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Le Verdon autrement

Encore un texte qui parle des Gorges du Verdon. Oui, vous pouvez vous dire ça. Mais vous pouvez aussi vous dire que s'il n'y a qu'un Verdon, chaque touriste, chaque naturaliste, chaque randonneur, chaque habitant en a une interprétation différente. Le Verdon n'est pas seulement une rivière, c'est une incitation au voyage, à la découverte, et à l'imagination de chacun. Qui sont ses habitants ? Pourquoi ont-ils choisi cette région plutôt qu'une autre ? Comment le Verdon a-t-il pu créer les gorges ? Quand ?
Autant de questions, diverses et variées, qui, si toutes ou presque ont la même réponse, aucune n'a la même interprétation.
Dans cet article, les auteurs nous racontent le Verdon qu'ils voient, avec leurs mots. Quand vous découvrirez les Gorges du Verdon à votre tour, vous comprendrez que mille mots ne suffisent pas à le décrire entièrement et trouverez finalement les vôtres.

​La terre ouverte

La Provence est lumineuse ou austère. Vigoureuse, chaleureuse, multiple et insaisissable quand on la croit évidente.
Cette terre de complicité et de défis, que l'on aurait tendance à réduire, bien hâtivement, à quelques clichés ensoleillés, réserve, dans sa collection d'images, une place bien particulière au pays du Verdon. Comme si, dans son théâtre de lumières et d'ombres, dans son jeu passionnant des villages qui s'offrent et de ceux qui se refusent, elle avait ménagé un moment de son histoire plus rude et tourmenté que d'autres. Un coin de terre plus turbulent et fantastique que ses décors habituels de collines apaisées ou de plages aveuglantes qui semblent ne jamais devoir quitter la mémoire de ceux qui la visitent.
La Provence n'est pas avare de poésie, de charme, d'insolite ou de fantaisie. De conformisme aussi. Mais avec le Verdon, elle dispense avant tout le spectacle pur.
Ailleurs, le décor peut être tourmenté ou tranquille. Ici, il est intense, parfois dramatique. Les sentiments qu'il éveille sont rarement tièdes.
Le Verdon, c'est la Terre ouverte. La Terre qui ne triche pas, livrée aux regards sans le moindre maquillage.
Ce « pays » que vous allez parcourir et qui n'est pas qu'une entaille ou un accident écologique mais aussi un lieu de vie, n'est donc pas une terre de composition.
Quelle qu'en soit l'approche, quel que soit l'itinéraire de découverte que vous ayez choisi. Vous aurez peut-être l'impression de changer d'univers, d'engager une autre aventure. Et pourtant, ce Verdon qui sommeille ou s'emporte, se réfugie dans ses propres entrailles, se dérobe ou se laisse approcher sans autres façons, c'est bien, encore, la Provence.
L'essentiel est sans doute que vous sachiez apprécier et aimer ce spectacle naturel monté sans concessions et pourtant éternellement « grand public ». A nous tous de mériter cette vérité grandiose dont les coulisses, même si l'on n'a pas toujours le temps ou la volonté de les gagner, sont riches de plaisirs et d'émotions intenses.

Géologie

« La mise en scène a dû coûter les yeux de la tête ! »
Jean Giono
La Provence, il faut le reconnaître, n'est pas toujours aussi dépensière. Même dans ses compositions les plus recherchées (le Lubéron, l'Estérel ou le pays des Maures par exemple) elle ne donne pas l'impression d'avoir autant investi dans les décors, les éclairages ou les accessoires. Rien de plus juste que cette exclamation de Jean Giono, témoin de tant d'autres jeux de lumière, devant cette débauche et ce gaspillage de végétation, de roches, de vides, de parois. « La mise en scène a dû coûter les yeux de la tête ! »...
Les dieux ne sont pas économes, c'est bien connu et personne n'ira vérifier les comptes. Parce qu'il y a prescription, bien sûr, mais aussi parce qu'il n'est pas convenable de regarder à la dépense quand la fête (permanente dans le Verdon) est réussie.
Le matériau brut, c'est la pierre calcaire. Tantôt blanche et aveuglante. Une pierre à mirages. Tantôt ocre « à la provençale ». Ou grise, pour mieux impressionner.
Cette sculpture géante et multiple, qu'on dirait surgie d'une nuit des temps est, pourtant, presque « contemporaine ». Les premiers coups de burin ont été violents, la phase d'ébauche fort mouvementée. A l'ère primaire, il y a 500 millions d'années, la Provence émerge, fait sa place, par mouvements d'exhaussements. 300 millions d'années pour prendre lentement forme, en même temps que l'Italie. Elle s'appuie sur la chaine hercynienne et installe ce que l'on pourrait appeler ses camps de base géologiques. Pelvoux, Mercantour, Maures, Esterel. L'eau cède la place à la terre et aux roches puisque la Méditerranée n'existe pas (c'est encore un continent, celui de Tyrrhénide) et que le sud-est de ce qui est aujourd'hui la France est une mer immense.

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Bras de fer et force tranquille

Ce jeu de bras de fer entre les éléments, d'éruptions gigantesques et l’affaissement, se poursuit au cours de l’ère secondaire (environ 125 millions d'années). La première période, dite triasique, voit l'effondrement de la Provence avec, pour seuls rescapés, les massifs que nous venons d'énoncer. L'immersion se poursuit pendant la période jurassique puis les premiers calcaires coralliens apparaissent dans le Verdon. Ils constituent déjà les premiers affleurements, l'embryon des rochers gigantesques que l'on connaît aujourd’hui.
Toujours au cours de l'ère secondaire, dans la période dite Crétacée, l'esquisse se précise sous la pression fantastique des Pyrénées. La mer est refoulée vers le nord, la Provence réapparaît, progressivement comblée en strates argilo-calcaires.
Il faudra encore près de 270 millions d'années, durant les ères tertiaires et quaternaires, pour que le paysage soit plus fermement tracé avec la naissance des Alpes, qui entraînent dans leur mouvement les grands maillons de la chaîne de Provence (émergence des montagnes des pays de Digne et de Grasse, massifs au nord de Toulon et de Marseille). Des précipitions géantes lavent ces nouvelles masses alpines, érodent, bouleversent la géologie à peine établie, instaurent un contre-pouvoir déferlant qui s'oppose à la force tranquille des massifs. C'est dans cette période de luttes et de destructions, qui vont marquer l’effondrement total du continent tyrrhénien, donc la naissance de la gigantesque cuvette méditerranéenne, que le pays du Verdon trouve sa place et déjà sa personnalité.
Né d'une singulière et tumultueuse génétique des éléments, il apparaît au terme des derniers soubresauts de la Provence. Les torrents ont charrié de monumentales alluvions. Tout a basculé d’abord selon un axe hydrographique approximativement orienté nord-sud. Puis l’érection définitive des grands massifs de Provence et les coups de boutoir des Alpes ont dérangé cet ordre trop sage des couches de marne et de calcaire qui s'étaient formées au cours de millions d'années.

Un Verdon baroudeur

Le Verdon, dans les chambardements de son premier âge, se révèle déjà contradictoire, complexe, bouillonnant, pour ne pas dire baroudeur, marqué par tous les âges de la Terre. Il s'est glissé, lui, dans des failles orientées est-ouest, ignorant ce jeu nord-sud qui ne lui convient pas. Ebauchées dans les terrains du Secondaire, les failles que l'on peut découvrir aujourd'hui sont du Triassique dans leur partie la plus profonde et du Crétacé sur les bords supérieurs.
Sans se laisser prendre au piège de ce labyrinthe et de cette chronologie, qui, pourtant, explique tout, il suffit de savoir que le Verdon, alors, travaille en puissance, profite des moindres cassures pour imposer son cours, d'abord marqué par plusieurs glaciations, puis par d'énormes crûes, destructrices à souhait. Le Verdon et ses masses d'eau font sauter les verrous rocheux de Castellane et de Castillon, façonnent les clues de Chasteuil ou les barres de Saint-Jean, iront ensuite combler la dépression des Salles.
Mais au-delà de ces grandes étapes de formation, l'important est aussi l'apparition de sa « personnalité » géologique. Celle qui nous intéresse directement : le Verdon bâtisseur ou destructeur, qui s'enfonce et s'enfouit, devient souterrain, baroque, mystérieux. Une vie intérieure encore controversée aujourd'hui quant à son déroulement exact (phénomène d'effondrement de voûtes ou simples manifestations d'élargissement) mais dont nous nous contenterons de retenir la beauté chaotique. Une beauté aux manifestations étonnantes : l'effondrement des parois du Verdon varie alors entre 200 et 800 mètres. Erosions inouïes, fouilles phénoménales et cache-cache cyclopéen. Quels qu'aient été les moyens employés pour séduire, le Verdon mérite bien d'être admiré pour cette démesure dès les premiers moments de sa vie « contemporaine ».

Le Verdon à l'épreuve des hommes

Décor de fureur et de tourments, site à accès difficile, les Gorges du Verdon ont longtemps été un refuge et non un lieu d'habitat. Mais le pays du Verdon, avec ses plateaux, ses replis rocheux, ses grottes, est, lui, un lieu très fréquenté de vie et de passage pour les guerriers, les chasseurs, les paysans.
C'est à Moustiers-Sainte-Marie que furent découvertes leurs premières traces. L'homme de l'âge de pierre vivait bien en bordure du Canyon. Une gravure rupestre représentant un bison et datant de l'ère magdalénienne (entre 9.000 et 12.000 vante J.C.) l'atteste. De même que le gisement de Châteauneuf-les-Moustiers, les silex taillés, les pointes de flèches, les outils rudimentaires, le squelette de Bouisset-la-Faye à La Palud (datant du néolithique, 6.000 à 2.500 ans avant J.C.) ou encore les ossements retrouvés dans la caverne de Saint-Maurin.
Les hommes du Verdon vivaient sur les plateaux boisés et giboyeux, bordés de lacs.
Plus tard viendront les Ligures et les Celtes. Les villages repliés sur eux-mêmes sont peu à peu reliés au reste de la région, à mesure que sont tracées les premières routes du sel, premiers axes commerciaux. Des colonies de peuplement de l'âge du bronze (2.500 à 900 ans avant J.C.) aux communautés paysannes encerclées par l'invasion romaine, les habitants du Verdon s'ouvrent peu à peu, et non sans opposition, aux courants extérieurs de la civilisation.

Le Verdon quadrillé

Rome conforte sa conquête en implantant la colonie de Riez, qui englobera l'ensemble du Canyon. Les Romains ont profité de la voie hellénique et de sa grande voie de communication entre Castellane et Moustiers, facilitant le commerce du miel et des peaux, pour s'imposer. Ils se sont implantés à Aix en 122 avant J.C. et la « paix romaine » s'étendra jusqu'à la fin du IVe siècle.
Un Verdon quadrillé et un Verdon somme toute prospère est esquissé. Les Romains ont tracé les voies Aurélienne, Domitienne, Julienne, à partir desquelles des transversales vont permettre la pénétration vers le Canyon. L'une à l'est par Castellane, reprenant la voie hellénique à Rougon, l'autre à l'ouest par les Salles. Ces routes atteignent parfois six mètres de large et l'on retrouve encore les vestiges de celle qui reliait, par le plan de Châteauneuf, Riez à Castellane (ancien tracé du GR 4 empruntant le col de la Croix de Châteauneuf, la Clue et Venascle). Le Pont de Tusset, à hauteur de Rougon et qui enjambe le Verdon pour ouvrir le chemin d'Entreverges et de St Maymes (rive gauche), atteste, lui aussi de ces voies de communications essentielles, permettant le développement des cultures et de l'élevage sur les deux rives.
Mais avec la décadence romaine, le pays s'étiole et s'appauvrit, indirectement touché par les invasions des Wisigoths ou des Ostrogoths à partir du 6e siècle. Les Sarrasins (9e siècle) traversent à leur tour le Verdon, venus du sud de l'Espagne pour gagner la Savoie par leur axe privilégié d'expéditions et de pillages, Draguignan-Comps-Castellane.

Fléaux et famines

L'instauration du Christianisme et les règnes successifs des princes féodaux de Provence transforment progressivement cette région encore sauvage en région sous tutelle Economique, hiérarchique et religieuse. Après les invasions barbares, le Verdon tombe sous la coupe des seigneurs et du clergé. Une autre domination, moins brutale mais plus durable, s'instaure et transforme les hommes du Verdon en agriculteurs soumis. Brigandages, mauvaises récoltes, famine, « peste noire » qui ravage toute la Provence : vers la fin du XVe siècle, la population des Gorges s'effondre (430 habitants en 1471), alors que Moustiers (la cité), qui abrite les résidences des seigneurs, les abbayes ainsi que les demeures des bourgeois et des marchands, prospèrent, à l'écart des terres entourant le Canyon, mal desservies et mal exploitées.
Le Moyen Age est douloureux pour le Verdon. Taxes et impôts deviennent chaque année moins supportables. Queste au profit du Comte de Provence, dîme prélevée par le clergé, redevances dues aux seigneurs pour le paiement des baux fermiers, droits de passage sur les terres... D'autres fléaux, d'autres famines ravivent les plaies de ce pays affaibli où les hommes vivent sur les troupeaux, se contentent de cueillette, ramassent le bois mort jusqu'au fond du gouffre ou profitent du « droit de glandée » (les habitants de Rougon sont ainsi appelés les « mangeurs de glands » par ceux de la Palud).
Le pays suit (en fait) même à l'écart, les grandes périodes de paix ou de bourrasque de l'Histoire de Provence. Ses habitants s'y endurcissent au fil des siècles, y trouvent les ressources pour survivre, y subissent aussi les conséquences de défrichements ou de pacages inconsidérés. Ce n'est qu'après la Révolution que le Verdon commence à trouver un équilibre. Développement des communications, cultures, élevage pour la viande et non plus pour la laine, développement des fruitiers, lavande, miel, apparition d'un artisanat (tournage du buis) apportent enfin ce qui ressemble, après tant de bouleversements, à de la prospérité.
Le Canyon est toujours là, témoin presque complice du malheur des hommes. C'est vers lui, alors, qu'ils vont se tourner.

La nature du Verdon, charme discret et violence souterraine

C'est non loin du Col d'Allos, dans le massif des Trois Évêchés, qui culmine à 2819 m, que le Verdon prend toutes ses forces. L'affluent le plus important de la Durance est encore un torrent de montagne qui prend son élan pour une course naturelle vers le sud, aidé, dès ses premiers méandres, par le Bouchiers et le Chadolin, deux torrents montagnards qui dégringolent du Cimet et du mont Pelat, sur sa rive gauche et le rejoignent à hauteur du village d'Allos.
Mais si la rivière entame une vie sans histoires en longeant Colmars, puis Thorame-Haute et Saint-André-les-Alpes, sa fougue est bientôt tempérée par les barrages de Castillon et de Chaudanne, les deux premiers éléments importants du complexe hydraulique de Provence. Ces obstacles franchis, le Verdon, qui a obliqué vers l'ouest au niveau de Castellane, pourrait ne plus avoir l'humeur vagabonde et rentrer, jusqu'à sa rencontre avec la Durance, vers Cadarache, dans le rang des cours d'eau domestiques.
Seulement, le Verdon a trompé son monde et toute sa personnalité s'impose sur 40 km, entre Castellane et le débouché sur le Lac de Sainte-Croix. Ou, si l'on veut être plus précis, sur à peine plus de 20 km, entre le Point Sublime, en aval du pont de Carrajuan et du confluent du Jabron, et la sortie du Galetas.

Un monde baroque

C'est ici, et ici véritablement, que le Verdon (qui devient, pour le spectacle et la légende le Grand Canyon) connaît son « grand Ouest », ses représentations les plus grandioses devant un public venu de tous les pays du monde, son succès le plus tonitruant. Ici qu'il ménage tous les suspenses. Charme discret, noyé dans la verdure, entre deux falaises complices et violence souterraine des blocs et des « marmites », qui disent toute sa force passée.
Sa tranchée, son domaine, varient de 400 à 700 m de profondeur. Quelques mètres seulement de large quand son lit est pris en tenaille au cœur du Canyon et jusqu'à un kilomètre en surface, en bordure des corniches. Alentours, veillent quelques sommets bien en roc. Sur la rive droite, le collet Baris (1462 m), le Barbin (1560 m) ou encore la barre de Catalan (1.333 m) dominant son cours entre Pont de Soleils et le pont romain de Tusset. Sur la rive gauche, d'amont en aval, le Signal de Breis (1279 m) et le Grand Margès (1577 m).
Impétueuses ou paisibles et profondes, comme endormies sur leur lit de roches, les eaux du Verdon prennent la couleur du jade et de l'émeraude Là-haut, le ciel est d'un bleu aveuglant. Ici, au cœur d'un monde baroque, entre le Couloir Samson et l'Imbut, alors que les eaux de l'Artuby viennent se joindre à la fête à hauteur de la Mescla, règne une loi de jungle minérale. L'eau et la roche ont des rapports étranges. Le Verdon a tailladé des masses grises, puis ocres, nacrées ou soufrées. Calcaires durs, dolomies, marnes, argiles rouges ou noires, toutes les nuances, toutes les formes aussi, naissent de ce passage des eaux, en goulets et labyrinthes, sur ce corps de pierre.

Une gigantesque serre

Charme discret : le soleil n'est parfois invité que quelques heures par jour entre les bosquets sauvages de buis, de chênes, de tilleuls et de lierre. La forêt domine dans la partie est du canyon, alors que dans la partie ouest, les alluvions colportées par la rivière donnent une végétation plus variée. De l'orme au chêne noir, du frêne au noisetier, sans oublier une variété de genévrier, le cade, qui joue les funambules et les acrobates sur les parois. Le Verdon est une gigantesque serre, un monde « d'en bas » qui possède sa propre climatologie, moins heurtée qu'en surface. Dans ce monde d'enfermement protégé du vent, des gelées ou des fortes chaleurs, il y a peu de différence (à peine 5 ou 6° C) entre l'été et l'hiver. Le Verdon joue avec les saisons, merveilleux en automne, encore engourdi au printemps. Dans cet univers baroque où règne le clair-obscur et où les parfums et les couleurs changent à chaque détour de falaise, le canyon s'ébroue et se prélasse dans le décor de son choix.
Un décor tout de même impressionnant par sa violence contenue, souterraine. La première partie des Gorges, entre la brèche pratiquée au niveau du Point Sublime et le confluent de l'Artuby, en témoigne : l'eau a tranché dans le vif, du nord au sud, creusé le couloir Samson dans un enchevêtrement de fractures. Une trace puissante, marquée par des parois qui surplombent souvent la rivière. La Baume aux Pigeons, le chaos de Trescaïre, le défilé des Baumes Fères sont les points remarquables de cette partie, dominée par six Belvédères, dont ceux de l'Escalès, de la Dent d'Aire, du Pas de la Baou et du Tilleul.

Retour au chaos

Le décor change sensiblement à la Mescla, alors que le Verdon s'oriente carrément à l'ouest. Un Verdon plus calme, que l'on peut côtoyer et qui a ménagé à ses visiteurs de larges plages de galets bordant ses eaux vertes.
De la Mescla à la passerelle de l'Estellié, les gorges se resserrent à nouveau, à l'Etroit des Cavaliers, le bien nommé. On peut passer d'une rive à l'autre de la rivière, par une passerelle de fer (l'Estellié), jonction des principaux axes de randonnée.
Le Verdon, qui était jusqu'alors d'un abord facile, devient ombrageux, chaotique. Il referme ses parois rocheuses et sculpte alors ses sites les plus sauvages : le gué du Styx, le Maugué, l'Imbut, où il disparaît, les Ralingues, la voûte d'Emeraude, le Chaos des Cavalets. On ne peut plus le suivre qu'à distance respectable, du haut des belvédères, le temps de le voir s'échapper par une dernière entaille, aussi abrupte que celle du Point Sublime, comme disposée en éventail à la sortie des Gorges lorsque le Grand Canyon débouche sur l'immense retenue de Sainte-Croix, à hauteur du cirque du Galetas. Cette fois, le Verdon, épuisé par ses travaux gigantesques, trouve le repos et redevient aussi sage qu'une image de Provence...

Circuits routiers, tours et détours    

Le Verdon est l'un des points forts du tourisme en Provence. De la vallée du Rhône, de la région d'Aix en Provence ou de Marseille, de la route des Alpes en venant de Digne, du Var ou du pays de Nice, on vient le visiter, gardant toujours en réserve une ou plusieurs journées de vacances pour « faire le Verdon ».
Il n'y a pas à proprement parler d'itinéraires « à la carte » pour découvrir le Verdon, mais un seul circuit, presque obligé, qui encercle le Canyon. Le tour complet des Gorges représente un trajet routier d'environ cent trente kilomètres. Un circuit que l'on entame de l'une ou l'autre « porte » du Verdon : Moustiers-Sainte-Marie ou Castellane, sur la rive droite, ou de l'un des villages du Var, sur la rive gauche : Aiguines, Comps, Trigance.
Pour une bonne approche du Verdon, il est indispensable de consacrer une journée pour effectuer le circuit complet des 2 rives, le grandiose des sites ne pouvant tolérer une visite bâclée. Les gorges étant orientées est-ouest, il est préférable pour ne pas faire face au soleil de rouler le matin en direction de Moustiers et l'après-midi en direction de Castellane, quelle que soit la rive choisie.
Par la rive droite (de Castellane à Moustiers - 45 km)
  • De Castellane au Point Sublime
Pour un automobiliste partant de Castellane, le premier contact avec les parois verticales se fait à 5 km, aux Barres de St-Jean. Déjà étroitesse des gorges et de la route, qui surplombe la rivière d'une dizaine de mètres. Dominant toute cette partie du Verdon, on aperçoit sur le côté droit les Cadières de Brandis (1626 mètres), grandes barres dolomitiques appelées aussi Orgues de Chasteuil. De part et d'autre de l'axe principal partent des petites routes permettant l'accès aux villages de Villars-Brandis, Taloire et Chasteuil.
A 12 km de Castellane, on arrive à Pont de Soleils, au carrefour des deux routes bordant le Canyon - rive droite et rive gauche - qui se rejoindront de nouveau à la sortie des gorges. On poursuit à droite vers La Palud par la D 952 qui s'engage à flanc de rocher jusqu'à la Clue de Carrejuan. Il est fréquent d'assister à cet endroit à la mise en eau des kayaks pour une découverte plus sportive des gorges. On s'élève ensuite de quelques kilomètres vers le Point Sublime, véritable entrée du Grand Canyon. A la sortie d'un tunnel, une route d'accès vers le fond des gorges permet de se rendre au pied du Couloir Samson formé par les gigantesques falaises grises, point de départ du sentier Martel longeant la rivière sur 14 km. En remontant le long de cette même route pour regagner le Point Sublime, on domine en amont le vieux pont romain de Tusset qui relie les deux rives.
  • Du Point Sublime à la Palud
Après s'être élevée peu à peu le long des parois grisâtres, la route débouche sur l'un des sites les plus remarquables du circuit nommé à juste titre le Point Sublime. On laissera la voiture sur le parking de l'Auberge pour découvrir, après quelques minutes de marche, l'extraordinaire vue sur l'entrée du Canyon, depuis le belvédère situé à 790 mètres. Contact étonnant avec un Verdon grand spectacle aux eaux vertes, prisonnier des parois vertigineuses.
La vue est tout aussi saisissante si l'on prend, toujours à partir de l'Auberge, la route menant au village de Rougon (960 mètres), qui offre un panorama d'ensemble sur la gigantesque entaille du Couloir Samson.    
On regagne ensuite la départementale qui s'écarte du Verdon pour arriver 10 kilomètres plus loin au village de La Palud.    
  • La Route des Crêtes
La Palud est bien le point de départ du circuit de découverte le plus impressionnant des Gorges. Un mini-circuit de 22 km qui permet de découvrir, par la corniche des Crêtes, toutes les splendeurs du Canyon. La route part sur la gauche, au centre du village, puis rejoint rapidement le Verdon qu'elle surplombe du haut de belvédères impressionnants : Baucher, Armanet, l'Imbut
A 8km du départ de ce circuit, on trouve le Chalet de la Maline, du Touring Club de France, à partir duquel on pourra s'engager dans les sentiers pédestres menant au fond des Gorges. Puis la route remonte par une succession de belvédères aménagés, offrant autant de points de vue grandioses et dominant les falaises sur près de 800 m à la vertical du Verdon
  • Belvédère de Guègues : Vue sur les tunnels du Fayet (corniche Sublime, rive gauche).
  • Belvédère d'Eycharmes : Vue en aval en direction de la Maline et sur l'Estellié.
  • Belvédère des Glacières : Vue sur le Canyon et l'Artuby.
  • Belvédère de la Grange de Guègues : Vue sur le plan de Canjuers, la Mescla (mélange des eaux) de l'Artuby et du Verdon.
  • Belvédère du Tilleul : Le plus élevé (1 300 m d'altitude) Vue sur le canyon de l'Artuby et, à gauche, le Point Sublime.
  • Belvédère du Pas de la Baou : Vue sur le défilé des Baumes Féres (grottes sauvages).
  • Belvédère de la Dent d'Aires : Merveilleuse vue panoramique permettant de suivre le tracé du Canyon.
  • Belvédère de l'Escales : II domine une paroi abrupte de 500 m, devenue haut lieu de l'escalade dans le Verdon.
  • Belvédère de la Carelle (carello : sorte de monte-charge autrefois utilisé par les bergers pour remonter vivres ou matériaux du fond des gorges) Vue sur le Canyon supérieur.
  • Belvédère de Trescaïre : Vue plongeante sur le couloir Samson, à la rencontre de trois vallées (tres caïré)
La boucle des Crêtes s'achève alors et l'on remonte vers la Palud en rejoignant la D 952 au carrefour de la Valdenay à 1 km du village.
  • De La Palud à Moustiers
A la sortie de La Palud, la route emprunte les plateaux en retrait des falaises. Elle traverse alors quelques champs de lavande, clichés traditionnels d'une Provence moins tourmentée. Le Verdon se laisse toutefois approcher au belvédère du Col d'Aven qui domine la partie la plus étroite du Canyon (et qui permet une vue sur le ravin de Mainmorte qui déboule en cascades dans les gorges), ou au belvédère de Mayreste, à7 km de La Palud.
Passé le Col de l'Olivier (710 mètres), on domine de nouveau le Verdon aux allures de fleuve, considérablement élargi par la remontée des eaux du Lac de Ste-Croix dans lequel il ne va pas tarder à se jeter. A la hauteur de la maison forestière, la route coupe presque la cascade de St-Maurin qui continue sa course par soubresauts successifs jusqu'à la rivière.
  • Le lac de Sainte-Croix (de Moustiers à Aiguines)
Pour rejoindre Aiguines (Porte de la rive gauche) au départ de Moustiers, l'itinéraire classique consiste à reprendre la route des gorges en sens inverse et à bifurquer à 3 km sur la droite en direction du lac de Ste-Croix. On arrive ainsi au nouveau pont du Galetas qui marque la nette délimitation des gorges et du lac. II est possible en période estivale de remonter une partie du Verdon au moyen de pédalos loués en bordure du pont, et de mieux approcher ainsi cette magnifique sortie du Grand Canyon. Quelques kilomètres plus loin, on retrouve facilement la route qui remonte sur la gauche vers Aiguines.
Hormis ce parcours direct, il en existe un autre, plus long de 40 km, qui consiste à contourner le lac par les villages qui le bordent. Cette variante n'est pas intégrée au circuit traditionnel des gorges, mais permet un entracte apaisant avant de retrouver les paysages vertigineux de la rive gauche.
On devra alors quitter Moustiers par la route de Riez, et prendre la direction de Ste-Croix 2 km plus loin sur la gauche. La petite route s'élève progressivement jusqu'au plateau de Valensole qui borde la rive droite du lac. C'est le domaine de la lavande, mauve et odorante en juillet, qui tapisse les champs par touffes alignées. On longe la retenue sur quelques kilomètres pour arriver en surplomb de Ste-Croix du Verdon, commune sur laquelle est édifié le barrage qui porte son nom. La vue plonge sur les toits du village, rassemblé sur un piton rocheux qui domine l'immense plan d'eau. La route épouse ensuite fidèlement les contours du lac et pénètre en terre varoise par le pont construit en amont du barrage.
On parvient bientôt à la hauteur de Bauduen, magnifique village provençal qui s'étale plein sud au bord de l'eau. Site privilégié par la création du lac, avec ses plages son port et ses nombreux plaisanciers en période estivale. Les vieilles rues pittoresques complètent à merveille ce portrait touristique aux reflets beaucoup plus méditerranéens.
Le projet de route directe entre Bauduen et Les Salles n'ayant pas actuellement abouti, on doit amorcer vers Aups une boucle de 20 km pour arriver au nouveau village des Salles-sur-Verdon.
Nouveau à plusieurs titres. D'abord parce qu'il a remplacé l'ancien village situé 400 mètres plus bas et qui a été noyé en 1973 par la mise en eau du barrage. Puis en raison de son architecture résolument moderne qui conserve toutefois son caractère provençal. Village aéré qui ne cesse de s'étendre, il offre aux amateurs de nautisme une gamme de possibilités très large.
Depuis Les Salles, on aperçoit le village d'Aiguines vers lequel se poursuit le circuit. La parenthèse provençale se referme pour retrouver le grandiose et vertigineux Canyon.

Naissance d'un lac

Le barrage de Ste-Croix est le cinquième ouvrage du complexe hydro-électrique du Verdon. Sa construction a été décidée pour alimenter en électricité les départements limitrophes et irriguer les régions qu'il borde.
Le lac a inondé en 1973 toute la large cuvette en aval du Grand Canyon constituant ainsi une énorme retenue artificielle de 2500 hectares. Il a englouti l'ancien village des Salles - reconstruit 400 mètres plus haut la résurgence naturelle de Fontaine l'Evêque et le pont Romain d'Aiguines.
Le volume de la retenue est de 767 millions de m3. La puissance installée de l'usine de Ste-Croix est de 136 000 KhW pour une production moyenne de 162 millions de KHW par an.

Par la rive gauche (de Aiguines à Castellane 66 km)

  • De Aiguines à la Mescla
Que l'on arrive de Moustiers ou de l'un des villages bordant le lac de Ste-Croix, l'entrée ouest de la rive gauche se fera automatiquement par le village d'Aiguines qui offre un point de vue grandiose depuis le lac jusqu'au Mont-Ventoux lorsque le ciel est balayé par le Mistral. A la sortie d'Aiguines, la route s'élève à 965 mètres au Col d'Illoire, première étape panoramique sur les gorges et la rive opposée.
Peu après le Roc de Maillet et sa vue plongeante sur la sortie du Grand Canyon, on découvre la vue féérique du Cirque de Vaumale, à l'endroit où la rivière se dégage de l'étreinte rocheuse.
La route continue de grimper jusqu'à 1204 mètres, point culminant du circuit, dominée sur son côté droit par le Signal de Margés (1577 m). Puis elle longe sur quelques kilomètres les bords même du Canyon, épousant les parois de chaque falaise, offrant des vues plongeantes à la verticale sur un Verdon tumultueux c'est la Corniche Sublime et ses multiples belvédères On atteint ensuite la falaise des Cavaliers non loin du Restaurant des Cavaliers, situé sur un à pic impressionnant au-dessus du Canyon. C'est le point de départ du sentier de la rive gauche qui rejoint l'autre rive par la passerelle de l’Estellié au fond des gorges. La falaise (805 m) fait face au Chalet de la Maline et à la route des crêtes, de l'autre côté du Verdon sur la rive droite.
Quelques kilomètres supplémentaires et ce sont les tunnels du Fayet creusés dans la falaise et qui offrent une extraordinaire vue plongeante depuis les balcons.
La route redescend alors jusqu'au vertigineux Pont de l'Artuby, magnifique ouvrage d'une seule arche de 110 mètres franchissant le canyon de l'Artuby, dernier créneau rocheux avant que la rivière ne rejoigne le Verdon à la Mescla.
On arrive ensuite aux Balcons de la Mescla, situés en contrebas du restaurant du Relais des Balcons. Ce sont les derniers belvédères de la rive gauche, surplombant sur plus de 250 mètres la « Mescla », mêlée des eaux du Verdon et de l'Artuby. Dans ce cadre grandiose et sauvage se détachent parfaitement les eaux vertes du Verdon qui contournent une crête rocheuse avant de changer de direction.
  • De la Mescla à Castellane
A la Mescla, la route quitte le Verdon qu'elle retrouvera quelques 25 km plus loin à Pont de Soleils, après une incursion « dans les terres » par Comps ou Trigance. Elle traverse d'abord des collines plus arides en offrant une vue très étendue sur les Préalpes de Castellane. On arrive ensuite à un carrefour qui permet soit de continuer vers Comps à 6 km, soit d'obliquer sur la gauche par Trigance et rejoindre plus rapidement la vallée du Jabron (D 955) qui conduit vers Castellane.
Une fois arrivé à Pont de Soleils, grand carrefour des 2 axes routiers des gorges, on longe le Verdon sur 12 km jusqu'à Castellane (voir rive droite).

Itinéraires pédestres, le canyon au fond des yeux...

Le Verdon est un univers de roc, d'eau et de verdure. Un décor fantastique que l'on peut « survoler » si l'on se contente de suivre les traditionnels circuits touristiques, mais que l'on peut découvrir, de très près, en randonnant à même les Gorges. Le Canyon au fond des yeux en somme.
Cet univers étonnant, calme ou chaotique, torturé ou apaisant, se parcourt en quelques heures ou en quelques jours. Le tout est de savoir ce que l'on veut, mais aussi de mesurer ce que l'on peut. Entre le grandiose et le dangereux, il n'y a, souvent, aucune frontière.
Mais avec suffisamment de sagesse à l'esprit, le Verdon sera avant tout un compagnon merveilleux de randonnée, qui joue avec ses parois et ses tourbillons, vous laisse le temps du repos et du regard puis vous entraîne entre balcons de verdure et blocs géants piégés par ses eaux. C'est là, au fond, que le Verdon vous laissera ses souvenirs les plus vertigineux. Entre ses falaises, le ciel n'est plus qu'un filet de lumière, la terre prend une autre dimension, chaque sentier à son mystère. L'aventure est au bout du chemin.
Les itinéraires pédestres, au fond des Gorges du Verdon, sont multiples mais présentent par endroits des difficultés, exigeant une grande prudence. Edouard-Alfred Martel, le pionnier, grand explorateur de gouffres, a défriché ces sentiers d'exploration et tracé, dès sa première descente, le 11 août 1905, celui qui allait plus tard porter son nom, longeant la rive droite de la rivière, du couloir Samson à la Maline.
Cette traversée spectaculaire a été rendue possible par les premiers sondages effectués par les Grands Travaux de Marseille dès 1900. Une gigantesque dérivation du Verdon, entre le pont de Carrajuan et le Galetas, était prévue pour alimenter en eau le département du Var. Le forage des tunnels commença, avec l'aide des habitants des villages riverains. Travaux titanesques abandonnés à la Première Guerre Mondiale, mais qui furent prolongés par les aménagements des sentiers par le Touring Club de France, l'ensemble du tracé étant inauguré officiellement le 30 juin 1930.
Il existe principalement 2 sentiers parcourant le fond des gorges : le sentier Martel et le sentier de l'Imbut.

Le sentier Martel (ou du Touring-Club)

Dans son intégralité, il demande de 6 à 8 heures de marche pour parcourir les 14 km séparant La Maline du Point Sublime. Il ne présente aucune difficulté particulière mais il faut être bien équipé pour la marche (descente d'éboulis) et se munir si possible de lampes de poche pour la traversée d'un tunnel de 670 mètres de long creusé dans la roche.
Pour des raisons évidentes de dénivelé, il est recommandé de l'aborder par le Chalet de la Maline, la remontée au Point Sublime étant beaucoup moins pénible car plus courte. Lorsque vous pouvez disposer de 2 véhicules, le plus simple est d'en déposer un au Point Sublime (dans le cul-de-sac formé par la petite route qui descend au pied du Couloir Samson) et de se rendre avec le second sur le parking de La Maline. De cette façon, vous pourrez retrouver vôtre premier véhicule en sortant du sentier au Point Sublime. Si cette alternative n'est pas possible, il reste toutefois aisé de trouver un automobiliste complaisant ou un taxi à l'Auberge du Point Sublime afin de retourner au Chalet de la Maline.
Le sentier ne suit pas fidèlement le lit du Verdon et s’écarte souvent du canyon pour éviter les barres rocheuses. Les points forts de cet itinéraire sont :
  • la Mescla, confluent du Verdon et de l'Artuby. On y accède par une impasse de 600 mètres à partir du carrefour d'Issane situé sur le sentier Martel.
  • les escaliers de la Brèche lmbert ; une descente de 240 marches le long des parois verticales.
  • la Baume aux Pigeons. C'est une énorme excavation creusée par le torrent au pied d'une falaise du Couloir Samson.
Nota : Lorsqu'on ne dispose que de peu de temps pour visiter le fond, il est possible d'emprunter le sentier Martel dans l'autre sens, c'est-à-dire à partir du parking situé au pied du Point Sublime (par la route d'accès au fond des gorges). On pourra ainsi effectuer en 1 heure de marche un aller-retour à la Baume aux Pigeons après avoir parcouru le sentier menant aux falaises, puis le tunnel creusé dans la roche (prévoir si possible une torche) et enfin descendu les échelles de sécurité qui accèdent à la plage.

Le sentier de l'Imbut

Contrairement au précèdent, ce sentier aboutit à une impasse, l'Imbut, gigantesque chaos où le Verdon disparait complètement. L'accès se fait par la passerelle de l'Estellié que l'on rejoint soit par la rive droite (en 5 heures A-R au départ du Chalet de la Maline) soit par la rive gauche (En 4 heures A-R au départ des Cavaliers). C'est un sentier tourmenté qui demande de l'attention. Certains passages, creusés à même la falaise, sont en effet réservés à des tempéraments plus sportifs.
Plus vertigineux que le sentier Martel, il offre des points de vue impressionnants, en particulier sur le Styx (fleuve des enfers !) et ses puits d'érosion, sur les défilés et les corniches (le Baouchet, l’Estillié, le Maugué...) ou sur L’Imbut et ses falaises verticales de 350 mètres.
Il est à signaler un autre sentier -l'accès Vidal - qui remonte sur la rive gauche à 1 km en amont de l'Imbut, mais ses passages difficiles nécessitant une corde de sécurité en font plutôt une issue de secours.

La zone des gués

Cinq kilomètres séparent encore l'Imbut des premières eaux du lac de Sainte-Croix dans lequel se jette le Verdon. Cinq kilomètres qui abritent les beautés les plus secrètes mais aussi les plus sauvages de cet incroyable canyon ; c'est la zone des gués.
Au-delà du chaos de l'Imbut, le Verdon se resserre en effet lentement dans ses falaises et ne permet plus le moindre sentier. La seule possibilité reste la traversée à la nage des 19 gués avant de retrouver de nouveau un sentier permettant de regagner Mayreste sur la rive droite. Il doit être noté toutefois que cet extraordinaire parcours ne peut vraiment être entrepris que par courant faible, et que les lâchers d'eau du barrage E.D.F. de Castellane ne sont jamais prévisibles.

Population des villages en sentinelle

Les villages du Verdon ne sont pas comme les autres. Peut-être parce que, à quelques exceptions près, ce ne sont pas eux que l'on vient visiter en priorité, mais le Verdon, personnage principal et Domi tâteur d'un théâtre naturel qu'il a lui-même inspiré.
Mais ces villages, qui n'offrent pas l’éternel profil de l'insouciance provençale et paraissent au contraire avoir été élevés à la dure, ont le charme de leur complicité, étroite, avec les gorges du Verdon. La Palud, Rougon, Trigance, Castellane, Moustiers-Sainte-Marie, Aiguines, Comps-sur-Artuby ou encore Chasteuil, Taloire et Villars-Brandis... petites villes en effervescence au cœur de l'été ou hameaux tenus à l'écart de la curiosité touristique, points de rendez-vous, camps de base, lieux de « pèlerinage » et de haute curiosité, en retrait des Gorges ou à l'affût sur les rebords du Canyon, ils sont, chacun à leur manière, les gardiens vigilants du Verdon. Pour la plupart perchés, en état de veille permanente, leurs feux allumés en toutes saisons pour rappeler, si l'on devait l'oublier, qu'ici des hommes maintiennent la vie et préservent un pays, non un état sauvage. Ces villages-sentinelles méritent le respect.

Castellane

C'est l'une des « Portes » du Verdon. La première lorsqu'on vient de Nice, Cannes ou Grasse par la N 85 baptisée « Route Napoléon »
En amont de cette sage sous-préfecture des Alpes de Haute-Provence, le Verdon a déjà été domestiqué par les barrages de Castillon et de Chaudanne.
Sur la rive droite de la rivière, à 12 km de Pont de Soleils (poste d'aiguillage des routes des gorges) Castellane donne le ton. Ici, les maisons se sont assemblées autour de la place Marcel Sauvaire, centre de l'animation locale, haut-lieu de la « Pétanque ». La petite ville est dominée par son « Roc », gigantesque falaise calcaire de 184 mètres de hauteur qui fait de ce site l'un des plus frappants de Haute Provence. On accède au sommet par un sentier qui conduit en 20 minutes de marche à la chapelle Notre-Dame du Roc, rebâtie en 1703 et surmontée d'une grande statue en pierre de la Vierge. On découvre alors un magnifique panorama sur la ville et ses voies d'accès : ruines de Pétra Castellana, restes de la vaste enceinte qui entourait Castellane au XIVe siècle, Tour Pentagonale, Pont Napoléon enjambant le Verdon, descente du Col des Lèques et surtout première vue « aérienne » sur les méandres du Verdon.

La fête du Pétardier

Castellane fut plusieurs fois assiégée, notamment par les protestants de Lesdiguière en 1586 et ne dut alors son salut qu'au courage d'une jeune femme, Judith Andrau, qui déversa de l'huile bouillante sur les assaillants, qui comptaient attaquer la porte de l'Annonciade en disposant des explosifs. Un épisode haut en couleur et, comme toujours, joliment repris à la manière provençale, puisque, chaque 31 janvier, une fête commémorative est célébrée en souvenir de l'héroïne. On entonne alors la « Chanson du pétard ou du pétardier » lors de la cérémonie religieuse à la porte de l'Annonciade (« Une brave Judith, S'armant de son courage, Par sa valeur défi l'Ennemi plein de rage, La Mothe est écrasée sous la poix embrasée D'une lourde machine... »).

Rougon

Aucun mystère cette fois dans ce petit village, discret nid d'aigle (950 m) qui se dissimule derrière sa barre rocheuse, au-dessus du Point Sublime. Rougon n'est pas « dans » les Gorges puisqu'il est à 3 km de ce haut-lieu touristique, mais ses derniers habitants, aujourd'hui bergers, hier producteurs de lavande fine des Alpes, ont fait l'histoire du pays du Verdon, participant ainsi, au début du siècle, aux aménagements hydro-électriques (prise des eaux à Carrejuan, chute de Mayreste), mais manifestant haut et fort, dans les années 1920, leur opposition à la destruction des Gorges.
A Rougon, on coupait la lavande avec le « poudé » (petite faucille) pour la porter jusqu'à l'alambic de cuivre (le « peirau »), en pleine montagne, près d'une source. Une vie de fardeaux et de peine passée entre le Mourre de Chanier, la barre des Traversières ou le plateau de Sueches. Tout cela pour vendre l'essence de lavande aux courtiers de Grasse. Une activité disparue depuis la dernière guerre.
Rougon, aujourd'hui, garde ses distances avec la « capitale » du Verdon, la Palud. A 8 km, le village, peu à peu déserté (une trentaine d'habitants permanents pour 200 habitants en 1925), cultive une certaine nostalgie et mérite une visite respectueuse, le temps d'oublier les Gorges et l'animation « d'en bas ».

La Palud

La voici la plaque tournante du Verdon. On est ici au centre des gorges, autant au sens stratégique que géographique, La Palud (120 habitants) commande la route des Crêtes, entre Rougon et Moustiers. Cet ancien fief des Comtes de Provence a certainement perdu de son importance démographique, le clocher roman de son église du XIIe siècle (Notre Dame de Vauvert) ou encore son château du XVIIIe siècle, qui a bien souffert, sont les seules traces significatives de son histoire.
Mais l'important, aujourd'hui, est sans doute que le village soit devenu la première base du Verdon, pour les sentiers de découverte comme les circuits touristiques. Les guides y ont installé leur quartier général et c'est ici, sur la place - Chez Maurel - que se retrouvent les nouveaux conquérants des Gorges : grimpeurs, kayakistes, cyclotouristes. C'est ici qu'on discute des cotations des dernières voies ouvertes en escalade, ici qu'on philosophe sur le Verdon, devenu depuis une dizaine d'années un « sanctuaire « de l'escalade internationale.
Bureau des guides, commerces, hôtels, cafés, c’est à la Palud que l’on entre en plein cœur du Verdon et que l'on peut en apprendre, au jour le jour, les humeurs, essentiel des activités du village tournant autour de son actualité, intense pendant la haute-saison.
On est à 935 m d'altitude, sur un plateau situé à la croisée des routes de découverte : vers Mayreste puis Moustiers par la D 952 ou, à l'est vers Castellane et le Point Sublime par la même route, sans oublier le circuit des crêtes qui conduit au nord du canyon par les Belvédères, ou encore les sentiers de randonnée conduisant au sud vers le « Collet Barris » par le hameau de Boulogne, et le bois d'Aire (point culminant à 1459 m) ou, au nord, vers le col de la Crête de Châteauneuf (D 123).

Moustiers-Sainte-Marie

Ce n’est déjà plus les Gorges du Verdon et pourtant c’est le village le plus séduisant (et le plus visité) du pays du Verdon. Au voisinage immédiat du Canyon, Moustiers-Sainte-Marie vit sa propre vie, adossé à sa gigantesque muraille de roche, laissant encore deviner l’origine de son nom (« monasterium, le monastère).
Car Moustiers a bien été créé par l’une des colonies de la communauté de Lerina (la plus petite des îles de Lérins, devenue Saint-Honorat au large de Cannes) oragnisée par Honorat, évêque d’Arles. C’était en 432 et Maxime de Riez conduisait cette colonie et s’établit alors à Moustiers où il fonda un monastère.
Mais Moustiers ne devint véritablement prospère qu’à partir des XVe et XVIe siècles, avec la fabrication des poteries à partir de l’argile du pays de Riez. Faenza, un moine italien, aurait apporté tous ses secrets de fabrication et serait à l’origine du mot faïence.
Ces célèbres faïences vont faire toute la gloire de Moustiers à partir de 1660 et jusqu’au XVIIIe siècle. C’est alors l’apogée, avec les différentes époques. Celle des Clérissy, les plus célèbres, et des Viry, premières grandes familles. Puis Olerys et les décors délicats « à la Bérain », enfin les périodes dites de Ferrat et Ferraud chacune correspondant à un travail spécifique et à un style des différents maîtres faïenciers.

Faïences : de l'effacement à la renaissance

Ce règne des faïenciers ne va pas sans remous et le pays du Verdon est agité par leurs démêlés avec les consuls et l'administration, notamment sous le règne de Louis XV. On accuse même alors les faïenciers d'être des « affameurs », de détruire les genêts du terroir, de contribuer à diminuer le nombre de cultivateurs, d'échapper à l'impôt. Tout s'apaisera mais à la fin du XVIIIe siècle, Moustiers-Sainte-Marie, qui compte alors plus de 3.500 habitants, perdra de son importance. Moustiers a connu un long effacement, jusqu'à l'arrivée, en 1926, de Marcel Provence, au nom prédestiné, qui a fait renaître les techniques traditionnelles des faïenceries, relançant les fours jusqu'en 1939. Simone Garnier suivra son exemple dans l'immédiat après-guerre, puis les faïences de Moustiers perdront de leur authenticité. Aujourd'hui, plusieurs artisans accomplissent de gros efforts pour redonner sa noblesse à cet artisanat qui manquait singulièrement d'artistes.
Mais, au-delà de cette activité essentielle, la petite ville de la faïence est remarquable par sa configuration, ses ruelles, ses maisons étagées, ses monuments.
On retiendra l’église (XIIe et XIIIe siècles), avec son très beau clocher roman lombard mesurant 22 m de haut et sa nef typique de l'école romane de Provence.
La chapelle Notre Dame de Beauvoir, au bout du chemin Marcel Provence, surplombant Moustiers, et bâtie au bord de la crevasse de la falaise. Bâtie en 1052, maintes fois détruite, elle fut rendue au culte en 1801.
La grotte-chapelle de la Madeleine. On l'atteint par le sentier de corniche.
L'ensemble des ruelles, bien sûr, avec ses plaques de faïence figurant le nom des rues. Vieilles maisons de Blacas et de Sabran.
Le Musée historique de la Faience. Créé en 1929. Il présente plusieurs collections anciennes de Moustiers, ainsi que divers moules et outils autrefois utilisés pour la fabrication dans les faïenceries. Une visite s'impose (fermé de novembre à mars).
Moustiers est enfin un lieu privilégié de rendez-vous pour les fées : il existe une rue Mélusine et l'on trouve même un « Trou de la Fée » au-dessus de la grotte Sainte-Madeleine. On dit aussi qu'une fée apparaissait chaque 8 septembre, jour de Notre-Dame, près de la chapelle Notre-Dame de Beauvoir. Le soir venu, elle franchissait le ravin et ramenait, des montagnes, le berceau (lou brès) de la Vierge. On a enfin prétendu que le clocher dansait autrefois au son des cloches et que ses pierres s'entrechoquaient. Un clocher malgré tout bien assagi depuis sa restauration...
Village-crèche blotti aux pieds de ses rochers, Moustiers regroupe amateurs de faïences, d'histoire et de traditions, pieux visiteurs en quête de pèlerinage et excursionnistes du Verdon, qui en font un haut-lieu du tourisme international.

L’étoile au-dessus du village

Moustiers est aussi un lieu d'histoire et de légendes. Cette étoile à cinq branches, qui domine le Riou, est un extraordinaire ex-voto du baron de Blacas, sauvé par la Vierge. Selon Frédéric Mistral, Blacas d'Aups, prisonnier des musulmans en Terre Sainte en 1249, fit ce vœu de suspendre une chaine d'argent entre deux roches si jamais il revoyait sa terre :
A tes pieds, Vierge Marie.
Ma chaine je suspendrai
Si jamais
Je retourne
A Moustiers dans ma patrie.
(Extrait de Calendal, 1885)
Revenu à Moustiers, il tint ses promesses, mais trouva malgré tout qu'une chaine en fer ferait aussi bien l'affaire. Au cours des siècles, plusieurs étoiles ont été décrochées par les intempéries ou les révolutionnaires. Celle que l'on peut voir aujourd'hui n'est évidemment pas surgie de l'histoire mais fut montée en remplacement de la précédente le 18 août 1957. Elle se balance à 250 mètres au-dessus du vallon de Notre-Dame, au milieu d'une chaine de 227 mètres tendue entre les deux rochers, pèse 18 kilos et fut réalisée par le forgeron du village.

Aiguines

En descendant du col d'Illoire par la rive gauche du Verdon, on découvre à la sortie d'un virage l'un des plus beaux panoramas de Provence. Au premier plan, les toits du village d'Aiguilles et légèrement en retrait, le très beau château carré couvert de tuiles vernissées et flanqué de tourelles, ancien hôtel des consuls datant du XVIIIe siècle. La vue s'étend sur l'immense lac de Sainte-Croix que domine le plateau de Valensole, mais aussi sur les sommets de la montagne de Lure ou du géant de Provence, le Mont Ventoux.
Aiguines est longtemps resté un centre artisanal de fabrication de boules ferrées en racine de buis. Les tourneries sont aujourd'hui fermées, laissant place à des activités essentiellement touristiques. Privilège du site par la double proximité des gorges et du lac.

Comps-sur-Artuby

Au sud-est du Grand Canyon c’est Comps, situé dans la partie la plus austère, mais peut-être la plus belle du Haut Var, qui commande l'accès aux Gorges, par la rive gauche du Verdon et la corniche Sublime.
A 900 m d'altitude, s'étant écarté des ruines du vieux bourg et de la très belle petite église romane du XIIIe siècle qui le domine sur son rocher et surplombe les Gorges de l'Artuby, le village actuel est donc un point de rendez-vous mais aussi une base de départ pour des visiteurs du haut-pays varois aux allures sauvages et farouches : Bargême et son étrange château de Pontevès, en direction du Logis du Pin et de la route Napoléon, Jabron puis le Bourguet si l'on veut prendre la route buissonnière de Castellane, ou bien sur Trigance et son château, dominant la vallée du Jabron, solitaire et séduisant, à l'écart du grand circuit du Canyon.

Trigance

Tournant le dos aux Gorges, le village domine la vallée du Jabron. Véritablement adossé contre la colline, il serre ses maisons de pierres de part et d'autre des ruelles étroites et pittoresques. Surplombant les toits du haut de son piton rocheux, un vaste Château-fort du XIIe siècle veille sur la sérénité des lieux. Flanqué aux angles de 4 tours rondes, il a patiemment été restauré. Il est aujourd'hui transformé en hostellerie.
La région a longtemps été secouée par les Templiers qui, pourchassés de Provence, y ont trouvé refuge. Un trésor aurait même été enfoui sous le château de Valcroze, près du hameau de Soleils. Cela suffit pour que Trigance soit considéré comme le village le plus troublant du pays du Verdon.

Verdon-vertige : les nouveaux aventuriers

Le « libre », la « grimpe », les « solos » d'enfer, l'escalade « accro », la danse extrême, la vie au bout des doigts... Tout un vocabulaire, un sport intense et « différent », un art de vivre en décalage, en marge.
Le Verdon c'est cela, aussi. Des coulisses vertigineuses interdites à la grande majorité de ses visiteurs. Accessibles, seulement, à des « hommes de pierre » aux muscles et au cœur aiguisés.
Cette zone rouge du Grand Canyon ne ions concerne peut-être pas directement. Elle a ses fidèles, ses grands prêtres, ses lois, ses rites. Ses mirages et ses dangers aussi.
Mais il faut tout de même savoir que le Verdon-vertige existe et que l'on vient de tous les coins du monde s'entraîner, ouvrir ou repasser des voies sur ce fabuleux « terrain de jeu », comme disent les adeptes de la grimpe. Dans cet autre monde, le Verdon est synonyme de dérive, de délire, d'asphyxie ou d'évasion, de dépassement ou de folie. De bonheur et de liberté.
Tout a commencé en 1968 avec ascension de la paroi du Duc puis ouverture de voies dans la falaise de l’Escalès. Grimpeurs parisiens et provençaux ont rivalisé d'audace et d'imagination. Aujourd'hui, c'est parfois l'embouteillage sur certains itinéraires des grandes parois.
Il y a une quinzaine d'années, le Verdon n'était pas encore chasse gardée des amateurs de falaise. Venus des Calanques de la région de Marseille ou formés à l'école de « Blo » (Fontainebleau) ; ils s'attaquent à la voie de la Demande, aux Ecureuils ou à la falaise des Escales. Suivant les fissures naturelles de la roche, les pionniers prennent de plus en plus de risques, comme l'un des héros de l'époque, Guy Héran, qui réussit la « première » de l’Éperon Sublime.
L'escalade prend un coup de fouet et on grimpe de plus en plus en « libre » (sans utiliser les pitons en point d'appui), délaissant un peu « l’artif » (escalade classique, «artificielle », nécessitant un matériel complet). Le Verdon monte en grade et devient un haut-lieu d'aventure, marqué, dans les années 75, par les exploits de Christian Guyomar ou Bernard Gorgeon qui ouvrent des voies périlleuses. Le « libre » triomphe, les grimpeurs se spécialisent, les medias s'emparent du Verdon et de son spectacle intense offert dans les falaises de l'Escalès. Les artistes se lancent dans des « solos » d'enfer (main à main avec le rocher, sans aucun matériel, sinon le sac à magnésie accroché à la ceinture pour sécher les mains et faciliter les prises).

Un goût de fin du monde

On s'éloigne de l'alpinisme et de sa philosophie. Les grimpeurs du Verdon, qui descendent en rappel jusque dans ses entrailles pour attaquer ensuite des voies de 2 ou 300 m, s'engluent parfois dans des querelles de cotations (voies classées VI, VII sup, VIII, selon leurs difficultés) et de conception même de l'escalade.
Mais le Verdon impose à la fois sa loi et son atmosphère, fascinante, intense, presque angoissante. Un goût de fin du monde, parfois, lorsqu'on enchaîne des escalades longues, qui peuvent prendre la journée. La plupart engagées depuis le fond du Verdon, par le sentier Martel ou par le sentier de l'Imbut. Un jeu dur et lumineux, qui commence  (et s'achève) là-haut, à La Palud, au café « Chez Maurel » transformé en Q.G international des grimpeurs.
Les » nouveaux touristes », venus de plus en plus de Grande-Bretagne, d'Italie, d'Autriche, de Suisse ou encore des Etats-Unis, ont inventé un Verdon différent. Le Verdon-vertige, devenu une Mecque pour des milliers de fidèles, adeptes d'une grimpe pure, harmonieuse, complice du rocher, que l'on « danse » autant que l'on escalade. Entre roches et nuages, le plaisir pur  (ascèse totale ou fringale de vie) est là. A portée de doigt et de regard. Le danger, aussi. Chaque année, des accidents mortels le prouvent, le Verdon se rappelle au souvenir de ceux qui le défient, inconsidérément parfois. Qu'on le parcoure de ses hauteurs, au pied de ses parois, en randonnée, en kayak, avec pitons et cordages... c'est lui et lui seul qui reste maître du jeu.

Les voies de l'imagination

L'escalade a son vocabulaire et ses mots spécifiques. Nous n'entrerons pas dans le détail de cet univers sportif, mais il faut tout de même évoquer les noms que les grimpeurs donnent aux voies qu'ils « ouvrent ». Des noms qui font toute la poésie et, souvent, l'humour de cette discipline.
Dans ce jeu de mots et d'imagination, le Verdon, on s'en doute, n'est pas en reste. Voici quelques-unes de ces voies, parfois courtes (on les appelle des « couennes »), parfois longues et vertigineuses, mais qui illustrent toutes un univers délirant :
L'Estemporanée. Frimes et Châtiments. Mangoustine scatophage. Luna Bong. Péril rouge. Ula. Au-delà du Délire. Ange en décomposition. Necronomicon. Golem. Castapiagne. Mescalito. Paroi rouge. Pichenibule. Dingomaniaque. La Demande. Barjots. Le Triomphe d'Eros. Gueule d'Amour...

Kayak : la grande aventure

Les spécialistes du kayak viennent de toute l'Europe découvrir les sites navigables de Provence, en général avant la saison d'été, lorsque les cours d'eau permettent mises à l'eau et découvertes des rivières. Le Verdon fait évidemment partie de ces itinéraires sportifs, au point d'être devenu la vedette de quelques films d'aventure réservés aux seuls acteurs expérimentés.
Si les falaises du grand Canyon ne sont pas à la portée de tous, le cours même du Verdon l'est encore moins. Les crues sont en général modérées, mais les colères de la rivière peuvent être soudaines et violentes, malgré l'atténuation des barrages EDF, lors des grandes pluies. A l'intérieur des gorges, on ne se rend pas toujours compte de la réalité d'une météo capricieuse.
La mise à l'eau s'effectue généralement après le pont et la chute de Caréjuan et la sortie des embarcations au pont d'Aiguines. Plusieurs portages, parfois difficiles et pénibles sont nécessaires au chaos Samson, Estellié, Trescaïre, l'Imbut et les Cavalets.

Le Verdon aujourd'hui : attention, nature fragile !

Il peut avoir toutes les apparences de l'éternité, mais le grand Canyon du Verdon n'en est pas moins fragile. Ce serait trop dire qu'il est en péril, mais il est vrai qu'à plusieurs reprises, au cours de son existence contemporaine, il a été directement menacé.
Après tout, Martel, le pionnier des Gorges, pour ne pas dire son inventeur, avait exploré ses eaux, au début du siècle, pour y effectuer des recherches en vue d'aménagement hydroélectrique. Mais on lui pardonnera cette entreprise puisqu'il demandait lui-même, dès 1920, que les gorges soient classées réserve nationale.
Equilibre et Respect
Le pays du Verdon, qui subit, en aval, à Sainte-Croix du Verdon, de fortes pressions de la part de différents aménageurs, n'est pas hors d'atteinte. Quel que soit le jugement que l'on porte sur tel ou tel projet, il faut convenir que la Provence se prête ici à bien des réalisations d'envergure et que l'on y paie aussi la rançon de la gloire touristique.
Il reste que le Verdon est, quotidiennement, convoité et, même à petite dose, menacé. Chaque visiteur doit en prendre conscience. Chaque pierre déplacée, chaque escalade imprudente, chaque négligence à l'heure d'un pique-nique, chaque impolitesse à l'égard de ceux qui maintiennent encore la vie au pays, sont autant d'atteintes à un équilibre. Tous ceux qui escaladent les parois ne sont pas des artistes au-dessus de tout soupçon. Tous ceux qui empruntent les routes et les sentiers du Verdon n'en ont pas nécessairement le respect et l'on s'imagine trop volontiers qu'il n'y a pas pollution lorsque l'environnement est grandiose.
Erreurs. On peut découvrir et encore conquérir le Verdon de toutes les manières. Mais sans inconscience ou insolence. Attention, nature fragile...

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Digne
Vallée de la Bléone - Digne
Digne
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