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Barrages et explorations du Verdon

​La contre-attaque des Verdoniens

Depuis les années 1960 et l'avènement du tourisme moderne, des millions de visiteurs sont venus contempler les sites grandioses et bucoliques du Verdon, des Gorges et du Canyon. Le premier et le plus grandiose canyon d'Europe ne laisse pas indifférent ! Les hommes au service de la Fée Électricité non plus. Entendez par là, que ce n'est pas tant la beauté des paysages et la majesté des Gorges qui les attirent, mais plutôt ce que l'on peut en faire. Et ce à quoi elles pourraient bien servir... Surtout lorsque l'on songe à la production de houille...blanche ! Les projets ne manquent pas, il en existe plein les tiroirs en ce qui concerne le périmètre Durance-Verdon.
C'est-à-dire des projets qui furent pensés avant, mais aussi après son acte de baptême de 1946. Ces études étant classées secrètes, personne, quasiment, n'en n'avait connaissance. C'est le cas de le dire, la goutte d'eau qui fit déborder le vase intervint lorsque fut créé le Lac de Sainte-Croix-du-Verdon. A partir de ce moment là, des associations de défense et de protection de la nature prirent forme et se développèrent. dans le Verdon.
Les Verdonniens, à vrai dire, en avaient un peu assez de tous ces projets de constructions de barrages, de lacs et autres structures destinées à produire de l'énergie électrique. A l'époque, le Verdon ne bénéficiait d'aucune protection juridique propre à la défense des sites et de son environnement. Des hommes s'élevèrent contre ces projets, Robert FERRATO, pour les cités du lac de Ste-Croix et son périmètre immédiat (Association pour la Protection du Lac de Ste-Croix), Gilbert BLANC, et, Roger V HRDEGEN (Association Verdon-Homme-Nature), pour la zone des Gorges et du Canyon du Verdon. Mais aussi des élus, des notables, des municipalités, des collectivités territoriales et locales, et des particuliers amoureux et défenseurs du site vinrent se joindre au groupe. L'E.D.F. étant un état dans l'état, tous savaient que la contre-offensive serait longue et fastidieuse. Ce qui n'allaient pas empêcher la naissance de nouveaux projets issus tout droit de la tête bien pensante de certains ingénieurs, supportés en cela par la toute puissante administration.

De multiples projets pour exploiter les Gorges du Verdon

En 1967, on parle de la création d'un ouvrage sur le site de Carrejuan, dont l'origine de l'étude datait du début du 20ème siècle. Puis, en 1970, alors que le projet de Sainte-Croix n'était pas encore achevé, on remet sur le tapis l'étude qui devait aboutir à la création d'un ouvrage à l'entrée même du Couloir Samson, sur les pas du désormais célèbre Monsieur Jaquette. En 1975, on change d'orientation cardinale et on se dirige vers Moustiers Ste-Marie. Le plan prévoyait, à quelque chose près, de créer une retenue en hauteur de la cité, sur un haut plateau nommé Le Plan, et de barrer les monts à la hauteur de la Chaîne du Chevalier de Blacas, à proximité de Notre-Dame de Beauvoir. Exit N. D. de Beauvoir et la fameuse chaîne ! La même année, on redescend vers les Gorges pour projeter l'édification d'un ouvrage au Pas du Galetas, un peu en amont de l'actuel pont qui enjambe les rives du lac. Un projet n'allant jamais seul, il a été question de reprendre l'étude de barrer le Verdon au Point Sublime, de turbiner l'eau en  conduites forcées, via les tunnels du sentier Martel en les équipant de canalisations (toujours sur l'ancestrale idée de Monsieur Jaquette) jusqu'à une centrale qui serait construite en aval de Moustiers Ste-Marie... La conséquence aurait été d'assécher le lit du torrent entre le Couloir Samson et le Pas du Galetas. Là, il n'y aurait eu aucun risque de s'aventurer dans le canyon... et encore que... Magnifiques balades en perspective ! Même E. A. Martel en aurait eu des frissons. Se trouvant devant un interlocuteur associatif peu favorable à  se laisser conter fleurette, l'honorable institution due remettre ses projets une date ultérieure.   
Deux autres projets, dont on ne savait d'où ils venaient, furent jetés précipitamment sur la table, prêts à l'emploi...Deux projets de taille, car sans commune mesure avec ce qui était en train de se jouer, ou de se dénouer : les projets, respectivement, de «Chasteuil» et de «Barbin».

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Le projet Chasteuil

C'est au cours de l'année 1980 que germe l'idée de vouloir barrer le Verdon à la hauteur des Clues de Chasteuil, dans les Prégorges. Contrairement aux autres études développées jusqu'à présent, l'eau n'aurait pas été restituée au torrent en aval du barrage, mais emmenée via des conduites forcées de 16,5 km de long vers une usine électrique qui aurait été construite au Pas du Galetas.
Autrement dit, toute la partie des Prégorges comprise entre Castellane et les Clues de Chasteuil auraient été noyée sous les eaux. En droite ligne des conduites, une pompe de relais aurait non seulement, capté les eaux du torrent du Baux dans le Couloir Samson, mais elle aurait aussi permis de renforcer la course de l'eau sous pression pour qu'elle atteigne sa destination. La ville de Castellane se serait retrouvée coincée entre deux lacs et deux barrages. Le Verdon n'aurait bénéficié que d'un mince filet d'eau, estimé entre 0,3 et 0,5 m3, sacrifiant dans le même temps la faune aquatique et l'avifaune qui a besoin de plus d'eau pour se maintenir et se développer. Les truites auraient bien pu elles aussi disparaître au grand dam des pêcheurs. Conscients de cet effet, les pêcheurs vinrent ainsi rejoindre les défenseurs du Verdon. En marge du projet de barrage à Chasteuil, il était convenu de construire un réservoir de très grande capacité, en hauteur du Galetas, vers le Val d'Angouire. L'eau aurait été pompée vers le haut et emmagasinée dans la retenue pendant les heures creuses de façon à être de nouveau turbinée, vers le bas, dans la journée. But de l'opération : produire un surcroît d'électricité. Dans la cas de ne pouvoir construite l'ouvrage dans les Glues de Chasteuil, le projet de barrage de Chasteuil prévoyait, en remplacement, d'édifier une retenue à Carrejuan, en amont du Défilé de Salpétrière, mettant ainsi un terme à la présence de Pont de Soleils. Dans les années 1982-83, cette ambitieuse création échoua. Devant cet échec, la seconde étude venait à être dévoilée. Une façon de dire dans le midi, «rebelote»... Le projet de Barbin allait dorénavant monopoliser les énergies des forces en présence.

Le projet de retenue sur le plateau de Barbin

Le Plateau de Barbin est une vaste étendue forestière qui surplombe les gorges entre la Palud-sur-Verdon et Moustiers-Ste-Marie, d'est en ouest, dominé par le Signal, ou mont de Barbin (1.561 m). Le torrent de Valonge coule sur ce plan haut pour rejoindre le Val d'Angouire en aval de Moustiers. De nombreux sentiers sont ouverts et permettent d'effectuer d'agréables randonnées, au départ de La Palud, du Col de l'Olivier ou depuis le Col d'Ayen. Les corniches élevées prolongent le parcours vers le Sommet de Plein Voir. Quelques puits naturels sont consacrés aux découvertes spéléologiques, dont le plus renommé est l'aven du Grand-Duc. Quelques 800 mètres séparent le Verdon des premières crêtes du Plateau de Barbin. Endroit imaginé et rêvé par l'E.D.F. pour créer une chute artificielle destinée à entraîner des turbines, et ipso facto, à engendrer de l'électricité.
Le projet de Barbin prévoyait la construction d'un gigantesque réservoir, au beau milieu de la plaine d'altitude, capable de contenir des centaines de milliers de m3 d'eau. L'eau, contenue dans d'immenses bassins, aurait été lâchée vers le Verdon dans la journée pour être turbinée. La nuit, l'eau aurait été pompée vers les réservoirs supérieurs pour y être stockée. Une usine électrique devait être construite à proximité de la Cascade de St-Maurin pour assurer cette production d'électricité. Le site aurait été complètement défiguré, puisque les conduites chargées de remplir et de vider les réservoirs du plateau de Barbin étaient apparentes, fixées le long de la falaise. Le 18 avril 1982, une manifestation d'importance organisée par des élus, des notables, et les associations de défense de la Nature, rassemblait 1500 personnes sur le site où devait être édifiée la retenue. On pourrait penser que 1500 personnes c'est un chiffre mince pour une manifestation, mais n'oubliez pas qu'il fallait déplacer les participants depuis les villes situées dans un rayon de plus de 100 kilomètres à la ronde, et les faire venir sur site, après une randonnée de 3 heures, à plus de 1000 mètres d'altitude. La presse écrite et audiovisuelle était du voyage pour couvrir l'évènement.
Ainsi, le grand public, jusque-là un peu écarté de ce qui se jouait dans les monts et massifs du Verdon allait enfin être informé. La prise de conscience généralisée et la mobilisation des habitants de toute une région, soutenue par des militants d'autres régions de France, la conséquence de tout ceci eut pour résultat un retrait momentané des projets et des tentatives d'aménagements hydro-électriques de l'E.D.F. dans les Gorges du Verdon. A peine ces heureux dénouements acquis, d'autres sources de conflits, encore et toujours vouées au «toujours plus à n'importe quel prix» allaient se profiler à l'horizon.
C'est à cette époque, en décembre 1980 très précisément, que le Comité Interministériel des Unités Touristiques Nouvelles allait autoriser une entreprise allemande de la construction d'un complexe touristique mégalomaniaque sur la commune de Ste-Croix-de-Verdon, sur les berges du Lac de Ste-Croix, le projet de la Louvière.

Le projet de la Louvière

Ou, le paroxysme de la démesure. Projet hallucinant qui aurait eu sa place dans n'importe quel lieu désertique du monde de façon à tenter une expérience de peuplement, les études de la Louvière auraient permis d'accueillir plus de 2.000 personnes réparties entre des pavillons individuels, un établissement de cure, un hôtel, et la construction de tennis, golf, une dizaine de piscines, etc...
Le site retenu, celui de Louvière, se tient sur la rive droite, en queue du lac de Ste-Croix avec pour limite sud les Gorges de Baudinard, face au barrage-usine de Ste-Croix. La société allemande chargée de financer cette opération devait également en assurer la gestion et la direction tout en présidant au destin de la nouvelle cité ainsi crée. L'autorisation délivrée par les autorités pour la création de ces infrastructures, donc par l'État, courait sur une durée de 4 ans. Celle-ci fut portée à 5 ans au titre de la Loi Montagne. En 1987, Madame A.-M. HEILMANN, porte-parole d'un groupe financier venu d'outre-Rhin, devait déposer une caution de 4 millions de Francs sur un compte privé pour garantir la bonne exécution des travaux. Le versement de cette somme, pour une raison que nous ignorons, ne s'est jamais effectué. Pendant 9 ans, le Syndicat Mixte composé et favorable à cette implantation, composé d'élus et de notables du département des Alpes de Haute-Provence, mais aussi de la Région Provence-Alpes Côte-d'Azur, tentèrent en vain de susciter l'approbation d'investisseurs susceptibles de se rallier au projet. Mais, ni en Allemagne, ni en France, un financier ne prenait la décision de se lancer dans une telle entreprise. De son côté, le Syndicat Mixte, s'essoufflait de démarches en démarches, stériles, pour trouver un acquéreur. De leur côté, les associations de défense et de protection de la Nature multipliaient leurs efforts pour faire capoter ce projet. Ces groupements s'étaient aguerris au fil des années, et avaient «fait leurs dents» dans la contre-offensive menée contre l’E.D.F. lors des projets de barrages dans le Verdon. Les Verdonniens commençaient à avoir l'habitude et la mobilisation était fréquente. Mais, des sentiments de lassitude commençaient à poindre, car telle une guérilla qui ronge les nerfs et ambitions, toutes ces nouvelles tentatives commençaient véritablement, par «agacer» les populations. Le site de la Louvière aurait nécessité une consommation quotidienne d'eau représentant la bagatelle de 200.000 m3 destinés à l'arrosage du golf de 18 trous, des parcs, des jardins, de l'établissement de cure, de l'hôtel, sans compter les piscines et autres bassins. Alors que dans le même temps, on refusait aux agriculteurs de Valensole, situés près du futur lieu de peuplement, la construction de travaux d'adduction d'eau pour l'entretien des zones cultivées...

Echec du projet et nouveau départ

Le facteur emploi, non négligeable, était lui aussi faussé, car la majorité du personnel aurait d'origine européenne et allemande essentiellement. Aucune garantie d'emploi n'avait été faite aux populations locales.
Enfin, faute d'accord(s) et d'investissements crédibles, le projet du complexe touristique de Ste-Croix tournait à l'échec total, au grand soulagement des défenseurs de la Nature, le 30 mars 1990. Un projet qui a eu l'avantage de se saborder de lui-même, car certainement trop ambitieux et trop onéreux. Le Syndicat Mixte n'ayant plus de raison d'exister, fut déclaré nul et dissout en juin 1990. Certes, on ne cesse de parler d'une fréquentation de plus en plus en augmentation dans les massifs du Verdon. Une politique, délicate, d'aménagements s'imposera dans l'avenir pour offrir à cette clientèle des infrastructures et des possibilités d'accueil conformes à leurs souhaits. C'est aujourd'hui l'une des délicates missions dévolue au P.N.R. du Verdon qui en a la charge. Mais, ceci ne pourra se faire sans la valorisation des espaces, et devra s'inscrire dans un plan d'orientation régionale qui respectera l'entité géographique, humaine, sociale et culturelle de la région du Verdon, des Gorges et des lacs en particulier.
La création du Parc Naturel Régional du Verdon est une aubaine inespérée qui mettra certainement, un terme à bon nombre de projets plus ou moins ambitieux destinés à détruire encore un peu plus, ce grand classique du Patrimoine mondial. Le Parc possède ses règles, et des Lois existent pour la sauvegarde de notre patrimoine naturel. Roger Verdegen, témoignait en quelques lignes, lors des périodes «héroïques» des aventures rocambolesques de ce pays, depuis les deux dernières décennies : «- Depuis onze ans que je m'occupe du Verdon je n'ai jamais été abattu par le combat inégal que je soutiens ; en cette fin d'année 80 je suis au bord de la catastrophe. L'écœurement est partout en moi, détruisant les quelques forces qui me restent après cinq années de lutte acharnée pour que la cause du canyon triomphe...».
Venons en à présent, à un autre projet que l'on pensait ne jamais voir le jour, mais qui a suscité en France «une première», avec la création d'un débat public autour du projet de la ligne Très Haute Tension de deux fois
400.000 volts, «Boutre-Carros». Début de l'enquête : juillet 1998. De Moustiers Ste-Marie à Castellane, d'ouest en est, on ne peut s'empêcher de remarquer la présence de lignes électriques qui traversent le territoire. Il suffit pour cela de regarder vers le nord, à partir de Rougon, par exemple, ou de randonner sur les hauts plateaux des deux rives. Leur présence remonte aux années 1970 lorsque le Bas-Verdon a vu les barrages et les retenues s'édifier sur le cours du Verdon.
Ces nationales électriques aériennes relient les barrages-usines du Verdon avec les villes du littoral méditerranéens (Marseille en particulier), mais aussi les Alpes-Maritimes, le Var, et plus au nord, la Suisse et l'Italie. Tissant en Provence une toile d'araignée suspendue dans l'azur des ciels. Il existe ici, deux voies dont leur parcours, à l'ouest, s'embranche à Sainte-Tulle (au sud de Manosque) où est située une importante usine électrique du programme d'aménagement Durance-Verdon. Dans les monts et massifs du Verdon, leur capacité de transport varie pour chacun d'elle, de 150 à 225.000 volts, selon le trafic et la demande.

Le projet Boutre-Carros

La Loi du 2 février 1995 donne la possibilité d'un débat public sur la justification des grands projets d'équipement du territoire avant que ne soit prise la décision de les réaliser. Dans le même temps, elle créé une Commission Nationale du Débat Public, la C.N.D.P., présidée lors de sa création par M. Hubert BLANC, Conseiller d'État. Les Ministères de l'Industrie et de l'Environnement et la Fédération France Nature-Environnement ont saisi fin 1997, début 1998, la C.N.D.P. pour qu'elle organise un débat public sur la proposition de l'E.D.F. de créer une ligne à très haute tension (ou, I.H.T.) entre les centres de Boutre (près de Manosque, Ste-Tulle) et Garros (au nord de Nice). Monsieur Gérard PORCELL, Vice-Président du Tribunal Administratif de Paris a été chargé de constituer une Commission Particulière et de présider aux destinées du débat public, d'une durée initiale de 4 mois (entre le 15.03 et le 15.07.1998), dont le siège de ladite commission fut fixé en Sous-Préfecture de BRIGNOLES (Var).
Pour synthétiser la proposition d'E.D.F. faisant l'objet de cette procédure, disons qu'il s'agissait de construire une autoroute aérienne, et non plus une nationale, de deux fois 400.000 volts, entre Boutre et Carros, dont sept tracés ont été étudiés (sur une période 7 ans). Six des sept tracés devaient individuellement, ou collectivement, traverser simultanément soit des Sites Classés, soit des Sites Inscrits, soit le Camp Militaire de Canjuers. Les sept itinéraires traversant de part en part le Parc Naturel Régional du VERDON... Le projet datait de 1991, et une contre-expertise avait été demandée en 1993 sur six tracés proposés à l'époque. Un septième tracé avait été étudié en 1996 par l'E.D.F. à la demande des pouvoirs publics. Cette «option 7», comme on pourrait la nommer, fut suspendue (ce qui ne signifie pas annulée pour autant...), le 7.11.1997.
Restaient néanmoins six projets à étudier pour n'en retenir qu'un. De nombreuses tables rondes, des débats publics, et des réunions d'informations, mettant face à face partisans et opposants du projet E.D.F. furent organisés. Participèrent à ces débats des élus, des associations, des politiques, des communes, des collectivités territoriales, des artisans, des commerçants... toutes les classes de la société et toutes les forces vives de la Nation se sont retrouvées à exprimer leurs opinions sur le sujet. Le but étant essentiellement d'approvisionner les Alpes-Maritimes (et une partie orientale du Var), dont la demande en énergie est en constante augmentation, pour assurer un meilleur équilibre de la consommation en désenclavant l'extrême sud-est de la France.
La participation étant intense, et l'intérêt suscité si important, que la Commission s'est vue, non pas dans l'obligation, mais dans la nécessité de reconduire la date du 15 juillet 1998, au 15 septembre 1998, soit de jouer des prolongations qui durèrent 2 mois. Finalement, ce projet sera lui aussi abandonné.

La première exploration par le fond

Lorsqu'au début du mois d'août 1905, le Géographe-Géologue-Aventurier Français Édouard-Alfred MARTEL vint pour la première fois dans le Verdon, son but n'était pas celui d'en effectuer la reconnaissance complète par le fond. Sa venue coïncidait avec la demande faite par Monsieur Jaquette pour effectuer des relevés sur l'hydrologie du cours du torrent vert émeraude. L'étude globale qu'il remettrait, permettrait ensuite la construction de retenues sur le cours de la rivière. En effet, le début du 20ème siècle représentait la belle époque de la Fée Électricité et, avec son avènement, l'aménagement des cours d'eau de France et de Navarre pour la production de plus en plus fournie d'énergie électrique. Le torrent Verdon faisait partie de ces ambitieux projets dont la majorité d'entre eux fut heureusement abandonnée.

Edouard-Alfred Martel, le Père-fondateur de la spéléologie moderne

Né à Pontoise en 1859, Édouard-Alfred Martel devint agréé auprès du Tribunal de Commerce de la Seine au lendemain de brillantes études universitaires. Rien, au départ, ne prédisposait ce jeune homme ambitieux lorsqu'à l'âge de 29 ans se dessine devant lui une carrière d'Explorateur souterrain ! Les 27 et 28 juin 1888, l'équipe composée de MAZAURIAC et d'Henri De LAPIERRE entame la reconnaissance de la rivière souterraine de Bramabiau (St-Sauveur-des-Pourcils, Dépt. du Gard) sous la conduite de MARTEL. Cette tentative d'exploration constitue en fait la première course sportive sous terre jamais réalisée dans le monde jusqu'à cette date. Martel jette ainsi les bases de la Spéléologie moderne et devient le père de tous les cavernicoles bipèdes passionnés par l'aventure dans les entrailles de la planète Terre.
Entre 1888 et 1913, il va explorer tous les avens connus des Causses, des Alpes et des Pyrénées. Découvrir des grottes dans les Iles Baléares, en Grande-Bretagne, en Russie Caucasienne, en Grèce, en Irlande, et il inventorie les cavernes géantes du Colorado, de l'Utha, d'Arizona et de Californie aux États-Unis.
Avec la percée du mystère du Gouffre de Padirac, en 1888, Martel ouvre au tourisme grand public la possibilité de conquérir les sites les plus prestigieux du sous-sol Français. Les travaux de Martel sur les relevés et la circulation des eaux souterraines révolutionnent le monde des Sciences, en laissant au placard toutes les vieilles théories obsolètes jusque-là appliquées. Le Parlement de la République Française promulgue en 1902 une Loi destinée à sauvegarder l'hygiène des sources, des rivières, des lacs... Elle devient alors la Loi Martel qui lui confère le titre de Bienfaiteur de l'Humanité. Le Prix Martel récompense les œuvres accomplies au service de la Spéléologie. En France, comme à l'étranger, des centaines de clubs ou d'associations portent le nom de «Martel» et ses écrits restent des références pour les Spéléologues de tous les temps.
Un homme l'a servi toute sa vie durant, et l'a accompagné dans toutes ses tentatives, lui vouant une véritable adoration, et un dévouement total : Louis ARMAND. Ce serrurier né à Parache en 1854 deviendra le contremaître de Martel qu'il suivra fidèlement dans toutes ses expéditions, sur terre comme sous la surface du globe. Armand explorera de nombreux gouffres dont celui qui porte son nom, «l'Aven Armand», et sera en fait, le premier guide Spéléologue de tous les temps. Ils seront tous les deux réunis au mois d'août 1905, pour effectuer une de leurs multiples aventures qui va les conduire, pour la première fois au monde, dans l'antre du Grand Canyon du Verdon. Édouard-Alfred Martel s'éteindra à Montbrison, en 1938, à l'âge de 79 ans, après une vie passée à enrichir notre connaissance sur les découvertes du monde souterrain de notre bonne vieille Terre.

L'exploration des Gorges du Verdon

Quand Édouard-Alfred Martel contemple les gorges du haut des falaises du Point Sublime, en ce début août 1905, on peut penser, sans avoir beaucoup de chance de se tromper, que son principal objectif ne sera pas dans le Verdon d'avoir à y édifier des barrages, mais de s'aventurer pleinement sur le cours du torrent vert pour en effectuer la découverte globale et totale. Personne jusqu'à présent ne s'y était aventuré.
La Compagnie Electrique du Sud Est (la C.E.S.E.) animée par son ingénieur en chef M. Jaquette (toujours le récidiviste), fait venir Martel dans le Verdon afin que ce dernier rédige un rapport complet et précis sur le relevé hydrogéologique de la rivière émeraude. Martel ne l'entendra pas exactement de cette oreille et en décidera tout autrement dans les jours qui suivirent. Après une première tentative d'exploration avortée par Armand JANET en 1896, les Gorges du Verdon suscitent bien des envies, comme ce de la «première exploration réussie par le fond». Un défi, un record, une aventure, s'offrent à Martel.
Entre l'échec de Janet et 1905, de nombreux aventuriers, parfois seuls ou en groupe, ont voulu traverser les gorges de part en part, sans toutefois y parvenir. Tout comme ce groupe d'ingénieurs Suisses, dont les noms sont restés inconnus ou se sont perdus au fil des années, qui ont voulu défrayer la chronique, voulant, eux aussi, être les premiers vainqueurs de la découverte du Verdon et qui ont, eux aussi, échoué.
Paradoxalement, les noms des aventuriers Français qui ont effectué la première descente totale du Colorado et de son Canyon, en 1950, sont restés aussi inconnus !
Quel adjectif attribuer à Martel ? Géologue ? Géographe ? Hydrologue, Spéléologue, Aventurier, Scientifique...? Toujours est-il que Martel effectue une reconnaissance des Gorges du haut des parois verticales qui surplombent le lit du Verdon, dans la journée du 10 août 1905.

La journée du 11 août 1905

Le 11 au matin l'équipe dirigée par son fidèle Armand est composée d'Armand JANET, Le COUPEY de la FOREST, mais aussi de Paluards (de La Palud-sur-Verdon) et de Rougonnais (de Rougon) dévoués comme Isidore BLANC, les frères AUDIBERT, Casimyr FLORY, Daniel CARBONEL, Baptistin FLORY, Prosper MAUREL, Fernand HONORAT. Tous prennent le chemin qui va de Rougon au Couloir Samson. A l'époque il n'existait pas de route, c'était tout juste un chemin muletier qui reliait les deux sites.
Martel verra se joindre au groupe ZURCHER, TEISSIER et le Géographe Fernand CUVELIER, désireux eux aussi de prendre part à la grande aventure, à cette «grande première» en apportant leur concours dans cette périlleuse épreuve. Trois barques, faites de bois et de toile, sont mises à l'eau en amont de l'entrée du Couloir Samson. Certains parmi l'équipe pensent que ces embarcations sont trop fragiles pour l'usage que l'on veut en faire. Les canoës glissent au gré du courant. Dans son récit, Martel écrira plus tard que le débit était évalué à 10 m3 seconde. Il devait, probablement, être inférieur car, si tel avait été le cas, connaissant le visage actuel du Verdon, la suite des événements aurait pu avoir des conséquences dramatiques. 500 mètres après le départ, au chaos qui suit le site de la Baume aux Pigeons, une barque risque de se rompre sur les rapides. Les deux qui suivent semblent connaître le même sort dans un futur immédiat lorsque Martel décide de les faire accoster in extremis sur la berge et intime l'ordre que les passages délicats ou dangereux seraient franchis par la terre en évitant les blocs rocheux et la végétation. A signaler que ce n'est qu'en 1928 que sera aménagé le sentier du Touring Club de France qui portera en 1930 l'appellation de «Sentier Martel», entre le Couloir Samson et le Chalet de la Maline. Il n'existait donc aucun sentier aménagé par le fond lorsque Martel et son équipe se sont lancés dans l'exploration du Verdon en 1905. Après bien des péripéties vécues au cours de cette première journée et le bivouac sera monté à la Baume aux Pigeons, obligeant le groupe à revenir sur ses pas.

Le 12 août 1905

Le 12 août au matin, une des embarcations est inutilisable. Il n'est alors pas question de la laisser sur place, ni de se séparer d'hommes pour la ramener en arrière. Il faudra désormais porter à dos d'hommes, vivres, cordes, matériels de mesures, appareils et bateaux... Martel et Armand se laissent glisser jusqu'à La Mescla, alors chue Janet est ses équipiers suivent le plus souvent à pied, de gués en gués, portant le troisième esquif et le reste du matériel... Après La Mescla, il n'y a plus assez d'eau dans le Verdon pour poursuivre par le lit du torrent. Tout l'équipage prend appui sur la terre ferme et se charge des canots chargés des équipements. Vers midi, le groupe arrive à l'Estellié. Le moral baisse devant la progression qui devient plus rude car parsemée d'obstacles en tous genres. L'empressement de Martel pour gagner l'Imbut va les secouer.
Les rapides se succèdent. Les hommes ont de plus en plus de mal à avancer. Les obstacles sont nombreux. Les portages deviennent plus harassants. La pente du Verdon s'accélère et le courant devient plus fort. Ils ne sont pas au bout de leurs peines... l'expédition vient tout juste de commencer. Les falaises se dressent au-dessus de leurs têtes les plongeant dans l'obscurité. Il est 18h.00. Coûte que coûte les hommes veulent désormais parvenir à l'Imbut avant la nuit. Un passage plus aisé permet de remettre les barques à l'eau et d'y empiler le matériel.
Il est près de 20h.00, lorsqu'Armand disparaît avec ses hommes et leur canot dans l'étroit couloir, et sombre, creusé par le Verdon au milieu du torrent. La deuxième embarcation va s'y engouffrer lorsqu'elle se brise littéralement à l'approche du chaos. Hommes, matériels, vivres et équipements sont précipités dans les eaux turbulentes. Martel spectateur impuissant de cet épisode effroyable lève les bras au ciel et s'exclame d'un air atterré : « - Mais c'est infernal, on se croirait devant le Styx ici...» ; désormais, l'appellation du lieu est restée. Ce mini canyon, dans le canyon, pour briser la force du courant, s'écrit sur les cartes en lettres d'or : le Styx.
Deux bonnes heures encore seront nécessaires pour franchir les 300 mètres qui les séparent de l'Imbut. Le campement ce soir-là est monté tard dans la nuit. Les hommes réparent les barques avec des moyens de fortune.
Parvenu à l'Imbut, Martel songe à rebrousser chemin et mettre un terme à cette exploration. D'autres encouragent leur chef et lui disent de continuer. Tout le chemin accompli mérite de poursuivre l'aventure.

Le 13 août 1905

Le 13 au matin, l'équipe s'ébranle et tente de forcer la zone située en aval du Baou Béni. La progression reprend tantôt par les gués, tantôt par l'eau, parfois à bord d'un canot selon son état. Les biefs sont remplis d'eau. Les remous persistants, impossibles de franchir à pieds. Le moral baisse de nouveau. Les voilà engagés dans le Canyon. L'atmosphère est lugubre. La pénombre et la clarté alternent au fond du Verdon. Le ciel joue avec les falaises. Les difficultés augmentent encore. Les portages deviennent de plus en plus fréquents et fastidieux. «- Nous sommes au fond d'un véritable puits, nos bras étendus touchent presque les parois...» écrira plus tard Martel. Louis Armand, têtu et obstiné veut poursuivre plus loin, toujours plus loin. Les blocs et les chaos sont franchis au prix d'efforts surhumains. La fatigue gagne l'ensemble du groupe. Les barques sont devenues quasiment inutilisables. Elles sont crevées, défoncées, elles prennent l'eau de tous bords.
Un bivouac est enfin installé aux Cavalets. Les hommes sont épuisés, découragés, et de plus en plus pessimistes sur l'avenir de la reconnaissance du canyon. A l'heure du repas, seul le clapotis du torrent viendra perturber un silence profond. Personne ne parle. Y compris Martel qui ne prononce pas un seul mot. Dans cette atmosphère lourde et pesante, ils s'endorment les uns après les autres.

Le 14 août 1905, la fin de l'aventure

Le 14 au matin un soleil radieux vient éblouir le fond du canyon. Le moral reprend. Les hommes dynamisés par la lumière de l'astre reprennent la progression. «- Après tout, ce n'est pas si loin, la sortie...», laisse échapper l'un d'eux. Martel voit alors que l'aventure peut se prolonger et, probablement, aller jusqu'à son terme. Tout reste encore possible...
Les rapides succèdent aux rapides. Leurs efforts grandissent, ils ont de plus en plus de peine à avancer. Les falaises se dressent fières au-dessus des têtes, la végétation est omniprésente, des troncs d'arbres déracinés par les crues du Printemps jonchent le parcours, des chaos s'empilent les uns sur les autres, les rochers semblent de plus en plus pénibles à escalader, et il faut encore et encore, franchir ces obstacles un à un ! L'un après l'autre... Avancer. Progresser, toujours et encore... Les hommes perdent courage. Ils sont maintenant exténués. Ils ont épuisé leurs dernières forces pour vaincre ces innombrables embûches. Une échappée au Pas de Mayreste permet à quatre d'entre eux de gagner les hauteurs. Ils renoncent à bout de souffle, de forces et d'espoirs. C'était sans compter avec le caractère battant de Martel. Dans la matinée du 14 août 1905, Martel, Armand et les équipiers restés fidèles, débouchent triomphalement au Pas du Galetas. Le Canyon du Verdon a été exploré, vaincu, reconnu.
Le pont romain d'Aiguines fait office d'Arc de Triomphe. Débouchant dans la Plaine des Salles, ils prennent enfin pied sur les berges pour savourer leur première descente intégrale des Gorges et du Canyon du Verdon... Mission accomplie et réussie. L'histoire, par contre, ne dit pas si Monsieur Jaquette a été satisfait du rapport dressé par Martel à la suite de son exploration par le fond...
En 1906, Martel et une partie de son équipe de l'année précédente, renouvelleront l'expérience mais, cette fois-ci, avec des embarcations et un matériel adaptés, un équipement plus fiable, et surtout, l'expérience faisant le bonhomme, elle leur rendra l'aventure plus sereine. Isidore BLANC, instituteur à Rougon, mais aussi équipier de la première virée, leur conseillera d'utiliser des gilets de sauvetage garnis de kapok pour la traversée des gués nagés et des marmites remplies d'eau. A partir de cette époque «Monsieur l'éssituteur Blanc» créera la première Compagnie des Guides du Verdon.

Les autres explorations

On sait peu de choses sur les tentatives ultérieures de la descente du canyon, entre celle effectuée par Martel en 1906 et la seconde Guerre Mondiale. On conserve le témoignage de Robert De JOLY qui effectuera une traversée intégrale des gorges et du canyon sur un canoë ancêtre du kayak, entre le 21 et le 26 juillet 1928. Il sera le premier à franchir les Salles de l'Imbut à bord d'un esquif en caoutchouc revêtu d'un gilet en kapok.
En 1938, un autre aventurier, Albert MAHUZIER, explorateur et cinéaste Français, effectuera des repérages pour un film qu'il réalisera l'année suivante, en 1939, dans le cadre de la «Croisière Sauvage». 40 ans plus tard, le grand Albert Mahuzier dira, encore, à propos du Verdon : «- Ce n'est qu'en 1938 que je fis connaissance de ce décor depuis lors gravé pour toujours dans mes yeux et dans mon cœur !».
A la fin de la guerre, au cours de l'été 1945, un groupe d'Eclaireurs Scouts effectue une reconnaissance et songe déjà à se lancer à la découverte des eaux vertes du torrent en canot à la pagaye. C'est ainsi que pendant l'été 1946 des membres du Canoë Club de France (ancêtre du Kayak Club de France) s'engage dans l'intégrale des gorges et du canyon à bord de leurs frêles embarcations.
En 1948, le Brussels Kayak Club lance ici la mode du canoë-kayak. «- Par la suite, le canyon devait manquer d'intérêt puisqu'il n'y eut plus d'autre exploit de ce genre...» raconte Roger Verdegen. Ce robuste sportif niçois fait ici preuve d'humilité et oublie de se citer. Car, entre 1970 et 1975, il allait organiser les plus célèbres compétitions de kayak dans le Verdon, et surtout, développer un tourisme aquatique des grandes frayeurs, en instaurant la descente des gorges et du canyon en radeau-rodéo et surtout en flottage au moyen de gilets conformes aux impératifs du Verdon. Il réalisa des gilets et un équipement adaptés à la pratique de cette discipline dans le Verdon... Verdegen fut aussi le premier à oser jeter à l'eau du torrent émeraude une embarcation en caoutchouc composée de boudins noirs pesant 1.500 kilos. Verdegen et son radeau hantèrent les fonds hostiles du Canyon pendant bien des années... Avant 1948, les grandes explorations par le fond eurent lieu en juillet et en août. Une bonne raison à cela. C'était la période d'étiage de la rivière émeraude, époque à laquelle son cours était à son plus bas niveau. Après cette date et la mise en fonction des barrages situés en amont, l'E.D.F. maîtrisait le débit imposé au Verdon. Dans l'incertitude de prévoir les lâchers d'eau, il devenait hasardeux, voire périlleux, de s'aventurer dans les gorges et le canyon. Si l'on devait réitérer aujourd'hui l'exploit de Martel, il faudrait compter sur un débit régulier d'au moins 5 m3 d'eau pendant S jours. Événement presque impossible à réaliser de nos jours du fait que personne, hormis l'E.D.F., ne sait quand les remontées d'eau faisant suite aux turbinages s'effectuent.
«C'est vingt fois qu'il faudrait parcourir  ce canon pour oser dire qu'on la vu...»  E. A. MARTEL (in «La France Ignorée» - 1930)

La réserve géologique des Alpes de Haute-Provence dans les Gorges du Verdon

Les entrailles du Verdon sont marquées par les témoignages de millions d'années qui forment l'expression la plus parfaite de la création originelle. Celle-là même des origines de notre planète : la Terre.
Après des conflits locaux qui ont duré la bagatelle d'un demi-siècle, entre partisans et adversaires, le Verdon est aujourd'hui officiellement reconnu pour la plus grande joie des Verdonniens. Il était grand temps, que d'eaux se sont écoulées sous le Pont de Tusset ! Une étude qui aura duré la bagatelle de quarante années afin qu'un statut viennent jeter les bases d'une protection administrative pour préserver ce site admirable.
Il serait temps, en France, que l'on prenne conscience que l'on possède aussi des paysages et des territoires à protéger avant qu'ils ne soient détruits, ou atteints par une maladie particulière qui touche l'espèce humaine, celle de dénaturer la nature.

La Réserve Naturelle Géologique de Haute-Provence

La création de la R.N.G.H.P. remonte au 31 octobre 1984, en vertu de l'application de la Loi de juillet 1976 (Lois Montagne et Littoral).
La Réserve Géologique des Alpes-de-Haute-Provence couvre les quatre périodes de l'édification de notre planète. Le sous-sol, la zone archéologique la plus riche, fait l'objet d'importantes recherches. Elle contient des gisements très rares et diversifiés. Le travail du Centre basé à Digne peut être réparti ainsi :
  • l'Ère Primaire : gisements de végétaux (fougères, etc...),
  • l'Ère Secondaire : vie aquatique et reptiles marins ; ammonites, bélemnites, lamellibranches, lézards, poissons...,
  • l'Ère Tertiaire : traces de pas de volatiles préhistoriques, coquillages...
  • l'Ère Quaternaire : enfin l'homme... et les mammifères.
La gestion de ce Centre est assurée par un organisme fondé sur la loi de 1901 et comprend des élus locaux, régionaux, des universitaires et des membres de l'administration. Le Comité Scientifique ainsi constitué dépend de l'Université de Provence. Son financement est assuré par le Conseil Régional et le Conseil Général du département, ainsi que par différents Ministères tels ceux de la Culture, de la Recherche, et de l'Environnement.
La superficie de la Réserve Naturelle couvre plus de 270 hectares répartis sur 18 sites, au nord, au centre, et au sud des Alpes de Haute-Provence (site à ammonites de Taulanne - Bathonien - Callovien Castellane et Gorges du Verdon). Ainsi le périmètre de la Zone de Protection s'étend sur plus de 150.000 hectares et représente 1/5ème du département des Alpes de Haute-Provence en regroupant 37 communes. Ajoutées à cela, les six communes du Var - et leur superficie respective - qui viennent d'être rattachées à la R.N.G.H.P.., portant depuis juin 1998, la surface globale à 1.900 km2 et rassemblant désormais 47 communes. L'extraction de gisements fossilifères sous quelque forme que ce soit y est rigoureusement interdite. Il est seulement toléré de ramasser des fossiles de petit gabarit, mais uniquement ceux mis à jour par l'érosion pluviale et se trouvant en dehors des sites sous protection, c'est-à-dire ceux de la Réserve et de la Zone périphérique, mais aussi, en infime quantité. Un jour, ou l'autre, l'administration concernée ferait bien d'interdire tout ramassage, en tous lieux favorables à ces trouvailles afin de préserver notre patrimoine.
Que penser de ce groupe composé de ressortissants transalpins, qui, dans les années 1987-88, était venu muni d'un marteau-pneumatique et d'un compresseur à air pour extraire de la Dalle aux Ammonites de Digne (Site n° 7 - Datation : 200 Millions d'années) des éléments fossiles mesurant un mètre (et plus) de diamètre... Des exemples, il en existe à foison dans la région !
C'est au cours de l'été 1988 que les Gorges du Verdon, et la région de Castellane, ont bénéficié de la protection due aux réglementations de la Réserve Géologique Naturelle de Haute-Provence.
Des panneaux d'informations routiers ont été mis en place et rappellent aux visiteurs qu'ils pénètrent dans la zone protégée. Partant de ce principe, il convient de respecter à la lettre les consignes du Centre de géologie, à savoir :
  • ne pas extraire de fossiles en grande quantité,
  • ne pas les piétiner, ni marcher sur les gisements,
  • interdiction formelle de dégrader les sites protégés sous peine de poursuites,
  • respecter l'environnement sans porter atteinte aux végétaux.
De fait, toute la zone nord des Gorges du Verdon, autrement la rive droite, de Castellane à Moustiers Ste-Marie, appartient à la Réserve Naturelle Géologique des Alpes de Haute-Provence.
Depuis l'été 1999, la Réserve Géologique s'est étendue avec l'adhésion de six commune varoises du Parc Naturel Régional du Verdon. Ce périmètre englobe une partie de la rive gauche, proche de la rivière Artuby, entre Le Logis-du-Pin et Bargème. Bargème, Brenon, Comps-sur-Artuby, Châteauvieux, La Martre, Le Bourguet, Trigance appartiennent désormais à la Réserve Géologique.
Ces mesures seront très certainement la garantie primordiale de la sauvegarde d'entités géographiques et géologiques qui ont traversé les temps pour parvenir jusqu'à nous en guise de témoignage des temps révolus. Aussi, pour nous mieux faire comprendre les origines de notre monde et, nous montrer que devant tant de merveilles, nous sommes infiniment petits, presque rien à l'échelle de l'univers.
Encore faudrait-il une surveillance accrue en période estival, à proximité des zones sensibles, c'est-à-dire près des gisements. Car, ces arracheurs de fossiles sont légion l'été dans cette région.
A noter, près de Castellane, le très beau site des Sirènes, qui, même s'il se situe en plein air, est préservé, car recouvert de vitres de protection pour être protégé de visiteurs indélicats. C'est au cours de l'été 1998 que le site a adhéré à la Réserve Géologique. La Maison des Siréniens recèle des trésors paléontologiques d'une grande richesse.
Dernière entreprise en date concernant la Réserve Géologique, celle de l'Écossais Andy GOLDSWORTHY, sculpteur (de l'éphémère) de son état, qui a entrepris au cours de l'Été 1999, de réaliser un rêve vieux de trois ans : édifier trois gardiens de pierre aux entrées de la Réserve. Ce voisin d'outre-Manche, qui affectionne comme bon nombre de ses compatriotes la Provence, a décidé de relier les sentinelles monolithiques par des chemins pédestres en réalisant également un circuit sur six jours de marche et de bivouacs, entre Durance, Verdon et Pays Dignois.

Le Verdon : site classé

Les premières mesures de procédure du classement du Verdon datent de 1950, soit deux ans après la mise en eaux des barrages en amont de Castellane. Un souci se présentait aux personnes chargées d'étudier le classement, notamment en ce qui concerne toute la partie avale du Verdon, depuis Castellane jusqu'à Vinon-sur-Verdon car le torrent est la frontière naturelle entre deux départements :
  • les Alpes de Haute-Provence, au nord, (rive droite) ;
  • le Var, au sud, (rive gauche).
De ce simple fait, les structures institutionnelles, mais aussi les divergences d'intérêts, constituaient un obstacle important dans l'optique d'une unité régionale pour la protection et la défense du plus beau site minéral et naturel d'Europe.
En 1982, après bien des transactions et des palabres, le projet de classement est relancé. Dans le même temps, une Commission des Sites et des Paysages des deux départements concernés est créée. L'aboutissement intervient en 1984-85 avec la constitution d'une Enquête d'Utilité Publique et un remembrement des terres au sein des 63 communes intéressées par la procédure. Monsieur BELMONT, Architecte des Bâtiments de France, se vit alors chargé de superviser les études en cours pour l'élaboration du projet de classement. Entre temps, en 1976, s'est organisé le Syndicat Mixte des Pays du Verdon qui va tenter de relever le défi de 1950.
En 1988, tout le monde se réjouit lorsque le Ministre chargé de l'environnement du moment annonce «l'instance imminente du Classement». Tout le monde n'est pas satisfait en même temps, car, pour diverses raisons liées aux intérêts divergents de chacun, certaines communes ne sont pas pressées pour que cette imminence voie le jour.
De façon à tempérer les événements qui se bousculent entre intérêts privés et bien commun, la rive nord des Gorges du Verdon est rattachée à la Réserve Naturelle Géologique des Alpes de Haute-Provence au cours de l'été de cette année 1988.

Premier pas vers le classement

Ce qui a provoqué un premier pas important dans l'aboutissement du projet de Classement. L'hiver venu, le froid occupant les sommets et les touristes partis, le débat s'engourdit à son tour. Au Printemps 1989, de nouvelles mesures furent annoncées : la zone serait prochainement instruite au titre des Sites Inscrits. Enfin, le 4 mars 1990, le Journal Officiel de la République Française publiait un Décret du Premier Ministre de l'époque, en la personne de M. Michel ROCARD, qui entérina le Classement des Gorges du Verdon. 40 ans après les premiers balbutiements d'un dossier qui naquit en 1950, la procédure touchait à son terme. Ainsi, ce sont 20.000 hectares qui étaient officiellement protégés, et surtout, enfin reconnus comme site faisant partie de notre patrimoine naturel.
La procédure concernait en particulier 5 communes : Castellane, Rougon, La Palud-sur-Verdon et Moustiers Ste-Marie, pour les Alpes de Haute-Provence ; Aiguines, pour le Var. A partir de ce moment-là, un projet plus ambitieux allait voir le jour. Un projet qui ne prendrait pas 40 ans de réflexions, mais curieusement 7...  La Région, les départements concernés, les élus, les associations de défense et de protection de la Nature, et les habitants des pays du Verdon, prenant conscience de l'importance, de la richesse, et des atouts incontestés de leur environnement, envisagèrent dès lors sereinement une étude qui conduirait à la création d'un futur Parc Naturel Régional du Verdon. En citant les Gorges du Verdon, Jean GIONO écrivait : «- Ses rives doivent rester si près que d'un bord à l'autre l'on puisse s'appeler». Pour la petite histoire, au dire de ses détracteurs, Jean GIONO n'affectionnait pas le Verdon.S'il a fallu autant de temps et d'efforts pour faire du Verdon le Parc qu'il est aujourd'hui et prendre conscience de sa valeur minérale et naturelle intrinsèque, c'est pour une raison certaine. Ce n'est guère que depuis les années 1960 que le «Phénomène Verdon» est considéré en tant que réservoir à touristes l'été, richesse naturelle exceptionnelle, site grandiose et sublime. Depuis surtout, l'écologie naissante mais écologie dans le sens d'amour de la nature, d'un tourisme de régions côtières saturés l'été, et à un déplacement de populations estivales qui préfèrent désormais migrer vers la montagne à la belle saison.
La région était quelque peu «délaissée», pourquoi ne pas l'avouer ! De fait, dès que le Verdon s'est montré sous le visage d'une manne touristique et naturelle sans équivalent, des hommes et des femmes responsables, eux, ont décidé de mettre un terme aux agissements d'oiseaux de mauvaise augure pour défendre, protéger, valoriser et pérenniser «leur Verdon». Ce sont les Verdonniens.
C'est en partie chose accomplie et «notre» Verdon est en bonne voie d'être considéré comme le plus beau de tous les atouts naturels de notre bonne vieille Europe !

Le parc naturel régional du Verdon

Un vœu cher à bon nombre de verdonniens allait enfanter dans la douleur pour certains, dans le bonheur pour la grande majorité : la création de ce parc naturel régional tant attendu depuis des décennies et au fil des générations qui se sont succédés. Édouard-Alfred MARTEL l'a (sans doute) rêvé lorsque déjà, dans les années 1920, il proposait des mesures pour la protection du Verdon. Madame Corinne LEPAGE lui a donné sa raison d'exister. Depuis de nombreuses années, des études ont été réalisées sur le terrain pour la sauvegarde et la protection de ce patrimoine naturel d'exception, que sont le Verdon et les légendaires gorges qui lui servent de haie d'honneur. Dès 1980, des associations se mettent en place pour faire connaître ce vaste territoire, le faire découvrir autrement et surtout, pour envisager une protection officielle légale contre tout nouveau projet pouvant porter atteinte à son intégrité sauvage, belle, où l'aventure reste toujours le but recherché.
Le Conseil Régional Provence Alpes Côte-d'Azur lançait les premières enquêtes, et en 1988, le Verdon fut sélectionné parmi 5 sites majeurs du Sud-Est. Quelques temps plus tard, l'Agence Régionale pour l'Environnement (A.R.P.E.) située à Bouc-Bel-Air (dans les Bouches-du-Rhône), et M. Serge MÉNICUCCI, étaient chargés du projet.
Le 17 décembre 1990, très exactement, le Conseil Régional P.A.C.A. envisageait la création d'un P.N.R. dans le Verdon et transmettait en 1994 le dossier au Ministère de l'Environnement. Entre-temps, entre 1991 et 1996, d'autres études étaient engagées, des commissions étaient constituées, et des réunions organisées pour que le projet puisse trouver une issue favorable.
Enfin, par décret n° 97-187 du 3 mars 1997, Mme Corinne LEPAGE, alors Ministre de l'Environnement créée officiellement le Parc Naturel Régional du Verdon (Journal Officiel du 04-03-1997).
Oui enfin, car depuis ce jour du 11 août 1905 où Édouard-Alfred MARTEL s'élançait dans l'exploration des Gorges et du Canyon du Verdon (en compagnie de Rougonnais et de Paluards) combien de fois ce site a bien failli être défiguré, amputé de ses plus beaux attributs, et devenir la proie facile de promoteurs et d'industriels peu scrupuleux ou indélicats.
Nombreuses sont les nouvelles missions du Parc (dont le siège social est sis à Moustiers Ste-Marie), telles : - inventorier le patrimoine local, le protéger, le mettre en valeur, et contribuer à son développement économique, développer des actions valorisantes, et innovantes, tout en assurant l'accueil et la gestion des visiteurs de plus en plus nombreux...et, se conformer à trois objectifs prioritaires 1 quant à la répartition des ressources en eau, la gestion harmonieuse des activités agricoles et touristiques, et enfin, la gestion du site classé des Gorges du Verdon. Et ce, tant dans le domaine de l'aménagement paysager que dans le patrimoine naturel à préserver.
Cela fait plus de vingt ans que j'ai rêvé de cette solution juridique pour la protection de ce patrimoine naturel d'exception. De nombreux Verdonniens aussi, qui étaient là bien avant moi confrontés à toutes ces histoires, furent satisfaits de cette déclaration, car œuvrant sur le terrain pour la protection des sites, ils se virent ainsi pleinement récompensés de leurs efforts accomplis.
La Direction du Parc songe également à créer des manifestations événementielles mettant en valeur des sujets qui appartiennent à ce patrimoine d'exception et, de révéler ainsi au grand public le particularisme et la richesse des sites de surface, comme ceux du sous-sol. Il n'y a pas de pétrole dans le Verdon, seulement une riche minérale composée des éléments propres à nous éclairer sur la formation de notre planète.
Le rêve est devenu une réalité : «La Symphonie Pastorale Vert Émeraude» est désormais une vérité et bénéficie d'un statut officiel. Le Serpent Vert Provençal a bien failli être, non pas une espèce en voie d'extinction, mais un joyau naturel, en voie de disparition...

Saint-Pancrace - Digne
Digne
Vallée de la Bléone - Digne
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