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L'économie et les loisirs dans la région du Verdon

L'économie et les loisirs

​La mise aux enchères de la boucherie, l'approvisionnement en pain, vin, huile et sel

La plupart du temps, la vente du pain, du vin, du sel, de l'huile et de la viande de boucherie est confiée en exclusivité à des commerçants avec qui le conseil passe un bail chaque année. Ce bail donne à celui qui en bénéficie un véritable monopole moyennant des conditions de vente et d'approvisionnement souvent très précises.
C'est en 1551 que le conseil de Trigance institue un "gabelier de pan et de vin". Le vin doit provenir d'un lieu situé à une journée de marche au plus, aller et retour, afin de favoriser la production locale. Tout habitant peut se procurer du vin en quantité limitée et en débiter lui-même durant trois jours, à la Saint-Roch, mais il peut vendre en tout temps le vin de sa propre récolte.
Dans la pratique, le gabelier ne doit guère tenir ses engagements puisqu'en 1696 le conseil demande aux consuls de choisir pour cet emploi de préférence un étranger, attendu que "les personnes du lieu méprisent leur promesse et n'observent jamais leur obligation". Et nous avons vu que les "maitres de police" reçoivent l'ordre, en 1761, de dénoncer le gabelier lorsqu'il se trouve en fraude ou dépourvu de vin et d'huile.
Le 5 septembre 1621, le conseil de La Palud confie aux consuls le soin de mettre aux enchères à la chandelle la charge de gabelier du pain. La commune d'Eoulx, en 1687, a un gabelier pour le pain, le vin et l'huile. À Demandolx, les habitants ont le droit de posséder leurs fours particuliers pour cuire leur pain, mais doivent néanmoins contribuer à l'entretien du four établi par le seigneur à l'usage de la collectivité. À Trigance ne fonctionnent, semble-t-il, que les fours seigneuriaux ; la communauté les afferme à un prix qui varie selon les époques ; en 1690, le bail des fours expirant à la Saint-Michel, le conseil refuse de le renouveler si le seigneur ne réduit pas l'arrentement annuel en vigueur, soit 80 écus, ce qui est une évidente perte pour les habitants ; finalement, le bail est passé pour 9 ans à 70 écus. Avant qu'expire ce délai, la ferme est renouvelée en 1697, pour 10 ans, moyennant une rente annuelle de 20 écus seulement.

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La boucherie municipale

Dans chaque village fonctionne ce qu'on pourrait appeler une boucherie municipale. En 1553, le conseil de Trigance impose à son bouclier de vendre à des prix fixés d'avances les moutons, ou chèvres. En 1588, le bouclier est tenu de tuer en avril et en septembre "suffisamment", moyennant un prix convenu et variant chaque mois.
À Aiguines, le conseil passe également tous les ans un nouveau bail ou renouvelle l'ancien avec un boucher, fixant d'une manière tout aussi précise les prix de la viande. Ainsi, en 1665, il délivre la boucherie à Jacques Achard, de La Palud, à la condition qu'il vende la livre de mouton 2 sous 6 deniers ; celle de menon, 11 patacs; celle de boeuf, 2 sous; celle de "fède" [brebis], 8 doubles. En 1707, le conseil approuve l'acte de bail de la boucherie en faveur de Jean Achard à la condition qu'il vende la livre de mouton 3 sous jusqu'à la Saint-Jean, et le reste de l'année 2 sous 8 deniers.
À La Palud, le 24 avril 1628, enchère de la boucherie "criée et proclamée par Claude Peysselle" à la Place du Coullet.

L'exploitation des terres collectives, les troupeaux et les bois

Le conseil a pour première et constante préoccupation l'aménagement des conditions d'exploitation des terres collectives. Au cours des siècles, il a établi à cet effet les modes de mise en culture des terres gastes, limité l'usage des défens, protégé les bois et les prés contre une utilisation trop intensive, réglementé l'élevage des troupeaux. Et lorsqu'en période de disette, il achète du blé à l'extérieur et sévit contre l'accaparement ou le marché clandestin, il s'efforce évidemment de donner aux habitants le moyen de se nourrir, mais aussi d'ensemencer afin d'assurer les prochaines moissons. C'est encore lui qui, dans bien des villages, fixe la date à partir de laquelle on pourra cueillir le raisin : le 21 septembre 1721, celui de La Palud décide de faire crier que jeudi sera ouverte la vendange ; celui d'Aiguilles, en 1742, défend de vendanger avant le 17 octobre et, l'année suivante, fixe la vendange au 8 octobre.

Le conseil contre le seigneur

 Parfois il protège le droit de pacage de la communauté contre les prétentions du seigneur. À Aiguines, de Pélissier ayant dénoncé en 1724 certains habitants dont les troupeaux s'étaient introduits sur sa terre de Chanteraine, le conseil décide de prendre fait et cause pour les habitants afin de maintenir leurs droits. Il envoie l'année suivante, à Aix, le lieutenant du juge, Jean Issaurat, pour désigner, conjointement avec le seigneur, des arbitres qui doivent se prononcer sur le différend.
Ou bien le conseil intervient pour protéger la communauté contre les empiétements des gens du seigneur. En 1667, celui de Trigance menace de faire gager le bail des fermiers à qui Barthélémy de Demandolx a arrenté ses terres d'Estelle, s'ils persistent à faire dépaitre dans le défens des Moulières, le seigneur n'y ayant aucun droit. Près de quatre-vingts ans plus tard, le conseil fait rechercher dans les archives, par le notaire Pierre Cartier, si ces "rentiers" d'Estelle ont la faculté de faire paitre leurs troupeaux sur le terroir de Trigance sans payer la taille, car ils ont refusé, en cette année 1744, de les laisser compter "quoi qu'ils en aient introduit plus que jamais".
La marquise Marguerite Delphine de Valbelle, dame de Trigance, ayant demandé révocation de la délibération qui prétend soumettre à la taille les bestiaux d'Estelle, le conseil rappelle qu'il ne fait que suivre les anciens usages, mais s'en remet à la justice du seigneur "qui ne voudra pas", au bénéfice du seul fermier d'Estelle introduisant chaque année dans le territoire de 30 à 36 "trenteniers", "priver les habitants de tenir du menu bétail pour engraisser leurs terres".
L'affaire ne s'est pas vite réglée puisqu'en 1752, le conseil décide de cesser toute exécution contre les fermiers de Clumes et d'Estelle en attendant l'arrivée de la marquise de Valbelle dans le cours de l'été, et de s'en remettre à la décision de celle-ci, sauf rembourser aux dits fermiers, qui ont payé ou promis de payer comme les autres habitants, les trop-perçus s'il y en a.

Le conseil contre la menace des villages voisins

D'autres fois le conseil intervient pour protéger la communauté contre les empiétements de villages voisins : en 1656, les consuls de La Palud ayant fait saisir quelques brebis paissant dans leurs défens et appartenant à des particuliers de Rougon, l'affaire se règle par une transaction, La Palud payant 15 livres; querelle semblable en janvier 1671, entre les deux mêmes communautés. En 1742, le conseil d'Aiguines fait dresser un procès-verbal contre des particuliers de Meyreste dont les troupeaux malades de la "chas" (clavelée), ont pénétré sur son terroir, au préjudice des habitant.
Non seulement les pâturages sont collectifs, mais parfois aussi la garde des troupeaux. À Castellane, la communauté embauche tous les ans des bergers publics, tant pour les chèvres que pour les bœufs et les juments. A Trigance, depuis qu'en 1551 il a engagé pour un an un "saumalier" ayant la garde du gros bétail moyennant 3 "poindieros" de blé et 3,5 d'avoine par bête, le conseil recourt régulièrement à des bergers et chevriers communs. Ainsi, en 1638, il charge les consuls de choisir des gardiens du territoire, des pourceaux et des chèvres. À La Palud, ce sont les cochons du village que garde un porcher commun. En avril 1790, le conseil embauchera André Abert moyennant la redevance annuelle d'un pénal de blé méteil par cochon, payée moitié au mois d'avril, moitié à la fin de l'année.
Une ordonnance de Colbert interdit (1690) les chèvres dans un certain nombre de villages. Mais ces bêtes sont trop utiles pour que les communautés ne réagissent pas. Celle de Trigance demande, en 1718, l'autorisation d'en élever, sous réserve du défens des Moulières qui seul peut fournir des arbres pour les galères royales, sinon "partis des pauvres habitants seront obligés de déguerpir" Faute de laitage "pour leurs soupes". L'année suivante, celle d'Aiguines présente la même requête en précisant qu'il n'y a pas sur son terroir de bois utilisables pour le service du roi.

Enquête et résultats

Une nouvelle enquête est ordonnée (1730) pour savoir s'il faut ou non prohiber les chèvres en Provence. Des commissaires parcourent les vigueries, consignant les raisons avancées pour ou contre ces troupeaux :
  • À Aiguines, ils ne trouvent que des bois de chênes blancs fort vieux, ailleurs du buis et des genêts, sans espoir d'y voir croître aucune autre espèce, le terrain étant impropre et aride. Dans d'autres quartiers, des pins sauvages et des faux (hêtres) très vieux ; des buis, des genêts, du thym. On peut y mettre des chèvres; il y en a déjà 10 "trenteniers", 18 (540 bêtes) sont autorisés.
  • À Saint-Jurs, buis et thym recouvrent tous les quartiers, sauf un où poussent quelques chênes mais où d'autres pourraient croître ; les commissaires interdisent donc l'accès des chèvres, bien qu'il y en ait déjà 2 "trenteniers".
  • À Moustiers, dans la plaine, au couchant, on voit des terres défrichées depuis environ douze ans, agrégées d'un bois de chênes blancs d'environ quarante ans, d'autres petits chênes très jeunes et quantité de naissants. Il pourrait y en avoir davantage attendu que la qualité du terroir est propre à en produire. En revanche, dans le quartier appelé "la Montagne", peuplé de faux, de pins sauvages inaccessibles, avec une partie très en pente, aux rochers escarpés, où l'on ne trouve que buis et genêts, les chèvres ne peuvent nuire.
  • À Châteauneuf, hors quelques endroits garnis de chênes blancs fort épais, "au restant on n'y voit que buis et genêts".
  • À Levens, les commissaires remarquent un bois de faux épais et vieux, et sur un petit mont, quelques chênes blancs, aussi fort vieux.
  • À Majastres, ce qui les frappe, ce sont les vastes étendues de terre gaste plantée de buis, avec quelques terres labourables : les chèvres peuvent y être autorisées.
  • À Trigance, qui n'a ni vigiles ni oliviers, le lait de chèvres est un aliment indispensable :"Nourriture des habitants, unique nourriture" précisent les enquêteurs péniblement impressionnés par la pauvreté de la population.
A ceux qui proposent de substituer les moutons aux chèvres, ils rappellent l'absence d'eau : Estelle n'a qu'un seul puits.
L'érosion progresse tout au long des siècles ; les terres rendent de moins en moins, perdent de leur valeur et font place aux rochers pelés. Les chiffres cités par l'Histoire de la famille Demandolx pour les propriétés seigneuriales de Demandolx sont significatifs : la Scéouve a produit jadis 38 charges, elle en donne encore 34 en 1660, mais son rendement tombera progressivement jusqu'à 14 en 1798 et 12 en 1806 ; le Claux est affermé pour 30 charges en 1660 et 37 en 1663, il ne le sera plus que pour 25 en 1812 et 18 en 1818. Pour arrêter le fléau ou tout au moins ralentir ses ravages, le Parlement de Provence et les communautés continuent à s'opposer comme ils le peuvent au déboisement des montagnes. Le roi intervient aussi, afin de s'assurer des matériaux nécessaires à la construction et l'entretien de ses navires. Ainsi le défens des Moulières, à Trigance, fait l'objet d'une surveillance particulière, ses chênes étant réservés à la marine royale. En 1667, le village coupait dans cette forêt 400 arbres pour les galères. Claude de Demandolx exigeait une part de la vente. Le conseil a demandé de faire arbitrer le litige "pour témoigner de la bonne volonté et intention que la communauté a de vivre en paix" avec son seigneur.

Procès pour la vente de chênes

En 1690, Delphine de Vento, veuve de Barthélemy de Demandolx, revendique à son tour sa part d'une nouvelle vente de chênes abattus dans les Moulières pour la construction de galères royales. Son beau-frère, le baron de Fox, invite la communauté à verser 100 écus pour terminer l'affaire, "attendu les conséquences que cela porterait à la suite". Le conseil préfère s'en remettre à la sentence arbitrale. Mal lui en prend : les arbitres accordent les deux-tiers du marché à la dame de Trigance. La communauté fait appel et, le procès s'éternisant, propose treize ans plus tard, en compensation, de contribuer aux frais d'un ouvrage que Delphine de Vento veut faire construire au-dessus du pont du Jabron pour prendre l'eau du moulin. En même temps, comme la dame de Trigance menace de se plaindre à l'intendant de la Marine des grands "désordres et coupes qui se sont faits au deffans des Moulières", le conseil décide de faire surveiller le bois régulièrement et de poursuivre les contrevenants".
À Aiguines, Joseph Lions, tourneur, ayant demandé à la chambre des Eaux et Forêts l'autorisation de couper des tilleuls pour faire des mortiers de boussoles, le conseil exige en 1754 le prix des arbres coupés sans permission suivant l'évaluation du juge Gruyer, commis à cet effet par la Cour. En 1787, il dépose plainte contre les tourneurs qui coupent des bois verts et "font de cet objet une branche de commerce infiniment ruineuse pour la communauté", mais rejette l'impôt sur les tours qu'a proposé le maire. Car les exigences de la vie quotidienne sont plus impérieuses encore que la loi. D'ailleurs, peu après (1789), le conseil réclame à la chambre des Eaux et Forêts, afin de ne pas entraver davantage l'industrie de la tournerie, la révocation de l'arrêt (1er décembre 1777) interdisant de couper des arbres. De son côté le conseil de Trigance avait déjà demandé à la même chambre des Eaux et Forêts l'autorisation de couper du bois  "pour cuire" de la chaux, en raison des besoins de la population".

Les loups et la rage à Trigance  (1769)

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, en Provence, les loups rôdent encore dans les bois et pas seulement dans le haut pays : autour d'Aix, 127 bêtes sont détruites dans une période de dix ans (1639-1649), soit une moyenne de plus d'une par mois. Les tueurs de loups touchent une prime à la charge des vigueries. Les États tenus à Brignoles (1632) fixent cette gratification à 8 livres pièce. Certaines vigueries ont refusé d'inscrire à leur budget cette dépense qui, pourtant est de toute ancienneté en Provence. Les procureurs du Pays reçoivent de l'assemblée des communautés, tenue elle aussi à Brignoles (février 1(i55), l'ordre de se pourvoir devant la cour des Comptes, contre les vigueries récalcitrantes. Cette prescription est renouvelée en 1684, en 1749, et l'est encore en 177910.
Les archives de Trigance mentionnent régulièrement la présence de loups dans la région et la chasse qu'on leur livre. Ainsi le conseil vote en 1666 une prime de 5 livres, remboursable par la viguerie, en faveur d'Alexandre Aubert, qui a tué un loup cervier. En 1694, en raison "des grands dommages" causés, il promet une prime d'un écu et demi par animal détruit. Deux ans après, il charge Pierre Cauvin, maréchal-ferrant du village, de déposer des viandes empoisonnées dans "les postes les plus convenables" pour supprimer les carnassiers devenus si nombreux qu'ils constituent une menace pour le bétail "gros et menu", et même pour les hommes. Les consuls achètent 2 livres (760 g) de poudre de chasse "en cas de besoin".

Organisation des battues

La dépense extraordinaire occasionnée par la "cache" (battue) nécessite, en 1723, le vote d'une imposition exceptionnelle de 2 livres 5 sous par "trentenier" de menu bétail, de 13 sous par grosse bête de "pied redon", 9 sous par bœuf ou vache, 5 sous par âne et 4 sous par cochon. L'année suivante, les loups "font beaucoup de ravages aux troupeaux" et le conseil ordonne une nouvelle battue, avec pouvoir aux consuls de "louer" même, s'il le faut, "de ceux qui n'ont point de bétail". Peut-être les loups sont-ils par la suite moins nombreux ou moins agressifs : la prime tombe, en 1732, à 3 livres pour tout particulier qui en tue un ou prend une portée de quatre petits. Si accalmie il y a, elle ne dure pas plus d'une quarantaine d'années. En 1764, en effet, le conseil demande au Parlement, en raison des "grands ravages des bêtes sauvages", l'autorisation de faire "la grande chasse" quatre fois par an et pendant quatre jours. Il fait acheter l'année suivante 2 livres (760 g) de "noix vomica" pour empoisonner les loups.
En 1769, c'est le drame : une femelle, que l'on croit enragée, a déjà blessé cinq hommes et mordu des mulets. Aussitôt le conseil invite les consuls à prendre tous les moyens pour la détruire, sans attendre l'autorisation de l'intendant de Provence. Il promet en outre 24 livres à la troupe qui la tuera, et 12 livres à chacun des autres chasseurs. Dès qu'il est informé de la situation, le procureur du roi de la sénéchaussée enjoint par lettre d'isoler les mulets mordus, et presse de solliciter l'agrément du seigneur ou de son représentant dans le cas où serait nécessaire une "grande chasse". Le conseil organise une battue générale afin de tuer la louve, ou tout au moins d'éloigner du territoire les loups et "autres bêtes sauvages" tels que les sangliers. Bien entendu, il réserve les droits du seigneur, à qui l'on écrira dès qu'on en aura le temps. Les consuls distribuent de la poudre et des balles aux plus adroits tireurs, plus 12 sous à tout homme "commis pour cela".

Conséquences

Instruits à leur tour du "désordre" causé par l'animal qui, finalement, est bien enragé, les procureurs du Pays envoient leurs instructions : faire venir Darluc, "médecin très habile en pareille maladie" ; suivre ses ordonnances, la Province s'engageant à rembourser les frais du voyage et des "secours aux malades" ; faire sévèrement garder dans le lieu assigné, sous la responsabilité personnelle des consuls, les mulets mordus, et les abattre au moindre signe de rage ; "tenir fermés et gardés" les cochons du fermier d'Estelle, dont quelques-uns ont été mordus.
Les habitants exécutent en tout point ces ordres : le médecin Darluc vient, reste plusieurs jours; les consuls visitent quotidiennement les malades afin de "les faire attacher et faire garder" ; les chirurgiens font des pansements; les mulets sont abattus. Et les malades meurent.
Au bout de quelques semaines, le conseil n'a plus qu'à solliciter des procureurs du Pays le remboursement des dépenses engagées, car la communauté se trouve "extrêmement obérée" et hors d'état de payer les arrérages. Elle a dû verser également des indemnités aux consuls, aux chirurgiens, aux chasseurs, à ceux "qui ont brûlé les effets et les hardes des pauvres misérables qui ont péri de la rage", à ceux qui "ont enterré les mulets abattus". Enfin elle a secouru les particuliers réduits à l'indigence parce qu'ils ont abattu leurs mulets, et les pauvres familles qui ont perdu leurs parents.
L'année d'après, les consuls doivent encore acheter "de la poisson pour les loups" qui rôdent toujours dans les parages. En 1772, "grande chasse" aux bêtes qui ravagent les troupeaux. En 1784, achat de 2 livres de "noix vomica", 5 livres (I kg 900) de graisse et 12 I. (4 kg 560) de fromage, afin de continuer l'empoisonnement des loups, dont trois sont déjà morts.
Des toponymes ont conservé jusqu'à nous le souvenir de l'époque où les loups représentaient pour les habitants un tourment supplémentaire : à Aiguines, par exemple, une ferme porte toujours le nom du Loup tandis que, quelques kilomètres plus loin, sur la commune de Sainte Croix, un lieu-dit s'appelle "Paraloup". Quelques spécimens semblent avoir hanté jusqu'au dernier tiers du XIXe siècle les plus hauts massifs de la région. Un instituteur des Chauvets (hameau de Chàteauneuf) écrivait en 1911 : "À l'heure actuelle, la contrée est dépourvue de loups mais il y a quelque 40 ou 50 ans, il en existait encore au Chanier et au Chiran, où les anfractuosités de rochers et les grottes que l'on rencontre étaient, aux dires des vieux habitants de la localité, leur repaire habituel".

Artisanat et industrie apportent les services indispensables à la vie quotidienne, parfois un supplément de ressources

L'artisanat et l'industrie apportent aux villages de la région les services indispensables à la vie de chaque jour et parfois un supplément de ressources. Les cours d'eau actionnent quelques moulins à blé ou à huile. Sur le Verdon, elle en indique un au pied de Demandolx, un autre sous Chasteuil, un troisième à Sainte-Croix. Deux autres sous Trigance, sur un ruisseau au lieu dit aujourd'hui "Les Moulins", un sur le ravin du Riou, appelé le moulin de Soleils. Sur le Bauu, on en trouve trois également, mais dispersés : un sous la Grotte Notre-Dame, à Châteauneuf (celui de la communauté), plus bas le moulin de Périer, qui existe encore aujourd'hui, et le dernier plus en aval. Sur le ruisseau de Chanteraine, trois proches les uns des autres. Sur l'Estoubiaisse, un entre Levens et Majastres. Sur l'Asse, un à Blieux. Aucun sur la Maïre. La plupart de ces établissements détiennent le monopole de la production de farine : pour moudre leur grain, les habitants usent obligatoirement du moulin du lieu du fait de sa "banalité", seigneuriale ou communale, contre redevance payée soit au seigneur, soit à la communauté, soit au meunier chargé de le gérer au nom de l'un ou de l'autre. À Demandolx, par exemple, on ne peut moudre qu'au moulin du seigneur; toutefois, si le moulin reste trois jours de suite sans tourner, les habitants ont le droit de porter leur grain autre part.

Monopoles des moulins

Le monopole est à l'origine de nombreux conflits. À Castellane, en 1653, les consuls demandent à l'autorité supérieure d'obliger Jean Bourgarel, meunier, "à tenir trois mollins mottants en estat pour la commodité des habitants". En 1671, c'est le concessionnaire des moulins qui entreprend des poursuites contre Auguste Blanc, tailleur d'habits, de la ville, qui "avait fait moudre et cuire à Robion sans sa permission". À Trigance, le conseil délibère (1670) au sujet des plaintes des habitants contre les meuniers qui ont arrenté les moulins bien que ne pouvant plus travailler, "n'y ayant pas d'eau", ces meuniers exigent une redevance de ceux qui portaient "dehors" leur blé à moudre; en outre, ils ont livré "des farines toutes gantées". Le conseil prie le seigneur Claude de Demandolx, propriétaire des moulins, de faire rendre ces redevances indûment perçues, et décide, au cas où les meuniers s'y refuseraient, de présenter requête au lieutenant de Draguignan.
Un siècle plus tard, alors que les seigneurs n'habitent plus depuis longtemps le château, la marquise Delphine de Valbelle a affermé les terres et les biens qu'elle détient à Trigance à un nommé Girard. Le conseil prévient celui-ci que la communauté, "lasse de souffrir" et craignant que les choses n'empirent encore, va être obligée, à regret, de le mettre en cause en raison de la négligence qu'apporte son sous-fermier, Antoine Cartier, à réparer le moulin, au grand dam des habitants et particulièrement des pauvres'. À Senez, Marc-Antoine de Gauthier, coseigneur de Senez et d'Alpines, fait saisir le 12 mars 1642 les "fruits et rente du moulin à bled de la communauté". À Aiguines, Jean-Louis de Sabran impose (1693) une surcharge de redevances aux habitants qui doivent faire moudre obligatoirement à ses moulins de Chanteraine. Le conseil proteste et, en exécution de transactions antérieures, le somme, par une demande reconventionnelle, de réparer ses moulins qui se trouvent en mauvais état. Trois ans plus tard, il prend fait et cause pour Louis Colomp : sous prétexte que le paysan est allé moudre de l'orge aux Salles, Jean-Louis de Sabran a fait saisir son grain et son âne, bien que le fonctionnement des moulins reste défectueux.
La plupart des villages ont leurs cordonniers, leurs cardeurs, leurs menuisiers, parfois leurs vanniers. Dès 1580, le conseil de Trigance s'entendait avec un "bastier" qui s'engageait à venir "basteyar" au village pendant trois ans, deux fois l'an, en mai et en octobre, "de fer bast quand sera requis", sous par selle ou bat de petites bêtes, et 9 sous par selle de grosses bêtes'''. En maints endroits, on cultive et travaille le chanvre qui sert à faire des cordes et surtout des toiles dites de ménage, à usage local. Un quartier de La Palud porte encore aujourd'hui le nom de "la Val de Nay", le nay n'étant autre que le ruisseau où l'on met à rouir le chanvre. En 1738, le conseil de Trigance interdit de rouir le chanvre dans le Jabron en raison du manque d'eau.

Maréchal-ferrant

Un autre métier très répandu est le "maréchal à forge" ou maréchal-ferrant. À Moustiers, les murs des ruelles se renvoient le battement clair des enclumes où s'affairent plusieurs maréchaux-ferrants ; en 1767, un "tableau de la communauté" recense dans la ville, ses deux hameaux et la seigneurie de La Clue, pour 1890 "âmes de tous sexes" réparties en 313 maisons, quelque 42 chevaux, 62 mulets, qui "ravitaillent les faïenceries en combustibles comme en matières premières, et transportent leurs productions jusqu'à la célèbre foire de Beaucaire". Souvent le maréchal-ferrant est renouvelé ou confirmé au moment de l'élection des consuls. En 1768, le conseil de Trigance a résolu de nommer un ou plusieurs maréchaux "pour le service de la communauté". A La Palud, le 23 septembre 1725, Antoine Bouvier, de Trigance, est reçu dans cet emploi "moyennant quoi la communauté lui mettra un outil en main, appelé estoc (étau) qui restera en fond à la communauté". En 1749, c'est à Étienne Tournel, des Salles, que le conseil d'Aiguines remet la forge et les outils nécessaires, à la condition qu'il vienne s'établir au village. Quelque temps après, le conseil fait raccommoder l'enclume. Pourtant, malgré l'importance du nombre et de l'emploi des mulets, on ne trouve, en 1783, qu'une forge ou deux à Châteauneuf et à Bougon, aucune à Chasteuil, Demandolx, Eoulx, Levens, Senez. Toujours en 1783, voici les villages de la région où des fabriques fonctionnent au bois ou au charbon de boise (il n'en est pratiquement pas qui utilisent le "charbon de pierre") :
  • Castellane : 2 fabriques de poteries de terre, 2 de tuiles, 10 de chapeaux et de cire, 1 en teinture.
  • Moustiers : 2 fabriques de faïence.
  • La Palud : 5 fabriques de poteries de terre. Blieux : 1 moulin à huile, 3 maréchaux à forge et, pendant l'été, 2 fabriques, "l'une pour distiller de la lavande, l'autre pour faire les tuiles".

Distillation de la lavande

Dans notre contrée, on se met à distiller la lavande au XVIIe siècle, au moment où, à Grasse, l'industrie de la parfumerie se substitue à celle de la tannerie. La lavande, dont la culture a commencé à la fin du XVe siècle dans la région avignonnaise, était déjà connue des Ligures, qui l'appelaient "stoechas". Ce mot a subsisté en langue d'oc avec "estacado", qui désigne une variété poussant sur le littoral, l'aspic. Marseillais et Celto-ligures brûlaient de l'essence de lavande à l'occasion des sacrifices et des fêtes religieuses, son parfum était aimé des dieux.
La distillation de la lavande rencontre à ses débuts l'opposition de certaines communautés, qui craignent pour leurs ruchers. Le conseil de Trigance interdit de couper les fleurs de lavande sous peine de dénonces (1710) et promet de prendre fait et cause "pour ceu que dénonceraient". Quelques semaines plus tard, il menace les contrevenants d'une peine de 50 livres d'amende et le fait crier sur la place publique, attendu que "depuis qu'els se coupent, les apices (abeilles) vont de mal en pis". Cette mesure doit soulever des protestations car, peu après, le conseil autorise à couper la lavande passé le 15 août. Le Parlement intervient aussi : il prend un arrêt (1772) portant défense, sous peine de 500 livres d'amende, de couper la lavande dans les montagnes de Haute-Provence que dévaste l'érosion. Le conseil de Trigance transcrit l'arrêt mais maintient l'amende au taux de 50 livres, payable moitié par le coupeur, moitié par le distillateur.
Si les ruchers continuent, au siècle suivant, à bénéficier de mesures de protection, la distillation va procurer un peu d'argent à la caisse municipale : le 13 août 1854, le conseil municipal de Châteauneuf vote un impôt de 8 f par "chaudière à distiller la lavande" que les distillateurs installent dans les limites de la commune. "Les chaudières à distiller ne pourront fonctionner qu'après le 15 du mois d'août afin que les abeilles aient le temps de prendre sur les fleurs de lavande tout ce qu'elles peuvent sans nuire au distillateur ; cependant, si le distillateur le préfère, il pourra établir ses chaudières avant le terme fixé en payant une taxe double". Probablement les distillateurs préfèrent-ils, tout simplement, installer ailleurs leurs alambics ; si bien qu'en 1862 (11 mai) le conseil doit reconnaître que "la lavande qui se trouve dans les terrains communaux est actuellement sans produire aucune [ressource] pour la commune", et décider "quoique d'une valeur peu importante de la vendre aux enchères" tout simplement.

L'industrie régionale : la faïence de Moustiers, obstacles et déclin

La plus importante industrie régionale, la faïence de Moustiers, achoppe déjà sur les obstacles qui hâteront son déclin : difficultés de transport pour un produit si délicat, raréfaction du bois, appauvrissement des filons d'argile. Cette terre fine "qui donne aux faïences moustériennes l'une de leurs éminentes qualités", provenait à l'origine de diverses carrières, notamment du lieu-dit "Les Combes", à l'est du village, vers le vallon d'Angouire. Ces filons épuisés, on va la chercher au quartier de Marzol, sur la rive droite de la Maïre, à moins de 2 kilomètres de l'ancien pont d'Aiguines. Mais plusieurs accidents, survenus en cours d'extraction, et des vols d'argile, démontrent qu'en 1787 cette "mine" s'appauvrit à son tour.
Un éboulement dans la carrière située sur le terrain de Jean Taxil, à Marzol, provoque la mort (11 novembre 1786) de Marcelin Malien, domestique des frères Ferrat. Entendue à titre de témoin par Me Thomas, procureur du roi, Élisabeth Carbonnel, 23 ans, originaire de La Palud et résidant à Moustiers, où elle travaille à la fabrique d'Antoine Bondil, explique les circonstances de l'accident : charriant de l'argile pour son patron au quartier de Marzol, elle y a trouvé Marcelin Manen en train de charger ses mulets. Elle lui a demandé s'il rentrait au village avec elle, mais il avait encore à remplir le bât d'un âne. Elle l'a donc aidé, lui faisant justement remarquer que "si le terrein supérieur venait à s'écrouler, ils seroient perdus". Il n'y a rien à craindre, assura Manen, "le terrein ne tomberoit que par le moyen du gel et du dégel". Quelques instants après, alors qu'elle venait de se reculer, elle s'est brusquement trouvée ensevelie jusqu'à la ceinture, sans avoir entendu le moindre bruit. Au même moment, son compagnon s'étant baissé pour arranger sa chaussure, un monceau de terre l'a enfoui. Elle s'est mise à crier de toutes ses forces. Le ménager (propriétaire exploitant) Toussaint Taxil et son domestique Savournin ont accouru, l'ont libérée et ramenée chez son patron. À la nouvelle de l'éboulement, Jean-Baptiste Ferrat a envoyé trois de ses "manoeuvriers" porter secours. Ils n'ont pu dégager qu'un cadavre.
Le procureur, rappelant "les différents malheurs qu'ont essuyés les mineurs de la terre propre à la fayencerie au quartier de Marzol [...] parmi lesquels deux ont été trouvés morts dans un petit intervalle de temps, et d'autres à demi-ensevelis sous les ruines, auroient essuyé le même sort s'ils n'avoient reçu des secours", enjoint aux faïenciers de prendre, à frais communs, des mesures susceptibles d'empêcher le retour de tels accidents. Il faudra  pourtant un nouvel éboulement (8 juin 1787) qui coûte la vie à Étienne Aimés, ouvrier de Joseph-Gaspard Guichard, pour que, sur une nouvelle ordonnance du juge, les travaux de sécurité soient entrepris et menés à bien. Au mois de septembre, l'extraction pourra reprendre sans danger et "fournir de la terre à toute la fayencerie de cette ville pour environ deux ans".
La plupart de nos villages tiennent une foire annuelle, mais d'un intérêt purement local. En 1729, les commissaires à l'affouagement soulignent le "peu de considération" de ces manifestations commerciales encore existantes, dont celle de Riez, mais aussi celles de Manosque, Forcalquier et Sisteron ; ils n'en reconnaissent que deux d'une certaine importance, à Digne. Ainsi l'économie de production laisse entrevoir son caractère médiocre, encore proche des économies primaires ; le commerce intérieur apparaît comme émietté et de souffle court.

Fêtes et divertissements adoucissent l'âpre vie de travail

À toutes les époques, les hommes et les femmes (les jeunes en particulier) ont eu besoin de divertissements pour rompre le rythme monotone des jours et "se défouler". Et sous tous les climats, la manière de se distraire satisfait à la manière de vivre. Corrélation bien éprouvée : quand l'incertitude imprègne fortement les conditions d'existence, le bruit se mêle davantage aux jeux et les amusements risquent de dégénérer en violence. Ainsi en est-il dans les villages de notre région.
L’âpre vie de travail s'y adoucit les dimanches et les jours de fête. Les habitants trouvent alors l'occasion de donner libre cours à leur sociabilité et à leur exubérance naturelles. Même en plein hiver, ils se livrent déjà aux plaisirs du célèbre jeu de boules. C'est bien en vain que l'austère évêque de Serrez, le janséniste Soanen, vitupèrent contre les joueurs qui exercent leur adresse sur la place de l'église et, comble d'horreur! jusque pendant les offices religieux. De même les quilles connaissent une grande faveur.
À Castellane, en 1620, le prieur de la chapelle Saint-Éloi fait l'objet de poursuites pour avoir refusé à Jean Andreau la "joye" (le prix) qu'il avait gagnée aux quilles lors de la Saint-Éloi, et lui avoir ensuite asséné quelques coups de poiutg". Les jeunes gens s'adonnent au sport et à ses exaltations : la course, le saut, la lutte, même la natation. Dans son Histoire de Castellane, le prieur Laurensi écrit en 1775 : l'eau du Verdon "offre en été des bains bien purs agréables à tous nos habitants, pour calmer l'excès de chaleur. On voit sortir de temps en temps de son sein des troupes de jeunes garçons qu'on prendrait pour des poissons et qui s'exercent à nager en s'amusant au milieu des ondes verdoyantes". Le jeu de ballon exige de l'espace. À Castellane, les consuls ont fait établir, hors de la ville, une place "sur laquelle la jeunesse prend ses exercices ordinaires, tant au jeu de ballon qu'autres". Mais dans ce sport plus encore qu'aux boules, la passion peut entraîner algarades et bagarres, compte tenu surtout des rudes mœurs de l'époque. En 1609, un tailleur de Casteliane, Honoré Niel, "voulant rabattre le ballon, donna de son brassai un grand coup sur la tête du jeune Gaspard de Galice, qui tomba à l'instant par terre comme mort".
La fête patronale, en particulier, est motif à réjouissances publiques, sa préparation fait l'objet de longues délibérations et de soins enthousiastes. Ce sont les confréries qui, gênéralement, organisent les festivités celle de Saint-Éloi à Castellane, celle du Saint-Esprit à La Palud, celle de Saint-Roch à Trigance...
Achard décrit, en 1788, les coutumes par lesquelles, à La Palud, s'ouvre la fête au son des fifres et des tambours. Le chef de la jeunesse, qui porte le nom d'abbé, et son abbesse, "escortés des garçons et des filles de l'endroit, vont en cérémonie chez le seigneur et le conduisent à l'église ainsi que sa dame. À l'offande, il se présente à l'autel avec une épée nue à la pointe de laquelle est une pomme ou une orange parsemée de liards, qu'il remet à son enseigne, celui-ci la présente à celui qui le suit, et ainsi successivement jusqu'au dernier, qui la donne au clerc de la paroisse. Après la messe, le seigneur est reconduit dans son château avec les mêmes honneurs. L'une des féries les plus courues est celle de Moustiers, le 8 septembre, jour de la nativité de la Vierge. Ainsi voyons-nous les tailleurs de pierre employés à la réfection du pont d'Aiguines, en 1770, partir en groupe dès 6 heures du matin l'un d'eux au préalable s'est fait raser et venir à la ville pour, après la messe, s'y "récréer" toute la journée. Car de caractère religieux à l'origine, les fêtes donnent lieu aussi à des manifestations de joie très profanes comme la bravade et le bal, que troublent parfois des disputes.

La colère de l'église

S'élevant contre ce qu'il considère une profanation des saints patrons, le rigide Mgr Soanen interdit "les voitures de denrées, les étalages de boutiques, les ventes et marchés, les danses folles, les processions tumultueuses au son du tambour et des coups de fusil qu'on appelle bravades, comme si les saints pouvoient être honorés par des dévotions payennes qui sont des oprobes de notre religion et des oeuvres de débauche et de querelle".
Évidemment, l'évêque fulmine contre la boisson mais aussi contre des amusements qui nous paraissent plus anodins. En 1708, il admoneste la confrérie des pénitents de Castellane : "Par un esprit tantôt de débauche pour les libertins, tantôt de gain sordide pour les saints patrons, on profane plus impunément les festes des confréries par des jeux, des danses, des yvrogneries".
Les jeunes de Blieux, en 1718, encourent ses foudres : "Attendu qu'on a dansé publiquement entre garçons et filles dans le chef-lieu, durant deux dimanches, malgré la connaissance qu'on a eile que nous en avions fait un cas réservé, nous déclarons nulles les absolutions si elles ont été données aux filles sans avoir auparavant demandé pardon dans l'église, et de même aux hommes s'ils ne sont pas venus nous trouver pour être absous par nous''. Les autorités tentent bien d'empêcher l'ouverture des tavernes pendant le temps des offices. Les innombrables infractions relevées dans les archives expriment l'inefficacité de la mesure. Un exemple entre cent : en 1732, à Castellane, le tenancier d'un cabaret, malgré son enseigne de "L'ange", a servi à boire dans son établissement, "dans le temps qu'on chantait vêpres à l'église paroissiale de Saint Victor", à des gens qui, surpris, "ont pris la fuite et sont montés par dessus le toit". Le cabaretier devra payer trois livres d'amende "en faveur de l'hôpital Saint-Martin".

Le refus des nobles de payer leur part d'impôts

La communauté répartit son contingent d'impôts entre les habitants en prélevant la taille à l'aide du cadastre : l'estimation des biens encadastrés de chaque particulier constitue la cote cadastrale de celui-ci, ou "allivrement". Les nobles possèdent des biens d'origine noble, d'autres d'origine roturière. Leurs biens nobles ne sont pas encadastrés, c'est l'un des privilèges auxquels ils tiennent le plus. En revanche, ils auraient dû faire encadastrer leurs terres roturières et payer la taille pour elles. Comme nous l'avons vu, grâce à leur influence, ils arrivent fréquemment à s'y soustraire, aggravant d'autant la charge des roturiers. D'où de nombreuses querelles avec les communautés : Aiguines et ses coseigneurs Marc-Antoine et Joseph de Gauthier, Eoulx et Honoré de Raimondis, La Palud et Pierre de Demandolx.
De même, le conseil de Trigance doit en 1694 assigner la châtelaine du lieu, Marguerite Delphine de Vento, veuve de Barthélémy de Demandolx ; l'affaire traîne cinq ans. Des experts communs sont commis. Les chambres assemblées rendent un arrêté stipulant que les seigneurs n'ayant pas payé la taille sur leurs biens encadastrés, ont un délai de quatre mois pour s'en acquitter. Une commission à laquelle Jean Preire, prêtre, est prié de participer, relève avec soin, sur les comptes anciens, le montant des arrérages dus par le seigneur et sa famille, puis envoie le résultat à Draguignan. Il faut encore qu'une délégation se rende à Marseille, auprès de la dame de Trigance, pour s'opposer à un nouvel ajournement.
Outre l'accroissement de l'impôt et la mauvaise volonté des nobles à en assumer leur part, une troisième calamité niais, elle, sans remède explique les difficultés sans lin des trésoreries communales : la réduction du revenu territorial, et par conséquent des facultés contributives des habitants. À la fin du XVIe siècle ( 1684), le conseil d'Aiguilles sollicite un nouvel affouagement en invoquant la perte de valeur de son terroir privé d'eau d'arrosage, ravagé par les eaux fluviales et dont, de surplus, les coseigneurs accaparent les meilleures parcelles.

Le conseil réagit

De son côté, le conseil de Trigance demande un délai de quinze ans pour liquider son passif (1716), motivant sa requête par la surimposition de la communauté, mais aussi la stérilité du lieu qui n'a ni vignes, ni oliviers. Et trois ans après, il nomme des commissaires pour procéder "à un nouveau alivrement" devenu inévitable du fait que "la plus grande partie des biens ont changé de fasse". Près de cinquante ans plus tard (1762) il réclame à l'intendant de Provence et aux procureurs du Pays modération de la "capitation" des habitants, qui sont "extrêmement capités" bien que dans "une grande misère". Son souhait est pris en considération par ordre du subdélégué de l'intendant : les consuls, le lieutenant du juge et Jean-Baptiste Cartier, bourgeois du village, dressent la liste des habitants qui ont émigré, avec indication de leur cote cadastrale et de leur nouveau domicile, mais aussi rédigent un état descriptif de la dégradation du territoire.
De nombreux paysans vivent en effet aux confins du dénuement. Une seule année de mauvaises récoltes suffit à créer l'extrême misère, plusieurs années successives engendrent la famine. La fin du XVIe et le XVIIe siècles, s'ils se découvrent hantés par la disette, ne font probablement que répéter en les amplifiant les catastrophes qu'ont connues les époques antérieures, mais ignorées de nous faute de documents.
Partout les consuls sont contraints d'acheter du blé, empruntant à qui ils peuvent pour empêcher de mourir de faim une large fraction de la population. En 1783, à La Palud, plus de cinquante familles, soit près de la moitié du village, réclame un secours. La communauté doit se procurer cinquante charges de blé méteil (plus de soixante quintaux) pour prêter aux plus défavorisés". Car théoriquement, on ne fait que prêter, mais en réalité, il s'agit en général d'un don. "Et nous percevons encore, à quelques siècles de distance, enfouis sous des grimoires, les échos des plaintes qui émanent de malheureuses populations affamées".

Saint-Pancrace - Digne
Digne
Vallée de la Bléone - Digne
Digne
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