de quelque commanderie soit à l'origine de cette lacune. Mais à défaut d'argument plus convaincant et de bases plus solides, les auteurs qui pensent que le château de la station thermale fut le siège d'une commanderie templière, en viennent à soutenir — comme dans un récent ouvrage — "Si c'est faux, prouvez-le" ! ... Pour combler le vide en la matière, les notables qui, au siècle dernier, ont écrit l'histoire de leur terroir, n'ont pas toujours fait preuve de plus de rigueur scientifique.
Le cas de la grotte de Châteauneullès-Moustiers en constitue une bonne illustration. Classée en 1860 par l'administration "chemin d'intérêt commun N° 6", la voie qui reliait La Palud à Mezel borde le cimetière de Châteaneuf à l'est des ruines du village, descend sur la rive droite du Baou en longeant, à gauche, une haute falaise creusée d'anfractuosités. Une grotte plus profonde que les autres et qui superpose curieusement deux niveaux séparés par une plateforme naturelle, abrite une chapelle. C'est ce lieu que décrivit J.-J.-M. Féraud, en 1861, en parlant de Châteauneuf: "On trouve dans son territoire une grotte qui est en grande vénération : la tradition porte qu'un religieux templier s'étant évadé de sa prison, lors du procès célèbre intenté à cet Ordre, vint s'y réfugier, et qu'il y mourut en odeur de sainteté". La tradition ou l'imagination du correspondant qui a fourni à l'abbé J.-J.-M. Féraud ces renseignements ? ... Dans les comptes rendus des délibé-rations du conseil de la communauté sous l'Ancien régime, du conseil municipal depuis la Révolution, il est souvent question de cette grotte, en effet "en grande vénération" ; mais elle est nommée chaque fois Grotte de Notre-Dame, jamais Grotte du (ou des) Templier(s), alors que les conseillers qui en parlent sont des paysans, peut-être peu instruits mais connaissant mieux que quiconque les traditions et appellations locales. Féraud ajoute : "On croit de plus qu'il y avait au hameau [voisin] de Chauvet un couvent des Templiers ; on y trouve en effet les ruines d'un monastère". Sans doute fait-il allusion au Chastellas, mais l'opinion populaire attribuent ces ruines, non pas à un monastère (de Templiers ou autres), mais à un château, d'où le nom par lequel les désignent déjà les plus vieux cadastres.
Ce qui n'empêchera pas, cinquante ans après l'abbé Féraud, un instituteur de Chauvet de reparler de la commanderie des Templiers, et de situer, si l'on comprend bien, un "prieuré des Templiers" sur la butte où s'éleva en réalité l'ancienne église Saint-Pierre, que l'évêque de Riez donna à l'abbaye de Montmajour en 1090, après en avoir dépouillé Guillaume Taxil, propriétaire du domaine de Chauvet et du château du Chastellas'.

Les templiers à Sainte-Maxime de Rougon (Aujourd'hui Saint-Maymes de Trigance)

Sur la rive gauche du Verdon, au-delà de l'actuelle limite méridionale de la poche qui constitue toujours une partie intégrante du territoire de Rougon, les Templiers possédaient la bastide Saint-Maxime de Rougon, à l'emplace-ment probable de l'église, placée sous le même vocable, qu'Arbaud et les siens avaient donnée en 1056 à l'abbaye Saint-Victor". Cette domus s'élevait au pied et au sud d'un sommet rocheux de faible dimension, en bordure d'une petite plaine cultivable où s'amorce, 300 m au sud, une ravine plus ou moins en forme de Glue, qui descend en direction de l'Artuby. Centre d'exploitation agricole, elle comprenait la ferme et sa chapelle, celle-ci servant accessoirement de remise et de magasin, avec des terres attenantes et d'autres éparpillées dans divers quartiers : au Plan Maynier, à l'Ubac du Puy (aux confins de Trigance), au Combaud (aux confins d'Estelle), et à Costas Unchas.
La commanderie templière de Lorgues-Ruou comptait en tout une quinzaine de frères, dont quelques-uns détachés dans les exploitations dépendantes. L'un d'eux résidait en permanence à Saint-Maxime, où il s'occupait essentiellement de la mise en valeur de la bastide, avec l'aide de deux bouviers. C'est lui que le compte de décimes de 1274 désigne : "capellanus Sancti Maxim", parmi les prêtres qui n'ont rien à payer au diocèse de Riez. Il recevait régulièrement la visite du chapelain de Lorgnes, qui officiait dans la chapelle.
Le 24 janvier 1308, les Templiers de Provence étaient arrêtés sur ordre du comte Charles II, qui obéissait à la bulle du pape Clément V et à l'injonction de son cousin, le terrible roi de France Philippe le Bel. Au total, vingt et un d'entre eux, sur qui les agents du comte avaient pu mettre la main, étaient emprisonnés à Pertuis, vingt sept autres à Meyrargues. Plus tard, l'administration comtale devait faire des difficultés pour se dessaisir des biens qu'elle leur a confisqués, encore n'en a-t-elle transféré qu'une partie aux Hospitaliers (1312).
L'inventaire dressé en 1308 nous renseigne sur ce que les officiers venus appréhender le frère templier de Saint-Maxime, ont trouvé dans cette bastide :
  •  Quelques coffres dont deux de dimensions peu communes puisqu'ils contiennent deux bancs, trois dressoirs, des tables et une armoire de chêne ;
  • Une literie suffisante pour le frère et un visiteur : 3 grosses couvertures, 2 coussins, 1 oreiller, 6 draps, 2 matelas (les deux bouviers couchent sans doute à la grange, sur la paille) ;
  • Quelques ustensiles de cuisine,
  • Des provisions peu abondantes, hormis les céréales ,
  • De rares effets d'habillement et du linge de corps,
  • Dans la chapelle, quelques objets du culte (1 missel, 1 calice d'étain, 1 habit de prêtre sans chape pour l'autel) voisinent avec les jarres contenant les provisions d'orge et de froment, ainsi que de nombreux outils agricoles qui s'ajoutent à ceux qu'on trouve péle-mêle dans toutes les pièces, avec une trousse de cordonnier, 3 écheveaux de fils, des sacs, des besaces...
À signaler encore un armement insignifiant : 1 épée, 1 lance, 1 casque et à peine de quoi équiper un cheval sans armure. L'indigence du mobilier, du trousseau et de l'équipement du frère de Saint-Maxime montre qu'en Haute-Provence les Templiers, dans leurs maisons rurales, mènent une vie rustique et dure, sans le moindre confort ni rôle militaire, et sans craindre de prier ou de dormir à côté de leurs outils aratoires.

Les Hospitaliers à Puimoission, Comps... Les Vestiges de leur maison forte retrouvés dans la "Campagne Saint-Maymes"

En même temps que d'autres biens ayant appartenu aux Templiers, les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem ont reçu la bastide Saint-Maxime. Ils la reconstruisent sous forme d'une maison forte. Ce sont ces murs qui subsistent en partie dans l'actuelle Campagne Saint-Maymes, au lieu nommé "La Commanderie“)", à présent sur la commune de Trigance, car à un moment donné, les limites entre Rougon et Trigance ont été légèrement modifiées. Si bien que le hameau lui-même qui porte, lui aussi, le toponyme de Saint-Maymes, présente la singularité d’être à cheval sur les deux communes.
La Campagne Saint-Maymes comporte le logement du fermier, des bergeries, étables et fenils, ainsi qu'un four communal et une ancienne chapelle. Dans ses murs, Jean-Claude Poteur a retrouvé une partie de l'infrastructure médiévale de la fortification, adaptation du tracé régulier de ces "bastides d'Église" qu'illustrent les exemples de la commanderie du Ruou précisément, de Sainte-Croix du Thoronet et du château de Bresc dans le Var, ou bien des châteaux de Cannes et de Saint-Vallier dans les Alpes-Maritimes : un quadrilatère avec cour intérieure ; autour de celle-ci, des bâtiments adossés à l'enceinte et une église dans un angle du quadrilatère (généralement l'angle nord-est), de sorte que l'abside déborde. Au nord et au nord-ouest, restes de l'enceinte, appareil moyen, pierres éclatées, lits irréguliers, joints larges avec cales en pierre. Le mur médiéval s'arrête près d'un escalier taillé dans le rocher.
Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, à Manosque, où Gérard, évêque de Sisteron (1110-1124) les a introduits, sont devenus maîtres de la ville grâce à la libéralité des comtes de Forcalquier. À Puimoisson l'évêque Augier, l'artisan radical de la réforme grégorienne dans le diocèse de Riez, leur a donné l'église de la villa Saint-Miche vers 1120, et l'église paroissiale Sainte-Marie, qui seront complétées par toute la villa plus tard.
Bien que possédant la majeure directe et la seigneurie dans Puimoisson, les Hospitaliers n'y étaient pas seuls et exclusivement les maîtres, ce voisinage les gênait et nuisait au besoin de domination absolue, au désir de la possession exclusive. D'autre part, ces coseigneurs n'étaient pas sans redouter la puissance de l'Ordre, et le prestige d'une puissante commanderie, admirablement organisée, dominant le pays dans lequel ils possedaient des droits, ne leur laissait guère l'espoir d'en tirer parti, ni de les faire prévaloir. Guillaume Verre, qui venait d'entrer en possession de la commanderie, entreprit de se débarrasser de tous ceux qui pouvaient gêner l'exercice de sa puissance.

Autres cessions

En 1231, Blacas d'Aups et sa femme Laure sont habilement conduits à lui céder leurs terres et leurs droits dans Saint-Michel. L'année suivante, Guillaume de Moustiers donne les domaines et les censes qu'il possède à Puimoisson. La même année, Cordel, seigneur de Brunet donne purement et simplement la "Silve", vaste étendue de bois, de terres cultivées et de pâturages, un droit de chasse, etc.
En 1233, Guillaume Verre, "qui poursuivait son oeuvre d'élimination avec une profonde habileté et une constance remarquable, sut amener" Blacas d'Aups et Laure de Castellane non seulement à se démettre en sa faveur des droits féodaux qu'ils possédaient dans le village de Puimoisson, mais de ceux qu'ils possédaient encore à Comps. En 1243, Cordel de Brunet cédait la bastide de Telle, sur le plateau de Valensole, à l'emplacement de laquelle, sans doute, s'élève aujourd'hui la ferme qui porte encore ce toponyme, à la jonction de la route D 8 et de la route qui descend dans la vallée de l'Asse en contournant le village de Brunet.
Aux limites méridionales de la région des Gorges du Verdon, à Comps, l'Hôpital possède une autre commanderie au centre d'un riche domaine. Avant même d'avoir achevé le siège de Castellane, en 1189, Alphonse I' l'y avait établie pour surveiller à la fois Boniface III, seigneur entre autres de ce castrum, et son gendre, Blacas d'Aups. Celui-ci, en 1232, doit céder tous ses droits sur Comps au Grand Prieur de Saint-Gilles, Bertrand de Comps. En 1217, les Hospitaliers vont contrecarrer le dessein de Boniface V d'annexer Rougon et peut-être Trigance, en avançant à Alsacie, veuve du seigneur de ces lieux, la somme de 30 000 sous raimondins pour qu'elle puisse se libérer de ses dettes et racheter les deux seigneuries.
La commanderie de Comps détient également la seigneurie de La Roque d'Esclapon et jouit d'une partie des droits seigneuriaux de la Bastide d'Esclapon (tenue en 1252 par un damoiseau du nom de Roubion) et à Matignon (commune de Seillans). Parmi les autres possessions de l'Hôpital, citons encore Vinon, au confluent du Verdon et de la Durance, que lui a laissé par testament Raimond Bérenger Vai.
A Comps, au nord-est du village, en bout de promontoire, quelques traces marquent l'emplacement du château des Hospitaliers, devant l'église Saint-Jean : porte en arc brisé avec deux claveaux à la clé ; fenêtre de l'abside à double ébrasement, avec un boudin entre les deux ; postérieure donc à 1200, la construction doit dater d'environ 1250.
Si le comte et l'évêque de Riez, son allié, font bénéficier les commanderies de Puimoisson et de Comps de tant de libéralités, c'est que cet ordre militaire prête régulièrement son concours à l'armée comtale. "Ce rôle d'auxiliaire de l'armée comtale est codifié pour les Hospitaliers en 1262. On précise alors qu'ils doivent, pendant 40 jours par an, en une ou plusieurs fois à la volonté du comte, fournir 10 chevaux armés (ou payer 10 livres tournois par cheval) et 100 fantassins armés (ou payer 20 sous tournois par fantassin). En cas de guerre, ils doivent aider à la défense des châteaux du comte, mais dans leurs propres forteresses doi¬vent rester au moins deux Hospitaliers. En outre, le comte a le droit de se servir de leurs châteaux.

Les avatars de l'église Saint-Apollinaire à Puimoisson

Au fond de la vallée du Haut-Colostre, sur la commune de Puimoisson, une chapelle isolée, placée sous le patronage de Saint-Apollinaire, et classée Monument historique, se signale par son architecture et sa longue histoire. Le premier épisode que nous connaissions de son lointain passé nous est raconté en termes analogues par deux documents médiévaux distincts, un manuscrit de la Bibliothèque de Carpentras (fonds Peiresq) et la Chronique des évêques de Valence (rédigée entre 1107 et 1141) : Charlemagne aurait fait donation au diocèse de Valence de cette petite église (ecclesiola), située "dans un lieu appelé Lacunus", au diocèse de Riez ; c'est précisément dans cette église, spécifient les deux documents, que Maxime, évêque de Riez, instruisait de la religion le bienheureux confesseur Apollinaire (trois cent cinquante ans plus tard (1178), revenant d'Arles et s'arrêtant à Vienne, l'empereur Frédéric Barberousse confirmait la donation).
Qui sont donc ces deux saints ?... Maxime est un ancien abbé de Lérins; élu évêque de Riez vers 433, il a pris le temps de transmettre son enseignement à un Apollinaire en qui on a vu le futur évêque de Valence. Seulement les dates ne concordent pas : cet Apollinaire est trop jeune pour avoir été l'élève de Maxime, l'un est né vers 450, l'autre est mort en 460. D'où querelles d'auteurs depuis plus d'un siècle. Mais puisqu'Apollinaire il y a, certains ont pensé à Sidoine Apollinaire, né vers 431 d'une famille de l'aristocratie gallo-romaine d'Auvergne et futur évêque de Clermont.
Devenu évéque, il a continué a suivre les affaires de la Provence, celles de Riez notamment : lors d'une grave famine (471), son ami Fauste ayant obtenu de l'évêque de Lyon une quantité de blé lui ayant permis de parer aux plus urgents besoins, il félicite le donateur : "Je ne pourrai jamais proclamer combien doivent vous remercier les habitants d'Arles, d'Avignon, de Riez... . Par la suite, le roi arien des Wisigoths le chassa quelque temps de son siège épiscopal (de même d'ailleurs que Fauste de celui de Riez). Très vite canonisé après sa mort, sa fête est célébrée le 23 août dans son diocèse de Clermont.
Ayant reçu de l'évêché de Valence la charge de cette église lointaine, l'abbaye augustine de Saint-Tiers de Saou (non loin de Crest, Drôme), y a envoyé des moines... Moins de cinquante ans plus tard, le pont d'Aiguines, sur le Verdon, menace ruine, tant l'ont négligé les Spades, ou Chevaliers porte-glaive, successeurs des Pontiers ou Hospitaliers-Pontifes fondés par Saint Bénezet pour construire les ponts et accueillir les voyageurs. Or, placé sur la route reliant Aups et Draguignan à Moustiers, Riez et Digne, ce pont est indispensable aux relations commerciales et militaires entre la Basse et la Haute-Provence. En conséquence, l'évêque de Riez en confie la concession, en 1210, à l'église dès lors dédiée à Saint-Apollinaire, avec mission de restaurer ou rebâtir le pont, mais aussi de rendre vie à la maison d'hospitalité contiguë, trop délabrée pour donner encore asile aux étrangers en déplacement.
À Puimoisson, la commanderie des Hospitaliers, qui a une fonction charitable de même nature, ne voit pas d'un bon œil ce prieuré rural si proche échapper à sa juridiction. Et comme, justement, l'Ordre possède une église près de l'abbaye de Saint-Tiers de Saou, l'échange est réalisé en 1233. Six ans après, Guillaume de Verre, commandeur de Puimoisson, reçoit de Franc de Moustiers un grand affar dans cette haute vallée du Colostre, tandis que Raimbaud de Moustiers lui vend le sien, au terroir même du castri Sancti Apollinaris.

Saint-Pancrace - Digne
Digne
Vallée de la Bléone - Digne
Digne
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