Version FrançaiseEnglish VersionNederlandse versieDeutsch Version
PASS VERDON
1 semaine dans le Verdon = 2 campings pour découvrir la richesse de ce lieu exceptionnel !

En savoir plus

Guerres internes et état de la région au XVè siècle

Dilapidant le domaine comtal, la reine Jeanne vend Avignon au Pape et de nombreuses seigneuries aux Roger

À la mort de Robert, comte de Provence et roi de Naples, sa couronne passe à sa petite fille Jeanne Ire, âgée de 17 ans. Le règne de celle ci, qui durera quarante ans 1343-1382 sera sans cesse troublé par les machinations qu'ourdiront les frères du roi Robert : les Hongrie, les Tarente et les Duras, mais aussi par l'ambition du duc Louis d'Anjou, qui gouverne le Languedoc pour le compte de son frère, le roi de France Charles V. Comtesse de Provence et reine de Naples, dotée des titres purement honorifiques de reine de Jérusalem (les Musulmans ont pris Saint-Jean-d'Acre en 1291, et de Sicile tombée aux mains des Aragonais en 1282, Jeanne Ire, la fameuse reine Jeanne de la légende, passera sa vie tragique, déchirée de drames et de rivalités, dans son royaume de Naples, à l'exception d'un séjour de sept mois en Provence, en 1348, l'année où elle vend à Clément VI la ville d'Avignon. Chassée de Rome par les émeutes, la papauté avait déjà acquis, en 1274, le Comtat Venaissin et s'y était installée effectivement depuis 1309; la ville va compléter l'État pontifical.
Déjà en 1345, le pape Clément VI, de la famille des Roger, avait remercié la jeune Jeanne de la "donation" des castra des Mees et du Lauzet qu'elle venait de consentir a son frère Guillaume II Roger. L'accord a enclenché, a la faveur des ventes concertées par la reine qui a sans cesse besoin d'argent, le développement accéléré en Provence du lignage limousin, naguère modeste, des Roger : ainsi verra t on un jour le puissant Guillaume III Roger, neveu du pape actuel et frère du prochain pape Grégoire XI, marié à Éléonore de Comminges, de la maison souveraine des comtes de Comminges et de Foix, possesseur du comté de Beaufort en Anjou et de la vicomté de Turenne en Limousin, détenir en Provence la vicomté de Valernes (bailliage de Sisteron), le château des Baux, les villes de Saint-Remy et de Pertuis, les châteaux de Bayons, de Reynier, de Bellafaire, de La Motte, du Caire, de Gigors, de Lauzet, d'Entrevennes, des Mecs, de Mezel, du Castellet, de Meyrargues, de Sederon, des Pennes et autres places.
Pendant ce temps, Raymond d'Agoult, seigneur de Sault et de nombreux fiefs de Haute Provence, qui s'est fait nommer sénéchal par la reine, administre le comté. Il ne se dessaisira de sa charge (1353) que pour la transmettre à son fils Foulques d'Agoult. Certes, les seigneurs de Provence prêtent hommage à leur lointaine reine, mais ils font chez eux ce qu'ils veulent, réunissent souvent à Aix les États, et prennent l'habitude de légiférer. Finances et impôts en particulier relèvent de leur compétence. Votant les subsides que réclame la souveraine, les représentants du pays élargissent leur rôle, ont l'occasion de faire connaître l'avis de leurs mandants et réclament en leur nom des reformes. La Provence retrouve pratiquement son indépendance vis-à-vis de l'administration du royaume de Naples.

Les routiers de l'archiprêtre déferlent sur la Provence (1357)

Robert de Duras s'assure du concours de troupes de "routiers" ou "grandes compagnies" ; disponibles depuis la trêve qui a suivi la défaite de Jean-le-Bon à Poitiers, elles déferlent sur la rive gauche du Rhône, commandées par de redoutables chefs de bandes, dont Arnaud de Cervole dit "l'Archiprêtre". Elles s'emparent du château des Baux et ravagent les campagnes. À Aix, les États recrutent des mercenaires et, pour lutter contre ces bandes, ont recours à d'autres aux ordres du comte d'Armagnac ; pour s'en débarrasser, il faudra payer rançon aux unes et aux autres.

Promotions

Chalet de Camping à Castellane Mobil-home
A partir de 301 €/Semaine

Mobil-home à Castellane Chalet
A partir de 350 €/Semaine

Emplacements Camping à Castellane Gorges du Verdon Emplacement Gorges du Verdon
A partir de 18 €/Nuit


Riez, Castellane et Moustiers construisent leurs remparts

Partout les incertitudes du temps amènent les villes provençales à relever leurs murs. Le bourg de Castellane reçoit lui aussi ses fortifications (1359). De la Tour Pentagonale à mâchicoulis, la ligne des remparts, qui com-porte quatorze tours, rejoint à l'est la porte de l'Annonciade puis, par la place de la Grave (ainsi nommée en raison du gravier qu'y déposaient les crues du Verdon ; remonte à l'ouest par la Tour de l'Horloge. Cette enceinte encerclait un espace d'environ 900 pas, précise Laurensi. Malgré ses six siècles et demi, elle est encore, de nos jours, bien visible sur deux côtés : d'abord le front de maisons tourné vers la place principale avec ses trois tours de section carrée : l'une, au milieu, encastrée en partie dans l'ancienne sous-préfecture, les deux autres, aux angles, en particulier celle qui donne aussi sur la place de l'église paroissiale actuelle, avec ses corbeaux qui devaient soutenir des bretèches ou mâchicoulis. Ensuite, la ligne de maisons bordant cette dernière place et dans laquelle s'insère la porte appelée des Pétardiers Maseau au temps de Laurensi, ou de l'Annonciade, prise entre deux blocs rectangulaires, sans doute tours transformées en habitations.
À Draguignan, le tiers état signe un traité, le 24 janvier 1361, avec Henri, comte de Transtamare, chef d'une bande de "routiers" dite "Les Espagnols", pour qu'il évacue contre rançon Riez, dont il a incendié la ville basse, sans réussir à prendre la ville haute, protégée par sa position. À la suite de ce saccage, la ville construit une enceinte dont subsistent une partie du rempart et deux belles portes. À Moustiers, début de la construction de nouveaux remparts; pour entreprendre sa fortification, la ville avait obtenu dès 1342 l'autorisation de lever un impôt spécial, et, depuis, y a consacré de nombreuses délibérations (1343, 1357, 1359) ; les travaux dureront jusqu'en 1365.
Commandées par Du Guesclin et autres chefs de bandes, de nouvelles troupes de routiers ravagent à leur tour la rive gauche du Rhône, mais cette fois à l'instigation de Louis d'Anjou, qui commence à donner corps à ses visées sur la Provence. Pendant ce temps, à Naples, le gouvernement de la reine Jeanne cherche à diminuer les pouvoirs du sénéchal de Provence, multiplie les offices, dilapide le domaine comtal.

Le "grand schisme" (1378-1429) : La reine Jeanne opte pour le Pape d'Avignon

À Avignon, avènement sur le trône pontifical, en janvier 1371, de Grégoire XI ; le nouveau pape n'est autre que le frère de Guillaume III Roger, lui-même père de Raymond de Turenne à qui il laisse la possession effective de sa vicomté de Turenne et qui, l'année suivante, va rejoindre, à la tète d'une troupe, le comte Amédé VI de Savoie, principal allié de Grégoire XI en Piémont, pour défendre les états du pape menacés par les mercenaires des Visconti.
Le "grand schisme" commence en 1378 quand, à la mort de Grégoire XI, rentré à Rome depuis quelques mois, les cardinaux italiens élisent Urbain VI, qui reste à Rome, tandis que les cardinaux français élisent Clément VII, qui s'installe à Avignon. Il durera jusqu'en 1429. Pendant ces cinquante années, il y aura deux et parfois trois papes à la fois. Le concile de Constance (1414) puis l'élection de Martin V (1417) apporteront une solution finale. Durant un siècle, Avignon aura été "une petite Rome", avec l'italien comme langue officielle. Avignon appartiendra à l'Église jusqu'en 1791, puis la ville et le Comtat Venaissin seront réunis à la France... Né d'une famille de grande noblesse, contrairement à ses deux prédécesseurs issus de la famille Roger, Clément VII a pour frère le comte de Genève, qui exerce une souveraineté incontestée sur une région allant de la Savoie au lac Léman, et est petit-cousin par sa mère du roi de France. Son pontificat durera jusqu'en 1429. La reine Jeanne commet l'imprudence d'opter pour lui. Aussitôt le pape de Rome rassemble et encourage contre elle les nombreux ennemis qu'elle a en Italie.
Par l'entremise du pape d'Avignon, la reine obtient l'aide du duc Louis d'Anjou, à condition qu'elle l'adopte comme fils au détriment de son cousin et héritier naturel, Charles de Duras (1380). Un an après, celui-ci reçoit du pape de Rome l'investiture du royaume de Naples, dont il s'empare et, ayant capturé la reine, la fait étrangler quand il apprend la venue de l'armée de Louis d'Anjou pour la délivrer (1382). Aussitôt, la Provence se divise et connaît les calamités de la guerre civile. Les communautés, Marseille et le sénéchal Foulques d'Agoult prennent parti pour le fils adoptif de la reine défunte, Louis d'Anjou, tandis qu'Aix et la majorité des seigneurs optent pour son successeur naturel, son cousin Charles de Duras. Les uns et les autres se combattent et s'assiègent. Des brigands profitent de ces opérations militaires pour se répandre dans les campagnes. Partout règnent la confusion dans les esprits, le désordre dans les affaires.

Guerre civile : Jean de la Palud mort en défendant Moustiers (1383)

Ne pouvant croire à la mort de Jeanne (à qui elle avait prêté hommage en 1351 et en 1369), la communauté de Moustiers se refuse tant à Louis qu'à Charles, et va le payer cher : elle subit d'abord les destructions des partisans de Duras (1382), commandés par le seigneur d'Aiguines, Albert de Blacas; les assaillants démolissent à demi le bourg de Paillerols, sur la rive gauche du torrent qui traverse la ville, pour bâtir un fort dominant celle-ci ; mais les habitants résistent dans la partie occidentale, aux Baumettes, et Blacas finit par lever le siège au bout de quelques mois. Un an plus tard (novembre 1383), ce sont les partisans de Louis I d'Anjou, sous les ordres de Louis de Trians, vicomte de Talard et seigneur de Gréoux, et de son beau-frère Guillaume de Glandevès, qui attaquent Moustiers. Les défenseurs, contre la volonté de leur capitaine Jean, seigneur de La Palud, qui va trouver la mort, tentent une sortie au cours de laquelle ils se font prendre ou tuer ; les assaillants enlèvent la ville, la pillent, violent quelques femmes, massacrent quelques bourgeois et exigent une rançon de 5000 florins d'or. Finalement, à la condition expresse que la reine Jeanne soit bien morte, Moustiers prête hommage (en même temps d'ailleurs que l'évêque de Senez), non à Louis I d'Anjou, mais à sa veuve, Marie de Blois (1385), tandis que l'un de ses seigneurs, Guillaume de Pontis, renouvellera l'acte deux ans plus tard.
Devenu comte de Provence et roi de Naples en 1382 parmi les plus grandes difficultés, Louis I n'a eu qu'un règne très court, puisqu'il est mort le 20 septembre 1384, à Barri. Quelques mois après, les États se réunissent à Apt pour obtenir de sa veuve, Marie de Blois, confirmation des libertés du pays, et reconnaître comme comte son fils Louis Il, âgé de huit ans.

Marie de Blois la régente

Se montrant tout de suite une régente énergique et habile, Marie de Blois recherche patiemment la soumission des évêques, des barons et des villes, n'hésite pas à négocier les ralliements, confie cette mission à de grands seigneurs tels le sénéchal Foulques d'Agoult et Guigonnet de Jarente. Parmi les feudataires qui lui prêtent hommage cette année, Guyard de la Garde, seigneur de Rougon. Elle octroie au seigneur d'Eoulx les biens des habitants du lieu demeurés dans le camp adverse.
Après avoir reçu en 1378 de la reine Jeanne une partie du fief de Seyne, Guigonnet de Jarente, seigneur de Gémenos (actuelle commune des Bouches-du-Rhône), de Sélonnet (actuelle commune du canton de Seyne), se fera céder la seigneurie de Montclar (actuelle commune du canton de Seyne), qui avait appartenu, au siècle précédent, à l'un de ses ancêtres, Lantelme de Jarente. Il cumule les charges de maitre des comptes et de conseiller du roi. L'un de ses petits-fils deviendra seigneur de La Palud.
La reine-mère réussit à neutraliser l'action du nouveau gouverneur du Languedoc, le duc de Berry, frère de son mari défunt, qui tentait à son tour d'étendre son influence à la Provence. Elle voyage à travers le pays, élargit les privilèges locaux, fait acclamer le jeune roi Louis II... Au moment périlleux où ils vont être confrontés à une nouvelle politique, en matière domaniale notamment, les Roger ont perdu à la fois la protection du pouvoir souverain avec la disparition de la reine Jeanne, et du pouvoir pontifical avec l'installation des Genevois à Avignon, le centre qui pourvoyait jusqu'alors à leur prestige et à leur légitimité. Pourtant Marie de Blois leur confirme, le 15 janvier 1386, toutes les donations dont ils avaient bénéficié en Provence. Apparemment convaincu de sa sincérité, Raymond de Turenne lui prête hommage quatre jours plus tard aux Baux.
Tandis que l'assassinat de Charles de Duras en Hongrie achève d'ébranler le parti qui, à Aix, soutenait encore sa cause, la reine quitte Arles, où elle a séjourné un mois, et arrive par petites étapes à Castellane, dont la communauté lui rend hommage (15 février 1386), puis à Moustiers qui lui fait allégeance (17 avril), et continue par Draguignan. Le 23 mai, elle confirme les privilèges de "ladite ville de Castellane, Roche et Forteresse d'icelle, avec son district, terroir, hommes, juridictions, honneurs et prérogatives quelconques".

La soumission de Blieux et du baillage de Colmars (1388)

La situation des Roger commence à se dégrader : la Souveraine a installé l'un de ses capitaine à Aureille, village des Alpilles qui relève du château des Baux ; Raymond de Turenne le reprend de force (10 mars 1336). En août, elle riposte en confirmant à la communauté de Saint-Rémy ses anciens privilèges, avec promesse de la réintégrer dans le domaine comtal. Le 3 septembre, au cours d'un accrochage, Turenne écrase un détachement pontifical et saisit vingt prisonniers. Ses troupes se révélant insuffisantes pour combattre son adversaire, Marie de Blois fait délivrer à celui-ci, le 15 décembre, un sauf-conduit pour qu'il vienne discuter à Avignon, où il arrive cinq jours après, escorté de 40 hommes d'armes et de 100 chevaux. L'un et l'autre parviennent à un accord, en foi de quoi il renouvelle son serment d'hommage, en présence de son père, Guillaume III Roger, et de trois Agoult : Raymond II, chambellan de la reine, seigneur de Sault et vicomte de Reillane, son cousin Raymond, seigneur du Val d'Oulle, et Réforciat, commandeur des Hospitaliers d'Aix et de Puimoisson. Possesseurs de domaines ancestraux, les Agoult ont reçu eux aussi de la reine Jeanne d'importantes "donations" qui ont été consignées, dans les années 1360, par les officiers comtaux recensant les droits et seigneuries aliénés. Guillaume III Roger et Raymond II d'Agoult concluent en juin 1387 un traite d'alliance clans le but explicite, non de marquer une hostilité de principe d'un pouvoir angevin dont, au contraire, ils ont pris le parti dès son origine, mais de résister aux menaces sur ce domaine foncier qui leur assure des revenus substantiels. Ainsi que ne manque pas de le rappeler Guillaume III, la reine Jeanne leur a cédé terres et places "non à titre gratuit et de simple libéralité, mais à titre onéreux pour récompense de services rendus, et pour la restitution des grandes dépenses faites pour elle en ses plus urgentes affaires du royaume de Naples".
En quelques semaines, Marie de Blois va trouver le moyen de régler plusieurs litiges pendants avec les Agoult; le 1er février 1388, elle donne le castrum de Barjols à Raymond d'Agoult ; en conséquence, on n'entendra plus parler du pacte Agoult-Roger. En Haute-Provence où subsistent quelques foyers de résistance, elle promet amnistie et privilèges, s'ils se soumettent, à la communauté de Blieux et au bailliage de Colmars. Grâce à sa politique adroite et persévérante, elle obtient en deux ans la reconnaissance de Louis Il par toute la Provence, assurant ainsi l'installation définitive de la seconde maison d'Anjou. Elle devra toutefois consentir une grave amputation territoriale : la viguerie de Nice, Puget-Théniers et le bailliage de Barcelonnette se donnent au comte de Savoie par un traité (1388) qui les séparera pour près de cinq siècles du reste de la Provence.

Après la paix, le retour de la guerre

C'est au moment où la paix civile semble revenue que va commencer "la plus horrible guerre que les siècles passés aient jamais vue en Provence" . La reine Jeanne a littéralement dilapidé le domaine comtal. En 1370, elle a vendu à Bermond de la Voulte les droits et revenus que possède la Cour de Castellane sur la ville et le bailliage. Conséquence : neuf ans plus tard, quand les rationaux Véran Esclapon et Hugues Bernard ont établi la liste complète des vigueries, bailliages et diocèses, le bailliage de Castellane n'y figure pas.
Le comte roi Louis II a révoqué cette aliénation et, en même temps, toutes les autres à l'exception de la vente d'Avignon au pape. Mais cette décision unilatérale qui, malgré les promesses antérieures, frappe en particulier la famille Roger, dont Raimond de Turenne, va provoquer une seconde guerre intestine, menée contre le pape au moins autant que contre les souverains.
Le sénéchal Georges de Marte ouvre les hostilités en mettant le siège devant le château de Meyrargues, que tient la mère de Raymond de Turenne, Éléonore de Comminges, la seule des Roger à s'obstiner dans son opposition aux Angevins, et devant Les Pennes, possession de son mari Guillaume III. Début juin 1388, le castrum des Pennes est emporté et rasé, Meyrargues tombe quelques jours plus tard. Ces actes justifient les craintes des Roger, et coupent les relations entre eux et le pouvoir angevin.
Au début de l'année 1390, prétextant la signature imminente d'un accord, Clément VII invite Raymond de Turenne à se rendre au château de Suze, non loin d'Avignon, dans le royaume de France. C'est en fait un guet-apens, mais les tueurs à gages arrivent une heure ou deux après le départ de la victime désignée... Les griefs n'ont cessé de s'accumuler entre le pape et le vicomte de Turenne, qui commence à faire rédiger des mémoires chiffrant les biens privés, objets de valeur et joyaux de son oncle Grégoire XI, dont une partie aurait dû retourner au patrimoine familial, ainsi que les prêts consentis à l'Église par les siens, qu'il évalue à la somme extraordinaire de 1150 ducats, 18 780 florins et 45 337 francs. L'actuel pape en conteste d'autant plus énergiquement la réalité que le schisme entraine une réduction sensible de ses revenus. L'année sera néanmoins intense en tractations, sans que la guerre cesse ou n'embrase d'autres régions.
Situé aux limites du Dauphinée et traversé par la route qui mène en Piémont, le bailliage de Sisteron pâtit du passage des compagnies de mercenaires. De celles, entre autres, qui vont en Italie, sous les ordres de Jean III d'Armagnac, combattre les troupes de Visconti. En juin, grâce à la complicité d'un de ses coseigneurs, le castrum du Caire tombe entre les mains du fils batard du grand-père de Raymond de Turenne, Tristan de Beaufort qui, au bout de trois mois de discussions, fait évacuer ses mercenaires moyennant 1 000 florins. Peu après, les débris de l'armée de Jean 111 d'Armagnac, tué dans une embuscade, rentrent d'Italie. Commandés par Chemisard, ces routiers s'installent en novembre dans la contrée. Plus au sud-ouest, en provenance du Comtat Venaissin et du Valentinois où les combats se sont calmés, d'autres compagnies, qui avaient relevé de l'autorité du vicomte de Turenne, arrivent dans la viguerie de Forcalquier, enlèvent Banon. Malgré la capture de Chemisard, ses mercenaires ne se décident à partir qu'en avril 1392, moyennant 1 000 francs, tandis que ceux de Turenne ne lâcheront Banon qu'un peu plus tard18. Plus à l'est, peut-être deux ou trois ans plus tôt, d'autres compagnies ont exercé des violences dans la région du moyen Verdon.

La puissante "roche et forteresse de Castellane"

Les propos de Marie de Blois, confirmant les privilèges de Castellane le 23 mai 1386, attestent que le château du Roc appartient toujours au comte, qui l'a organisé, armé, et qui paie les soldes : "Voulons enfin que ceux qui seront députés et ordonnés par la Royale Cour, pour garder la Roche et Forteresse de ladite ville, soient de la même ville et qu'ils ayent les gages accoustumés payables continuellement de l'argent fiscal et autres droicts de la Cour Royale de Castellane"... Les combats qui, en 1262, avaient abouti à la reddition de la ville et du château, n'avaient pas dit faire grandes destructions; seize ans après le siège, l'administration comtale a enquêté sur chacune des communautés du bailliage (1278), entre autres sur l'état des fortifications; à Castellane, les témoins interrogés ont dit que l'enceinte du castrum n'exigeait pas de réparations; seul le bourg aurait pu, au besoin, être remis en état, recevoir des remparts et sa défense être renforcée, ce qui fut fait, nous l'avons vu, un siècle après.
Quant au château, il n'en est pas question dans l'enquête. Sans doute parce qu'il dépendait déjà de l'organisation militaire territoriale subordonnée au sénéchal, organisation qui "consistait essentiellement en châteaux gardés, placé sous le commandement de baillis ou de châtelains (baillis lorsque les commandants exerçaient une autorité administrative et judi-ciaire sur le pays alentour; châtelains, en principe, lorsque leur autorité se limitait aux murs de la forteresse et à ses abords immédiats). À chacun de ces châteaux était attachée une petite garnison, entretenue et appointée au moyen des revenus comtaux des circonscriptions. Dès 1327, le châtelain Audemard de Pompone avait été chargé d'inventorier le contenu de la forteresse ; de même Hugues de Levens, en 1333, énumérait arbalètes, arcs, gantelets et bassinets qui s'y trouvaient.
Le château du Roc a été rénové ou rebâti au mye siècle par les comtes de Provence, et transformé en puissante place forte. Un mur, percé de meurtrières et qui, toujours debout sur le versant oriental de la montagne, descend jusqu'au ravin de Serrure, abritait le Roc sur son flanc est; l'agglomération du mir siècle, derrière un long rempart, le protégeait quant à elle sur son flanc nord, auquel elle s'accroche. Selon un document de l'administration comtale daté de 1390, quatre murailles défendaient la plateforme sommitale, et le châtelain qui tenait la forteresse pour le comte, en 1426-31 Jean Lermini, habitait une maison que jouxtait une tour carrée appelée communément "la tour de la Porte Coladissa".
Jean de Beaudricourt, gouverneur de Provence, fait démanteler la forteresse, qui fut rasée et démolie en 1483.

Les routiers à Castellane

Or à l'extérieur du mur couvrant le flanc est comme au milieu de l'agglomération protégée par son rempart, deux ou trois douzaines de boulets de pierre témoignent encore à présent d'un siège en règle qu'a subi la forteresse. Et le document de 1390 auquel nous venons de faire référence, présente ce rempart comme déjà "vieux et délabré".
Vers 1390, les assaillants ne pouvant se rendre maîtres de Castellane, font des dégâts dans l'ancien castrum, cassent le pont, détruisent des villages et massacrent des communautés sans défense. La ville dei Castellane se trouvait alors entourée de bonnes murailles, défendue par des tours, et remplie d'une multitude d'hommes que la frayeur avait attirés de toutes parts et dont l'ardeur se ranimait à la vue du danger qui les menaçait. Elle ferma ses portes. Les dégâts sont incontestables, même si les historiens s'égarent en attribuant le commandement de ces troupes à Raymond de Turenne lui-même, alors que celui-ci semble se trouver en Rouergue et dans les Cévennes durant les derniers mois de 1389, les huit premiers de 1390, et dans le comtat Venaissin à la fin de l'année.
Les églises et les bâtiments les plus remarquables furent démolis ou considérablement endommagés.

Les hommes des baillages de Moustiers et de Castellane devant la place de Vitrolles

Les principales places fortes du vicomte de Turenne, qui en ce moment n'est pas en Provence, subissent des attaques ; 120 de ses hommes sont faits prisonniers en une journée aux Baux et à Saint-Rémy. Ayant envoyé ambassade sur ambassade afin d'obtenir l'arrêt des agressions, et devant le silence de la reine, Turenne arrive clans le comté avec ses hommes, découvre les causes de l'inutilité de ses démarches : le soutien qu'apporte Clément VII à ses agresseurs et l'ascendant qu'il a pris sur Marie de Blois, laquelle acquiesce tacitement. Après avoir fait prêter serment à ses capitaines de ne s'en prendre ni à la reine, ni à ses sujets (cette guerre, fomentée par le pape, dit-il, ne la concerne pas) il enlève quatre ou cinq places à ses ennemis.
Devant l'inefficacité des opérations et des officiers qui les mènent, les États se réunissent à Marseille pour mettre sur pied un nouveau dispositif de défense. Rendu furieux par ces décisions, Turenne rappelle à Marie de Blois les engagements qu'elle n'a pas tenus. Elle lui donne l'assurance que, dès le retrait de ses troupes, justice lui sera faite. Pour le convaincre, elle propose de marier son propre fils, Charles de Tarente, avec sa fille unique à lui, Antoinette de Turenne. Une délégation envoyée par le sénéchal et Clément VII certifie à Turenne que la levée en cours n'est pas dirigée contre sa personne, et renouvelle la promesse d'un règlement moyennant le départ de ses troupes ; une ambassade des États effectue la même démarche. Confiant dans les assurances reçues, il éloigne ses troupes en Italie. Seconde erreur : en échange de l'appui de Charles VI, se soumettant à la volonté du roi, il renonce à unir sa fille Antoinette à Charles de Tarente, et accepte de la marier à Jean Boucicaut, futur maréchal. C'est la rupture avec Marie de Blois.
Le pape et la reine financent des troupes, mais faute de compétence militaire, n'en maîtrisent pas la conduite, ce dont profitent leurs mercenaires, qui pillent le pays autant que ceux de Turenne. Celui-ci, au printemps 1394, voit les attaques se multiplier contre ses places, en même temps qu'il prend conscience de la duplicité de son gendre Boucicaut et du roi de France. Le 21 décembre 1394 s'ouvre à Tarascon un long procès jugeant un seigneur séditieux, sans prendre en considération les raisons qui l'ont poussé à se révolter contre sa souveraine, sans évoquer la cause qu'il défend mais seulement le danger qu'il représente. Le sénéchal Georges de Marte prononce la sentence : Raymond de Turenne est condamné à la décapitation. Les États qui s'assemblent les jours suivants, confirment cette détermination : on va faire évacuer les mercenaires de la reine, qui joignent leurs pillages à ceux des bandes du rebelle ; lever une armée par bailliage ou viguerie ; pousser le siège des trois principales places fortes ennemies : Les Baux, Roquemartine et Vitrolles ; devant cette dernière, iront les hommes de Moustiers et de Castellane, avec ceux de Digne, Grasse, Forcalquier, Sisteron, Seyne et Tallard (Hautes-Alpes). Décidées à pallier l'inaptitude du pouvoir comtal et à mettre un terme à la guerre, les communautés entendent prendre en mains de plus en plus la conduite de celle-ci.

Chute de Raymond de Turenne

L'opiniâtreté que manifeste le vicomte s'explique largement par sa réelle puissance militaire, sa compétence organisationnelle, son aptitude à investir la majorité du territoire. Alors que, généralement, les routiers, une fois épuisé le pays qu'ils occupent, se font payer leur départ et se déplacent vers une autre région, il a installé ses compagnies à demeure. Un document rédigé de sa main en occitan et conservé aux Archives nationales, donne des informations en particulier sur ses garnisons, leur structure interne et le territoire qu'il confie à chacune d'elles pour effectuer des opérations d'intimidation et d'extorsion de fonds : le palis. Le palis n'est rien d'autre, en effet, qu'une convention par laquelle une communauté, tenue sous la menace des armes, s'assure une paix provisoire, limitée à son terroir, moyennant paiements réguliers en argent ou en nature : blé, vin, sel, etc.
Son dispositif s'articule autour de trois châteaux : Les Baux et Pertuis, qu'il tient lui même, et Meyrargues, tenu par sa mère ; et de quatre autres places : Roquemartine, Vitrolles, Roquefure et le Roc de Sanson (forteresse qui correspond sans doute au village actuel de La Bastidonne). À côté de ce dispositif stable, ses compagnies tiennent un ensemble d'une dizaine de castra, qui varie au gré de la conjonture militaire, dont Saint-Paul-lès-Durance (canton de Peyrolles) et Montfuron (canton de Manosque-Sud).
À chacune de ses garnisons est attribué un territoire à l'intérieur duquel elle puise ses propres ressources ; a chacun des hommes qui la composent, sont assignées les communautés qu'il est chargé de soumettre au patis, c'est-à-dire de racketter.
En systématisant le patis, Turenne établit une ponction régulière sur la population en échange d'un "service" : la non-agression. À la pression fiscale de la puissance publique, il tend à substituer son mode de rançonnement, et vise un double objectif : non seulement l'entretien et le contrôle de ses mercenaires, mais aussi une désorganisation de l'État encore plus profonde, en perturbant la ponction institutionnalisée par l'impôt. C'est cette menace permanente pour la cohésion provençale qui va finalement provoquer une réaction profonde de l'opinion et la perte du perturbateur.

Contre-attaque

Au mois d'août 1390, sanctionnant une prise de conscience collective de la situation, les États, réunis à Aix, jettent les bases d'un énergique sursaut. Les participants font promesse solennelle de ne plus consentir à aucun "patis", de s'appuyer et se prêter main forte mutuellement. Ainsi se cristallise une union fédérant l'ensemble du corps politique sur la base d'une fidélité aux souverains. Non seulement la mise sur pied d'une armée et le financement nécessaire sont une nouvelle fois décidés, mais des mesures concrètes traduisent la volonté de s'attaquer aux forteresses ennemies.
Les États se réunissent à nouveau à Aix, du 20 mai au 14 juin 1397. C'est au sénéchal Georges de Marte lui-même qu'est confié plein pouvoir en vue de percevoir les impositions et recouvrer les arrérages. Il ne se prive pas de menacer les clavaires pour obtenir les fonds nécessaires ; en février 1998, il intervient auprès de Louis Bastard, clavaire et notaire de la Cour à Castellane, pour qu'il lui verse enfin les 100 francs or qu'il doit, contribution qui lui parvient dès le 24 février ; le 20 juin suivant, il exige à nouveau 100 florins or, avisant son "chier et bon ami" que s'il ne lui fait pas parvenir cette somme, il enverra des commissaires la chercher de force:" car il en a un pressant besoin pour se rendre devant Roquemartine et Les Baux ; châteaux actuellement "occupés par les vils brigands de Turenne. Dans le cadre le l'union assumée par le Pays, le pouvoir comtal retrouve peu à peu sa place et les conditions nécessaires à l'exercice de ses prérogatives à travers la personne du sénéchal.
Une armée nombreuse et bien encadrée fait le siège de Pertuis, sans doute à l'automne 1398. Son enceinte battue en brèche par une bombarde, la place est emportée courant novembre, et le 10 décembre les États peuvent s'y assembler. Les forces provençales, bien structurées, investissent ensuite Vitrolles, Roquemartine et Les Baux. Bloqué loin du comté, Raymond de Turenne éprouve les pires difficultés pour communiquer avec ses hommes, réduits à la stricte défensive dans leurs forteresses. Vers le mois de juin 1399, la garnison de Roquemartine met bas les armes contre la somme de 3500 florins. Début septembre, se rend enfin la forteresse des Baux, symbole d'une rébellion qui avait acquis une dimension mal évaluée jusqu'à nos jours. A la fin de l'année, la puissance des Roger est anéantie en Provence. Éléonore de Comminges tombe entre les mains de Boucicaut et mourra prisonnière en février 1401. Raymond finira sa vie vraisemblablement dans sa vicomté de Turenne.

Les communautés et les seigneurs, de la fin du XIVè siècle à la fin du XVè

Peste, guerres, famine : la région a perdu les deux tiers de sa population

Au printemps de l'année 1348, la "peste noire", maladie de forme bubonique avec variante pulmonaire, terriblement contagieuse, a fait son apparition en Europe, dont elle supprimera peut-être le tiers des habitants. A Castellane, où quelques citadins de la Basse-Provence ont importé l'épidémie en fuyant leurs villes touchées, les ravages auraient obligé à abandonner l'agglomération pour n'y rentrer que plusieurs mois plus tard.
Une dizaine d'années avant le début du fléau, toute la Provence était déjà éprouvée par de sérieuses difficultés économiques. Dans nos montagnes, où les grains circulent peu, de nombreuses communautés, repliées sur elles-mêmes, étaient aux prises avec la famine. Beaucoup de paysans, appauvris et endettés auprès des usuriers, avaient quitté leurs terres. Puis les guerres intestines provoquée par la succession de la reine Jeanne, et leurs cruels pro-longements qui ensanglantent la fin du siècle, n'ont cessé d'exaspérer la situation. Encore à Castellane, le Verdon, que ne contient aucune digue solide, dévaste la plaine, envahit les rues, emporte des maisons et comble les ruines de sable et de gravier. Les mauvaises récoltes s'ajoutent à l'abandon des terres. Ces maux, qui se succèdent sans répit, paralysent le commerce des grains et provoquent la disette.
Conflits, peste et famines réduisent la population de Manosque, entre 1338 et 1111, des deux tiers de ses chefs de famille. Riez, qui comptait 875 familles payant l'albergue en 1315, n'en a plus que 166 en 1 120. La population de 16 villes et villages situes à l'entour des Gorges du Verdon tombe de 1 366 feux en 1315 à 429 en 1371. Beaucoup de maisons sont en ruine, partout les vignobles à l'abandon, les terres en friche. Les anciens pâturages sont presque tous couverts de buissons.
À l'inverse de ce qui s'était produit au haut moyen âge, la population des Pré-alpes de Provence est beaucoup plus touchée, durant la longue dépression de la fin du XIVè siècle et du début du XVè siècle, que celle de la Provence maritime. Le recul démographique y est plus accentué et le repeuplement qui s'y opérera par la suite, moins rapide. Pourtant, dès 1410, certains signes de reprise seront perceptibles. Depuis l'expulsion de Raymond de Turenne, la Provence connaît enfin la paix intérieure. Ses princes, il est vrai, continuent à appauvrir le pays en hommes et en ressources avec des expéditions sans résultats dans le royaume de Naples et en Sicile. Si la situation économique s'améliore lentement, il faudra de nombreuses décennies encore avant que la reprise de la prospérité aboutisse à un nouvel essor démo-graphique.

La reine Jeanne abolit le servage à Castellane (1352)

Après la proclamation des "Lois et les Coutumes", par Boniface VI, puis la prise de contrôle de la baronnie par l'administration comtale, toute une fraction de la communauté de Castellane bénéficiait d'une relative émancipation. En 1311, elle soumet au comte de Provence diverses propositions pour obtenir l'affranchissement de ceux des habitants encore soumis au servage. Elle offre de payer un impôt supplémentaire de douze deniers par tète et par an pou obtenir l'égalité de condition des trois classes qui, outre les nobles et les clercs, la composent. Ces serfs, une vingtaine de chefs de famille, sont d'une condition profondément misérable et dans l'impossi¬bilité de payer quoi que ce soif, comment pourraient-ils donc songer à acheter leur liberté ? Malgré la proposition de l'impôt supplémentaire, il faudra attendre encore onze ans (10 octobre 1352) pour qu'au nom de la reine Jeanne soit proclamé : "Les habitants de Castellane et de son bailliage sont tous francs et libres'".
À la même époque, les paysans de Trigance semblent jouir de quelque liberté, puisqu'ils discutent avec leur seigneur et, avec lui, prennent certaines décisions. En effet, un document en partie rongé, la plus ancienne charte originale que conservent les archives de ce village, nous apprend qu'en 1355 la population, nobles et plébéiens, désigne des délégués chargés de procéder à la construction de l'église paroissiale.
En fait, ces tractations démontrent le retard de l'organisation communale dans notre région. Car depuis longtemps, tous les membres des communautés, même les "mal-serfs", ont eu la faculté de se réunir et de dis-cuter avec leurs seigneurs, c'est le "droit coutumier"; ils ont toujours eu la possibilité de délibérer en assemblée générale des chefs de famille sur les affaires d'intérêt communal et d'instituer des procureurs pour traiter avec les seigneurs.
Ce qui est nouveau, c'est l'institution au cours de la première moitié du XIVè siècle, dans la généralité des villes et villages de Provence, d'un conseil municipal permanent, élu, renouvelable chaque année. Or, il ressort du docu-ment cité que Trigance, comme sans doute la plupart des bourgs de la région, en est dépourvu. Bien que chef-lieu de bailliage, Castellane devra, semble-t-il, attendre le sien jusqu'en 1486.

Les hommages à la reine Jeanne en 1351

Parmi les hommages de 1351 à la reine Jeanne, citons à part ceux de Moustiers et de Castellane, que prêtent les communautés elle-mêmes, ainsi que celui des Boniface de Castellane pour leurs nombreuses seigneuries : Saint- Jurs, Roumoules, Esparron, Albiosc, Clumanc, Lambruisse, etc.. Avec eux, en cette même année, l'ont fait, dans la région, ces quelques seigneurs :
  • Aiguines : Albert de Blacas, qui rend hommage en même temps pour ses autres seigneuries, dont Baudinard, Bras d'Asse, Estoublon et Thoard (aujourd'hui commune du canton de Digne).
  • Senez : l'évêque. Mieux : le chapitre de Senez, ainsi que Fouquet et Olivier de Blieux ; Requiston de Blieux, qui l'a prêté pour cette seigneurie deux ans plus tôt, en même temps que pour celles de Saint-Jurs et de Châteauneuf, ne renouvelle son geste que pour cette dernière.
  • Saint-Jurs : c'est encore Olivier qui rend hommage pour la famille de Blieux (ici aussi Requiston a fait hommage à la reine Jeanne deux ans plus tôt), mais la seigneurie est à l'époque très morcelée : le font avec lui, outre le seigneur majeur Boniface de Castellane, six autres coseigneurs : Isnard de Paulet, Olivier de Thomas, Thomas de Levens, André de Raymond, Hugues de Vésian et Bertrand de Saint-Martin. Thomas de Latil le fera en 1371.
  • Eoulx : quatre seigneurs qui se partagent cette terre : Thomas de Grasse qui, en 1293, a reçu du comte Charles 11 des droits sur Eoulx en échange de ceux qu'il possédait à Castellane; il aura pour successeur à Eoulx son fils, Raimbaud de Grasse, qui est également coseigneur de Chasteuil, et prêtera hommage à la reine Jeanne pour ces deux seigneuries en môme temps (1371) ; Gaspard de Villemus, d'une célèbre maison de la région de Manosque-Forcalquier; Raymond et Bertrand Salvagni ; le premier, cité à nouveau ci-après comme coseigneur de Robion, le second comme coseigneur de Chasteuil et autres lieux. Trente ans plus tard, la reine Jeanne donnera la totalité des droits sur cette seigneurie à la famille de Raimondis (1381), et bien d'autres seigneuries encore.  

Des Galvan aux Demandolx : une seigneurie dans la sphère de Castellane mais indépendante

Parmi les nobles qui prêtent hommage en 1351 à la reine Jeanne, faisons une place à part à Isnard, seigneur de Demandolx. Sa famille, au cours des quatre siècles suivants, possédera d'autres seigneuries pour un temps plus ou moins long, mais conservera celle de Demandolx jusqu'à la Révolution. La branche aînée donnera deux rameaux qui établiront leur juridiction sur deux communautés des gorges du Verdon : les Demandolx de Trigance et les Demandolx de La Palud.
Notre Isnard, que Jean de Nostradamus, frère du célèbre astrologue, cite dans son ouvrage Vie des anciens poètes provençaux (1575) comme un poète de grand mérite, est le premier à avoir prêté hommage pour la seigneurie (le premier, en tout cas, dont on trouve l'acte enregistré). Mais sa famille est issue peut-être de celle des Galvan : Un Raymondus Galvanegerius était cité parmi les témoins lors de la proclamation des "Lois et Coutumes" par Boniface VI de Castellane (1252) ; l'enquête comtale de 1278 mentionnait les frères Jean et P. Galvan comme seigneurs, à cette date, de Demandolx, où ils habitaient ; un autre Raymond Galvan a répondu, en 1297, à l'enquête comtale sur le servage dans la région ; en outre, un "Galvand de Demandolx" fait paître ses troupeaux, en 1300-1301, dans les bailliages de Brignoles et de Saint-Maximin.
Dans son hommage de 1227, Boniface V de Castellane ne mentionne pas la seigneurie parmi celles qui relèvent de lui, mais en 1238, elle n'appartient pas non plus au bailliage de Senez, pas plus qu'elle ne figure dans l'enquête cumule de 1252, ce qui signifie qu'elle est incluse dans la zone d'influence des Castellane. Mentionné clans la liste des châteaux existant vers 1232, publiée par Bouche : castrum de Mandols, le premier château de Demandolx juchait, avec son village, sur l'une des crêtes de la barre des Conches, où subsistent des traces d'aménagements. Dans la vie de saint lsarn, il est fait mention de ce site : Saint Isarn était venu à Castellane visiter un prieuré de son ordre, le seigneur du lieu de Demandolx, appelé Isnard, vint se jeter à ses pieds et le conjura avec insistance d'aller bénir son château et son village extrêmement exposés à la foudre qui y faisait tous les ans de terribles ravages. Le saint refusa d'abord, par humilité. Mais voyant la foi de ce seigneur, il se rendit sur les lieux, fit de l'eau bénite, en jeta sur le château et sur les autres maisons et c'est un fait que depuis la foudre n'y est plus tombées.

L'église paroissiale

L'église paroissiale primitive, un peu plus bas, bordait une minuscule plaine; sur son probable emplacement, une simple chapelle, dédiée à Notre-Dame de Conches, est construite au cours du XIVè siècle, avec abside en tuf, cul-de-four sur corniche un quart ronde et nef charpentée. Au sujet de cet édifice, on lit dans le procès verbal de la visite que Mgr Soanen a faite à Demandolx le 15 septembre 1708: "L'ancienne église était autrefois placée derrière le château (du XIVè siècle] et au-dessus ; elle y subsiste encore, changée en chapelle, et le cimetière y est encore tout attenant [...] Le cimetière ancien près de Notre-Darne-de-Conche étant sans usage, le nouveau est tout ouvert par un passage libre de tout côté. La chapelle de Notre-Dame-de-Conche, au-dessus du château, a un tableau de la Nativité de la Vierge, avec deux piliers ou colonnes de plâtre.

Nouveau château

Sans doute au moment où l'ancien lignage prend le nom de la seigneurie, ou bien où s'y installe une nouvelle famille, un nouveau château, abandonnant les crêtes, se dresse au-des-sous et au sud-ouest du premier, au sommet d'une falaise en a-pic sur trois cotes. Cette nouvelle position est encore si remarquable que, deux cent cinquante ans plus tard (1700), Geneviève de Forbin Janson, venant d'épouser Fortunat II de Demandolx, écrira à son oncle, le cardinal de Forbin Janson, grand aumônier de France et ministre d'État : "Me voici casée de manière à voir les aigles sur le dos et à prendre la lune avec les dents". C'est ce logis seigneurial qu'habite Isnard de Demandolx, quand il va à Aix prêter hommage à la reine Jeanne, le 26 novembre 1351, en présence de Bertrand de Sabran, de Bertrand Albarici et de Jean Garde, de Sisteron, notaire du sénéchal.
Ce nouveau château, tel qu'il se présente aujourd'hui, s'appuie à l'est sur un rocher, et surplombe à l'ouest le lac artificiel de Castillon du haut d'une magnifique terrasse d'une cin-quantaine de pas. Il est l’œuvre de trois époques successives : la façade ouest, doit remonter effectivement au XIVè siècle ; la façade sud se compose elle-même de trois parties : la corps central, construit sans doute au XVIè siècle, tandis que de chaque côté, les murs datent du XVIè siècle, c'est-à-dire de la réfection du château après son incendie durant les guerres de religion. À son pied, au sud, la seconde église paroissiale, dont les travaux d'extension du XVè siècle (voûte coffrée sans corniche, en partie écroulée depuis une vingtaine d'année, puis voûte d'arête avec pilier) ont respecté l'abside carrée, avec voûte sur corniche concave, appareillée, du XIVè siècle ; les ruines du second village, dont le dernier habitant, un berger, est mort il y a une trentaine d'années, s'appelle aujourd'hui Ville.

L'organisation territoriale de la région au XIVè siècle

Après son couronnement à Avignon (1309), le roi-comte Robert a reçu l'hommage des nobles et des syndics des communautés de Provence, groupés par vigueries ou bailliages. Les seigneurs du bailliage de Moustiers lui ont prêté personnellement hommage le 18 décembre 1309 ; c'étaient ceux notamment des seigneuries de Châteauneuf, Saint-Jurs (Bertrand de Saint-Jurs), Blieux (Trenon de Blieux), Levens, Majastres (Boniface de Roumoules), La Palud (Priouret), Rougon, Le Poil, Roumoules, Allemagne, etc. De même, le lendemain, les syndics du bailliage de Moustiers (Boniface Latil et Boniface Montagnac pour la ville de Moustiers, Guillaume Arclouin pour le château de Rougon) lui ont prêté hommage par l'entremise du sénéchal Raynaud de Lecco, de même que les seigneurs et syndics de la viguerie de Draguignan et de la bailliage de Castellane.
Douze ans plus tard (1322) avec des fractions des bailliages de Brignoles et Saint-Maximin, et des vigueries d'Aix et Draguignan, un nouveau bailliage ayant Barjols pour chef-lieu, comprend entre autres les seigneuries de Vinon, Aups et Baudinard26. A la fin du XIVè siècle, la Provence compte 9 vigueries (Aix, Draguignan, Hyères, Grasse, Nice, Forcalquier, Marseille, Tarascon et Arles) et 15 bailliages, dont ceux de Digne, Moustiers, Castellane et Badois. Bailliages et vigueries dépendent directement de la cour d'Aix. Jusqu'à l'union de la Provence au royaume de France (1481), l'organisation administrative du territoire ne connaîtra plus de modification clans la région, hormis la création éphémère du petit bailliage d'Aups, enlevé puis rattaché au bailliage de Baijols en 1443 et 1444.
C'est ainsi que, contrairement au voeu des habitants de Castellane, l'agrandissement de leur bailliage ne se réalisera jamais. En même temps qu'elle sollicitait, en 1341, l'affranchissement de ses "malserfs", la communauté pré sentait en effet trois autres requêtes :

  • Tout d'abord, l'annexion au bailliage des vallées de Colmars, Thorame, Barréme et Clumanc (appartenant au bailliage de Digne), des villages de Rougon et Majastres (bailliage de Moustiers), ceux de Trigance, Comps et Bargème (viguerie de Draguignan) et celui de Briançonnet (viguerie de Grasse) ; la communauté faisait ressortir à juste titre que ces vallées et localités sont plus proches de Castellane que des chefs-lieux dont elles dépendent, et que la haute vallée du Verdon communique avec cette ville plus commodément qu'avec Digne, surtout en hiver;
  • Ensuite le droit de nommer un conseil communal pour diriger les affaires qui incombent à la communauté ;
  • Enfin la concession d'une foire de trois jours, en septembre, pour le proche village de La Garde, et d'une foire de trois jours également, en décembre, pour la ville de Castellane; foires où les marchands locaux seraient exempts de leyde (droit perçu par le fisc comtal sur les produits vendus).

De ces trois requêtes, les deux dernières finiront par être entendues, mais jamais la première, bien que le juriste et procureur du roi Guillaume Henri de Cadenet, sur l'ordre du sénéchal Philippe de Sanguinet, ait ouvert une enquête à Castellane même, où il a interrogé des hommes de cette ville ainsi que de Châteauvieux, Allos, Thorame et Barrême, et bien qu'ils aient confirmé les arguments avancés.
La viguerie ou le bailliage sert assez souvent de cadre à des assemblées représentatives, dont nous ignorons tout de la forme et du fonctionnement, si ce n'est qu'elles se composent, semble-t-il, de représentants du clergé, de la noblesse et des communautés. Il arrive cependant que les délégués des communautés s'assemblent seuls. Ainsi les syndics du bailliage de Moustiers se seraient réunis à Riez, en 1382, pour protester contre les exactions d'Albert de Blacas, seigneur d'Aiguines, pendant la guerre civile, et envoyer des députés au sénéchal de Provence.
Le titre de viguier, réservé au début au représentant du comte dans les grandes villes, s'est étendu par la suite à quelques circonscriptions rurales importantes. En fait, viguiers et baillis ont les mêmes attributions et, en 1540, toutes les circonscriptions s'appelleront des vigueries.

Yolande d'Aragon, mère du Comte Louis III et belle-mère du roi de France Charles VII, cède Meyreste au seigneur de la Palud (1420)

Après neuf ans de luttes stériles, ayant échoué dans sa tentative de reprendre le royaume de Naples, Louis II a retrouvé une Provence épuisée (1399). Ce qui ne l'empêche pas, dix ans plus tard, de diriger deux nouvelles campagnes en Italie, tout aussi vaines. Entretemps (1401), il épouse à Saint-Trophime d'Arles Yolande d'Aragon, fille du roi d'Aragon et de la princesse française Yolande de Bar.
Lorsque Henri V d'Angleterre et son armée débarquent en Normandie (1415), c'est la reprise de la Guerre de Cent Ans, un moment interrompue. Le roi de France Charles VI a sombré dans la folie depuis 23 ans. Sa femme Isabeau de Bavière est prête aux pires abandons. La rivalité des Bourguignons et des Armagnacs déchire le royaume. Louis II, que la guerre accapare clans ses domaines d'Anjou et du Maine, meurt à Angers (1417). Son fils, Louis III, âgé de moins de 14 ans, lui succède, et Yolande assume la régence avec beaucoup d'habileté. Elle gouverne la Provence jusqu'en 1423 car, à l'appel du pape Martin V, le jeune comte part tenter une nouvelle fois la reconquête du royaume de Naples, qu'il réussira en partie. En même temps, durant toute cette période, Yolande d'Aragon s'acharne à soustraire le dauphin Charles, qui a épousé sa fille Marie d'Anjou, à l'influence désastreuse de la reine Isabeau, et à lui apprendre son métier de roi.
Tandis qu'elle assume encore la régence, Yolande cède à Geoffroy de Castellane-Entrecasteaux, seigneur de La Palud, "la bastide ou masage de Meyreste" (1420) en compensation de services rendus à son mari Louis II pour la reconquête du royaume de Naples et notamment d'un don de 100 florins d'or29. Pourtant Geoffroy d'Entrecasteaux se montre encore insatisfait. Des lettres de la reine, datées de Tarascon (4 avril 1421), nous l'apprennent : le seigneur de La Palud et de Meyreste proteste car si, par privilèges royaux, il jouit dans ses deux seigneuries de presque tous les droits souverains de justice, y compris le mère empire, c'est-à-dire le jugement d'adultères, de viols et de crimes ayant entraîné effusion de sang, la cour royale s'est néanmoins réservé le dernier supplice, ce qui entraîne l'immixion des officiers royaux dans certaines affaires de justice, à son détriment.
En raison des services qu'il a rendus, Yolande lui accorde finalement juridiction, punition et exécution du dernier supplice par ses officiers de justice de La Palud et Meyreste, et autorisation de faire ériger sur ces terroirs les fourches patibulaires.
À partir de 1420, et bien que continuant à former une seigneurie à part avec sa juridiction particulière et ses droits indépendants, le terroir de Meyreste ne sera plus jamais séparé de celui de La Palud, tous les deux resteront possession de la même famille aristocratique puis, après la Révolution, formeront une seule commune.

Meyreste : le château du XVIè siècle

Habitation mi-seigneuriale mi-rurale, le rustique château que nous voyons aujourd'hui est plus récent que "la bastide ou masage" cédé par Yolande d'Aragon" ... Il se présente, en effet, sous la forme d'un bâtiment rectangulaire du XVIè siècle, à deux niveaux, avec support diaphragme (arcs de pierres liées à la chaux) soutenant le plancher du premier étage. Remanié au XVIIè siècle, avec adjonction de deux tours; le niveau supérieur de l'une a servi de pigeonnier, avec des alvéoles carrés en gypse jusqu'au plafond. Au rez-de-chaussée, belle salle, qu'orne une cheminée dans la partie ouest, et porte dans la façade sud. Au premier niveau, les fenétres de la façade sud ont perdu naguère les douze pierres à faces éclatées qui constitué chambranles et meneaux ; dans la façade nord, nouvelle porte d'entrée : avec un linteau en plate-bande, un fronton tri, angulaire et des décors sur les côtés, elle rappelle la porte latérale de la chapelle Saint-Claude, à Cipières (Alpes-Maritimes). A une seule pente suivant un procédé ancien de protection contre le vent, le toit de tuiles ne pouvait connaître de "génoise", cette corniche formée de rangées superposées de tuiles rondes ne s'étant répandu en Provence rurale qu'au XVIIè siècle. D'ailleurs édifié presqu'au fond d'une cuvette qui débouche, au sud-est, par une brèche sur les falaises en à-pic du Verdon, il est protégé des vents sur les trois autres côtés par des montagnes escarpées. Quelques champs l'entourent, qu'arrose une source abondante. L'endroit jouit en toutes saisons d'un climat suffisamment chaud pour que, contrairement à La Palud, y prospèrent les oliviers, comme l'atteste le nom d'une butte voisine : la "Colle de l'Olivier".
En 1301 et durant tout le XIVè siècle, les registres de la "queste générale" dans le baillage de Moustiers ignorent la communauté de Meyreste, mais elle figure sur la liste en 1400, avec quatre familles roturières imposées. Une transaction intervient, le 28 novembre 1527, entre Antoine de Demandolx, seigneur de La Palud et de Meyreste, et la communauté des deux seigneuries. Si le seigneur conserve entiers ses droits de justice, il réduit les redevances qui lui sont ducs à un cens annuel. Celui-ci consiste en un panai de blé "pour chaque maison appartenant aux chefs de famille de ce lieu de Meyreste et de La Palud où ils habitent et où ils ont leur foyer".

Meyreste : la chapelle Notre-Dame

L'église de Meyreste, qui jouxtait le premier château, relevait de l'évêché de Riez, selon une bulle de 1227 du pape Grégoire IX. Cependant, dans les comptes du diocèse, elle n'est mentionnée ni en 1274, ni en 1351. Reconstruite plus tard, devenue simple chapelle de secours, on y dit la messe tous les samedis, de mai à septembre, jusqu'en 1716; le 14 septembre de cette année, en effet, l’évêque de Riez l'interdit en attendant qu'elle soit fournie "de tous les ornements et meubles nécessaires pour le Saint Sacrifice de la messe". Il n'en subsiste que les soubassements en pierres liées à la chaux; l'abside a disparu mais son départ est net ; le mur sud, en petit appareil tout-venant Format rectangulaire, mesure de 1 à 2 m de haut.
Dans son testament (28 octobre 1572) le même seigneur léguera à sa femme, entre autres biens, les fruits et usufruits de la moitié de Meyreste, des prés qui sont sous ce château, et de la "vigne Madame". Vers 1600, la terre de Meyreste est estimée à 10 000 écus et rend environ 300 écus de rente.
Un peu plus tard (1635), Elzéar de Demandolx-La Palud donnera lui aussi à son épouse jouissance "de la vigne de Meyreste, avec la salle du château pour aller récréer quand elle voudra, avec permission de mettre du bétail dans l'écurie et de prendre ce qui lui plaira, pour la nourriture dudit bétail".
De même Julien de Demandolx, avant sa mort, laissera à ses deux frères "la rente d'une bastide, avec son affar au terroir de Meyreste, appelé la Graninche".
Quant à la chapelle Notre-Dame qui occupait, au sommet de la colline, l'extrémité sud-est de la plateforme surplombant le Verdon, il n'en reste pas grand-chose : l'abside a disparu mais son départ est net; le mur sud, en petit appareil tout-venant format rectangulaire, mesure de  à 2 m de haut.

Sous le ''bon'' Roi René, le seigneur de Rougon assume la défense du littoral (1447)

René d'Anjou, le "bon" roi René de la légende provençale, est le fils cadet de Louis II et de Yolande d'Aragon. Son frère Louis III est mort en Italie (1134) à l'âge de 30 ans, sans laisser d'enfant de son récent mariage avec Marguerite de Savoie (1432). Il lui succède donc à la tête du comté de Provence, après avoir déjà reçu le duché de Bar de son grand-oncle, le cardinal Louis, et le duché de Lorraine du chef de sa première femme, Isabelle de Lorraine. Avec la Provence, il hérite en même temps du duché d'Anjou et, théoriquement, des royaumes de Naples et de Sicile.
Pendant quinze ans presque sans interruption, Louis III avait bataillé en Italie contre le roi d'Aragon, sans pour cela se rendre maître du royaume de Naples, mais au prix d'énormes ponctions sur l'économie provençale. René reprend les opérations dès 1438 et les poursuivra durant plus de vingt-cinq ans, en exigeant lui aussi des États et du comté de lourds sacrifices financiers. Pourtant ses expéditions ne cesseront d'aller de mal en pis.
Après quatre ans de lutte, Alfonse d'Aragon s'empare de Naples (1442) et René se sauve sur des galères génoises, en laissant toutefois son fils, le duc de Calabre, aux mains de son adversaire. Sa défaite suscite l'émotion en Provence. Les États votent un don de 55 000 florins dont 25 000 pour la libération du jeune duc de Calabre. De Pise, en juillet, le roi vaincu écrit aux syndics et conseil de Moustiers. Il remercie avec effusion mais presse qu'on verse la somme. Vers le milieu d'octobre, il rentre en Provence et ne reviendra plus jamais à Naples.
Depuis Louis III, les galères aragonaises font des incursions sur le littoral, de l'embouchure du Rhône à celle du Var. L'épisode le plus célèbre de ces attaques est le sac de Marseille (1123) où l'incendie et le pillage ont duré trois jours et trois nuits. En 1447, une autre galère espagnole ose s'aventurer dans le port de la ville. La population réclame des mesures de défense. Hélion de Glandevès, seigneur de Rougon et de Faucon, gouverneur du château d'Hyères et "capitaine général pour la côte marine", reçoit l'ordre d'y pourvoira''. De nouvelles entreprises pour la reconquête du royaume de Naples, toutes aussi vaines et coûteuses, s'échelonnent jusqu'au début de 1464.
De caractère faible, dépourvu de talent politique et militaire, René est éliminé définitivement d'Italie par Alfonse d'Aragon. Il ne lui reste alors plus grand chose outre la Provence et ses possessions françaises Maine, Anjou, Lorraine. Cependant, il a quelque mérite. Point porté à la violence, il a le souci de la prospérité de ses peuples et prend des mesures qui y contribuent. Après avoir résidé tantôt à Angers, tantôt à Aix ou Tarascon, il se fixe définitivement en Provence (1470).
Les États s'attachent à améliorer les formes de la justice et à donner des garanties à la liberté individuelle. René les suit, promulguant la plupart des mesures qu'ils proposent. La paix intérieure n'est pas sans drame. En 1475, à Digne, des juifs sont victimes d'une émeute que provoquent les prédications des Frères Mineurs. Ils n'étaient pourtant que 20 inscrits au cadastre en 1468, 12 en 1471 ; ils ne seront plus que 3 en 1493. À l'inverse, les communautés hébraïques sont denses aussi bien dans les cités commerçantes du Bas-Rhône que clans les grands ports de la côte. Le roi veille sur elles, moins par pure tolérance, sans doute, qu'en raison des prêts et des dons qu'il en tire.
Ces émeutes annoncent une succession de massacres et de pillages qui, après la mort de René (1480), se développeront en 1484 et 1485 dans la plupart des agglomérations. La Provence, devenue française, verra partir en une vingtaine d'années son importante colonie juive, en dépit d'une implantation fort ancienne. Renouvelant un édit pris par Charles VIII, roi de France et comte de Provence, Louis XII prendra en effet la décision d'expulser les juifs du comté et l'exécutera (1500).
De même, la prospérité ne règne pas partout. Dans le bailliage de Moustiers (19 com-munautés prises en considération), le nombre de familles payant l'impôt comtal, qui était de 2002 en 1315, n'est pas remonté à plus de 587 en 1471. Dans le bailliage de Castellane (37 communautés prises en considération), il était de 1627 et ne dépasse pas 483 en 1471. Ces circonscriptions ont donc perdu en moyenne près des trois quarts de leurs habitants en un siècle et demi.

Saint-Pancrace - Digne
Digne
Vallée de la Bléone - Digne
Digne
Provence

Retour aux questions sur Histoire du Verdon

Autres informations
Autres catégories