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PASS VERDON
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Au coeur des Gorges du Verdon

Dans ce chapitre seront traités les événements, les projets, les curiosités, ou les particularités de cette vaste contrée qui ont existé, ou qui ont eu lieu dans le périmètre des Gorges du Verdon, jusqu'en Automne 1999.
Depuis la description de la Zone Canyon, en passant par la première exploration par le fond, les Templiers, la faune, la flore, des thèmes variés sont abordés et des anecdotes seront livrées pour affirmer le témoignage de la vie riche et prospère de l'histoire de cette région. Ces témoignages concourent à la célébrité du Verdon dans le monde.

Le Canyon du Verdon

La zone appelée Canyon s'étend depuis le Chaos de l'Imbut, en amont du Baou Béni (fin du sentier des gorges), pour se terminer au Défilé du Galetas. Ce qui représente une distance de près de 7 kilomètres.
Sur ce parcours, il n'existe ni accès routier, ni sentier balisé. Le seul cheminement possible consiste à suivre le lit du torrent et à progresser tantôt sur les berges, tantôt en gués nagés, pour rejoindre une sortie hors du canyon. C'est pour cette raison que cette partie est également appelée la «Zone des Gués». Tout exploration par le fond, dans cette zone, est très délicate : obligation de nager en eaux froides, franchissements de corniches, de rochers, de marmites d'érosion, de gours, sans parler des mauvais gués, des remous et des siphons qui se forment au seuil des falaises à cause des eaux tourbillonnantes. Sans parler de rencontres non désirées, avec des reptiles, des vipères essentiellement, et des gros crapauds.
L'autre inconvénient de la progression dans le canyon est liée au débit du Verdon. En effet, même en période d'étiage, en Été principalement car, je n'ai jamais vu personne effectuer ces parcours en hiver, il faut devoir compter avec un débit faible et régulier pour s'aventurer dans le canyon. Or, depuis 1948, il n'existe aucune certitude à ce sujet. En effet, cette clause était valable avant la construction des barrages en amont de Castellane, et des lacs de Castillon et de Chaudanne. Car, depuis cette date, il appartient à l'E.D.F. (Électricité de France), de contrôler et de réguler le débit du Verdon. Aucune indication n'est fournie quant aux lâchers de barrages faisant du même coup augmenter le débit du torrent, il est quasiment impossible de compter sur un débit régulier et constant.
Si vous engagez dans la zone des gués sans la connaître réellement, et s'il se produit un lâcher de barrage, la quantité d'eau augmentant, il vous sera impossible d'effectuer un retour sur vos pas. C'est pour cette raison que de nombreux accidents se produisent depuis l'engouement du public pour la descente de canyon en eau vive, d'une part, et d'autre part, à cause aussi, et il convient de le mentionner, d'un tourisme toujours croissant dans les Gorges du Verdon. Toute tentative d'aventure dans le Canyon, sans la présence d'un guide professionnel, ou d'un accompagnateur confirmé de la région, est donc à écarter. Dans le cas contraire, s'engager dans la Zone Canyon s'effectue au risques et périls des aventuriers en herbe.
Une seule parade, parmi les nombreuses mésaventures auxquelles vous pourriez être confronté, serait, si vous décidiez d'une incursion seul dans le canyon alors que les eaux montent, serait de tenter de rejoindre un point haut, sur une berge, et d'attendre patiemment que les eaux turbinées (ou turbinage) cessent, de façon à vous permettre de poursuivre votre excursion. Encore faudrait-il que les personnes vous sachant mal engagées ne déclenchent pas inutilement les secours d'une part, et d'autre, que les turbinages n'excèdent pas 24 heures consécutives.

Prudence dans les Gorges

Pour toutes ces raisons, et bien d'autres, il convient de demeurer extrêmement prudent avant de vouloir aborder le Canyon.
Souvenez-vous qu'il n'existe aucune issue réelle, sans connaissance du site, entre le Chaos de l'Imbut et Mayreste, soit une distance d'environ 5 kilomètres. Au lieu dit les Cavalets, sous Mayreste, il est éventuellement possible de récupérer le sentier de Cabrielle (qui en surface se prend au départ du belvédère de Mayreste , sur la rive droite).
Mais rien n'est aisé, et passer les Cavalets relève de l'exploit, car le cours du Verdon s'engage dans un mini-canyon étroit, et les eaux, glaciales et sous pression, présentent de beaux pièges à ceux qui ne peuvent les éviter. Le sentier de Cabrielle n'est pas un sentier de randonnée habituel. Il s'agit plus d'un accès de secours, à l'image du sentier Vidal, plutôt qu'un paisible chemin de randonnée. Qui plus est, dans le fond du Canyon, c'est un peu comme en haute montagne. Les kilomètres ne comptent pas, seule l'heure de marche sert de référence. En bas, je puis vous assurer que ce n'est pas un sentier qui se déroule sur le plancher des vaches...
Vous ne maîtriserez jamais le Canyon, le torrent émeraude, et les éléments, et vous ne dominerez jamais, non plus, les caprices de la Nature. Ce sont eux, au contraire, qui vous dominent. Le jour où les hommes auront compris cette logique, peut-être y aura-t-il moins d'accidents dans les monts et massifs du Verdon !
Un canyon (mot d'origine Espagnole) est une vallée encaissée au fond de laquelle coule temporairement un cours d'eau. Vallée encaissée, étroite et profonde aux parois verticales, parfois en surplomb. (Ce n'est pas ma définition personnelle, mais c'est Monsieur Émile LITTRÉ qui l'affirme ! Émile Littré a été l'inventeur du dictionnaire !).
En fait, c'est un peu comme si vous étiez engagés dans un long couloir bordé des deux côtés de hautes murailles lisses s'élevant à la verticale.
Si vous souhaitez vous aventurer dans la Zone des Gués, des guides et des accompagnateurs sont présents à Castellane, La Palud, Moustiers et Aiguines, et vous pouvez les contacter pour la descente du Canyon. Il existe aussi cette découverte «grands frissons» qui permet au groupe de partager d'intenses moments d'une émotion humaine, en radeau ou en flottage. Des organismes situés dans les principaux centres du Verdon vous conduiront dans l'antre de ce monument naturel.

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Souvenirs de l'auteur

Tous les grands explorateurs du Verdon de MARTEL à VERDEGEN, en passant par BLANC ou MONNIER, ont eu, un jour ou l'autre cette étrange impression de ne pouvoir lutter contre les éléments nés d'une aventure qu'ils ne contrôlaient plus. Les éléments naturels leur étant supérieurs. Rassurez-vous, j'ai eu aussi mon lot, ne me considérant pourtant pas comme un pionnier du Verdon. Un jour que je tentais de franchir une corniche élevée en aval de la Voûte d'Emeraude (zone canyon) pour forcer un passage qui me semblait plus aisé, j'ai perdu l'équilibre. En tombant, je me suis trouvé dévalant inexorablement sur la pente d'un pierrier qui agissait comme un tapis de billes. Ce jour là, si une branche de buis ne s'était pas trouvée sur le trajet de ma glissade, je me serai littéralement écrasé sur les rochers du Verdon, 30 mètres plus bas... J'avoue, vouer au buis, une certaine reconnaissance depuis ce moment là. La moitié du corps dans le vide, l'autre moitié sur le pierrier, j'entendais les pierres jetées dans le vide se précipiter dans le néant et finir leur course folle dans les eaux du torrent émeraude. Me raccrochant comme je le pouvait à cet arbuste, je souhaitais seulement qu'il ne rompe pas. Au bout d'un temps qui m'a semblé infini, j'ai pu déloger une corde que j'avais glissé sur le côté de mon sac à dos. Tenant le buis d'une main, et, jetant la corde de l'autre à mes coéquipiers qui purent s'en saisir, ceux-ci, atterrés par ma mésaventure, parvinrent à me hisser patiemment hors du danger. Le Grand Canyon du Verdon reste un univers hostile et dangereux, il ne laisse que très peu de chances aux explorateurs novices ou inexpérimentés. Je savais, lors de mon expédition, quels pouvaient être les dangers encourus, et pourtant... J'avoue que cette expérience malheureuse ne m'a jamais dissuadé de revenir au Verdon dès que l'occasion se présentait ! Mais dans la Zone Canyon, je ne prendrai désormais plus aucun risque ...   

Le Verdon, un paysage fantastique

Tout à coup, la nature explose d'orgueil et jette une sorte de défi à la face de l'homme, le nargue et l'appelle. L'attire pour mieux le charmer et l'envoûter et lui offrir un univers surréaliste. Dans un sursaut démoniaque elle va tout organiser pour engendrer un chef l’œuvre Digne des plus dantesques créations... Élysée RECLUS se disait admiratif, contemplatif et songeur lorsqu'il méditait sur l'entrée des Gorges depuis Rougon.
Sur ce sol de Provence, tourmenté, défiguré par les siècles et les bouleversements géographiques, avec ses montagnes comme des citadelles inexpugnables, là où tous les assauts cataclysmique ont été vains, la Nature a composé et façonné un sauvage décor, mais combien admirable. Il était difficile d'imaginer un autre scénario dont l'acteur principal n'ait pas été le Verdon ! Un torrent au caractère cynique, encadré de gigantesques murailles qui le conduisent vers son apothéose sublime. Ces murailles, ce sont les falaises, la Garde Prétorienne du Verdon qui encadre le Serpent Vert Provençal, le Verdon. Chef d'oeuvre de la vie aussi, où se mêlent l'irréel et le fabuleux, le diabolique et le sublime, le gigantisme et l'infime, délicat, fragile. Le Canyon du Verdon est un joyau unique en Europe, et nul autre endroit au monde ne peut posséder comme lui autant de magie révélée, mêlée avec un étrange pouvoir de séduction. Cet émerveillement est sans cesse renouvelé à chacune des découvertes.
Un attachement significatif qui va vous lier avec ce monstre à l'habit vert. Héritier vivant de la création originelle, le Canyon ne vous laissera jamais indifférent devant tant de merveilles. Pour aimer le Verdon il vous faudra être initié à ce que la Nature va offrir dans ce qui existe de plus insolite, de plus vrai, de plus sincère. Les falaises vertigineuses vous envoûteront et vous transporteront loin du monde réel. Les recoins les plus mystérieux des baumes ouvertes sur le cours du torrent vous conduirons vers l'exploration fascinante de merveilles issues en droite ligne des réalisations minérales originelles. Tout au fond de ce monde dans lequel même le soleil a du mal à pénétrer, les siècles qui se succèdent n'ont que peu d'importance. Les siècles de la grande horloge du temps ne compte pas. Ils sont seulement le témoignage de la pureté originelle, sans jamais oublier un seul instant que l'aventure garde encore ici tout son sens profond, toujours au bout des efforts et du long chemin parcouru... L'humanité de l'homme prend une tout autre dimension!

Les principaux sites du Canyon

L'attrait certain que suscite en nous-mêmes la zone des gués, ne doit pas nous faire oublier les préparatifs menés sérieusement pour tenter une aventure. Univers hostile certes, accentué par la présence de ces falaises odieusement verticales qui s'élèvent à plus de 500 mètres au-dessus de nos têtes, et ne laissent entre elles à leur seuil que 6 à 8 mètres de liberté dans nos mouvements...
Le débit du Verdon en est accentué, renforcé, un peu comme s'il était sous pression pour bondir au-dessus des rapides qui osent se dresser devant sa course. Le soleil. Parlons un peu du soleil tout puissant qui n'arrive pas ici à s'infiltrer, laissant dans l'ombre de ses rayons bienfaiteurs, des lieux encore aveugles. Il y fait parfois très froid, même en plein été. De ce fait, il existe réellement au fond du canyon, des endroits qui sont seulement éclairés de mai à juillet. Ce qui fait que des berges et des passages dorment dix mois de l'année sur douze ! Il est aussi aisé de comprendre que l'on trouve au fond du canyon un inversement des étages de végétation. Trouvant par surprise certaines espèces végétales qui ne poussent parfois que plus haut sur les montagnes.
Ou bien encore des plantes qui ne nécessitent que peu de lumière pour se développer (microflore) ou des espèces endémiques qui s'adaptent aux faibles conditions d'ensoleillement. En parvenant sur la cime des falaises, bien ensoleillées, au contraire, on retrouve une végétation méditerranéenne qui s'épanouit pleinement elle... au soleil ! Il s'agit là d'un univers réellement différent. D'un environnement que l'on ne retrouve nulle part ailleurs. Nous allons donc entreprendre une exploration par le fond, entre le Chaos de l'Imbut et les Cavalets, soit une distance d'environ 5 kilomètres, nantis de 110 gués répertoriés, tantôt franchis avec de l'eau jusqu'aux mollets, tantôt jusqu'au torse pour les plus grands, tantôt nagés pour tout le monde.

L' exploration du canyon du Verdon par les gués

Après avoir dépassé le Chaos de l'Imbut (ou imbuc, l'entonnoir en Provençal) et contourné d'immenses blocs de rochers dont l'un tics plus imposants dépasse allégrement les 1000 tonnes, nous parvenons au Baou Béni qui annonce véritablement la Zone Canyon, autrement nommée, la Zone des Gués. Au Baou Béni (le lieu, l'endroit béni), les falaises semblent se rapprocher et le Verdon accentue la vitesse de son cours. Trois passes sont franchies et le premier gué nagé nous emporte vers le site de Mainmorte. D'autres passages, encombrés de rochers et de troncs d'arbres, sont laissés derrière nous pour entrer dans le magnifique site des Ralingues (ou Relingues). D'abord, viennent les Hautes Ralingues caractérisées par l'érosion provoquée par les eaux sur les parois . Par endroit le rocher ressemble à du marbre poli, et il n'y a là aucun phénomène hallucinatoire. Les rochers ont été véritablement polis par la force du courant. Ombres et formes variées se détachent de la roche illuminée. Le parcours se poursuit dans les Basses Ralingues avant un coude du torrent émeraude qui nous précipite vers la magistrale Voûte d'Émeraude. Le Verdon vient lécher le seuil de la baume, haute de plus de 30 mètres. Moment magique au cours duquel la lumière et l'eau du Verdon jouent avec les éléments naturels du site. La voûte tire son nom des reflets de lumière sur le Verdon qui sont ensuite projetés sur la paroi de la cavité qui surplombe le lit du torrent. La roche est grise, les reflets sont verts et dansent le long des aspérités de la caverne. Des jeux d'ombres et de lumières piétinent autour de nous. Un accès, caché par la végétation et les blocs rocheux, existe pour rejoindre le sentier de randonnée plus haut (le sentier du Bastidon). Faut-il encore pouvoir le repérer à droite de la baume gigantesque, et s'engager sur la bonne voie en ayant pris soin d'emporter une échelle de spéléologue pour faciliter la progression.
Les falaises sont plus généreuses, l'espace de liberté dont nous disposons est passé de 10 à 15 mètres. Si l'on pouvait étirer nos bras, une main toucherai le Var, l'autre les Alpes de Haute-Provence. Magique ! Là, je pense à la folle épopée de Martel et de ses compagnons. J'effectue un bond en arrière dans le temps. J'essaye d'imaginer leurs efforts, leurs craintes et leur souci de sortir vivant de cette aventure.
Les gués qui succèdent deviennent plus cléments : plus large et moins profond. Comme s'ils venaient à notre rencontre, le Baou de l'Aroumi nous incite à effectuer une halte, histoire de reprendre nos esprits.
Le Baou des Abeilles et le Baou de la Quille le suivent. Quelle idée, une quille géante au fond du canyon ! Cette curiosité naturelle, droit comme un "I"se dresse à la conquête du peu de ciel dont elle dispose.
Quant aux abeilles, d'où l'appellation du lieu, il y en a effectivement. Disons qu'elles sont «sauvages». Elles seraient les descendantes des butineuses des ruches situées sur les escarpements des falaises. Des essaims venus de Mayreste, des Hautes ou des Basses Graou auraient migré en ces lieux en quelque sorte. Là haut, des champs de lavandes sont effectivement cultivés, ce qui expliquerait leur présence insolite au fond du canyon.Plus nous progressons, plus le canyon semble nous être agréable, comme si notre présence lui plaisait. C'est peut-être une ruse. Mais, nous n'entendons toujours pas le chant des sirènes... La végétation revient partiellement, et des oiseaux nicheurs de rochers tentent de belles pirouettes au-dessus de nos têtes.

Le gué du Mouillat et les kayaistes

Nous franchissons encore quelques gués, tantôt nagés, tantôt facilement abordables. Sortis de l'eau, nous abordons au Mouillat. Les berges sont encombrées de gros blocs de pierres. La végétation environnante s'intensifie. Nous ne sommes plus dans le Verdon, nous sommes au coeur de l'Amazonie. Il faut jouer des coudes pour trouver un passage plus facile. Il y a un peu de tout : des ronces, des pierres, des branches, des hautes herbes, et même des sacs en plastique !
Dans les branchages, à même le sol, de curieux bruissements se font entendre. Une couleuvre... ? Une vipère...? Mais l'endroit est grandiose, sublime, majestueux. «On se sent si petit devant tant d'immensités...» (E.A. MARTEL). Je réitère un retour en arrière dans l'époque, j'ai presque l'impression étrange que Martel et ses équipiers vont surgir de derrière une vire...
Puis, les gués se succèdent au gré des bancs de pierres et de graviers déplacés par le Verdon d'une année sur l'autre. Un passage qui était aisé devient plus ardu car la force du courant a littéralement disloqué les rochers, propulsant 3, 4, voire 5 mètres plus loin en aval les cailloux qui, l'année précédentes, étaient liés les uns au autres par la glaise et assuraient un franchissement convenable. Le Verdon joue. Comme un enfant déplace ses jouets, le Verdon déplace des bancs de pierres, histoire de changer un peu la physionomie du site. Plus sérieusement. Le Verdon déplace des bancs entiers de galets d'une année sur l'autre. Ce qui ne va pas sans poser de problèmes parfois aux kayakistes. Une première année ils descendent le Verdon, repèrent et marques les passages. Revenus l'année suivante, leurs repères ont disparu et le passage est ailleurs.
Il en va de même pour les gués franchis à pied. Une année oui, l'autre non. C'est pour cette raison qu'il est quasiment impossible d'établir une carte précise du fond du Verdon qui mentionnerait les gués, les blocs de pierres et les passages obligés. Le site change tout le temps. Des raisons à ce phénomène. Les lâchers de barrages : le débit du Verdon n'est jamais régulier. Il peut passer de 3, à 5, à 10 mètres cubes seconde en quelques poignées de minutes. Ensuite, les crues pluri-annuelles du Printemps et de l'Automne, crées artificiellement il est vrai par les lâchers d'eau. Enfin, la particularité du Verdon vient aussi de son courant. La force de son courant ne se fait pas en surface contrairement à certaines autres rivières, mais en profondeur. Il y a donc nivellement perpétuel au niveau de la couche de galets et de pierres.

Le danger du Verdon : le courant

Le courant du Verdon est dangereux. Dangereux, car du fait que le courant se fait en profondeur, lorsque les eaux attaquent le seuil d'une paroi, les eaux de surface se trouvent aspirées vers le fond, et celles du fond remontent à la surface. Se créé alors un siphon naturel. Le courant du torrent de jade a été la cause d'accidents mortels. Des personnes voulant franchir le torrent pour passer d'une rive sur l'autre ont perdu l'équilibre et ont glissé. En glissant elles ont été traînées sur le fond, puis emportées, aspirées par le siphon et véritablement bloquées au fond en quelque sorte sans pouvoir remonter. Surtout lorsque le Verdon parvient à toucher une voûte, ou une baume ouverte sur son cours, l'eau, par la force du courant, a plaqué ces malheureux au fond sans espoir de pouvoir s'en sortir. Accident fatal, dramatique, mais que l'on peut expliquer. Et malheureusement, il y en a eu quelques uns comme cela. Lors du franchissement de ces gués, les personnes emportées avaient alors de l'eau jusqu'à la ceinture, parfois guère moins. De fait, lorsque l'on s'aventure en groupe, il est toujours préférable de s'encorder les uns aux autres pour éviter tout accident qui pourrait se révéler fâcheux. Mais, essayez d'expliquer ce phénomène à des baigneurs qui pensent que le Verdon est une gentille rivière, pas capricieuse pour un sou, et que, après tout, ils savent nager ! On sait aussi le résultat... Les journaux témoignent régulièrement de ces catastrophes dans leurs colonnes. Ici bas, tout se fait à l'instinct, à la mesure d'intuitions partagées en calculant le facteur risque.

Baou de Tougna et Grand Cavalet

Plus en aval du canyon, nous débouchons au Baou de Tougna, le coeur du sublime canyon. La cascade, aujourd'hui asséchée de Graou a, du temps où elle était active, réellement labouré et raviné les falaises pour faciliter la chute de ses eaux. Un peu plus loin, sur la rive gauche, un immense amas de blocs rocheux s'est formé. Il convient de l'escalader avec prudence. C'est ce que nous faisons. Que faisait Martel en arrivant sur ce site ? Comme a-t-il fait ? Par où est-il passé ? N'aurait-il pas laissé une trace de son passage ? Au détour, s'ouvre alors le site du Grand Cavalet. Les falaises, qui s'étaient momentanément écartées, se rapprochent de nouveau    comme pour garder la passe et empêcher toute intrusion. De nombreux rapides ouverts (c'est-à-dire, visibles) jonchent le lit du torrent. Cavalets signifie en Provençal, l'eau qui court vite, qui cavale. Effectivement, la pente du Verdon s'est accentuée, le lit s'est rétréci, et les rapides accentuent la course du torrent émeraude.
Quelques arbres s'accrochent désespérément aux minces franges de terre qui subsistent. Les roches ne leur laissant que peu d'espace pour s'épanouir pleinement. La lumière du soleil semble, on ne sait pour qu'elle raison, vouloir les ignorer. La raison, nous la connaissons, les falaises lisses et abruptes se font parasols. La roche est grise, tantôt blanche, tantôt sombre.
Environ trois cents mètres plus en aval nous apercevons la «plage» du Petit Cavalet. En fait, il s'agit d'un replat qu'il est possible d'aborder pour y fixer un bivouac. Deux façons d'accoster. A la nage, ou se laisser glisser sur un radeau. Pas de cheminement possible : à droite, la falaise plonge dans le Verdon, celle de gauche en fait autant, au centre le torrent émeraude occupe toute la largeur du passage, 4 ou 5 mètres tout au plus. Marcher, impensable ! Il y a 5 ou 6 mètres de fond. Quelqu'un a-t-il prévu des échasses landaises ? Non ! Donc deux solutions, nager ou attraper le bateau en caoutchouc. C'est pourquoi, il n'est pas inutile d'emporter dès le départ de l'expédition, des gilets de sauvetage pour chacun et se laisser ainsi transporter sereinement pas les eaux. Mais il faut faire vite et être vif. Pas de place maintenant à la rêverie. Avant d'atteindre le petit canyon du Cavalet, il faudra tenter rapidement un abordage sur la rive droite et regagner la berge haute, au risque d'être littéralement drossés contre les rochers, se faire engloutir par le torrent sans pouvoir échapper à la force de son courant. Des rapides, maintenant ouverts et fermés, sont plus nombreux jusqu'à Mayreste où l'on trouverait le sentier du Col de l'Olivier. Il faut y renoncer car notre équipement est insuffisant.
Aussi nous décidons de stopper notre exploration par le fond au Petit Cavalet avant d'être projetés dans le goulet du canyon infernal. Nous remontons alors par un sentier, que dire d'un sentier, une sente remise en état qui rejoint le site de Mayreste. Tout en montée, en échelles de rochers, glissante car abrupte. On la nomme pourtant le sentier de Cabrielle, du nom de la bergerie bâtie en surplomb du gouffre que l'on croise en parvenant au fait des falaises. Il faut montrer notre reconnaissance aux Scouts de France qui, entre 1976 et 1978, ont réaménagé ce parcours vers le fond du canyon. Ils ont grava dans la roche calcaire les signes de leur œuvre.

Le site de Mayresteet le défilé de la Rue de l'Eau

Le Petit Cavalet franchi, par le fond, on laisse derrière nous le Couloir de Marbre et les Baoussines. Lieux pétris de beautés mais de pièges en tous genres : gours, marmites, rapides, siphons... S'ouvre alors magistralement le site de Mayreste qui s'élargit au grand jour. Enfin on y voit le ciel ronger les falaises et laisser des espaces pour aérer les regards. Un pilier est posé au milieu du torrent sans trop savoir pourquoi. Il s'agit en fait des vestiges d'une passerelle partiellement emportée en 1915, rognée en 1956, qui permettait de prolonger, en passant sur la rive gauche, le circuit du sentier de Mayreste, appelé également le parcours du Col de l'Olivier.
Sommairement reconstruite, la passerelle fut emportée une nouvelle fois en 1975, d'après les dernières informations. Sur le chemin balisé, hors d'eau, nous pénétrons dans le Défilé de la Rue de l'Eau qui précède celui du Galetas. Les falaises prennent de la distance entre elles, le lit du Verdon s'élargit, sa pente est plus douce et plus calme, les difficultés s'évaporent. Épuisé par son passage dans le Canyon, le Verdon va s'engager et se mêler dans les eaux du lac de Ste-Croix (qui en fait sont les siennes, puisque c'est le torrent émeraude qui alimente le plan d'eau). Barques et pédalos en profitent alors pour remonter dans le défilé qui marque la fin de la Zone Canyon. Spectacle magique et envoûtant, la zone des gués, dans le Canyon, demeure une aventure sauvage, à risques, même en ce millénaire qui s'entête à tout inventer, à tout faire, pour nous rendre paraît-il les choses plus aisées !
L'aventure garde farouchement, ici, dans l'antre du Verdon, son sens profond. «Les découvreurs» du canyon sont aujourd'hui encore, de vrais aventuriers, des explorateurs des temps modernes, même si avant eux des hommes s'y sont déjà engagés. Faire le Verdon, veut dire faire quelque chose en dehors du commun, de la routine, du traditionnel. Ça, c'est déjà l'aventure...
Le Verdon se déguise en «Serpent Vert», et GOETHE ne serait pas trompé s'il avait descendu le Canyon du Verdon et relaté son expérience par de diaboliques récits.

La bataille de l'eau dans les Gorges

Ce chapitre sera essentiellement consacré aux diverses entreprises et aux événements qui ont fait du Verdon, dans ses Gorges, un pôle d'attraction de premier choix pour la production d'énergie électrique, et ce, depuis la fin du 19ème siècle. Seront évoqués les projets de barrages, non pas ceux de la fin du 19ème, mais des années 1970-1975 ; le creusement des tunnels dans le Couloir Samson ; les perspectives d'aménagements de la région. Même s'ils ont été engendrés au début du 20ème siècle, principalement avant le second conflit mondial, c'est à partir de la seconde moitié de celui-ci que les projets visant à réaménager le cours du torrent émeraude ont été concrétisés. Avec, notamment, l'Électricité de France, créée après 1945, qui a reçu en héritage les projets des sociétés qui la constituèrent.
La période 1945-1975 a bouleversé l'entité régionale et géographique des sites, tout en modifiant parfois le paysage (barrages, lacs, lignes à haute tension) et allouant au Verdon un débit artificiel, puisque régulé, contrôlé, domestiqué.

« Eici, l'aigo es d'or ! »

Ici, l'eau c'est de l'or ! S'il est un caractère bien particulier et propre à l'Homo Sapiens que nous sommes, et depuis la période qui fit de nous des Homo Erectus, sachant donc marcher sur nos deux jambes, c'est de s'entêter à modifier, voire encore parfois détruire, ce qu'il existe de plus beau sur notre terre, de plus naturel dans notre monde. Partant de ce principe, l'homme évoluant vers ce qu'il considère comme sa destinée, il n'est pas interdit de penser que tout ce qui peut être fait, peut s'avérer génial, comme catastrophique, un fois la réalisation achevée. Depuis plusieurs dizaines de siècles maintenant, le climat provençal est reconnu comme étant caractérisé par la prédominance d'un climat chaud et sec en Été, relativement pluvieux et humide en Hiver. Rarement froid, mais des chutes de neige sont néanmoins à prévoir. L'ensoleillement est l'un des plus persistants d'Europe Occidentale. Quant aux pluies, souvent torrentielles, elles sont aussi de courte durée, sauf exception. De juin à septembre, s'installe alors une période dite de sécheresse pendant laquelle l'eau, soit devient rare, soit vient à manquer. Les paysans et les agriculteurs du sud-est de la France savent, depuis que l'agriculture est l'agriculture, comment pallier ce phénomène en étant avares sur les consommations pour permettre de   traverser l'Été sans risque de manque du précieux liquide : l'or limpide et cristallin. Les précipitations de l'Automne et du Printemps, cumulées avec la fonte des neiges (généralement en mars-avril), représentent les principales périodes de crues des rivières et des fleuves, tout en reconstituant les approvisionnements des sources vauclusiennes et karstiques. C'est-à-dire ce que l'on nomme plus communément, les sources d'eau souterraines. De fait, nous assistons à deux périodes d'étiage importantes en Été, mais aussi en Hiver. L'étiage est ce moment au cours duquel les eaux d'une rivière sont au plus bas, faute d'approvisionnement suffisant en eau. Jusqu'à une époque récente, les premiers utilisateurs d'eau étaient, pour la région qui nous intéresse ici, les agriculteurs, les cultivateurs et les éleveurs, pour l'irrigation et l'arrosage des cultures. Les éleveurs quant à eux pour abreuve leurs troupeaux. Depuis le milieu du 19ème siècle, les villes et les grandes cités régionales sont devenues de colossales consommatrices d'eau, mais aussi d'électricité, sans parler des industries qui consomment l'une et l'autre de ces sources d'énergies. Jusque là tout est normal. Normale aussi la lente évolution de l'homme. Par conséquent, il fallait bien trouver un moyen propre à satisfaire la demande, celle engendrée par la «Déesse Énergie», et sa vassale, la «Fée Électricité» !

D'abord la Durance...

En Provence, les premiers canaux d'irrigation en eaux des champs de cultures remontent à près de dix siècles... La Durance, du latin Druentia qui signifie «l'Impétueuse», a de tous les temps fourni aux agriculteurs du sud-est logés à proximité de son cours, l'eau nécessaire au bon développement des surfaces cultivées. La Durance n'a pas échappé tout au long de son histoire aux périodes d'étiages. Ainsi, les plus anciennes traces de vouloir modifier son cours remontent à la construction du Canal de St-Julien, en 1171. Hormis la période romaine, attachée au bien-être de ses peuples qui s'ébattaient dans les bains et les thermes, les vestiges de constructions anciennes de fontaines ou d'aqueducs sont relativement minces dans cette région. Le site le plus réputé restant (lui de Gréoux-les-Bains qui a su conserver les thermes datant de l'époque Romaine.
C'est à partir du 12ème siècle, réellement, que des aménagements successifs sont réalisés sur les cours d'eau en Provence. En 1554, le Comte de Provence, autorise la mise en œuvre de canaux d'irrigations pour les terres, la capture des eaux s'effectuant directement dans la Durance.

Puis le Verdon

De leur côté, les Verdonniens, depuis sa source jusqu'à sa perte, puisent dans le torrent émeraude leur richesse principale : l'eau mais aussi les produits de la pêche. Les habitants des hautes et basses vallées du Verdon, des Gorges, des Plateaux de Valensole et de Canjuers, s'alimentent en eau en la puisant directement dans la rivière. Cette pratique n'a jamais eu de cesse depuis les origines du peuplement des monts et des massifs du Verdon. A la fin du 19ème siècle, des activités nouvelles naissent. Ou plutôt des industries nouvelles se créées avec l'arrivée de récentes inventions aidées par le progrès. Ou, l'inverse selon le terme que l'on souhaite accorder à l'un et à l'autre de ces phénomènes. Les ateliers, les fabriques, les usines, les centres industriels vont tirer de l'eau leur raison d'être et d'exister, en créant un nouveau besoin, celui d'une consommation d'énergie électrique. Électricité qui s'avère vitale et essentielle pour le bon développement de sa présence sur cette planète. Dans le sud-est et le midi de la France, les mines de charbon sont quasiment inexistantes, le pétrole à l'état naturel n'a de présence que son nom. A fortiori, il est impensable de créer des centrales thermiques fonctionnant à la houille ou au mazout. Les infrastructures existantes, routes et chemins de fer sont précaires. Il était par conséquent impensable de faire venir du nord de la France, encore moins de l'Europe, le combustible nécessaire au bon fonctionnement des génératrices productrices de ce que l'on nomme vulgairement , le courant. Les investissements auraient été colossaux pour le faible profit retiré en échange.
La seule et unique solution consistait à l'époque, à utiliser une source d'énergie naturelle abondante, qui plus est, se situant dans des reliefs montagneux, propices et mieux adaptés pour retenir l'eau, pour ensuite lui rendre, sa force énergétique. Il fallait donc envisager de construire, dans la montagne, des lacs et des retenues capables d'emmagasiner de grandes quantités d'eau.
Ce n'est que tardivement dans le cours du 20ème siècles que l'on a connu les vraies motivations des hommes, et des sociétés, qui ont lancé les premiers projets d'aménagements des sites pour l'approvisionnement et la fourniture d'énergie électrique. Dans les années 1990, on pouvait lire dans une étude de l'E.D.F., cette phrase : « -...les barrages implantés dans les Gorges au droit d'un resserrement naturel idéal pour la construction de tels ouvrages... ». Voilà le maître mot : idéal. C'est ce qui a perdu, comme d'autres de son espèce d'ailleurs, le Verdon. Son cours était idéal.
A quel(s) prix ? Les revendications des besoins en eau des agriculteurs de Valensole et des massifs du Verdon, en général, ont été quelque peu reléguées au second rang. Arrivèrent en tête, et en priorité, les nécessités de la production d'électricité à destinations des grandes villes de la Méditerranée, de Marseille à Nice, en passant par Toulon, mais aussi, vers l'Italie du Nord, voire le sud de la Suisse. Vers l'étranger aussi, car la revente d'énergie électrique présente des rapports financiers non négligeables. L'eau, ici, est véritablement de l'or. En manquer est synonyme de mort. La région a déjà trop souffert, dans le passé, des conséquences du temps : exode rural, famines, épidémies et guerres principalement, alors, ne gâchons pas les dernières étendues sauvages que l'on possède pour étancher la soif de promoteurs et d'agents en mal de richesses, incertaines...

L'âge d'or de l’électricité dans le Verdon

Si depuis des siècles les hommes ont tenté d'édifier des canaux d'irrigations pour les surfaces cultivées, avec l'arrivée de nouveaux hommes, dont la soif n'avait d'égale que la production d'énergie électrique, les premières tentatives de barrer le lit du Verdon remontent réellement à la fin du 19ème. Il fallait bien satisfaire la Fée Électricité, et sa Déesse Énergie. A l'époque, l'E.D.F. n'était pas encore née, un ingénieur de l'Électrique du Sud Est (la C.E.S.E.), organisme indépendant basé à Marseille, eu l'idée saugrenue, un beau jour de l'année 1879, de détourner tout simplement les eaux du Verdon, entre le Couloir Samson et le Galetas pour construire au beau milieu des Gorges, aux pieds de Samson, un barrage ! Motivation de notre homme : « la configuration du terrain l'exige !». Cette exigence a eu pour résultat, dès lors, de voir fleurir des études, des projets, pour la construction de barrages et l'édification de réservoirs sur les sites de Carrejuan (dans les Prégorges), et de Castillon précisément, en amont de Castellane. Tout naturellement débarquent dans le Verdon, hommes et matériels, techniciens et ouvriers, dynamites et marteaux-piqueur. Parmi eux, se trouve celui qui, sans le savoir à l'époque, rendra un fier service aux randonneurs en permettant la création du sentier Martel : Monsieur JAQUETTE et ses tunnels...

Premiers travaux sur le Verdon

Dès 1901, Monsieur Jaquette vient installer ses campements pour y loger les ouvriers et les matériels destinés à l'édification des ouvrages, entendez par là, les barrages. Il établira plusieurs bivouacs  dans les gorges : sur les berges de Chasteuil et de Carrejuan, un autre en aval des Trescaïres, un autre à l'Estellié, un autre encore au sommet de la falaise du Bancher (sur la rive gauche), à proximité de l'accès Vidal. Les travaux de percements des galeries sont entamés dès 1902, à l'endroit même où sont situées les dernières marches d'escalier de l'entrée du premier tunnel dans le Couloir Samson. Ils se poursuivront jusqu'en 1912. Une explosion mal contrôlée, des accidents de chantier, et une crue venant s'ajouter, emportant une bonne partie du matériel et des équipements, tout cela conjugué eu raison de ces premiers travaux qui prévoyait la construction d'un barrage à l'entrée des Gorges, noyant du même coup sous les eaux, la grande majorité de la zone des Prégorges, y compris le ruisseau de Jabron dans son cours inférieur. En 1914, la 1ère Guerre Mondiale marque la suspension dans cette partie des gorges des études entreprises par la Société des  Grands Travaux de Marseille au bénéfice de la Compagnie Élect rique du Sud Est. Entre temps, de 1904 à 1913, un autre projet prévoyait la construction d'une retenue de 70 mètres de hauteur, d'un réservoir de 140 millions de m3 d'eau, d'une usine électrique de 14.000 kW/h, et d'une canalisation longue de 23 kilomètres (en utilisant les galeries de Monsieur Jaquette) vers une deuxième usine qui auraient été implantée près de Moustiers Ste-Marie. Le barrage devait être edifié aux alentours de Carrejuan. Entreprise qui fut également interrompue à l'approche du premier conflit mondial. Il nous reste néanmoins du passage de Monsieur Jaquette, toutes les galeries imaginées par celui-ci, et creusées par ses équipes, dans le Couloir Samson, entre ce point et l'Artuby. Deux tunnels empruntent le sentier Martel, ceux du Baux et de la Baume. Les autres sont à éviter car ils ne sont pas entretenus, ce sont les ouvrages de l'Escalès, du Clapier, du Bari, et plus loin, celui de l'Artuby, le plus grand de tous puisqu'il mesure près de 1000 mètres de long. Les déblais du percement de cette galerie sont encore visibles, puisqu'ils constituent les Éboulis de Guègues que l'on traverse sur le sentier Martel. Ce sont de belles réalisations au regard des moyens techniques de l'époque.

La Société Hydro-électrique du Verdon

Avec lui, d'autres de ses œuvres sont encore utilisées aujourd’hui : l'accès du sentier Vidal, en rive Gauche, entre Styx et Imbut et la Brèche Imbert, à La Mescla. L'ingénieur Monsieur VIDAL, avait l'intention d'aménager un cheminement rapide vers le fond pour approvisionner en vivres et en matériels les hommes qui travaillaient dans les gorges, entre Estellié et Imbut. D'où l'appellation qu'a gardé ce sentier qui est dangereux. Seule sa remontée est autorisée. Quant à la Brèche IMBERT, l'ingénieur Imbert fit construire un ouvrage métallique composé de plus de 250 marches raides et abruptes en paliers, pour franchir l'éperon rocheux qui porte désormais son nom. Vers 1919-1920, des promoteurs, parmi lesquels MM. CHABEAU et ANGELVIN, arrivèrent à Castellane avec la ferme intention d'acquérir des terrains pour l'édification d'une retenue en amont de la ville qui les accueillait, sur la commune de Chaudanne. Dès 1921 débutèrent les premiers travaux de percement des galeries. On assiste alors à la création de la Société Hydro-Électrique du Verdon, la S.H.E.V. Puis, en 1923, un texte de Loi fixe la nécessité de créer des retenues d'eau sur les cours de la Durance et du Verdon afin de pallier leurs périodes d'étiage. En 1928, la S.H.E.V. obtient l'autorisation du début des travaux, pour des barrages qui doivent être construits à Castillon et à La Chaudanne (le lieu dit portait à cette époque le nom de La Chaudanne). Au titre des réparations pour dommages de guerre 1914-1918, la société allemande nouvellement créée «Verdonbau» doit prendre en charge les travaux sous le contrôle de l'État Français. Tout alors vient d'Allemagne : 2000 hommes (ingénieurs, contremaîtres, ouvriers), du matériel, des engins techniques, et ce petit monde s'installe dans le Castellanais. La Société de l'Énergie Électrique du Littoral Méditerranéen (E.E.L.M.), qui possède des centrales électriques dans les Alpes-Maritimes et les Bouches-du-Rhône, comprend vite que la S.H.E.V.
va la concurrencer en produisant et en vendant de l'énergie électrique dans les villes et la vallée du Verdon. L' E.E.L.M. attaque et engage procès sur procès contre la S.H.E.V. qu'elle veut bien voir disparaître. La Société Hydro-Electrique du Verdon est déclarée en faillite et disparaît bel et bien en 1932...

La mise en eaux du lac de Castillon

Dans le même temps, la société allemande Verdonbau estime avoir achevé les travaux à concurrence des dommages de guerre fixés, et se retire des ouvrages, en attendant qu'une société veuille bien lui racheter son matériel , ses machines et ses installations. Alors que le chantier était loin d'être achevé ! Tout restait à faire. En 1938, la concession des barrages de Castillon et de La Chaudanne revient à l'E.E.L.M., ce qu'elle espérait depuis près de 7 ans. Les travaux ne seront relancés qu'en 1942, au moment où une Loi, votée par l'État, accorde des crédits financiers pour la construction des barrages. Après trois années de guerre au cours desquelles les chantiers avancent tant bien que mal à cause essentiellement, des approvisionnements défaillants en matières premières, ce n'est qu'à la fin de l'année 1945 que le premier des barrages sera achevé, celui de Castillon.
Il faudra attendre encore trois ans pour que l'ouvrage soit mis en fonction, et que le lac lui, soit mis en eaux. Disparaît alors sous les eaux du nouveau lac, le hameau de Castillon qui a en échange, donné son nom à l'usine électrique, mais aussi à la retenue. Une route est alors construite entre Castellane et St-André-les-Alpes. Elle longe les berges du lac qu'elle enjambe en empruntant un ouvrage entre St-Julien-de-Verdon et St-André-les-Alpes, le pont St Julien.

L'Électricité de France et les nouveaux barrages

Le tournant, pour l'avenir de toutes les entreprises privées, ou d'état, qui produisaient jusque là de l'énergie électrique tout en la distribuant bien souvent, se situe le 4 août 1946, date à laquelle l'État décide de créer une entreprise nationalisée en remplacement des sociétés existantes. L'État signe l'acte de naissance de l'Électricité de France, plus connue sous le terme E.D.F.
A partir de 1946, toutes les industries privées de production ou d'aménagements hydroélectriques, passent sous le contrôle de l'E.D.F., qui dans le même temps, va reprendre à son compte les projets de réaménagements des cours de la Durance et du Verdon. Après celui de Castillon, le barrage de Chaudanne-Demandolx et la retenue, sont mis en route en décembre 1952. A cette date, l'aménagement hydroélectrique du Haut-Verdon
était pratiquement achevé. Celui du Bas-Verdon allait voir le jour... A décharge, lorsque les premiers manifestants se sont opposés à l'époque, je dis bien à l'époque, à la construction des barrages en amont de Castellane, il faut bien l'avouer, l'E.D.F. n'a fait qu'hériter des projets conçus bien avant que l'entreprise nationalisée ne voit le jour. Il ne faut pas complètement l'oublier. Les travaux étaient déjà bien avancés et il était difficile de faire marche arrière. Des projets, de nouveaux projets, virent le jour et allèrent bon train entre 1963 et 1975. Pendant cette période, 5 barrages et 3 laCs artificiels principaux furent édifiés sur le cours du Verdon, et 2 lacs, artificiels eux aussi, de moindre importance :
  • outre les barrages de Castillon et Chaudanne-Demandolx, respectivement en 1948 et 1952,
  • la retenue de Gréoux en 1963 ,
  • les ouvrages de Quinson et de Ste-Croix-du-Verdon en 1973 et 1974.
Trois lacs de grande capacité :
  • Castillon, (1948),
  • Esparron-Gréoux (1963),
  • Ste-Croix-du-Verdon, (entre juin et l'Automne 1973, 2ème lac artificiel de France, d'une contenance de 770 millions de m3 d'eau). 
Enfin, deux lacs de moindre importance : Chaudanne-Demandolx, Montpezat. Dans la lancée (et au cours des mêmes périodes) des travaux d'aménagements du cours du Verdon, un canal d'irrigation alimenté par captage dans le lac d'Esparron-Gréoux fut construit. Le Canal du Verdon, ou ouvrage d'amenée, rejoint la Canal de Provence 40 km plus au sud et alimente essentiellement Marseille et les Bouches-du- Rhône, et le Var. Le captage des eaux du Canal du Verdon s'opérant dans les Bois du Défends, à partir du lac d'Esparron. L'origine du second canal se faisant au nord-est de Vinon-sur-Verdon. Le côté positif de la présence des barrages est de limiter les crues du Printemps et de l'Automne. Le débit des eaux est contrôlé, en principe normalement, et les retenues se transforment en vases communiquants.
Exemple : si le niveau d'eau du Lac de Castillon est trop haut, l'E.D.F. effectue un lâcher de barrage. L'eau se déverse dans Chaudanne-Demandolx qui ouvre à son tour les vannes. Le Verdon est en crue artificielle, et alimente le lac de Ste-Croix maintenu à un niveau bas. Lorsque le niveau d'eau de Castillon a suffisamment baissé, on ferme les vannes. Chaudanne-Demandolx en fait autant, et le débit du Verdon baisse tout en étant maintenu à un niveau bas et lui rendre «un visage de torrent normal».

L'attractivité touristique des barrages

Les barrages-usines se visitent en périodes. Pour toute information, il convient de téléphoner à l'E.D.F., en contactant directement le lieu d'exploitation : une visite dans les entrailles des géants du torrent émeraude s'impose. L'autre aspect est touristique. Il faut admettre que les lacs attirent une clientèle estivale de plus en plus nombreuse. Développant du même coup les activités liées à l'artisanat, au commerce de détail, aux métiers de la restauration, des loisirs, de l'hôtellerie, et des activités sportives de plein air. Mais les lacs sont là désormais et la vie doit s'articuler autour de leur présence, en même temps qu'il faut s'habituer à celle des barrages.
Le plus dommageable, et notamment pour les sites, sont la présence de lignes électriques haute tension qui traversent la région du Verdon dans son ensemble, et principalement entre Moustiers Ste-Marie et Castellane.
Ce qui a provoqué et mis en place le débat public (le premier du genre en France) qui s'est tenu au cours de l'année 1999, sur le projet d'installer de nouvelles lignes très haute tension de 400.000 volts (le projet T.H.T. Boutre-Carros) dans les monts et massifs du Verdon, à l'intérieur même des limites du P.N.R. Verdon.
Une surfréquentation touristique dans la zone des gués et une méconnaissance des sites sont la cause d'accidents. Par inconscience, par manque d'entraînement, par surestimation de leurs capacités, nombreux sont les visiteurs peu expérimentés qui sont la cause, les victimes, ou qui déclenchent des accidents, et qui, régulièrement, font la une des journaux, notamment dans la zone critique du Canyon.
D'un autre côté, il ne faut pas négliger non plus un aspect que quasiment tout le monde ignore, et qu'il est bon de mentionner. Sur tous les cours d'eau de France, et de Navarre, qui ont vu sur leur lit des barrages ou des retenues s'édifier, ont été implantés des panneaux, de couleur jaune le plus souvent et en lettres rouges, pour mettre les passants en garde.

L'eau ne dort jamais

Le Verdon n'y échappe pas, bien au contraire. L'E.D.F. est propriétaire de la totalité du lit du Verdon. En longueur, mais aussi en hauteur. Prenons un exemple. Admettons que la propriété s'exerce sur une hauteur de 3    mètres au-dessus du niveau des eaux. Pour une raison ou pour une autre, les eaux de cette rivière gonflent et le débit augmentant, le niveau de l'eau monte aussi. Le torrent dépasse alors les 3 mètres consentis au terme de la propriété, pour atteindre 2 mètres supplémentaires au-dessus de son niveau habituel. La propriété s'exerce sur les 2 mètres d'eau en supplément, plus les 3 mètres du départ. Donc, quoiqu'il arrive l'E.D.F. est toujours «propriétaire des eaux».  La fréquentation touristique amène tout naturellement les baigneurs dans le doux clapotis de l'onde. Seulement, le torrent émeraude est une rivière qui présente des pièges certains, sur son cours : siphons, marmites, gours, fosses... Ce qui fait, que lorsqu'un accident survient, même consécutivement à un lâcher d'eau de barrage, l'organisme se retranche derrière les pancartes mises en place à proximité du torrent . C'est indiqué, il est écrit que les baignades ont lieu aux risques et périls des usagers... Ce qui vaut ici n'est pas spécialement en vigueur uniquement pour le Verdon, mais il est aussi valable pour l'ensemble de tous les cours de France qui sont «gérés» par l'E.D.F. Hormis les lâchers d'eau effectués pour soulager les retenues, les vannes sont ouvertes quotidiennement, ou presque, généralement vers 16 - 17 h.00, pour répondre aux besoins en énergie électrique, donc à la consommation des villes méditerranéennes. Des cités comme Marseille, ou des villes du Var, qui nécessitent un apport supplémentaire d'énergie. De ce fait, les eaux sont lâchées, turbinées, et les centrales produisent de l'électricité. Tout ceci doit inciter les visiteurs à rester très prudent dans n'importe quelle zone de la rivière où ils se trouvent, d'une part, et d'autre part, surtout, d'éviter toute incursion dans la Zone Canyon. De fait, sans connaissance réelle du site, il est difficile d’affronter un niveau d'eau qui progresse régulièrement et contre lequel on ne peut rien, dans des lieux inconnus. C'est à ce moment là, principalement, que surviennent les accidents. Certains gués qui semblent aisés à franchir, se transforment en piège, les Maugués ( mauvais gués).
Il existe des signes qui ne trompent pas pour se rendre compte de la montée des eaux : brindilles nombreuses à la surface de l'onde, feuilles emportées par le courant, petits siphons en surface, et surtout, l'eau du torrent qui se trouble. De son vert émeraude habituel et limpide, le Verdon devient marron, d'une couleur peu attrayante. Ce sont les premiers signes. Bien vite ensuite, on se rend compte que la force du courant autgmente. C'est pourquoi, il est vivement déconseillé de traverser la rivière, et de se promener hors des sentiers dans la zone des Gorges, à plus forte raison, lorsqu'il s'agit de la Zone Canyon. Ce qui n'empêche pas que certains endroits des Prégorges demeurent dangereux et qu'il convient d'adopter une attitude vigilante.

Le barrage de Sainte-Croix-du-Verdon

Il faut retenir le statut de la retenue artificielle, la deuxième de France dans sa catégorie, après le lac de Serre-Ponçon, situé à près de 110 kilomètres plus au nord, dans le département des Hautes-Alpes, en aval de la ville d'Embrun, sur le cours de la Durance. Construit au retrait des Gorges de Baudinard, le barrage de Ste-Croix s'élève à 95 mètres au-dessus de ses fondations, et possède entête d'ouvrage, une longueur de 140 mètres. Les vannes peuvent débiter 210 m3 d'eau à la seconde et les turbines produire une énergie de 145 millions de Watts. La centrale est équipée d'une turbine réversible qui permet d'aspirer l'eau de la retenue de Quinson vers le Lac de Ste-Croix la nuit, en heures dites creuses, pour la re-turbiner dans la journée, et de fait, restituer cette eau en aval de l'ouvrage. La centrale électrique est donc capable de produire 200 millions de kW par an.
La mise en chantier du barrage et du lac de Ste-Croix a été longtemps retardée à cause de problèmes d'étanchéité de la cuvette naturelle, celle dans laquelle allait se former le futur plan d'eau. Après des essais de barrage en 1973, l'eau a occupé la vallée en partie au début de la même année. L'eau s'est retirée une première fois, pour venir ensuite noyer définitivement la dépression entre le mois de juin et l'hiver 1973. La mise en eau du lac et le barrage entraient en service en 1974, après que toutes les enquêtes de fiabilité, de sécurité, et d'étanchéité se soient avérées positives.

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