Version FrançaiseEnglish VersionNederlandse versieDeutsch Version
PASS VERDON
1 semaine dans le Verdon = 2 campings pour découvrir la richesse de ce lieu exceptionnel !

En savoir plus

L'administration et la fonction publique du Verdon

L'administration de la communauté

Le seigneur au XVIIIe siècle

À Aix, capitale politique, comme à Marseille, capitale économique de la Provence, toute une société opulente mène une vie de faste, dans des hôtels particuliers que nous admirons toujours. La nouvelle aristocratie du négoce a étendu son champ d'action jusqu'aux Amériques (depuis 1719) et jusqu'à l'Océan indien par la route du Cap (depuis 1769). La noblesse a vu décliner ses prérogatives politiques. Après leur suppression durant près d'un siècle, ses assemblées générales n'ont été rétablies qu'en 1700, mais soumises à autorisation et tenues en présence de l'intendant. En fait, comme à Versailles, elle a changé de caractère : le chevalier provençal traditionnel a fait place à l'aristocrate mondain, cérémonieux et domestiqué par le pouvoir, d'autant plus intransigeant sur ses privilèges et ses distinctions qu'avec la multiplication des ventes de titres, son "ordre" s'est enflé et la qualité de noble dévaluée.

Promotions

Chalet de Camping à Castellane Mobil-home
A partir de 301 €/Semaine

Mobil-home à Castellane Chalet
A partir de 350 €/Semaine

Emplacements Camping à Castellane Gorges du Verdon Emplacement Gorges du Verdon
A partir de 18 €/Nuit


Un tournant pour la noblesse

Nombre de seigneurs de Haute-Provence veulent désormais partager les vanités de la haute société et pratiquent l'art des Mations à Aix, à Marseille, à Paris ou dans quelque autre grande ville. De Jean-Antoine de Gautier, seigneur d'Aiguines, qui figurait déjà en 1667 parmi les consuls de la ville d'Aix, à l'avant-dernier seigneur de La Palud, Pierre-Louis de Demandolx, qui sera premier consul (en 1787- 1788) de cette même ville à la veille de la Révolution, ils ne séjournent plus guère en leurs châteaux perdus dans la montagne et trop austères pour les goûts du siècle. Mais pour soutenir le train de vie et l'apparat qu'imposent leurs postes d'honneur, ils ont besoin de beaucoup d'argent. Comme ils ne condescendent aux opérations du commerce ni à celles de l'industrie, ils n'ont souvent d'autres moyens de s'en procurer qu'en exigeant de leurs sujets des redevances toujours plus fortes et en démembrant leurs propres seigneuries : des négociants enrichis prétendent s'attribuer un titre de noblesse en achetant des bouts de terre noble.
Par ses orgueilleuses prétentions et ses exigences abusives, la noblesse coalise contre elle la moyenne bourgeoisie roturière des villes et la petite bourgeoisie paysanne des villages. Au Bourguet, le rôle de l'impôt levé par individu (la capitalion) comprend une classe de bourgeois au nombre de 7 pour une communauté de 51 imposés ; ces grands propriétaires sont probablement de grands ménagers, au train de vie plus raffiné, utilisant une domesticité de ferme pour exploiter leurs terres, sans doute les seuls alphabétisés du village. Cette bourgeoisie paysanne et, dans les villes, commerçante et de chefs de fabriques, détient la puissance économique réelle, et refuse de "ramper devant les grandeurs" ; à Draguignan, au cours d'une assemblée, l'un de ses membres proteste avec éclat contre le "mépris" dont la noblesse accable ceux qui ne lui appartiennent pas.

Conseil communal et consuls défendent le droit à la vie pour la majorité de la population

Bien avant la Révolution, la région qui deviendra les Basses-Alpes était déjà l'une des moins peuplée : 168000 habitants, estimera la Constituante de 1789. Les villes sont modestes : de 3 000 à 5 000 âmes pour Digne, Manosque et Sisteron. Dans les villages, les commerçants et artisans chez qui l'aisance, toute relative bien sûr, a réveillé un certain esprit d'indépendance, parfois quelques hommes de loi actifs et intrigants, les paysans les plus favorisés ont fait du conseil communal l'organisme capable de tenir en échec l'arbitraire du seigneur. C'est ce qui explique qu'en 1656 déjà, le conseil d'Aiguines avait interdit l'accès à "aucune charge publique" aux personnes qui avaient affermé des terres des coseigneurs et qui, par conséquent, étaient sous leur dépendance plus ou moins étroites. Autant que leur droit aux honneurs, c'est le choix à la vie pour la majorité de la communauté que les conseillers et les conseils revendiquent par la négociation et défendent en en appelant aux tribunaux. Ainsi, en 1747, à La Palud, quelques semaines à peine après la victoire de Castellane sur les Austro-Piémontais, le seigneur Pierre-Louis de Demandolx prétendait se faire rembourser quatre tonnes de bois qu'il avait livrées sur réquisition des troupes ennemies. Le conseil a refusé. Le seigneur a intenté un procès. Il est finalement débouté, la forêt communale ayant fourni le bois.

Constitutions des conseils à Ainguines, Castellane, etc.

Aiguines, dès 1303, avait établi la constitution de syndics et procureurs, avec l'exposé des griefs de la communauté. À Moustiers, où un consulat fonctionnait depuis au moins 1222, on ne trouve trace écrite des délibérations du conseil qu'à partir de 1368; à Castellane, à partir de 1473 ; à Trigance, de 1514 ; à Rougon, de 1573 ; à Eoulx, de 1603 ; à La Palud, de 1606. Quant à celles de Demandolx, les documents antérieurs à 1790 se composent uniquement d'un registre de délibérations daté de 1765, et de l'état civil de la paroisse de Ville et de la succursale de Saint-Michel, depuis 1706.
Bien que son orientation apparaisse favorable à l'ensemble de la population, le conseil reste en fait oligarchique. Élus le plus souvent par un collège électoral restreint, ou bien cooptés par les conseillers sortants, ses membres sont "les plus capables", c'est-à-dire les habitants du village les plus riches et "les plus apparents".
À Puimoisson, le conseil, composé de dix conseillers, des trois consuls précédents et des trois en exercice, choisit lui-même ses nouveaux membres. On inscrit leurs noms sur autant de billets que l'on plie et que l'on fait tirer au sort par un enfant ; les neuf premiers sortants sont nommés conseillers. A Clumanc, en 1740, pour le renouvellement du conseil, chacun des trois consuls désignait trois nouveaux conseillers. Les consuls constituent en quelque sorte l'exécutif du conseil. Ils sont deux en général, parfois trois comme à Trigance et à Castellane. À Puimoisson, chacun représente une catégorie d'habitants : l'un la bourgeoisie, l'autre l'artisanat, le troisième "les laboureurs".

Élections à Trigance

À Trigance, au XVIe siècle et durant le premier tiers du XVIIe, le conseil comprenait sept personnalités : les trois consuls, les deux auditeurs des comptes et "luminers" des confréries, et trois estimateurs. Voici comment se déroulaient alors les élections, à la maison commune à deux étages : les consuls anciens, auditeurs et estimateurs procédaient d'abord à l'élection des consuls nouveaux, chacun opinant "suivant son rang". Les opérations se passaient "au plus haut de la maison commune, ainsi qu'est la coutume". En 1624, ont été élus Jean-Barthélémy Antelme, Jean-Antoine Rouvier et Nicolas Cartier. Ensuite lecture était faite du procès-verbal dans la salle d'en bas, devant les habitants assemblés, soit 78 présents cette année-là.
En 1664, conseillers et consuls prêtaient serment après leur élection, à la maison commune. "Et ce fait, nous, lieutenant du juge, sommes allé à l'église paroissiale avec lesdits consuls nouvellement élus où, après avoir tous ensemble prié Dieu et invoqué le Saint-Esprit de vouloir les illuminer en l’exercice de leurs charges, avons fait assoir lesdits consuls en leur place accoutumée, en quoi personne n'a rien dit ni formé aucune opposition, de quoi les sieurs consuls sortants nous ont requis acte que leur avons concédé".
À La Palud, c'est le "conseil général", composé des chefs de famille qui, chaque année à la mi-mai, élit les deux "consuls nouveaux", les estimateurs, les auditeurs de compte, sans oublier les trois "prieurs de la confrérie du Saint-Esprit" ; le nombre de participants, très variable, est toujours suffisant pour obliger à tenir l'assemblée en plein air.

Difficulté pour amener de nouveaux administrateurs

Cependant les consuls éprouvent quelque peine à réunir en cours d'année un nombre de conseillers suffisant pour délibérer chaque fois qu'il le faudrait. Aussi la communauté de Trigance a-t-elle nommé en 1634 un conseil de six membres et de tous autres qui trouveront bon de se trouver aux assemblées, en plus des consuls et auditeurs "vieux et nouveaux". Les conseillers absents au moment des délibérations bien qu'ils soient dans le village, sont frappés d'une amende de 6 sous. On fait crier l'annonce des réunions "afin que personne n'en prétende cause d'ignorance". La mesure se révèle insuffisante : deux ans plus tard, trop d'affaires de la communauté restent encore en souffrance en raison des difficultés à rassembler le nombre d'administrateurs nécessaires pour la validité des débats. On élargit donc le conseil à 20 membres, dont la présence de 15 suffit pour délibérer, chacun d'eux étant tenu de répondre aux convocations sous peine d'amende, sauf cas de force majeure.
Il semble qu'à La Palud, le règlement laisse plus de marge de liberté, tous les "chefs de maison" sont invités à participer au conseil.
Il faut croire que les chefs de famille n'apprécient guère la désinvolture dont à fait preuve M. le Vicaire à l'égard de leurs élus. D'après le compte rendu des délibérations, les consuls sont allés ce matin à l'église faire l'adoration du Saint-Sacrement, pour représenter tous les habitants en ce saint jour. Ils ont fait prier M. le Vicaire de mettre la croix au lieu accoutumé pour baiser le pied du crucifix. Le vicaire ayant refusé, "ils s'en sont allés sans pouvoir faire les dévotions auxquelles ils sont tenus". C'est pourquoi ils ont fait assembler le présent conseil. Celui-ci décide de porter l'affaire "devant le Grand Vicaire" et de "faire des observations, au nom de la communauté, auprès du prieur et de son vicaire" !

La prépondérance de la richesse...parfois contestée

Presque partout se retrouve la difficulté de réunir le conseil. Les administrateurs manquent de zèle, peut-être parce qu'ils ont l'impression de jouer les figurants, les décisions étant emportées bien souvent par les mêmes quelques "gros bonnets" trop puissants pour qu'on ose les contredire. Dans la lutte contre l'absentéisme, on utilise la carotte et le bâton. Aiguines essaie tour à tour les deux méthodes : en 1751, le conseil a demandé à l'intendant de Provence "de bien vouloir permettre que la communauté paye aux conseillers 3 livres par année à condition d'assister à tous les conseils". Une trentaine d'années plus tard, au contraire, il inscrit dans son règlement une clause qui prévoit, comme à Trigance, une peine d'amende pour les absences non justifiées. Plusieurs administrateurs se verront ainsi frappés au cours des années qui suivent, tel Marc-Antoine Brunet, en 1787.
Parfois s'élèvent les inévitables querelles de personnes : en 1702, des désaccords sèment la confusion au sein du conseil de Trigance, obligeant à désigner une commission chargée d'élaborer un nouveau règlement qui vise à réfréner ces "troubles" et "divisions". La mesure ne suffit d'ailleurs pas à calmer les esprits, puisque quelques jours après, le juge inflige à Jean Aycard une amende de 3 livres au profit de l'hôpital, pour paroles injurieuses et refus de "faire silence au conseil".

Nouveau règlement à Trigance

Autant pour éviter les désordres encore fréquents dans les réunions que pour obliger les administrateurs communaux à participer à celles-ci, le conseil de Trigance établit en 1774 un nouveau règlement. Avec l'agrément du seigneur, la marquise Marguerite Delphine de Valbelle, il le soumet ensuite, comme il se doit, à l'homologation du Parlement. Désormais seuls les chefs de famille "allivrés" avec 50 écus au moins, ont voix délibérative au conseil, tout autre particulier est tenu de sortir sur simple injonction du juge. On élit 12 officiers municipaux qui sont : 3 consuls, dont un au moins "saura écrire son nom", 2 auditeurs des comptes, 3 estimateurs et 4 conseillers. L'élection a lieu le 27 décembre, troisième fête de noël, après la grand-messe. Les consuls en exercice nomment 2 intendants de police, le prieur et la "prieuresse" de la confrérie du Saint-Esprit, 2 dames pour "l'oeuvre pie" (l'hôpital) et les marguilliers de la paroisse. Les 12 officiers municipaux peuvent délibérer sur toutes les affaires de la communauté, les absents étant remplacés par d'anciens conseillers et, au besoin, des personnes désignées par les consuls. Le règlement précise encore que le premier consul doit être "allivré" au moins de 150 écus cadastraux, le deuxième de 100 et le troisième de 70.
Cette prépondérance de la richesse se retrouve presque toujours : à Aiguines, par exemple, le règlement stipule en 1786 que "les membres du conseil prendront leur séance, les plus allivrés précédant les moins allivrés". Elle doit être recherchée, sans doute, dans la conviction qu'il suffit de bien mener ses affaires privées pour savoir conduire celles de la collectivité la. Cette emprise des plus riches se heurte parfois à quelques contestations.

L'office de maire créé par Louis XIV et vendu au plus offrant

Toujours à court d'argent, Louis XIV a créé un office de maire vendu au plus offrant. Très vite la communauté de Trigance se porte elle-même acquéreur ; dès 1691, elle délègue Jean Ingignac à Marseille pour traiter de l'achat aux meilleures conditions. Le vicaire du lieu et Pierre André lui ont prêté l'un 780 livres, l'autre 100, pour acheter les rôles de trésorier royal et de maire. En 1697, elle affecte au remboursement de ces emprunts le produit de 25 charges d'avoine provenant des tasques et vendues aux enchères. Huit ans après le conseil décide de remettre "perpétuellement" l'office de maire à l'un des consuls, avec tous les pouvoirs attachés à cette charge ; toutefois, lorsque aucun des consuls ne sait lire et écrire, c'est le maire de l'année précédente qui continuait ses fonctions.
Mais en général, ce sont des particuliers qui ont acquis l'office. Le seigneur de La Palud a "acheté la mairie" du village et pris part à ses délibérations en 1701 et 1709 "comme maire et principal administrateur de la communauté et non comme seigneur".
À Aiguines, en 1712, le conseil proteste contre l'achat de l'office de "conseiller du roi, premier consul alternatif mitriennal" par Jean Issourat, sous prétexte que la conduite et les mœurs de celui-ci laissent à désirer. Il demande au coseigneur du lieu, de Sabran, de bien vouloir se rendre à Aix et de proposer à l'intendant le rachat de l'office par la communauté. La démarche n'a pas de succès et le conseil doit procéder à l'installation de Jean Issourat. Il faut attendre 1758 pour que le premier consul, Louis Cogordan, puisse prendre pour la première fois le titre de maire.
À Demandolx, en 1723, c'est encore le seigneur qui achète, malgré le mauvais état de ses finances, les "offices de maire et de greffier alternatifs". En 1735, Joseph Laurens, seigneur de Saint-Martin, arrière-fief de Chasteuil, est "maire ancien mitriennal et alternatif de la ville de Castellane". Supprimé en 1722, rétabli l'année suivante, l'office de maire est finalement presque toujours racheté par la communauté, c'est pourquoi le premier consul s'intitule aussi maire. Lorsqu'en 1757, un édit autorise la communauté à reprendre ses anciens usages, il n'y a donc rien eu de changé, sinon qu'on a ressenti la création d'un tel office comme une atteinte aux libertés communales et que son rachat accable un peu plus les finances locales.

Le trésorier

De toute la série de charges complétant l'administration communale, la trésorerie est la moins recherchée. Le rôle du trésorier, qui pourrait se comparer à celui de notre actuel receveur municipal, consiste en effet à faire rentrer les tailles et autres revenus de la commune.
À La Palud, si les plus anciennes délibérations du conseil dont on ait conservé les archives datent du 16 juillet 1606, le premier trésorier connu est Antoine Turrel, dont les comptes pour l'année 1596 sont déposés aux archives départementales de Digne. Le trésorier du conseil, l'année précédente, était Gaspard Guérin. Celui de l'exercice suivant Paullet Fellen.

Le valet de ville et les gardes du terroir

Parmi les emplois subalternes, citons les valets de ville et les gardes champêtres. À Castellane, les valets de ville, qui font office d'appariteurs, ont une tenue moins rutilante que celles des consuls, mais tout aussi distinctive : un habit bleu à parements rouges. Celui de La Palud reçoit son habit en 1789, en même temps que les consuls leur chaperon.
À Aiguines, le valet de ville Jean-Baptiste Audibert est chargé, en 1782, comme courrier, de se rendre à Riez tous les dimanches pour s'enquérir du prix du blé et du pain et apporter les lettres trouvées à la poste. De même, le conseil de Trigance établira en 1790 un courrier qui ira, le mercredi et le dimanche, à Castellane prendre les lettres adressées aux habitants, lesquelles n'arrivent "que fort tard et souvent après coup" parce que "Trigance se trouve dans le pays de traverse".
La police des terres et des bois s'impose ici comme ailleurs : la pauvreté naturelle du sol, le renouvellement périodique des récoltes déficitaires, le manque de pâturages pour les troupeaux, autant de facteurs qui incitent à la rapine, à la dépaissance clandestine, et créent des habitudes préjudiciables.
Le mal est si grand que le conseil de Triplice, en 1638, donnait une prime d'un écu à qui surprendrait un maraudeur le jour, de deux écus la nuit, afin de mettre un terme aux vols de fruits et "autres choses". Il autorisait chaque particulier à s'informer de la provenance des fruits portés par tout individu "venant d'un cartier qu'il n'y a aucune pièce". Il défendait en outre à qui que ce soit : frère, soeur ou autre parent, d'accorder la permission à quiconque "d'aller quérir des fruits" en l'absence du propriétaire du lieu.

Le garde champêtre

Aussi chaque communauté nomme-t-elle ses "gardes du terroir", ses "garde-terre" ou ses "banniers", ou encore ses gardes champêtres. Le conseil de Trigance, en 1585, payait un "campier" 36 florins, plus un quart de la moitié des bans, pour assurer la protection des biens communaux et des propriétés particulières. En 1762, le conseil d'Aiguines révoque les gardes du terroir parce qu'ils ont soutiré de l'argent à plusieurs habitants des Salles, qu'ils avaient surpris en train de couper du bois dans la forêt de Maucrouit. La lutte contre le vrai brigandage exige des moyens plus importants. Ainsi le 12 août 1780, le Parlement autorise la ville de Moustiers à établir un guet pour la recherche et la capture des malandrins. Il n'y a en effet de maréchaussée qu'à Digne et à Manosque.
Dans le village même, ce sont souvent les consuls qui veillent personnellement à réprimer les désordres.
Le conseil de Trigance, en 1658, leur a demandé d'empêcher le tapage nocturne, les "pistolétades", les jets de pierres et les grands feux que les jeunes gens allumaient sur la place publique avec les fagots de buis dont on clôt les étables pour préserver le bétail du froid. Plus tard, en prenant leurs fonctions, les consuls désignent des "maîtres de police" ou "intendants de police", à qui ils imputent cette tâche. En 1764, ils leur enjoignent de dénoncer le gabelier lorsqu'il est en fraude ou dépourvu de vin et d'huile. On trouvait aussi, en 1669, les "regardatours" qui avaient pouvoir d'informer contre ceux qui faisaient faux poids et fausse mesure.
Malgré ses graves imperfections, le conseil assume seul, dans les villages de Haute-Provence, l'administration communale ; il aménage une certaine gestion collective des intérêts économiques de la communauté ; il se préoccupe de l'organisation médicale et de l'enseignement scolaire, traitant celui-ci et celle-la en véritables services publics. Enfin il constitue une vaste entraide sociale.
Si bien que, contrairement à ce qui se passera dans d'autres provinces, où la communauté se confond avec la paroisse, il n'y aura pas rupture mais continuité naturelle entre la communauté de l'Ancien Régime et la commune qui va lui succéder.

La fonction publique dans le Haut Verdon

L'enseignement, état de la situation

À Marseille, l'enseignement populaire compte en 1740 à peine cinquante-deux maîtres au total. Douze apprennent à lire et à écrire aux enfants. Vingt-trois, presque tous prêtres, leur donnent des principes de langue française et de latin. Enfin, dix-sept les initient à l'arithmétique. En 1786, le corps enseignant n'y compte encore que quarante-sept maitres et quatre-vingt-une maîtresses d'école. La comparaison avec le développement de l'enseignement destiné à l'élite témoigne d'une inégalité frappante : académies d'Arles, Marseille et Aix ; 17 villes de Basse-Provence pourvues de collèges.
Dans la montagne, cette différence entre les moyens mis à la disposition des fortunés et des masses n'a pas ce caractère choquant. Dès la fin du XVIe siècle, Louis de Demandolx, seigneur de La Palud, envoyait ses filles étudier au couvent des Ursulines, à Riez, et la Haute-Provence compte sept collèges au XVIIIe siècle, mais elle constitue en même temps une véritable pépinière d'instituteurs itinérants. Néanmoins, dans le seul diocèse de Riez, 20 paroisses sur 54 n'ont pas d'école avant la Révolution. Au premier tiers du XIXe siècle, un rapport officiel (8 août 1832) sur l'état de l'instruction primaire dans les arrondissements de Barcelonnette, Castellane et Digne signalera dans notre région neuf villages n'ayant encore jamais eu le moindre embryon d'école (Chàteauneuf, Chasteuil, Levens, Majastres, Robion, Saint-Jurs, Taloire, Taulanne et Villars-Brandis).
Sous l'Ancien Régime, l'État ne se mêle en rien du fonctionnement de l'enseignement, pas plus pour contrôler les programmes que pour aider les petites communautés à financer leur école. Ce sont les conseils communaux seuls qui se préoccupent du recrutement des maîtres ou "régents", et de leur rétribution. En acceptant d'enseigner, le curé de la paroisse, ou son secondaire (vicaire) tire souvent d'embarras les consuls tout en grossissant son casuel. Quant aux livres, cartes et fournitures scolaires, ils sont sans doute à peu près inexistants.

S'organiser pour apprendre

Ainsi à La Palud, où une école fonctionne depuis 1760 au moins, le 27 septembre 1767, le maire informe le conseil "qu'il lui est venue la notice que M. Pierre Jugignac, prêtre et secondaire de ce lieu, allait desservir la paroisse de Montagnac, et que par conséquence de l'absence de M. Jug,ignac qui faisait les écoles en ce lieu, il conviendrait de recevoir un maître d'école pour apprendre à la jeunesse". À la suite de quoi le conseil "délibère de recevoir Jean-Joseph Astier, du lieu du Bourguet, maître d'école de ce lieu... Il commencera à faire l'école le jour de la fête de Saint-Michel prochain et finira le dernier jour de juin prochain". Jean-Joseph Astier est connu à La Palud, il y a déjà enseigné sept ans plus tôt : les comptes trésoraires de la commune mentionnent son nom (1760) suivi de "notre maitre d'école", avec le débit de la somme de 18 livres 15 pour un trimestre; le conseil ne prend d'ailleurs sa décision que "sous l'agrément de Mgr l'évêque de Riez, que la communauté requiert humblement de l'approuver". Les évêques et parfois les curés se sont en effet arrogé le droit d'agréer ou de récuser les maîtres choisis par les communes.
La lenteur des communications ne facilite pas, pour un village écarté comme La Palud, le recrutement des régents et le fonctionnement de l'école.
Un autre obstacle au recrutement des régents réside probablement en la faiblesse des appointements que peut assurer un petit village. Ainsi la commune ne peut débourser sur son budget propre que -15 livres par an pour rémunérer l'enseignant; toutefois, lorsque celui-ci est un laïque et ne dispose pas, comme le vicaire, d'un casuel, il reçoit un complément de 30 livres payé par les parents d'élèves.
D'autres villages sont sans doute plus favorisés : à Rougon, une école a dû fonctionner plus tôt, comme en témoigne un procès intenté en 1685 par la communauté à Esperit Roubiny, prêtre, qui n'a pas exécuté la convention qui l'engageait "moyennant 30 livres, à enseigner les enfants du lieu de Rougon" en même temps d'ailleurs qu'il entretenir et à faire sonner l'horloge pendant une année". En 1717, le fils du seigneur du Poil, Honoré Roux, demandant 60 livres pour y enseigner, le budget de la communauté en paiera la moitié, les parents le reste. Aiguines, surtout, semble connaître un sort privilégié : non seulement l'instruction y est dispensée plus tôt encore, mais elle est de meilleure qualité et les maîtres, qui s'y succèdent sans interruption, y reçoivent un traitement supérieur.
Pour porter un jugement sur l'institution scolaire, il faut se rappeler que, dans nos montagnes, la moitié de la population subsiste dans la hantise du pain quotidien. Sa grande qualité d'endurance et d'énergie l'aide à vivre au jour le jour, parfois tout simplement à ne pas mourir de faim. Ignorants, souvent superstitieux, les habitants se sont organisés pour donner sans aucune aide extérieure, un commencement d'instruction à leurs enfants. Leurs efforts n'en sont que plus méritoires.

Le service de santé : les soins à Trigance et Aiguines

L'hygiène reste fort rudimentaire dans les villages, bien que le conseil ait généralement prescrit les mesures les plus élémentaires : celui d'Aiguines interdit depuis 1644 de laver du linge et de jeter des immondices dans le "barquieau" (vasque) de la fontaine. Celui de Trigance empêche depuis 1715 de déposer du fumier tout proche les puits.
Le conseil veille également à munir le village d'un service médical. Celui de Trigance, dès 1587, a institué un bureau de santé qui se composait du seigneur et des trois consuls. Lors de l'épidémie de peste de 1628, il a pris de sévères dispositions pour isoler mais aussi nettoyer le village, a réactivé le bureau de santé, requis sur place le médecin Pélassi. Il engage un chirurgien en 1636 pour faire "le poil,  les saignées, poser les ventouses, et venir une fois par semaine, moyennant 1 cartier de blé "mitadier" par maison, les veuves et nécessiteux exceptés sans que leur nombre excède la trentaine.
Il s'attache également les services d'une sage-femme. En 1647, c'était Honorade Aulne, de la Garduelle, qui travaille pour une rétribution de 4 sous par jour, à la charge "des femmes qui l'emploieront". Les relations de la sage-femme et du chirurgien ne sont pas toujours des meilleures : en 1693, Honorade Preire cesse d'exercer à la suite de la condamnation à 4 écus d'amende obtenue contre elle par les chirurgiens titulaires d'offices.
En avril 1771, Trigance étant en proie à une terrible épidémie, le conseil fait venir de Riez et d'Aups les médecins Bourret et Fabre. Malgré leur soins et les prières publiques pour attirer la miséricorde de Dieu, le village perd 54 habitants (sur 899 recensés en 1765). Un travailleur étant atteint d'aliénation mentale, en 1779, et devenant "dangereux pour sa famille et tout le public", le conseil le fait enfermer et enchaîner dans une écurie.
À La Palud, le 24 septembre 1724, l'office de maitre-chirurgien, mis aux enchères, est adjugé Moseph Franque, à raison de 4 picotins de blé par habitant "et la communauté lui fournira une maison", mais les pauvres recevront gratuitement ses soins. À Eoulx, la population ne se montrant pas satisfaite de son chirurgien, le conseil décide le 29 mai 1773 de le remplacer.

Hôpitaux à Castellane, Moustiers et autres villages

Moustiers et Castellane ont leurs hôpitaux, mais Rougon, Aiguines et Trigance aussi. C'est en 1655 que le conseil d'Aiguines achetait une maison destinée à servir d'hôpital pour les pauvres. Nous ne possédons pas de renseignements avant le XVIIe siècle sur celui de Rougon, mais il faut le réparer en 1716 et 1722 pour héberger les pauvres, ni sur celui de Trigance, dont la première mention dans les archives remonte, semble-t-il, à 1702 : pour avoir troublé les délibérations du conseil, un habitant a dû lui verser le montant d'une amende. Grâce à une requête au Parlement (1789), nous savons cependant que cette œuvre de charité, "dont l'origine n'est pas connue", dispose, outre une petite maison léguée aux pauvres, d'un capital divisé en trois parts : 2 162 livres 11 sous 8 deniers aux mains de la communauté ; 1 000 livres détenues par les héritiers d'Antoine Lions-Garnier; 8 000 livres léguées par Jean-Baptiste Bertou, ancien curé du village. Elle est administrée par les consuls sortants, les consuls "modernes" et le curé. Ces administrateurs ne rendent pas toujours régulièrement des comptes. En 1766 déjà, on n'a pu dresser les états de la situation, le curé, détenteur d'une des clés, refusant l'ouvrir la caisse où étaient déposés les titres. Et depuis 1787, les administrateurs ont cessé de se réunir en bureau, malgré les injonctions des consuls et au grand préjudice des pauvres dont le nombre augmente. Aussi, dans sa requête, le conseil demande-t-il au Parlement l'autorisation de transformer cette "œuvre pie" en un véritable hôpital, sous le vocable de Saint-Jacques, avec un règlement que la cour voudra bien établir de façon à le "rendre habile à recueillir les legs pieux la".

L'entretien des rues et des maisons

À l'entour des Gorges du Verdon, une partie de l'habitat est dispersée dans la campagne, l'autre partie se concentre clans les villages, presque toujours perchés et resserrés. De chaque côté d'étroites ruelles, à l'atelier de l'artisan ou à l'étable des bêtes, en rez-de-chaussée, les maisons superposent souvent le logement familial à l'étage. Elles sont construites en matériaux du pays : pierres et cailloux, galets sur le plateau de Valensole, liés à la chaux cuite sur place, toiture de tuiles creuses.
Le conseil se préoccupe d'assurer aux habitants le service de maçons et de tuiliers. Celui de Trigance, en 1569, donnait mission au "bailli" Louis Maistre et au consul de passer marché avec un fabricant de tuiles.
Le conseil de La Palud prend, le 21 mai 1725, la résolution "de tâcher de trouver un maitre entendu pour faire les tuiles nécessaires aux habitants et, de suite, la communauté, pourvoira d'avancer ce qui sera nécessaire pour construire un four à tuiles". Onze ans plus tôt, celui d'Aiguines s'est entendu avec Joseph Aicard et Pierre Peisselon, potiers de La Palud, pour qu'ils viennent fabriquer des tuiles. Confirmant cet accord l'année suivante, il précise que les tuiliers travailleront au quartier de la Nouguière, moyennant une allocation de 30 livres ; que le coseigneur César de Sabran-Canjuers recevra 10 livres de dédommagement tant qu'ils resteront à la Nouguière ; qu'ils laisseront le four en bon état et ouverte la cabane où ils auront oeuvré.
Il ne suffit pas de s'enquérir d'une main d’œuvre qualifiée, encore faut-il se procurer des matériaux. En 1687, la communauté de Trigance, qui a besoin de poutres, fait appel à la compréhension de l'intendant de Marine, à Toulon, pour prendre quelques chênes dans le défens des Moulières, "le tout sans abus". En 1763, elle obtient de la chambre des Eaux et Forêts l'autorisation de couper du bois "pour cuire" la chaux nécessaire à la construction.
Il arrive que le conseil apporte une aide plus directe encore à certains habitants particulièrement défavorisés. À Aiguines, il fait restaurer en 1769, pour Pierre Brunet, "homme très pauvre", la demeure que la pluie et le vent ont éventrée, et indemnise les voisins des dégâts qui s'élèvent à 160 livres, somme que ledit Brunet promet de rembourser en cinq ans. Les administrateurs communaux veillent, bien entendu, à l'entretien des rues et décident éventuellement la création de nouveaux passages.

Le soin des fontaines : Notre-Dame de la Font

Dans une région où manque l'eau potable, où chacun économise la moindre goutte, les puits et fontaines publiques font l'objet de beaucoup de soins. En 1625, le conseil de Trigance vote un "capage" pour la réparation des fontaines, sous peine de 7 sous pour les hommes et de 3 sous pour les femmes qui refuseraient "d'y aller". Cent vingt ans plus tard, il concède l'entretien et le nettoyage des puits à Pierre Gibelin, cardeur de laine, avec gages annuels de 4 livres, et saisit à son profit le fumier qui serait déposé autour, à charge pour lui de dénoncer quiconque puiserait de l'eau pour l'arrosage.
Au XVIIe siècle, La Palud ne dispose que d'une seule fontaine, dite "la Font", situé à l'extrémité occidentale du village. Le 21 novembre 1791, le conseil est saisi d'une protestation des Pénitents Blancs, à qui il a donné entre temps la chapelle : ils se plaignent du détournement de la conduite d'eau de la fontaine par Antoine Turrel, potier, qui se construit une maison contre la chapelle sur un terrain qui leur appartient.
A l'époque de la Révolution, dès le 19 novembre 1793, le conseil de La Palud se propose d'acheter l'eau d'une autre fontaine, qui coule dans la cour du château, et "appartenant à la Nation". Après avoir "unanimement délibéré", le conseil charge le maire "d'acheter de Jean-Gaspard Demandolx la concession de l'eau de la fontaine qui est dans l'enclos de cette commune.Cette seconde fontaine fonctionnera finalement en 1811 sur la Place de l'Église.

Fontaines à Aiguines et Trigance

À Aiguines, le conseil statue (1643) sur l'emplacement de la fontaine, en fait paver le devant, interdit d'en ouvrir le conduit sous peine d'une amende de 6 livres payable moitié au seigneur, moitié à la communauté. En 1672 et 1674, des racines en obstruant l'aqueduc, il fait abattre des arbres et procéder aux réparations ; en 1693, restaurer cet aqueduc par Boyer, potier à Aups ; en 1702, poser les tuyaux depuis la fontaine jusqu'à la "serve" où l'eau se partage avec la fontaine du château, par Allard, potier, moyennant 30 livres; en 1714, il passe contrat encore avec André Boyer, qui assurera pendant neuf ans l'entretien de l'aqueduc au prix de 27 livres par an. Il défend de laver du linge et de jeter des immondices dans le "barquieau" (vasque) de la fontaine.
Le conseil de Trigance interdit de déposer du fumier "tout proche des puits" (1745).
Les circonstances requièrent parfois des initiatives moins ordinaires. En raison de la grande sécheresse de 1767, les consuls et le baron de Gauthier, abbé d'Aiguines, chargent divers entrepreneurs, pour un forfait de 100 livres, de combler l'abîme de Sandran et de faire se déverser à la surface l'eau qui y coule au fond, afin qu'on puisse l'utiliser à Canjuers qui en est dépourvu.

Cadrans solaires et horloges

Pour connaitre l'heure, les habitants devaient se contenter de consulter les cadrans solaires... quand il y avait du soleil. C'est au milieu du XVIIIe siècle que, du haut de leur tour, les premières horloges se mettent à égrener le temps. À Trigance, Anne-Marie de Demandolx a bien proposé dès 1727 l'installation de l'une d'elles, et même de payer le cinquième de la dépense. Il faudra attendre trente-cinq ans pour que le conseil reconnaisse l'utilité de celle-ci "pour les malades... les ouvriers, les muletiers" et autres habitants, et fasse part à l'intendant de son intention d'en établit une. Eu 1766, il propose à la marquise de Valbelle d'en ériger la tour "au haut du village, sur le rocher" au-dessus du four de l'Endronne. Et dix ans passent encore avant que Jacques Collet, de Draguignan, pose enfin le mouvement qu'il a fabriqué, dans le clocheton construit au-dessus de la maison du Saint-Sacrement.
Aiguines se décide plus tard mais mène à bien son projet en moins de trois ans : en 1781, le conseil prescrit l'établissement d'une horloge, "attendu que le village est nombreux, sujet en des maladies, et un passage dans le lieu borné par une grande colline qui vous empêche le soleil", précise le compte rendu des délibérations. L'emplacement est prévu sur la placette. Étienne Duguet, tailleur de pierres, Jean-Baptiste Bourgues et Pierre Castellan, maîtres-maçons, tous trois d'Aups, bâtissent la tour (1783) pour le prix de 1 170 livres ; Malfroy, horloger, fournit la mécanique au prix de 700 livres ; le baron de Gauthier avance l'argent pour payer la cloche que fond Galopin, et qui pèse 609 livres, au prix de 22 sols la livre.
A La Palud, le 21 novembre 1791, le conseil décide de faire réparer l'horloge "qui ne sonne plus les heures", sans préciser où elle se trouve, puis, se ravisant moins de trois mois après (2 février 1792), il confirme la nécessité de cette réparation mais en décidant de placer désormais l'horloge et sa cloche au sommet du clocher.

L'entretien de l'église et de la cure

La mentalité religieuse de l'époque, la sociabilité de la populatiion et la vitalité des confréries confèrent à l'église paroissiale (lieu où l'on prie et l'on catéchise, mais encore où l'on se rencontre) un rôle de premier plan dans la vie sociale du village.
L'église d'Aiguines s'élève peut-être à l'emplacement de celle que le cartulaire de Saint-Victor mentionne au début du Xe siècle. En tout cas, elle existait déjà quand Balthasar de Gauthier, a fait bâtir son château au-dessus des aires. Elle n'avait alors qu'une nef. Les deux nefs latérales datent respectivement de 1653 et de 1750 : celle de droite, avec une voûte en arc d'ogive, celle de gauche en arête plein cintre. En 1675, le conseil résolut de faire construire une sacristie derrière, de reculer le maitre autel au fond de la nef centrale, et, en même temps, d'ériger une croix de pierre au cimetière, le tout à frais commun : un tiers à la charge du capiscol (curé) et deux tiers à la charge de la communauté, conformément à la sentence du vicaire général du diocèse.
L'église est dédiée à Saint-Pierre, patron du pays. Sainte-Agathe y est honorée à l'égal. En 1721, la communauté réclame à l'évêque de Riez le reliquaire de la sainte, qu'elle lui avait confié, et demande d'ouvrir la fête de celle-ci selon l'usage, c'est-à-dire en sonnant la cloche pendant toute la nuit précédente et en célébrant une grand-messe en présence des consuls. Dans la plaine de Canjuers, les habitants ne pouvant assister aux offices durant l'hiver, le conseil préconise d'y édifier une chapelle.

Église de Trigance

Les paroissiens de Trigance ont, eux aussi, à agrandir leur église. En 1669, le conseil en sollicite l'autorisation de l'évêque de Riez. Trois ans après, le projet prend corps. L'agrandissement est entrepris du côté de la "feraye" du seigneur, après l'apaisement des protestations d'habitants que les travaux risquent de gêner, dont Alexis Auteville, qui suggérait de procéder à l'agrandissement du côté de la maison d'Angles, et Jean Rouvier et Henri Antelme, qui l'aurait préféré du côté du cimetière. Grâce à l'entremise du seigneur Claude de Demandolx et de sa femme Louise de Venlo, les discussions ont pris fin "moyennant que la communauté... payera six écus de plus" à Henri Antelme. Les consuls se sont chargés de trouver les matériaux : pierres, sable, etc. . En 1750, le conseil traite avec un fondeur de Bargemon pour la refonte de la petite cloche cassée, car les habitants des environs ne peuvent s'acquitter des devoirs de chrétiens, faute d'entendre sonner.
L'entretien de la cure, nous l'avons déjà vu, oppose parfois la communauté et son curé. Ainsi, les habitants de Rougon sont-ils en procès (1695) avec Messire Pierre Taxil, vicaire et messire Jean Martini, chanoine de Riez, prieur du lieu, au sujet de la maison claustrale "en danger de ruine". Effectivement, celle-ci s'écroule deux ans plus tard, mais par la faute de Joseph Audibert qui, en creusant le rocher, a causé de graves dégâts. La communauté en construit une autre mais engage une procédure (1750) a propos des réparations a y effectuer, contre messire Pierre Hubaud, curé.

L'entretien de la voie romaine et des routes

Durant quinze cents ans, le réseau des voies de communication n'a guère changé dans la montagne provençale. Jusqu'au XVIIe siècle, et même après, les vieilles voies romaines, que complètent les "drailles" de transhumance, restent les seuls moyens d'y pénétrer. Ni les unes, ni les autres n'ont bénéficié d'entretien régulier. À partir de cette époque, une série de travaux sont entrepris, notamment la construction de ponts, pour commencer à désenclaver les villages. Pourtant les communications restent difficiles.
L'unique grande route desservant la Haute-Provence est celle qui, venant de Marseille, Aix et Meyrargues, franchit la Durance à la hauteur de Mirabeau par le gué de Canteperdrix. Elle remonte la rive droite par Manosque, La Brillane, Sisteron, Gap, et se dirige vers le col Bayard. Une autre route, qui s'embranche sur la première avant le gué de Canteperdrix, remonte la Durance par la rive gauche. Elle enjambe le Verdon à Vinon, grâce à un pont établi depuis 1780 seulement, puis l'Asse (à gué), dessert Oraison, Les Mées et franchit la Bléone sur un pont construit en 1756. De l'autre côté de la rivière, elle bifurque à droite, vers Digne, à gauche vers Malijai et Sisteron, où elle rejoint la grande route de la rive droite, après avoir traversé la Durance sur le pont de la Baume ; datant de 1365, celui-ci fut longtemps le seul de toute la vallée. À la route de la rive gauche, au débouché du pont de Vinon, se raccorde une route qui rejoint Digne par Riez, le poteau de Tellell et la vallée de l'Asse qu'elle franchit à Mézel sur un pont jeté en 1777.

La route Moustiers-Castellane -la Palud

Moustiers n'a pas de vraie route. C'est par un chemin muletier aménagé de 1730 à 1745, qui passe à Bargemon, traverse le Grand Plan de Canjuers puis le Verdon à l'ancien pont d'Aiguines (noyé sous le Lac de Sainte-Croix) que les parfumeurs grassois se rendent chaque année, en juillet, à la foire de Beaucaire, après avoir fait étape en la cité des faïenciers. L'axe transversal Moustiers Castellane n'est, lui aussi, qu'un chemin muletier très mal entretenu. À la sortie de Moustiers, une montée particulièrement rude, à travers le quar tier de Courchons, rejoint à Venascle l'ancienne Voie romaine Riez-Castellane ; bien qu'il ait ete pave et amélioré (1679) grâce à de multiples "contouis", ce tronçon reste neanmoins dangereux, provoquant parfois la chute des mulets. Quant à la Voie Romaine, elle suit toujours le tracé difficile qui, de Venascle et La Clue mène au Plan de Châteauneuf par la vallée de la Valonge ; puis après avoir traversé a gué successivement le Baou et le torrent de Praoux, elle escalade le versant de Deneiras, laisse Rougon à droite, écorne le village de Chasteuil au nord, continue à flanc de montagne sous les ruines du premier Chasteuil, passe à Villars, au pied des Cadières de Brandis, franchit le vallon de La Colle et aboutit à Castellane par le Plan.
Pour joindre Moustiers à La Palud en évitant le mauvais passage de Courchons et les difficultés de la vallée de la Valonge, un nouveau chemin est ouvert peu avant la Révolution ; plus au sud que le premier, il emprunte le débouché des gorges du Verdon qu'il franchit par la plus haute terrasse de Saint-Maurin, gravit le col d'Ayen, redescend sur La Palud. Le seigneur du village est alors Pierre-Louis de Demandolx. À son sujet, l'Histoire de la famille Demandolx indique qu'"on lui doit la continuation et l'achèvement de la nouvelle route de Moustiers à Castellane qu'il fit passer par La Palud et les bords du Verdon, en la construisant plus large dans de meilleurs pays, a l'abri des torrents et des inondations. Mais il n'est pas facile de faire le bien. M. de Deinandulx en fit la triste expérience, il eut la plus grande peine a faire adopter ce nouveau chemin, si avantageux cependant au pays, et s'attira la haine d'une partie de l'administration, surtout celle de Moustiers, haine qui, grâce a la révolution naissante, se manifesta non seulement par des menaces et des cris, mais par des violences et des voies de faits. En fait, il ne s'agissait encore que d'un chemin muletier. Ce ne sera qu'en 1847 que le maire de La Palud, le potier Joseph Peisselon, entrainera la commune à élargir et compléter le parcours existant. Quatre ans plus tard, les charrettes peuvent suivre le chemin vicinal sur toute sa longueur, a l'exception du passage de Saint-Maurin : un tronçon qui n'excède guère le kilomètre, mais à tailler de bout en bout à "coups de pétards" dans le rocher. La Palud sollicite du préfet une aide financière, sans succès. Le maire propose alors de prendre la difficulté de front. Avant même la parution du décret l'autorisant, dix Paluards ont déjà couvert l'emprunt nécessaire (15 décembre 1857); les travaux sont menés tambour battant, quelque mois après, le parcours Moustiers-La Palud peut se faire en charrette de bout en bout.

L'axe Digne-Castellane-Grasse

L'axe vertical Digne-Castellane-Grasse n'est qu'une suite de mauvais chemins, bien que le tronçon Senez Castellane ait été rectifié en 1765. Un fait qui en dit long sur son état : lors de son retour de l'île d'Elbe (1er mars 1815), Napoléon se rendra sans difficulté de Golfe-Juan à Cannes et Grasse. Mais à peine cette ville dépassée (2 mars), quand il voudra continuer sur Castellane, il devra abandonner sa berline et ses deux petits canons de campagne, le chemin n'étant praticable qu'avec des mulets.
La ville de Castellane n'est desservie que par une seule route, qui vient de Saint-Maximin par Barjots, Aups, Saint-Bayon, Comps et Robion (Saint Thyrs) Elle a été aménagée en 1729; le tronçon Comps-Robion, en particulier, bénéficie d'importants travaux de 1729 à 1752.
Le chemin muletier Trigance-Draguignan par Saint-Bayon où il croise la route Castellane-Aups-Saint Maximin a fait l'objet d'importantes corrections pour faciliter le charroi des bois nécessaires à la marine royale. Le pont sur l'Artuby date de 1655 ; pour sa construction, la communauté de Trigance a versé une contribution de 30 livres.
En sens opposé, Trigance se relie à l'axe Moustiers-Castellane par un chemin muletier qui enjambe le Verdon au pont en bois de Carajuan. Pour construire celui-ci (1643), le conseil a autorisé Pierre Brun de Castellane, seigneur de Rougon et gendre de François de Demandolx, seigneur de Trigance à prendre des chênes, à condition de ne couper que les arbres marqués par les consuls, et d'accorder "à perpétuité" à la communauté le droit de tirer du bois "dans son terroir" de Rougon. La construction dure trois ans. Dès 1645, le conseil de Trigance décide d'ouvrir le chemin conduisant au pont. Les pluies l'ayant raviné, il le fait remettre en état (1660) et prie le seigneur de Rougon de continuer les travaux sur l'autre rive "jusqu'à la carrière de gip". Le pont lui-même ne doit pas être bien solide car, bientôt (1663), la communauté de Rougon entame une procédure pour malfaçon contre Esperit Gauthier d'Aimot, à qui elle en avait confié la construction à prix fait.
Le chemin qui dessert Taloire s'embranche sur la route Castellane-Comps et va rejoindre l'axe Moustiers-Castellane en franchissant le Verdon par un pont de bois (datant de 1620). Enfin, au nord de la région, un chemin qui, partant de Moustiers, s'enfonce dans le massif de Majastres, conduit à ce village. Il  s'y dédouble : une branche (aménagée de 1750 à 1763) gagne Senez, l'autre (aménagée en 1713) aboutit à la route (refaite en 1776 Barrême-Mézel par la Glue de Chabrières).

Saint-Pancrace - Digne
Digne
Vallée de la Bléone - Digne
Digne
Provence

Retour aux questions sur Histoire du Verdon

Autres informations
Autres catégories