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Richesse du paysan et nation provençale

Le paysan, libre, propriétaire de la terre qu'il travaille, mais frappé de lourdes redevances

La ruine et le dépeuplement des villages provençaux ont changé la mentalité des paysans avant même la fin des guerres intestines (1400). Un demi siècle de désordre, de famine et de terreur ont éveillé les esprits, suscité de nouvelles aspirations. Devant les immenses étendues incultes, jadis fondement de la fortune et du pouvoir du seigneur, ceux qui ont survécu à grand peine à tant d'épreuves prennent plus ou moins conscience de la vraie valeur de leur travail : c'est eux plus que la terre, qui produisent et qui créent la richesse... Ils se mettent à reconquérir le sol enseveli sous les bois et les broussailles, à reconstituer le cheptel, mais en même temps à contester la possession ou l'usage des forêts, des pâturages et de la terre gaste. Si bien que dès le début du XVè siècle, partout le servage a fait place à une nouvelle forme d'inféodation, très assouplie : le paysan ne doit plus à son seigneur ni son corps, ni son bien, mais seulement une importante partie de son travail et de ses revenus.
Pour remédier au manque de bras, les seigneurs ont installé sur leurs terres des centaines de familles venues d'autres régions, et même d'Italie, qui ont constitué une catégorie de colons libres. La fusion de ces émigrés libres et des anciens serfs affranchis a créé une population libre, qui finit par dominer clans les campagnes avant la fin du XVè siècle. Elle n'est plus liée aux seigneurs, dont elle reste vassale, que par des contrats de formes diverses. Dès le XIVè siècle, les seigneurs ont commencé à détacher de la terre gaste des parcelles qu'ils cèdent en emphytéose. Moyennant le paiement global d'une somme d'argent, le versement annuel de la tasque et certains engagements, le bénéficiaire de celte concession peul clôturer les terres à lui concédées, en interdire l'accès, y planter des arbres, y construire parfois granges et bergeries, mais le seigneur reste propriétaire du fonds.
Ayant l'inconvénient de changer le caractère de la parcelle de terre gaste ainsi concédée en faisant d'un bien semi-collectif une propriété à demi-privée, l'emphytéose a cependant le grand avantage d'établir plus de stabilité clans les cultures et d'encourager l'entretien des bonnes terres. Elle apparaît donc comme un bail à long terme, qui laisse au seigneur la propriété nominale de la terre, mais lui enlève tous les droits utiles au profit des paysans travaillant cette terre. Ceux-ci en possèdent la propriété réelle, peuvent la vendre, la donner, la transmettre, à condition de tenir les engagements souscrits.

La tasque et autres impôts

Parmi ces engagements, on trouve la tasque, rente annuelle payable à Pâques ou à la Saint-Michel, mais aussi des prestations personnelles ou corvées : labourer, ensemencer, faucher les terres du seigneur, tailler ses vignes, transporter ses foins, faire ses coupes de bois, réparer les bâtiments de son exploitation agricole. Il y a la taille et toute sorte de redevances payées en récolte ou en denrées : suivant le cas, le seigneur reçoit la moitié, le quart, le huitième des produits récoltés.
Enfin les seigneurs frappent les populations de droits qu'ils ont inventés au fil des ans et qui n'ont, le plus souvent, leur raison d'être que clans l'abus de la force : droits pécuniaires sur la boulangerie, sur la vente du vin, sur la dépaissance, sur les poids et mesures, sur l'étalage des marchandises au marché. Nous connaissons déjà l'albergue, droit du seigneur de prendre gîte chez ses vassaux et ses paysans quand il traverse leurs terres. Le pulvérage est une redevance qu'acquittent les bergers dont les troupeaux transhumants passent sur les terres seigneuriales.
On trouve par exemple énumérés Ions ces droits dans un vieux livre de raison : non seulement, à Meyreste, la propriété des terres gastes appartient au seigneur, et par consé-quent "tous les bois et toutes les sources et escoulements des eaux", non seulement la sei-gneuri• "est fondée en toute juridiction haute, moyenne, basse, mixte et impère", mais aussi "en toute sorte de droits seigneuriaux comme amendes, lods et trézains, peines municipales, droits de leyde, péage, passage et pulvérage, droits de fourrage et de mouture, censes, tasques et services, surtout celui d'informerl".
À ces charges, auxquelles le seigneur astreint les populations rurales, il convient d'ajouter, d'une part, les impôts perçus directement par le fisc du comte de Provence, dont la queste générale, d'autre part, la dîme sur maints produits agricoles : agneaux, récoltes, etc, que prélève le clergé. Celui-ci dispose à cet effet de "décimateurs" qui ont pour mission de parcourir les aires au moment du battage ou du foulage, et de prendre la dîme. Nul n'a le droit d'enlever le blé de l'aire avant le passage du décimateur. Il en est de même pour le vin.

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Le paysan à la merci...

Redevances féodales et taxes diverses réduisent un revenu déjà maigre. Le paysan est à la merci des éléments et des événements. Des pluies excessives, une sécheresse prolongée, le passage de gens de guerre ou une incursion de routiers et, aussitôt, c'est la misère et la famine. Les récoltes, en temps normal, sont à peine suffisantes, car les rendements sont médiocres. Comment pourrait il en être autrement? Le matériel agricole est celui qu'ont transmis les Romains : la bêche, la houe, la charrue à soc plus souvent en bois qu'en fer, la faucille plus aisément utilisable que la faux dans les terrains accidentés et pierreux. Les procédés de culture n'ont pas été sensiblement améliorés : l'emploi de fumures est très réduit, même aux alentours des grandes agglomérations urbaines comme Arles ou Marseille. La foulaison du blé se fait au piétinement des bêtes, et non au rouleau. Les routes, sauf ce qui restait des voies romaines, sont nombreuses, mais combien peu praticables : les chemins publics, dont parlent les textes, sont pour la plupart des passages en bordure des champs, des sentes et parfois simplement des pistes. Les transport se font généralement à dos de bêtes, ânes et mulets, ou à dos d'hommes.
Malgré le courage des hommes, l'abandon par les seigneurs d'une partie du sol grâce aux baux emphytéotiques, et l'attrait que peut exercer sur les paysans étrangers l'usage des pâturages et des bois, le repeuplement se fait lentement. Dans les dernières décennies du XVè siècle, les villes et villages de la région n'ont pas encore retrouvé la moitié (a l'exception de Demandolx et de La Palud) souvent le quart de leur population.

Reprise de l'économie : élevage, cultures et commerce

Comme il faut moins de temps pour reconstituer le cheptel que pour reconquérir pied à pied les terres cultivables, l'élevage occupe une place prépondérante. On a pu calculer que, dans les Pré-alpes de Provence, chaque famille qui a survécu, dispose en 1471 d'un à deux " trenteniers " de moutons. Après cette date, l'élevage va s'intensifier encore, entraînant une course aux pâturages et des querelles entre les propriétaires de troupeaux. Selon les comptes 1189-1506 du clavaire de Moustiers, la Cour royale de la viguerie condamne Louis de Grasse, seigneur du Mas (viguerie de Grasse) et Barthélémy de Grasse, seigneur de Bormes (viguerie de Hyères) pour avoir armé une troupe de gens mal famés et avoir, à leur tête, pris malgré les efforts des bergers, les troupeaux qui paissaient près de Blieux et de Carcès.
À la fin du XVè siècle, Pierre de Sabran, seigneur d'Aiguines et de Baudinard, est encore mineur sous la tutelle de sa mère Yolande de Saint-Marcel. Les consuls et habitants de Moustiers en profitent pour faire paître leurs bêtes sur le terroir d'Aiguines bordant le Verdon, y couper du bois et cueillir des glands, alléguant un privilège tenu par lettres du roi René. Or, selon la coutume, le seigneur d'Aiguines, maître absolu de ses pâturages, peut seul accorder aux étrangers le droit de paître. Il envoie donc sur place son bailli et quelques prud'hommes. Les apercevant, les bergers se retirent vivement sur le territoire de Moustiers, où ils ne peuvent être saisis. Arrivent alors les syndics de cette ville et le notaire, accompagnés de quelques individus armés qui, sous prétexte de réparer le pont, se mettent à casser des arbres et agissent comme s'ils étaient propriétaires des pâturages d'Aiguines. Pierre de Sabran recourt au roi René lui-même, faisant observer que, du vivant de son père, jamais les consuls de Moustiers n'auraient osé un acte aussi arrogant. Le roi René enjoint à ceux-ci de "comparaître devant son conseil pour produire les lettres qu'ils prétendent tenir de lui, lettres qui les autorisent à despaitre dans le terroir d'Aiguines, et pour s'entendre déclarer que les dites lettres sont subreptices, nulles et de nul effet et valeur".

Vignes et marchands

La vigne va se répandre à nouveau, même dans des vallées où elle n'existe plus aujourd'hui; toutefois, à Castellane, qui ne produit encore qu'à peine pour trois mois de blé, le pays a perdu en 1471 presque tous ses vignobles. Les céréales, les amandes, les noisettes, bien que moins abondantes qu'en Basse-Provence, constituent des ressources non négligeables. Si la culture et le travail du chanvre alimente les tissages domestiques, comme en témoigne à La Palud le toponyme "La Val de Nay", la qualité du drap reste grossière.
Les marchands des petites villes établissent des rapports entre Haute et Basse-Provence, mais aussi avec marchands et particuliers des villages distants de 30 ou 40 km. Le cas de Jean Barrai, notaire et marchand de Riez aux environs de 1420, est typique. Ce commerçant effectue des transactions aussi bien avec Seyne-les-Alpes, où il échange du vin contre des céréales, qu'avec le port de Fréjus, d'où il exporte du blé. De plus, il possède deux boutiques, l'une où il vend des produits de consommation courante, l'autre réservée aux pièces de drap lin achetées à Avignon ou aux foires du Languedoc, et revendues au détail. Avec l'évêque de Riez et le commandeur des Hospitaliers de Puimoisson, ses plus gros clients sont les divers seigneurs du voisinage et les marchands de Riez, de Valensole et de Moustiers.
Nous connaissons déjà le tarif du péage au pont de Castellane durant l'exercice 1432-33 pour les marchandises en transit ou vendues dans les boutiques de la ville, d'après le rôle des services perçus par le vice-clavaire Simon Petit pour noble Cortcol Duplessis, châtelain de la Roche.

Démographie

Faute de document, il n'est pas possible d'établir pour chaque village l'époque de la reprise. Nous avons vu pourquoi Le Bourguet compte trois familles en 1471: deux frères s'y sont installés vers 1460 à la demande du seigneur d'Andon, puis une troisième famille s'y est agrégée; c'est l'origine de la renaissance du village de Bagarry et du changement de son emplacement : il groupera 25 maisons en 1540. Trigance qui, de 52 maisons habitées en 1315, est tombé à 20 maisons en 1471, remontera à 80 maisons en 1540 ; Majastres et Les Salles, qui en dénombraient 22 et 40 en 1315 et sont inhabitées en 1471, en auront 16 et 20 en 1540. Levens et Taulanne, qui en comp-taient 24 et 20 en 1315, sont également inhabi-tés en 1540 et le resteront pratiquement jusqu'au XVII -XVIIIè siècle. A l'inverse, Robion, qui englobait 7 maisons habitées en 1315 et en compte 11 en 1471, en aura 38 en 1540. Bien que les chiffres des autres villages de la contrée ne soient pas connus, on peut estimer qu'au moment où le comté de Provence va être uni pour toujours au royaume de France, l'évolution économique et démographique de la région des Gorges du Verdon connaît, après un creux dépressif encore très marqué en 1471, une remontée plus ou moins rapide qu'attestent les chiffres de 1540.

A la fois seigneur d'Eoulx et d'Estelle, Jean de Raimondis reconstruit le château de Trigance début XVè siècle

Chef militaire venu d'Italie au service de la reine Jeanne, Jean I de Raimondis, dit le Gros, a reçu de celle-ci une part de la seigneurie d'Eoulx (1381), que sa famille agrandira et conservera jusqu'à la Révolution. Plus de dix ans après, il a acheté à Perrotin de Terne, expulsé par Marie de Blois, Gars et Briançonnet (canton de Saint-Auban, Alpes-Maritimes). Puis il a également acquis de Fouquet IV de Pontevès, une partie d'Entrecasteaux (1405).
Il n'est pas le seul Raimondis à la tête d'Eoulx : s'il a prêté hommage en 1386, un Alban de Raimondis l'a fait à son tour en 1413 alors que lui-même vit toujours. Cet Alban de Raimondis échange (1435) la partie d'Entrecasteaux acquise par Jean de Raimondis contre une partie d'Eoulx appartenant à Refforciat de Castellane. Cet échange prouve l'étroite parenté de Jean I- et d'Alban, peut-être le second est-il le fils aîné du premier, qui lui aurait cédé une partie de ses droits. Dans ce cas, le fils serait mort prématurément, car c'est Pierre de Raimondis et non pas Alban qui succédera à leur père.
Jean I" de Raimondis, dit le Gros, est également seigneur majeur de Trigance, terre qui a précédemment connu des propriétaires fort divers, entre autres :
  • La veuve d'Arbert de Lançon, souche des Pontevès, et Arbaud, petit-fils d'un des deux fondateurs de Petra Castellana ;
  • L'un et l'autre ont donné leur part à Saint-Victor de Marseille, la première en 1037, le second en 1056.
Au début du XIè siècle, après avoir rasé au sommet de Biach le château primitif, un seigneur en dressait un autre, plus solide, plus confortable et d'accès plus aisé, à la pointe d'un éperon dominant la rive gauche du Jabron ; sa veuve, Maïs, accablée de dettes, se proposait de vendre le nouveau château à Boniface V de Castellane, père de sa belle-fille Sibille, quand l'intervention des Hospitaliers de Comps lui permit de le garder (1247).
Au milieu du XIVè siècle (1355), il y avait eu aussi un seigneur (ou coseigneur) du nom de Guillaume Dauphin ou Delphin.
C'est en en réutilisant sans doute une partie de l'ouvrage roman (reste de logis, de salles souterraines, citernes), qu'au début du XVè siècle, Jean I de Raimondis a construit un château plus puissant : une enceinte quadrangulaire flanquée aux angles de tours rondes talutées, dont trois subsistent.

Sous la gouvernance de Jean I

En même temps, Jean I semble traiter les habitants avec quelque égard : en 1440, il fait une donation à certains de ses vassaux, dont justement à François Dauphin, ou Delphin, descendant d'une vieille famille de coseigneurs, et à Lions Aycard, Rouvier, etc, en reconnaissance de nombreux services et de l'hommage par eux prêté de la terre gaste. Quatre ans plus tard, il passe une transaction avec la communauté du lieu, représentée par Jacques Antelme, Jean Trouin, Étienne Rouvier, ses procureurs, Jean de Bagarris, seigneur dudit Bagarry. L'acte, qui porte sur le droit de "cabestrage", spécifiera que la communauté peut continuer à utiliser les bestiaux étrangers pour le dépiquage des grains, sans payer aucune redevance au seigneur, mais que tout habitant est tenu de verser quatre gros à celui-ci, chaque année à la Toussaint. La transaction sera conclue clans la rue, devant la maison de Jacques Lions, en présence notamment de Bertrand de Réquiston, coseigneur d'Ampus, de Bertrand Alaric, vicaire de Trigance, de Jacques Michaelis, notaire à Castellane. Au milieu du X siècle encore, il délivre quittance pour les arrérages du droit cl'albergue et de cavalcade, en laveur de la communauté. L'acte est passé dans le jardin (ou sur la place) de noble Jacques de Levens, en présence de François Dauphin, coseigneur, et de Jacques Michaëlis, notaire à Castellane''.

Seigneurie d'Estelle

En outre, Jean I de Raimondis possède en partie la seigneurie d'Estelle", dont l'autre partie appartient à Barthélémy de Demandolx, père de Paulet et d'Eyriès. Ce premier château, dont les ruines et des bouts de courtines occupent un sommet qui surplombe la rive gauche de l'Artuby, dans le camp militaire de Canjuers, Raimond Bérenger V l'avait pris, en 1235, à Guy d'Ampus et à son neveu Raimbaud de Grasse, leur donnant en échange Gourdon et Le Bar'' (communes actuelles des Alpes-Maritimes). Puis une famille en a pris le nom : Bertrand Rimbaud d'Estelle rendit hommage en 1270 au comte de Provence Charles I; il vécut sur cette terre, ainsi que son fils. Leurs descendants, commissaires à l'artillerie et à la marine, appelés par leurs fonctions à résider à Toulon puis à Marseille, s'y étaient mariés et fixés ; ils s'y enrichiront dans le négoce ; certains seront consuls en Barbarie (Afrique du Nord). En 1309, la seigneurie était partagée entre Boniface de Roumoules et Raymond d'Esparron, coseigneur d'Esparron-du-Verclon, de Saint-Jurs, etc, qui y entretenait un bayle.
À la mort de Jean I" de Raimondis, après le milieu du XVè siècle, son fils Pierre lui succède à Eoulx. Il hérite sans doute aussi de la part d'Alban de Raimondis, car il n'y aura plus désormais qu'un seul seigneur dans cette seigneurie. Eyriès de Demandolx va recevoir Trigance et Estelle du fait de sa femme.

Seigneurs de Demandolx de Trigance et de la Palud

Successeurs d'Isnard, Pons de Demandolx, qui avait prêté hommage au comte de Provence Louis II d'Anjou (1399) à Tarascon, et son parent André de Demandolx, ont été tous deux coseigneurs de Demandolx. Le fils du premier, Barthélémy, qui sera viguier d'Arles vingt-cinq ans plus tard, et la fille du second, Béatrix, se sont mariés ensemble (1440), réalisant ainsi l'unité d'une seit,meurie qui appartiendra à leur famille jusqu'à la Révolution. Ils ont eu quatre fils, dont Paulet, Eyriès et Antoine. Celui-ci, clavaire de Castellane, héritera (1471) d'Icard de La Coste, la coseigneurie de Clumanc, qu'il léguera (1492) à Jean, fils de son frère Paulet. Paulet et Eyriès épousent le même jour, en 1461, les deux soeurs, Jeanne et Louise, filles de Raimondis, seigneur d'Eoulx, de Trigance et d'Estelle.
Eyriès reçoit donc du fait de sa femme Trigance et Estelle, que sa famille conservera jusqu'au XVIè siècle. A sa mort (peu après 1504), il aura pour successeur son fils Claude de Demandolx-Trigance.
Paulet aurait dû succéder à son père Barthélémy à la tête de Demandolx mais il meurt avant lui, laissant trois fils, dont Pierre et Jean. Héritant de son grand-père, Pierre deviendra seigneur de Demandolx (1494), tandis que Jean, qui aura hérité (1492) de son oncle Antoine la coseigneurie de Clumanc, épousera la même année Honorade de Jarente qui lui apportera les seigneuries de La Palud et de Meyreste, lesquelles resteront dans sa famille jusqu'à la Révolution.
Ainsi, au cours des deux siècles suivants, trois branches de la famille Demandolx vont avoir sous leur juridiction les seigneuries de Demandolx, de Trigance et de la Palud.
Le nom de Demandolx n'a pas toujours été écrit ni prononcé de la même manière : cette famille aura donné à l'Ordre de l'Hôpital (qui deviendra l'Ordre de Rhodes, puis de Malte), plus de trente-cinq chevaliers, dont plusieurs parviendront aux premières dignités; or, dans les registres de l'Ordre, le nom est écrit Demandols, plus tard Demandons et Demande.

Rôles des Demandolx

Enfin dans les anciens papiers, on trouve Demandoux, Demandos, Demandols et Demandolx ; c'est cette dernière forme qui a prévalu. Outre ceux qui se sont illustrés sous la bannière de Malte, d'autres Demandolx ont joué un rôle important hors des limites de la région. Tel est le cas de Michel Demandolx, citoyen d'Aix, à qui, par lettre datée du 18 janvier 1437, le roi René accorde le bailliage de Saint-Paul-de-Vence, uni au bailliage plus ancien de Guillaume, en même temps que le bailliage du Val d'Annot et du Val Chanan. Il y cumule l'office de bailli et les fonctions de clavaire et de notaire19. Enfin hier comme aujourd'hui, le nom de Demandolx est porté également par des familles non nobles : dans les archives, on trouve par exemple, en 1634, un Bastien Demandolx, de Chasteuil, demandeur en paiement de 12 livres pour les gages d'Antoine, son fils, berger, contre Claude Imbert, de Castellane ; vers 1676, un Joseph Demandolx fait l'objet de poursuites de la part de Joseph Bérard, marchand drapier de Castellane, à qui, "d'un coup de poing sur la figure", il "avait fait une contusion considérable à l'oeil gauche".
Quant à la terre qui a donné à la famille son patronyme, on en trouve mention vers 1200 sous la forme de "de Mandols" et vers 1300, sous celle de "de Demandolis". Ce nom peut venir de la peuplade celto-ligure de Mandubii, ou bien du mot ligure "man-d". Il désigne également, sous des formes très proches, d'autres lieux de la région, notamment :
  • Sur la commune de Saint-Jurs, à 2 km nord-est du village, un lieu-dit et un ravin s'appellent Demandols;
  • Entre Blieux et Serrez, le Demandons est un massif boisé dominant, au sud, l'Asse de Blieux et, au sud-ouest, le ravin de Malamort.
Lorsqu'elles épousent, le même jour de l'an 1461, les deux frères Putiet et Eyriès de Demanclolx, les deux soeurs Jeanne et Louise de Raimonclis sont orphelines. Leur père, Jean I, dit le Gros, est mort après le milieu du XVè siècle, à une date indéterminée. C'est Pierre de Raimondis, son fils et héritier, qui autorise le mariage de ses soeurs. Le double contrat est passé le 12 mai 1461, entre lui et Barthélemy de Demandolx. En voici un extrait daté de l'année 1504, et copié par Antoine Laurenci, notaire public de Castellane, sur les écritures de "honorabili quendam viii magistri Audran Lamberti", lui aussi notaire public de Castellane. Cet extrait est écrit moitié en latin, moitié en provençal : "Il est convenu que, comme il est raisonnable, pour supporter les charges du mariage, les demoiselles aient dot; les dites filles se constituent en dot tous les droits présents et à venir sur l'héritage de leur père et mère, et tout ce qui pourrait leur provenir d'autre part. Il est convenu entre les parties que le dit Demandolx doit vêtir les dites filles de leurs robes nuptiales, selon leur état, quand viendra le jour des épousailles. Il est convenu qu'aussitôt que les coffres seront donnés, le dit Demanclolx aura l'administration et le gouvernement de tout l'héritage et des per-sonnes de Jeanne et Louise, et le susdit Demandolx sera tenu et doit payer les dettes et les charges raisonnables qui proviendront du susdit héritage". Ce contrat est passé dans l'ancien château d'Eoulx.
Le fils de Pierre de Raimondis, Elzéar, qui se mariera avec Louise de Castellane-Salernes, rendra hommage pour Eoulx (1537), de même que son fils Jean II (1541).

Dans les diverses seigneuries de la région

  • Aiguines : Jean de Sabran, fils d'Elzéar de Sabran, a lui-même un fils, Pierre de Sabran, qui lui succède à la tête de plusieurs seigneuries, notamment à Baudinard et Levens, et passe avec la communauté d'Aiguines une transaction qui fixe les tasques, autorise de faire des "jas, maisons, vignes, precis..." moyennant 2 florins l'albergue, réglemente la dépaissance dans les défens, l'utilisation de la terre gante, le "cabestrage", les lods et trézains, les "mégeries d'avérages", les "rétentions", la chasse aux gros animaux sauvages. La transaction confirme également la remise par le seigneur de la maison du Saint-Esprit et permet de labourer le (Wells de Charombail. Pierre de Sabran se qualifiera comte d'Arian et d'Apici quand son cousin germain, Hélion de Sabran, baron d'Ansouis, lui aura cédé ces comtés (1503). Il recevra de François I une lettre avec la souscription "À mon cousin, comte d'Arian". Il testera en 1508. Marié à Françoise de Vintimille, il a deux filles qui s'allieront aux familles de Villeneuve-Trans et de Sabran-Ansouis, et un fils, Louis de Sabran, qui lui succédera.
  • Rougon : Hélion de Glandevès prête hommage en 1412 ; quand les galères du roi d'Aragon font des incursions sur le rivage provençal, et jusque dans le port de Marseille (1423 et 1447), il défend le littoral comme gouverneur du chàteau d'Hyère et "capitaine général pour la côte marine". Il a prêté hommage pour cette seigneurie en 1412 et aura pour successeur Raymond de Glandevès, gendre de Palamède de Forbin, qui va bientôt recevoir la charge de sénéchal de Provence.
  • Blieux : cette seigneurie très morcelée a pour seigneurs principaux le chapitre de Senez et la famille de Pontevès. Jean de Pontevès a en effet acquis des droits que sa famille conservera jusqu'au XVIIIè siècle ; Gaspard de Pontevès a prêté hommage en 1137, geste que renouvelleront Durand en 1499 et Jean II en 1509, 1515 et 1538. Mais en cette année 1180, tandis que Jacques de Jarente et le chapitre de Senez font hommage à Charles III, Durand de Pontevès est, à la tête des insurgés provençaux. Jacques, frère de Jean de Jarente, y est devenu coseigneur, après avoir hérité de son grand-père Balthazar la coseigneurie de Seyne et la seigneurie de Selonnet ; en 1480, il prête hommage à Charles III pour ses trois seigneuries. 
  • Senez : les évêques du lieu ont rendu hommage en 1351 à la reine Jeanne, puis en 1385 à Marie de Blois et le renouvellent à Louis II en 1399, puis au roi René en 1480 ; ils garderont Lette possession jusqu'à la Révolution, mais en partie seulement : Jean-Baptiste de Pontevès, coseigneur de Blieux, seigneur de La Clue et autres lieux, en reçoit la haute juridiction du roi René (1474) ; ses successeurs Durand puis Jean II de Pontevès rendront hommage pour cette coseigneurie (1499 et 1515).
  • La Clue : Jean I de Pontevès l'a acquise (1408) de Sancie Puget, veuve de Giraud de Villeneuve; se succèdent Jean-Baptiste, Durand et Jean II de Pontevès, ces deux der-niers prêtant hommage pour la minuscule sei-gneurie en même temps que pour Senez.
  • Chasteuil : Antoine Isnard, secrétaire du comte Louis II, maitre rational de 1405 à 1417, vend en 1441 sa part de la seigneurie à Jean Puget pour 700 florins, en même temps que Brenon27. D'une famille originaire de Brignolles, Jean Puget a été ennobli par lettres de mars 1443 du roi René ; en même temps, il acquiert Aurefroide et Fuveau. Il laisse de Douce de Clapier dix enfants dont : Raimond de Puget, qui est conseiller d'État du roi René ; acquiert du comte de Tende les terres de Prats, Blégier et Chanoles, dont il fait hommage 1065); Hugues, qui fonde la branche des seigneurs de cuveau, de Tourtour, de Bouc et de Chasteuil ; teste le 4 avril 1500 et laisse d'Antoinette de Guiran, trois fils dont : Jacques de Puget, seigneur de Fuveau, premier consul d'Aix et procureur du Pays en 1509 et 1517; Jean de Puget, coseigneur de Chasteuil ; son fils, François de Puget., seigneur de Chasteuil, aura à son tour un fils, François Il de Puget, qui lui succèdent à Chasteuil ; Henri n'a qu'un fils, qui entre dans la famille de Tressemanes; Antoine épouse Philippe de Perussis, qui a deux fils, Honoré et Raimond : Honoré de Puget, seigneur de Prats, prévôt de la maréchaussée lors de l'invasion de Charles. Quint en Provence en 1520, sera décapité à Aix pour avoir porté à ce prince les clés de cette ville; Raimond, seigneur de Chasteuil, qui aura de Jeanne de Laugier de Toard, Gaspard et Antoine.
  •  Majastres : Jean de Sade, docteur ès-lois, a reçu en 1411, du comte de Provence Louis Il, une partie de cette seigneurie (d'ailleurs dépeuplée) en même temps que des droits à Saint-Jurs, Creisset et Le Poil. Son fils Girard, qui lui succède à la tête de toutes ces terres, les possède encore en 1483. Jean de Castellane, cosei-pleur de Thorame-Basse et de Roumoules, a acheté (1430) à un autre coseigneur de Roumoules, Antoine de Lincel, ses droits sur Majastres; son fils, Florens de Castellane, lui succède et prête hommage à Charles III du Maine (1480); sa famille conservera la coseigneurie jusqu'à la Révolution, non sans en avoir cédé une partie à Melchior et Balthazar de Ferrier, qui prêteront hommage (1509 et 1537).
  • Levens : Guillaume de Foissard rend hommage (1412) pour cette seigneurie, elle aussi dépeuplée et qui le restera jusqu'au xvir siècle, en même temps que pour ses coseigneuries de Saint-Jurs, Bras d'Asse et Saint-Jeannet ; lui succèdent Jean de Sabran (1463), seigneur d'Aiguines, et Pierre de Sabran qui, moyennant un droit, vendra la seigneurie à Pierre et Antoine de Matheron, seigneurs de La Pérusse (1501); ceux-ci possèdent également, au début du XVIè' siècle, tout ou partie de Trévans, Estoublon, Barras, etc ; Antoine prèle hommage pour Levens en 1509.
  • SaintJurs : cette seigneurie, on le sait, est des plus morcelées : nous avons déjà cité Jean de Sade et son fils Girard comme coseigneurs de cette terre et de Majastres ; Guillaume de Foissard fait hommage en 1112 à Louis II pour cette seigneurie rn même temps que pour Levens, Bras d'Asse et Saint-Jeannet (aujour- d'hui commune du canton de Mézel) ; il a pour successeurs à Saint-Jurs, Léonard et Martin de Poissard, qui prètent hommage ensemble, en 1481, à Charles III, puis en 1507; auparavant (1399), le comte Louis 11 avait reçu l'hommage de Geoffroy de Latil, de Jacques et Bertrand d'Oraison (en même temps que pour leur coseigneurie de Chaudon), d'Antoine de Fabre et de Bertrand d'Esparron (en même temps que pour ses coseigneuries de Blieux, Bras d'Asse, Estoublon, etc; le roi René, à son tour, reçoit l'hommage d'abord de Giraud d'Aimini en 1445, qui a pour successeurs Louis puis Antoine, coseigneurs de Bras d'Asse, puis Fouquet d'Aimini ; ensuite de Georges de Piousin, en 1480; celui-ci renouvellera l'hommage en 1537, puis deux ans plus tard sa veuve, Marie de Vintimille, en fera autant. Mais au long des siècles, c'est la famille de Castellane qui reste seigneur majeur de Saint-Jurs : Honoré de Castellane rend hommage en 1418 à la reine Yolande d'Aragon ; en 1509, Claude de Castellane le fera ensuite.
  • Robion : ,Jean de Brignoles a prêté hommage en 1113; puis Honoré de Réquiston (1440) en même temps que pour les autres terres qu'il possède notamment à Saint-André-de-Méouilles et à Soleihas ; puis la seigneurie est intégrée dans le domaine comtal, presque jusqu'au milieu du xvr siècle. François de Rascas achètera le château, en même temps que celui de Taloire, en 1537, au prix global de 347 livres.
  • Taloire : est également incorporée au domaine comtal durant le x siècle, jusqu'en 1537, date à laquelle François de Rascas l'acquiert avec le château de Robion. 
  • Villars-Brandis ne connaîtra plus de sei-gneur jusqu'au xvhr siècle.
  • Taulanne : Jean et Guillaume Albert ont reçu la seigneurie en 1474 du roi René.
  • Le Bourguet-Bagarry : Arnaud de Villeneuve-Trans rend hommage pour sa part du castrum; Boniface de Baggaris le fait en 1474, et Honoré de Castellane l'année suivante.

La nation provençale perd son identité mais garde son autonomie

L'homme de Louis XI, Palamède de Forbin, nomme son gendre Raymond de Glandevès seigneur de Rougon, sénéchal

Les XVè et XVIè siècles vont ainsi former une période de transition pendant laquelle l'Europe occidentale passera progressivement du moyen âge aux temps modernes. C'est au cours de cette période que la Provence s'unit puis s'intégrera au royaume de France. En la léguant au mi de France, Charles III a posé comme condition le maintien des privilèges et du statut du comté, et le respect de son indépendance politique. Bien entendu, Louis XI accepte l'héritage et souscrit à ces conditions. Grâce à l'habileté manoeuvrière de son roi, la France vient d'opérer l'une des plus belles de ces acquisitions qui contribuent peu à peu à son unité, et devient de ce fait l'une des premières nations méditerranéennes. Dès lors l'histoire de la Provence va se confondre de plus en plus avec son histoire.
Certes, les dirigeants politiques et le peuple sont attachés à la nation provençale, à ses traditions, à ses privilèges, à ses coutumes. En outre, ils nourrissent des sentiments peu favorables à l'égard du terrible Louis XI. Mais la répression de la résistance, l'année précédente, ne laisse aucun espoir aux opposants : moins de vingt jours après la mort de Charles III (11  décembre 1481), les États, réunis à Aix par le sénéchal Pierre de la jaille, reconnaissent officiellement comme comte le roi de France. Palamède de Forbin, qui sert les intérêts de celui-ci sans négliger ceux de la Provence ni ses ambitions personnelles, l'a persuadé de la nécessité de nommer à la tête du comté un homme qui connaisse bien la complexité de la situation. Il reparaît donc à Aix vers la Noël, muni de lettres royales qui l'instituent lieutenant général de Provence, et l'investissent des pleins pouvoirs.

Nouvelles réformes

Aussitôt, il reçoit le serment des principaux officiers, remplace le sénéchal en place par son propre gendre, Raymond de Glandevès, seigneur de Faucon et de Rougon, coseigneur de Châteauneuf-lès-Moustiers, gouverneur en Dauphiné, et convoque pour le 15 janvier une nouvelle assemblée des Etats. A cette session, il fait voter une véritable Constitution provençale, qui a reçu l'approbation préalable du roi, et dont celui-ci ne s'est pas aperçu de la portée réelle. En fait, le premier "chapitre" stipule bien la reconnaissance du roi de France comme comte de Provence, mais les cinquante-deux suivants assurent la complète autonomie administrative et politique du comté, sous l'autorité d'un lieutenant général responsable devant le roi. Et une vieille revendication est réaffirmée selon laquelle nul ne peut exercer un office public s'il n'est natif de Provence.
Tout de suite, Palamède de Forbin pourvoit les charges administratives de titulaires provençaux. Il en profite pour se débarrasser des opposants, tel Louis de Villeneuve, seigneur de Séranon et marquis de Trans, et de ceux qu'il suspecte de tiédeur à l'égard du nouveau souverain. En revanche, il récompense les anciens résistants ralliés à la cause française : Raimond d'Agoult, seigneur de Cipières, devient visiteur général des gabelles Jean, fils de Durand de Pontevès, coseigneur de Châteauneuf, devient viguier d'Aix; Rolin Barthélémy (qui a acquis en 1481 de l'évêque de Riez une partie de Sainte-Croix-du-Verdon), reçoit une pension. Bien entendu Palamède favorise sa famille et ses amis, les installe dans les seigneuries qu'il a confisquées. Il en prend lui-même plusieurs en Haute-Provence, dont Peyruis et Puimichel (1481); il en acquerra d'autres, dont Bras d'Anse et Sausses (1504).
Il s'est fait des amitiés, pas toujours désintéressées. Sa fille Honorée épouse Boniface de Castellane, seigneur d'Esparron. Il confie la charge de clavaire de la ville de Castellane à Antoine de Demandolx (1182), quatrième fils de Barthélémy, seigneur de Demandolx. Il n'oublie pas ses propres fils : Nicolas devient capitaine de la ville d'Hyères, Louis, qu'il nomme premier maître rational à la Chambre des Comptes en mars 1482, puis en septembre juge-mage, et qui reçoit de nombreuses terres, notamment en Haute-Provence, où il deviendra seigneur de Soleihas (1496) puis coseigneur de Saint-Martin-d'Albignosc (1509).

Louis XI, roi de France, fait démolir la forteresse de la Roche (1483)

Des abus sont dénoncés, des plaintes s'élèvent. Mais c'est dans la remise exclusive à des Provençaux des offices lucratifs, beaucoup plus que dans les jalousies suscitées par la fortune des Forbin, qu'il faut voir l'origine du remplacement de Palamède par le gouverneur de Bourgogne, Jean de Baudricourt, en avril 1483. Ce dernier s'emploie, sur l'ordre du roi, à destituer les Provençaux pour les remplacer par des Français). Il enlève à Raymond de Glandevès sa charge de sénéchal. En moins de trois mois, il réforme de nombreux actes, restitue des terres. En juillet, Palamède de Forbin rentre, retrouve sa charge de lieutenant général et celle de sénéchal, pour son gendre. Mais la leçon a porté. D'ailleurs Louis XI meurt un mois après. Non sans avoir pris la précaution de faire raser plusieurs châteaux et fortifications, qu'il jugeait inutiles pour la défense extérieure du pays mais dangereux en cas d'insurrection de mécontents. C'est ainsi qu'est démolie la forteresse de Castellane par ordonnance de Louis XI. Démanteler la citadelle du Roc, c'est reconnaître, d'une façon bien peu aimable il est vrai, le rôle politique de Castellane.
La prépondérance de la petite ville au cœur d'une région plutôt déshéritée, s'affirme tout autant dans les domaines économique et culturel. C'est pourquoi les évêques ont tenté, depuis des décennies, d'y transférer leur siège. Ce n'est pas que leur cathédrale de Senez manque d'allure, malgré ses modestes dimensions : 42 m de longueur, 22,50 m de largeur.

Senez

Mais Senez s'inscrit parmi les villes épiscopales les plus éxiguês du royaume, et l'évêché, parmi les plus pauvres. Elzéar de Villeneuve, à qui celui-ci a échu (1459), a établi sa résidence habituelle à Castellane. Le premier, il a essayé d'obtenir la translation du siège du diocèse. En vain. Ses successeurs s'y emploieront également, sans plus de succès. On connaît les raisons qui motivent leur démarche : construit sur La Roche avant l'an mil pour se prémunir des invasions barbares, leur château, malgré quelques adaptations qui l'ont rendu plus habitable, juche toujours "sur une haute montagne et assez éloigné de l'église", comme le rappelle encore au XVIè siècle Mgr Aubert de Villeserin (1671- 1695), si bien que l'évêque "ne peut descendre en l'église durant les neiges, les glaces et autres rigueurs de l'hyver, sans exposer sa santé et même sa vie à un danger évident"... Mais pourquoi les évêques se heurtent-ils, depuis le XVè siècle, à l'opposition tantôt du roi, tantôt du pape ?
Pourtant, si le siège de Senez peut accueillir parfois un personnage peu banal, il arrive bien rarement qu'il soit occupé par une personnalité subversive. Né à Arles (1526) d'une la famille qui tient un rang considérable dans la région du Rhône, et possède les seigneuries de Vaquières, de Ventabren et la petite baronnie de Beaujeu, non loin de Digne, Pierre de Quiqueran est évêque de Senez à l'âge de vingt ans. Avant de mourir à Paris quatre ans plus tard (1550), il aura trouvé le temps, si ce n'est de venir à Senez écouter le souffle assourdi de l'Asse, du moins d'écrire en latin un ouvrage "De laudibus Provinciae libri Ires" qui, publié un an après sa mort, ne paraîtra qu'en 1614 en français. Traduit sous le titre "La Provence louée", il fait encore autorité chez les passionnés d'agronomie et de cynégétique provençales. Tout autre est le caractère de Mgr Jean Soanen, évêque de Senez en 1695 : placé par les circonstances, malgré sa modestie et sa charité, à la tête du jansénisme provençal, il continuera, du fond du monastère de La Chaise-Dieu où on l'aura finalement exilé, à exhorter ses dio-césains à rester fidèles à la foi intransigeante qu'il leur a enseignée.

Antoine de Demandolx construit à la Palud le château actuel (avant 1572)

Entre temps, le village de La Palud s'est développé, les maisons des particuliers se sont agglomérées progressivement autour de la place centrale, sans plan préétabli, d'une manière étirée et diffuse, ce débordement empêche tout agrandissement du logis seigneurial centenaire. Antoine a décidé de dresser un peu plus loin un nouveau château, plus impo sant, et sans doute à l'aspect défensif marqué puisque, dans le testament de sa première femme, le notaire de Moustiers Jean Ruffi le désignera sous le vocable de "forlalicif' (forteresse, château-fort). Et quand Antoine lui-même y testera (2 8 octobre 1572), ce sera dans "la salle neuve", ce qui pourrait indiquer une lin des travaux assez récente.
Dépassant à peine les maisons de sa masse quadrangulaire prise entre quatre tours, ce château est en fait l’œuvre d'époques différentes. Une partie de sa façade nord appartient à l'édifice du XVIè siècle, mais a été rallongée (naguère on distinguait nettement la couture) et englobée clans un nouvelle construction. Résultat du profond remodelage subi à la veille de la Révolution : un bâtiment à trois étages, avec fenêtres cintrées (celles du supérieur sont plus basses), et deux portails ; celui de la façade sud présente un entablement s'incurvant en son centre et reposant sur deux pilastres surélevés.
Il a été vendu comme bien national. Quand et comment ont lieu son partage et sa vente ? Nous savons seulement qu'ils n'interviennent qu'après 1795.

Les guerres d'Italie : première invasion de la Provence (1524)

La Provence a perdu son indépendance nationale, mais garde, pour l'instant du moins, son autonomie à laquelle le successeur de Louis XI, Charles VIII, souscrit sincèrement durant tout son règne (1483-1498). Palaméde de Forbin se voit relever de ses fonctions (octobre 1483). A Aix, les États ratifient solennellement et définitivement (1487) le rattachement de la Provence à la France en spécifiant "non comme un accessoire à un principal, mais comme un principal à un principal, et séparément du reste du royaume".
Charles VIII songe aussitôt à faire valoir les droits sur le royaume de Naples qu'il a hérité des comtes de Provence. Il y consacre les deux dernières années de son règne. L'expédition tourne mal. Rentré en France, il meurt en son château d'Amboise, des suites d'un accident. Son successeur, Louis XII, dont le règne ne sera guère plus long, ne tarde pas à reprendre la route d'Italie. Auparavant, il crée à Aix le Parlement de Provence. Désignant à la tête de celui-ci des magistrats non provençaux, il empiète avec discrétion sur les privilèges du comté. Il n'est pas plus heureux que son prédécesseur clans la conduite de l'expédition. Ses revers entraînent l'invasion du territoire national, au nord et à l'est. Il meurt le 1er janvier 1515. Son cousin François lui succède, et franchit les Alpes à son tour. La victoire de Marignan (septembre 1515) lui ouvre les portes de l'arme et de Plaisance.
Dès 1520, il engage la guerre contre Charles Quint. L'armée française perd le Milanais (1522), puis repasse les Alpes (début juillet 1524). Les Impériaux envahissent la Provence maritime tandis que les montagnards, occupant les cols, leur interdisent le passage de Tende et des voies alpestres. jusqu'à Manosque qui détruit toutes les maisons bâties hors de ses murs afin de pouvoir soutenir un siège éventuel. Ne rencontrant aucune troupe devant elle, l'armée impériale pénètre dans Aix (7 août) après en avoir reçu les clefs des mains d'Honoré de Puget, prévôt général de la maréchaussée de Provence, apparenté aux seigneurs de Chasteuil. Mais elle échoue dans le siège de Marseille, se retire (28 septembre) puis repasse le Var. Cette invasion arrête quelque temps la reprise économique sur les terres du Verdon et les régions avoisinantes. Colmars, qui comptait 327 feux avant la grande peste et était tombé à 107 en 1365, puis remonté à 173 en 1450 et à 240 en 1515, ne compte plus que 192 feux.
François entre à Aix (1 octobre), fait décapiter Honoré de Puget, repart pour l'Italie (5 octobre) par Sisteron et le col du Mont Genèvre. Battu à Pavie (24 février 1525), il y est fait prisonnier, tandis que Claude de Demandolx-Trigance y perd la vie.

Deuxième invasion de la Provence

Deux ans après la défaite de Pavie, François I reprend la guerre. Les Français conquièrent une fois de plus le Milanais, puis subissent une série de revers. Finalement, la Paix des Dames (1529) interrompt les hostilités pour quelques années. A travers ses épreuves et ses inquiétudes, le pays de Provence n'a cessé de prouver son loyalisme. Il a accordé les subsides extraordinaires pour les besoins de la guerre. Mais au cours des réunions fréquentes des États, à Aix, les députés ont pris conscience de la valeur de leur concours, se sont habitués à une vie publique active, discutent les mesures proposées par le gouvernement royal et la personnalité des agents du souverain.
Leur indocilité réveille l'instinct autoritaire et unificateur de la monarchie française. François I promulgue l'édit de Joinville (1525) par lequel la Provence, perdant une partie de son autonomie, est intégrée aux cadres généraux de l'organisation judiciaire et financière du royaume. Elle se trouve, de ce fait, prête à recevoir toute l'administration royale et ses officiers. Les États ne peuvent plus se réunir qu'une fois par an, et délibérer que sur les questions mises à l'ordre du jour par les commissaires royaux. Le Parlement créé par Louis XII voit au contraire ses attributions élargies, et devient l'instance suprême. Le pays passe de la phase de "l'union" avec la France à celle de "l'intégration" à la France.
Pourtant lorsque, l'année suivante, une nouvelle invasion, dirigée par Charles Quint et le duc de Savoie, vient encore éprouver leur fidélité, les Provençaux n'hésitent pas. François I ayant fait occuper la vallée de Barcelonnette, qui s'est donnée au duc de Savoie depuis 1388, les armées impériales passent le Var, le 26 juillet 1536, et envahissent une seconde fois la Provence maritime. Le roi, qui n'a pas les moyens de les arrêter, a donné l'ordre de faire le désert devant elles. Il fait dévaster le pays, "rompre tous les fours et moulins, brûler les blés et fourrages, et défoncer les vins de tous ceux qui n'avaient pas fait diligence de les retirer en places fortes; aussi gâter les puits, jetant des blés dedans afin de corrompre les eaux". Il est obéi : la ville de Grasse ne pouvant être défendue, ses remparts sont démantelés ; Draguignan, Digne subissent des destructions. L'armée de Charles Quint avance. Les troupes françaises, qui formaient un cordon aux confins de la Provence, se replient méthodiquement. L'empereur marche sur Aix moins facilement qu'il ne l'avait prévu.

Castellane soutient victorieusement un siège (1536)

Castellane soutient un siège victorieusement. Sur les injonctions du roi, le sire de Bonneval a détruit tout ce qui aurait pu aider l'ennemi : fruits des vergers, moissons, fourrages. Il a fait cacher les troupeaux dans la montagne, démolir les maisons qui, dans la campagne et au voisinage de la ville, auraient pu servir de retraite. Il n'a épargné ni le clocher de Notre-Dame-du Plan, ni les moulins du territoire, pas même l'hôpital Saint-Martin. Aussi, garnie de cinq cents hommes sous les ordres d'Honoré de Grasse, seigneur de Briançon, la ville résiste-t-elle assez facilement aux assauts. Au contraire, dans Senez, qui a subi les mêmes destructions mais qu'aucun soldat ne protège, les troupes impériales pillent le palais épiscopal et taxent les habitants.
La ville d'Aix n'est pas défendue : le duc de Savoie en fait incendier le Palais. Un corps ennemi remonte la Durance, occupe Manosque mais doit bientôt se replier : l'armée impériale se trouve en échec devant Marseille et Arles. Pendant ce temps, François I, qui renforce son armée entre Rhône et Durance, lance une attaque sur Turin et Gênes pour prendre les Impériaux à revers. Inquiet de la double manœuvre, ses troupes affaiblies par la faim et la dysenterie, Charles Quint ordonne la retraite. Elle s'effectue sous les harcèlements de la guérilla. Lorsqu'ils repassent le Var, le 24 septembre, les Impériaux laissent derrière eux vingt mille des leurs.
Le pays se remet au travail, une fois de plus. La guerre dure jusqu'en 1538, mais hors des frontières. Quand elle reprend (1542), la Provence n'y est intéressée que par l'arrivée à Toulon (1543) de la flotte turque de Keiredin Barberousse. Les navires turcs et marseillais attaquent ensemble Villefranche et prennent Nice (12 août 1543). Après la victoire, les navires turcs reviennent à Toulon (29 septembre) et leurs équipages vont tenir leurs quartiers durant six mois dans la ville vidée de la majorité de ses habitants. En Italie, les troupes françaises gagnent la bataille de Cérisoles (1544) dans le Piémont; la même année, la paix est signée à Crépy.A la bataille de Cérisole, un frère d'Antoine de Demandolx-La Palud, Guillaume, a été tué à la tête de ses cinq cents hommes : "Se voyant blessé à mort d'une arquebusade, il commanda qu'on le couvrit afin que ses soldats ne le vissent pas mourir. C'était un homme fort déterminé, qui s'était maintes fois battu en duel et avait rendu beaucoup d'actions honorables dans cette province".

La fin des Glandevès à Rougon (1561), où vont s'installer pour un siècle les Brun de Castellane

Les Glanclevès qui tiennent depuis 1390 entre autres les seigneuries de Château-Arnoux et de Rougon et la coseigneurie de Chateauneuf, vont à la suite de mariages ou de ventes, bientôt céder leurs droits sur ces biens, de même que sur Faucon, leur principale possession.
À Châteauneuf et à Rougon, Raymond de Glandevès, gendre de Palamède de Forbin, a eu pour successeur son fils Pierre. C'est son fils aîné Hélion qu'il avait institué héritier dans son testament (Arles, 18 janvier 1492) mais, dans l'éventualité où celui-ci ne pourrait recueillir le patrimoine familial, il avait pris la précaution de lui substituer son fils cadet. En outre, il avait laissé l'usufruit de ses biens à Baptistine Forbine, sa femme. Il avait fait également un legs à l'église de Châteauneuf, fondée par son père. À la mort de Pierre, son fils Gaspard de Glandevès, qui a épousé Marguerite d'Oraison, héritera de toutes ces seigneuries (et fera hommage en 1560 pour celle de Rougon), à l'exception de Chàteauneuf, qui passe à François de Galice, mari de Françoise de Glandevès, de la branche des Glandevès de Villevieille (aujourd'hui du canton d'Entrevaux).
Les coseigneurs, au cours de la première moitié du XVIè siècle, sont
  • Palamède de Marc, qui a prêté hommage (1560) pour la part que ses parents, Louis et Guillaume, ont acquise (1519); Melchior de Castellane, qui a succédé à François de Castellane et prêté hommage en 1541 ; il possède aussi Le Poil et Creisset (canton de Mézel) ; Marc-Antoine, son suc¬cesseur, prêtera hommage en 1597;
  • Jean, puis François ale Rostang, héritiers de Bertrand de Rostang.
Gaspard de Glandevès cédera en 1561 la seigneurie à Girard d'Ambrais. La communauté contestera les modalités de cette vente  intentera un procès pour le regard du rachat et la rétention de la place, terre et seigneurie de Rougon contre Girard d'Ambrois, acheteur de ladite place. Celui-ci, qui possédera en même temps Taulanne, prêtera hommage en 1562. Il aura pour successeurs à Rougon, Mathieu d'Ambrois (hommage en 1564), puis Lucrèce d'Ambrois, qui apportera la seigneurie à son mari, Balthazar Brun-Castellane, seigneur de Caille (canton de Saint-Auban, Alpes-Maritimes). Et pendant un siècle Rougon et Caille appartiendront à la famille Brun de Castellane. Balthazar, qui tient la seigneurie de Caille du fait de sa grand-mère Gasparde de Castellane, fille du seigneur d'Andon, possède des biens à Draguignan, à Châteaudouble, à Montferrat, etc. Dans la ville de Castellane, il dispose notamment d'une maison et une boutique rue du Vallat, dont il demandera en 1601 paiement de la rente à Bastien Collomp". C'est avec l'assaut donné par les catholiques à cette maison, en 1559, que débuteront en Provence les guerres de religion.
Dominant le Point Sublime et l'entrée du canyon du Verdon, un piton en forme de cône tronqué se détache dans le ciel. À la crête, quelques moignons de pierres : ce sont les derniers vestiges de l'imprenable château édifié probablement par les Glandevès fin XIVè début XVè siècle, peut-être à l'emplacement d'un autre dressé par les Castellane vers le XIè siècle.

Saint-Pancrace - Digne
Digne
Vallée de la Bléone - Digne
Digne
Provence

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