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Les circuits routiers touristiques des Gorges du Verdon partie 1

Les portes du Verdon

Il est grand temps, désormais, de partir à la découverte de ces gorges prodigieuses et de savourer un périple étonnant au cœur de cette symphonie pastorale en vert-émeraude, haut lieu du tourisme mondial : le Verdon.
Pour découvrir les gorges il n'existe pas d'itinéraire «à la carte». Seules, trois villes donnent accès au circuit : ce sont Castellane (au nord-est), Moustiers Sainte-Marie (au nord-ouest) et Aiguines (au sud). Ces trois villes se sont vues décerner le titre de «Portes du Verdon». Deux rives qui s'opposent farouchement de part en part, surplombant le gouffre béant, et des routes qui permettent une approche presque globale des sites, pour un périple en boucle de 130 kilomètres. Entre les portes est et ouest des Gorges, seuls deux ouvrages facilitent le passage d'une rive sur l'autre, soit une distance de 45 kilomètres :
  • dans les Prégorges, le Pont de Soleils,- au Pas du Galetas, au débouché du Lac de Ste-Croix,
  • le Pont du Galetas (encore appelé, le nouveau pont d'Aiguines).
Quelque puisse être le choix de votre destination finale, la découverte des Gorges du Verdon, soit par la rive droite, soit par la rive gauche, vos souvenirs marqueront votre séjour, et ce voyage dans un autre temps géologique, ne vous procurera que d'intenses moments impérissables. Le cours du torrent ayant principalement une direction d'est en ouest, retenez seulement avant votre excursion, que la Rive Droite des Gorges est au Nord du Verdon, et que la Rive Gauche est au Sud.

Le grand jeu de la nature et l'harmonie des grands espaces

Traditionnellement aussi, la rencontre avec «le monstre à l'habit vert» par les routes touristiques s'effectue d'est en ouest, de Castellane en direction de Moustiers-Sainte-Marie, passage obligé par le Lac de Sainte-Croix-du-Verdon et les cités au bord de l'étendue bleue, pour atteindre Aiguines et les Balcons de La Mescla par la Corniche Sublime.
Le choix de cette direction est / ouest est favorisée par le fait de rouler du côté de la montagne tout au long du trajet. Ensuite, cela permet aux visiteurs qui partent relativement tôt, de ne pas avoir le soleil dans les yeux sur le chemin du retour, en fin de journée. Les 130 kilomètres de ce circuit nécessitent une vigilante attention portée à la conduite sur des routes souvent étroites et sinueuses. En supplément, 60 kilomètres bouclent le circuit autour du lac. S'ajoutent à cette distance, 23 kilomètres de route de montagne en accomplissant la boucle de «la Route des Crêtes» au départ de La Palud-sur-Verdon.
Les belvédères offrent des points de vue saisissants sur les Gorges et les massifs environnants. Les pauses effectuées lors de ces arrêts aménagés doivent vous amener à une grande prudence. En effet, un vide qui sépare la plateforme aménagée et le lit du torrent pouvant atteindre 700 mètres, une attention permanente est recommandée. Les personnes qui souffrent du vertige, les enfants en bas âge et les animaux de compagnie, devront se tenir à l'écart du vide, même protégés par une barrière de sécurité. En raison de la présence de randonneurs sur les sentiers des gorges, en contrebas, près du Verdon, les jets de pierres sont strictement interdits. Le respect de certaines consignes de sécurité permet d'éviter la multiplication des accidents dans le Verdon souvent dus à des actes irréfléchis ou inconscients. Respectez la Nature qui jouit encore ici d'un équilibre précaire. Evitez de cueillir des fleurs. Remportez vos détritus et emballages vides. Des conteneurs sont prévus à cet effet dans les villes et les villages du Verdon. Surtout, que ces recommandations ne vous empêchent pas de préparer votre excursion, dont le but premier est de vous emmener à la rencontre magique et envoûtante de cet exceptionnel Monument Naturel.
Ces recommandations, peu contraignantes et plus empreintes de civisme et de respect qu'autre chose, vous sont en fait données pour faciliter votre séjour. Ainsi, vous pourrez appréciez pleinement chacune de vos multiples escapades.
Il vous faut disposer d'une bonne journée pour accomplir le périple décrit ci-après. Restant bien entendu, que si le visiteur dispose de deux jours consécutifs, le parcours peut être fractionné en deux étapes, ce qui est plus valorisant et plus enrichissant pour celles et ceux qui viennent dans les Gorges du Verdon pour la première fois. Notre première étape sera tout naturellement Castellane, point de départ tout indiqué pour partir à la conquête de sites fabuleux.

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De Castellane à Moustiers Sainte-Marie par la rive droite des Gorges du Verdon

Castellane

Castellane La Vaillante, dominée par son Roc calcaire de 185 mètres de haut, Porte des Gorges du Verdon, située à 725 mètres d'altitude, est une étape importante sur la «Route Napoléon» et «la Route de la Lavande».
Au sommet du pavé calcaire qui surplombe la cité, s'élève la chapelle de Notre Dame du Roc. Un sentier permet d'atteindre ce point haut et de profiter du panorama ouvert sur les Prégorges depuis l'édifice religieux qui culmine à 903 mètres d'altitude. Sur le versant opposé à la chapelle, on trouvera un très ancien lieu de peuplement qui fonda tour à tour, et au fil des siècles, Ducelia, puis Salinae, puis Petra Castellana, et enfin, Castellane. Ce roc servit aussi de refuge à ces populations souvent menacées dans l'histoire, en même temps qu'un poste d'observation de la plus grande importance.
Les hommes des premiers temps, très certainement au Néolithique, occupèrent les baumes ouvertes sur ciel et les abris qui parsèment ce territoire. Outre un habitat sécurisant, ils trouvèrent sur places des éléments naturels favorables à leur épanouissement : un cours d'eau capricieux mais toujours en eau, le Verdon, des terres cultivables, et des espaces pour élever leurs troupeaux essentiellement composés d'ovins et de caprins, ainsi que de nombreuses sources d'eau à proximité de leurs habitats ancestraux.
Castellane est en fait une très ancienne cité qui est la somme de deux places fortes, avant même la conquête romaine : l'Oppidum de Ducelia, bâti au sommet du Roc, et Salinae, construite plus vers la plaine, formèrent Petra Castellana qui allait se doter ultérieurement de remparts de défense.
Autrefois célèbre par le fait de sources d'eau salée naturelle qui coulaient sur son territoire, la ville bénéficia de certains privilèges de la part des Comtes de Provence, mais aussi des Rois de France.
Elle échappa à la Gabelle, l'impôt sur le sel, tout en ayant la faculté de puiser cette eau sans contrainte. Devant cet état de faits, les autorités en place au 17ème siècle décidèrent de boucher définitivement les sources !
Les ruines de Petra Castellana sont encore bien visibles même si depuis quelques décennies la végétation a décidé de s'imposer. Certains vestiges des murs de guet émergent de l'imposante garrigue qui recouvre le site.
Pour accéder aux ruines de l'ancienne cité, il convient d'entreprendre le sentier qui mène vers Notre-Dame du Roc. Le départ est fixé à côté du presbytère de l'église paroissiale. Il faudra compter 3/4 d'heure de marche afin d'y parvenir. La ville actuelle s'anime autour de la place Marcel Sauvaire et la rue piétonne du Mitan. L'église paroissiale Saint-Victor porte fièrement son clocher du 12ème siècle. Une tour à éperon et mâchicoulis, la Tour Pentagonale, datant du Moyen-Age est visible au nord de la ville. On aborde cet édifice en empruntant le sentier qui mène à Notre-Dame du Roc.

L'héroïne de Castellane

La ville possède son héroïne en la personne de Judith ANDRAU. Cette castellanaise qui cultivait son champs un beau matin dans l'année 1586, fut la première à apercevoir les troupes coalisées du Baron d'Allemagne-en-Provence et du Duc de Lesdiguiere, favorables aux Huguenots, et désireux de s'emparer de la ville. Ameutant les populations, elle permit à la cité de Castellane de s'organiser et d'opérer une contre-attaque qui mit en fuite les assaillants ce matin du 31 janvier 1586.
Elle n'oublia pas, au passage, de leur verser sur la tête du haut des remparts, un chaudron rempli de poix bouillantes, ce qui donna au 9ème couplet de la chanson qui lui est dédiée cet aspect :
Cette brave Judith, s'armant de son courage par sa valeur défit l'ennemi plein de rage ; La Mothe est écrasé sous la poix embrasée d'une lourde machine, alors levant la voix, Ils disent une fois : le Ciel nous extermine...».
Désormais, un hommage lui est rendu tous les 31 janvier, près de la Porte de l'Annonciade, lors de la «Fête du Pétardier», encore appelée «Fête du Pétard». (les Pétardiers étant les soldats qui faisaient sauter des bombes. On les nommerait aujourd'hui des artificiers ou des dynamiteurs).

Castellane aujourd'hui

Sous-Préfecture des Alpes de Haute-Provence qui compte aujourd'hui 2.000 habitants permanents, Castellane est de nos jours un important centre touristique, en même temps qu'un carrefour routier de grande importance. Entre une portion du littoral azuréen qui s'étend de Nice à Fréjus-St-Raphaël, via Grasse, «La Route Napoléon» est le passage obligé en direction de Digne et de la «Route des Alpes». L'organisme d'informations touristiques Verdon Accueil possède un bureau à Castellane et met à la disposition du public les informations nécessaires pour le bon déroulement d'un séjour dans le Verdon. Parmi les sites à découvrir, citons Notre-Dame du Roc dont les bases de la fondation remontent à l'an 840 ; la chapelle Saint-André-du-Roc qui gît parmi les ruines de Petra Castellana ; l'église Saint-Victor, classé Monument Historique en 1944, et l'église paroissiale du Sacré Coeur ; la chapelle Notre-Dame du Plan ; la Tour de l'Horloge qui est un monument typique de Castellane au débouché de la rue Saint-Victor ; la Porte de l'Annonciade ; le Pont Napoléon, au seuil du Roc, construit sur une assise romaine, a subi d'importants tra-vaux de restauration en 1408. Site Classé depuis 1940, il est désor-mais interdit à la circulation. Il est souvent mentionné sous le vocable du Pont du Roc ; le Couvent des Augustins ; l'ancienne demeure des Barons de Castellane ; l'ancien couvent des Visitandines ; la Fontaine aux Lions, construite au Moyen-Age, dans la rue du Mitan.
Enfin, la plaque commémorative de la Rue Nationale qui indique que l'Empereur Napoléon Ier s'est bien arrêté à Castellane, le 3 Mars 1815, à son retour de l'Ile d'Elbe, avant de regagner Paris. Sans oublier, dans cette énumération de lieux pittoresques et caractéristiques, le marché provençal qui se tient tous les samedis matins.
A noter, la visite insolite du Musée des Sirènes, site en plein air, à visiter impérativement en compagnie d'un guide ou d'un responsable du musée (La Maison des Siréniens qui a ouvert ses portes en 1998 et qui est rattachée à la Réserve Naturelle Géologique).
Enfin, pour l'anecdote, on a souvent parlé de Castellane ces dernières années, à cause de la secte du Mandarom dirigée à l'époque par feu Gilbert BOURDIN, le Gourou cosmoplanétaire disparu en 1998, à l'Hôpital des Grasse. La secte (ou ashram, selon le terme que l'on souhaite lui accorder) est installée sur le territoire du village de La Baume, au nord de Castellane, en surplomb du Lac de Castillon, sur la rive droite.
Castellane mériterait qu'on lui consacre un livre entier, tant les événements et l'histoire de cette ville furent nombreux et importants depuis plus de 3000 ans.
Cette présentation sommaire ne doit pas faire oublier le prestigieux passé de cette cité des bords du Verdon, à la côte 730 du torrent, et ce n'est pas pour rien si celle-ci a été baptisée Castellane La Vaillante ! Son slogan n'est pas des moins illustres, non plus, puis-qu'il nous suggère : « Napoléon s'y est arrêté, pourquoi pas vous ? ».
Castellane est sans contestation possible, le point de départ tout indiqué pour partir à la découverte du Verdon et de ses célèbres Gorges, par la rive droite en empruntant la Départementale 952.
Ce sera plus en aval, à Pont-de-Soleils que le visiteur pourra, s'il le souhaite, changer son circuit pour aborder Aiguines (Verdon Rive Gauche), ou Moustiers Ste-Marie (Verdon Rive Droite).

De Castellane à Pont-de-Soleils

En quittant la ville en direction des Gorges du Verdon, la Départementale 952 longe le cours du torrent vert sur sa rive droite, et dépasse le quartier de La Salaou, lieu dit en mémoire des sources d'eau salée.
Le trajet est étroit et sinueux par endroits. Il accompagne les méandres du cours d'eau en pénétrant dans le site des Prégorges. Cette piste bien aménagée permet d'atteindre les quartiers de La Colle. Le chemin de terre se prolonge (en même temps que le GR 4, sentier de grande randonnée), et devient moins carrossable. Il permet néanmoins d'atteindre le hameau de Villars-Brandis (1.004 m). Plus loin encore, seul le GR 4 permet d'accéder au hameau abandonné de Brandis (1.061 m).
La route passe ensuite le long des habitations de Brans, avant d'aborder de nouveaux paysages. La géologie du site est très caractéristique et significative de l'érosion en terrains calcaires. Strates, plissements, fractures et géosynclinaux sont parfois redressés à la verticale, comme la Vague Saint-Jean qui surplombe la Glue du même nom (clue : obstacle naturel sur le lit d'un cours d'eau).
Comme la proue d'un navire lancée à la conquête du ciel, ce spécimen géologique est phénoménal. Au sommet de cet éperon rocheux semblant surgir de terre, est blottie la chapelle templière de Saint-Jean que l'on aborde par un sentier au départ du village de Chasteuil.
Sur la gauche, un ouvrage récent permet de franchir le Verdon et de se rendre au hameau de Taloire. L'ancien pont en bois a été démoli dans les années 1982 au profit d'un ouvrage en béton d'une seule arche.
L'histoire ne dit pas qu'il s'agit là du résultat d'un compromis lorsque fut envisagé la construction d'un barrage au beau milieu de ce site, au début des années 1980. Le dossier portait le nom de «projet de barrage à Chasteuil», comme nous le découvrirons plus loin dans ce livre.

Taloire

Taloire est un village attendrissant qui semble ne vivre que par le rythme des saisons, en dehors de toute agitation des temps modernes. Quelques habitations typiques assurent un logis serein aux habitants. La chapelle et quelques bâtisses seraient d'origine templière. Ovins, caprins et chevaux paissent librement dans le grand pré qui s'ouvre sur le village. Un autre champ dans le village, porte le nom étrange de Terre de Graal...
Dominant le hameau, se dresse le Pic Saint-Étienne, dont il est quasiment impossible d'atteindre le sommet si on ne connaît pas les passages appropriés afin d'y accéder. Ce petit mont porte à son sommet les vestiges délabrés de la chapelle templière de Saint-Étienne.
Depuis ce site enchanteur peuplé d'une poignée de résidents («d'irréductibles Verdonniens...»), siège de l'Association des Amis du Parc Naturel Régional du Verdon, un sentier de randonnée permet de rejoindre le Signal de Robion (1659 m), considéré à juste titre comme la Pyramide du Verdon. Cette montagne très caractéristique est visible depuis de nombreux sites des Gorges du Verdon, que l'on se situe sur la rive droite, ou, sur la rive gauche de celles-ci. Revenant dans les Prégorges à la hauteur du pont de Taloire, sur le flanc droit, de gigantesques rochers dolomitiques surplombent le défilé. Ce sont les célèbres et légendaires Cadières de Brandis (cadières : les chaises, en Provençal). Rochers colossaux ressemblant à un château fort naturel qui culminent à 1545 m. que l'on croirait surgir d'un autre temps, avec ses tours, ses colonnes, ses remparts. (un sentier, au départ du Col des Lègues, au nord de Castellane, permet d'accéder aux Cadières de Brandis).
Dépassant les Clues de Chasteuil, le Verdon n'a pu faire chuter l'obstacle de la roche et contourne l'éperon rocheux. L'itinéraire parvient au croisement avec la route qui mène au village perché de Chasteuil (2,5 km par la D 2). A droite, un premier Camping est posé sur les berges du Verdon au lieu dit La Pierraille.

Chasteuil

Le village de Chasteuil (848 m.), composé d'habitations resserrées les unes aux autres, traversé par le ruisseau La Flouent, dominé par une autre curiosité naturelles «les Orgues de Chasteuil», offre des panoramas dominants sur les alentours. Un artisanat a été relancé avec succès pour dynamiser le village. Un couple se consacre désormais depuis une poignée d'années à cette activité économique du village. Gageons que d'autres suivent cette initiative valorisante. Néanmoins, la chapelle qui date du XIIème siècle mériterait qu'on lui accorda des travaux de remise en état si on souhaite la conserver et la préserver plus longtemps.
Avant de parvenir à Chasteuil, dans un coude de la route, un sentier passe par le Plateau des Suèches, (ou Plateau des Fossiles, encore écrit Suech), sur le tracé d'une ancienne voie romaine qui conduit directement à Rougon. L'ancien village de Chasteuil, situé au nord-est de l'actuel, a été détruit au cours du 18ème siècle par un tremblement de terre. L'épicentre en fut probablement localisé à Manosque.
Un sentier (sur une portion du GR 4) part au nord-est des habitations est permet d'aller aux ruines de Chasteuil et de Brandis, et le hameau de Villars-Brandis. Au bord du Verdon, au Clot d'Aremus, on trouve un second campement. Les deux complexes sont un endroit idéal de séjour au milieu d'un cadre fort agréable.
Laissant derrière nous les Clues de Chasteuil, le circuit aborde le site des «Veilleurs». Les trois demi-tunnels sous lesquels serpente le ruban d'asphalte, présentent des visages de pierre taillés dans la roche et semblent contrôler le passage du défilé. L'une de ces cariatides ressemble étrangement au Sphinx des Pyramides d'Egypte. Dans la légende de Merlin l'Enchanteur, il est fait mention des Veilleurs qui pourraient être ceux du Verdon. Ces cariatides sont naturelle et n'ont pas subi l'intervention de la main de l'homme. Depuis le village de Chasteuil, si les regards se portent vers le sud-ouest, on aperçoit nettement les deux versants opposés de la montagne qui se font face et qui, déclinant, forment deux visages gigantesques allongés à 45°.
Le Verdon coule au seuil de ces parois que l'on a coutume de nommer «les Monts de Merlin». Passées ces curiosités naturelles, et un site qui lui succède très prisé par les pêcheurs à la ligne, le cheminement parvient au «Pont de Soleils» à la cote 652 du Verdon. Le Pont de Soleils se situe à 12 kilomètres en aval de Castellane, et il faudra compter de 15 à 20 minutes, par la route pour y parvenir.
C'est rendu à ce point que le visiteur pourra, s'il le souhaite, fixer définitivement le choix de son itinéraire rive droite ou rive gauche des Gorges :
  • Verdon rive droite, au nord, en direction de Point Sublime et du Couloir Samson ; puis La Palud-sur-Verdon, Moustiers Ste-Marie et les villages du Lac de Ste-Croix ;
  • Verdon rive gauche, au sud, en direction de Soleils, Trigance, La Mescla, le Pont sur l'Artuby, les Cavaliers, Aiguines par la Corniche Sublime, le lac et les villages de Sainte-Croix-du-Verdon, Les-Salles-sur-Verdon, Bauduen, et Baudinard.

De pont de Soleils à Moustiers Sainte-Marie

L'excursion se poursuit toujours sur la rive droite du Verdon qui se prépare à pénétrer dans le site des Gorges. La roche devient plus sombre et les parois des falaises se rapprochent. Les virages de la route nous amènent à Carrejuan (ou Caréjuan, Carrajuan ou encore Carejuan qui signifie la Pierre de Jean).
On rencontre successivement un camping (ouvert en 1988), le confluent des eaux Jabron-Verdon (le Jabron, qui coule en contrebas de Trigance, est l'un des affluents principaux du Verdon), un pont en pierre taillée à arche double (réaménagé au cours de l'hiver 1998) qui enjambe le torrent. Viennent ensuite les Chutes de Carrejuan. En amont des rapides, s'effectue la mise à l'eau des kayaks lors du déroulement de compétitions internationales, comme celles qui se déroulent annuellement, et habituellement, les premiers samedi et dimanche du mois de juillet. L'origine des Gorges se forme véritablement à Carrejuan. C'est à partir de ce site que le Verdon va présenter son vrai visage, celui d'un torrent furieux, destructeur mais aussi bâtisseur, en livrant ses créations originales aux spectateurs que nous sommes. Les parois rocheuses qui surplombent la route se resserrent encore et la route pénètre dans le Défilé de Salpétrière. Le Verdon quant à lui semble accélérer sa course pour se précipiter vers le Couloir Samson. Tout en haut du défilé se détache le village en nid d'aigle de Rougon, dominé par les ruines de son fortin Templier.
A 18 kilomètres de Castellane, le visiteur découvrira l'un des plus fabuleux panoramas offert sur les Gorges. La route est aérienne. Elle domine l'ensemble du Défilé de Salpétrière que le Verdon illumine de ses eaux vertes.
Avant de passer sous le Tunnel de Gloige, on devine, tout en contrebas, à droite, le Pont Romain de Tusset dont l'arche unique enjambe allégrement le torrent émeraude.
Cet ouvrage permet aux randonneurs de se rendre aux Falaises d'Encastel, sur la rive gauche, par un sentier. Un pont surgi du passé qui supporte deux mille ans d'histoire de la région des Gorges du Verdon. Probablement, à son origine, un accès muletier, que le temps a oublié et qui fait maintenant la joie des randonneurs. Dans la montée qui mène au tunnel de Gloige, une société Française d'Assurances Mutualiste, a réalisé, il y a maintenant quelques années, une séquence publicitaire que l'on a pu voir sur le petit écran, au sujet d'un camion dont le chargement dépassait la normale, des cageots de légumes juchés tout en haut, venant s'écraser contre la voûte de l'édifice. Après avoir franchi le tunnel, deux directions s'offrent aux excursionnistes :
  • en poursuivant tout droit, le cheminement conduit vers le Point Sublime,
  • en prenant la petite route qui part sur la gauche l'automobiliste rejoint le bord même du torrent émeraude qui gronde de toute la fougue de ses eaux. Les falaises gigantesques se dressent au-dessus des visages contemplatifs.

Le couloir Samson

En empruntant la D 236 le visiteur arrive directement devant l'entrée du Couloir Samson. 10 mètres, guère plus, séparent les deux rives opposées. Les falaises sont si rapprochées que tout un chacun possède l'étrange impression de pouvoir les toucher du bout des doigts.
Le Verdon doit faire face à un véritable goulet d'étranglement vers lequel il se précipite. Un énorme rocher pesant plusieurs centaines de tonnes s'est échoué au beau milieu du cours de la rivière : le Solitaire.
Autrefois, une passerelle (de randonnée) reposait sur cet immense rocher et permettait de passer de la rive droite sur la rive gauche pour prolonger l'itinéraire. L'accès en rive gauche a été envahi par la végétation. Aujourd'hui, les kayakistes le contournent pour poursuivre leur descente des eaux. Seule subsiste la passerelle empruntée par le GR 4, en rive droite, qui franchit le ruisseau du Baux (se prononce baou) qui vient mêler ses eaux dans celles du Verdon, en contrebas du parc autos aménagé à ciel ouvert. En tête de la passerelle deux sentiers offrent des directions opposées : en poursuivant vers la droite, le chemin balisé conduit à La Palud-sur-Verdon ; en poursuivant tout droit, le randonneur s'apprête à accomplir le plus célèbre sentier des Gorges : le sentier Martel.
Le sentier de référence pour les randonneurs du monde entier. C'est depuis le Couloir Samson qu'Édouard Alfred MARTEL, le 11 août 1905 au matin, s'élançait avec son équipe dans l'exploration totale des Gorges et du Canyon du Verdon, à bord de trois embarcations faites de bois et de toile... De quoi faire frémir les kayakistes contemporains !
Si vous avez pris soin d'emporter une lampe de poche, vous pourrez toujours effectuer quelques pas sur «le Martel» qui emprunte en début de parcours des tunnels qui s'enfoncent sous la montagne de part en part.
Un arrêt est recommandé près de la «Baume aux Pigeons», caverne naturelle haute de plus de 60 mètres qui surplombe le Verdon. Cette immense voûte a été creusée par les eaux du torrent émeraude au cours des millénaires. Elle incarne et représente un endroit caractéristique des Gorges.
A partir du Couloir Samson, et sur une distance de 21 kilomètres, le Verdon restera prisonnier des falaises pour ressortir à l'air libre, au Pas du Galetas. C'est aussi le parcours le plus fascinant auquel il est possible d'assister.

Le Point sublime

De retour sur la départementale 952, on parvient ensuite au site du Point Sublime. Première grande halte du circuit qu'il ne faut manquer sous aucun prétexte ! Il était réellement difficile de trouver un autre qualificatif tant la vision que l'on peut avoir du site est poignante, saisissante. Un panorama à vous couper le souffle. Au belvédère aménagé qui s'avance comme l'étrave d'un navire au-dessus du Verdon, une barrière protège d'un vide de plus de 300 mètres ce point haut des berges du torrent émeraude. L'entrée du Couloir Samson vue d'ici en surplomb est dantesque. Le couloir doit son nom à l'immense cariatide formée d'une tête ronde, de deux bras collés au corps, et deux jambes légèrement repliées sur elles-mêmes. L'ensemble donne l'impression que la figurine va écarter les falaises. «Samson» se tient sur la rive gauche, sur la paroi verticale de l'immense pavé calcaire d'Encastel, au niveau des marches d'accès au tunnel, mais à une hauteur beaucoup plus élevée. Difficile de l'ignorer, le sujet dans la roche grisâtre mesure près de 40 mètres de haut...
A noter que cette sculpture n'a pas été réalisée par la main de l'homme et qu'il s'agit bien d'une œuvre naturelle. Certains diront que derrière Samson, se tient Dalila. Effectivement, avec un peu d'imagination, une autre cariatide, semblant être drapée d'une longue et interminable jupe, se dévoile plus vers l'aval du Couloir, toujours sur la gauche, à la même hauteur que la première cariatide, légèrement en retrait.
L'hôtel-restaurant du Point Sublime est un lieu très fréquenté sur le circuit des Gorges. Le récit du périple de MARTEL en 1905 est à la disposition du public. Il doit être consulté sur place, il n'existe pas de reproduction.
La stèle, dressée à la mémoire des verdonniens qui accompagnèrent Martel dans sa folle expédition, trône sur le mamelon le plus élevé du Point Sublime. Elle présente une médaille imposante d'Isidore BLANC. Un sentier de découverte a été aménagé sur le site de Point Sublime.
Compte tenu des dizaines de milliers de visiteurs qui se déplacent chaque année pour admirer la faille béante qui s'ouvre devant eux, il existe une quantité de drailles qui s'éparpillent dans tous les sens mais qui conduisent toutes, ou presque, au même point. La vigilance est de règle, car en dehors du panorama aménagé et protégé par des barrières, les autres sentes débouchent sur un vide de 300 mètres. Il convient d'observer la plus grande prudence, surtout en compagnie d'enfants ou d'animaux domestiques laissés sans surveillance. Il faut ici signaler qu'André MONNIER de Rougon mit en valeur le site du Point Sublime. Guide au Verdon, il fut aussi à l'origine d'un tourisme moderne dans le pays du Verdon.

Rougon

Au Point Sublime, la D 17 conduit par une route raide et sinueuse au village perché de Rougon. L'emprunter est synonyme d'être à bord d'un aéroplane. Les paysages semblent se détacher, et prenant de la hauteur, l'impression de s'envoler en haut des montagnes est réelle. Rougon, campé au bord du vide sur un promontoire rocheux à 1900 mètres d'altitude offre des panoramas grandioses sur l'ensemble des Gorges.
Le géographe et humaniste Français Élysée RECLUS, saisi par l'immensité du spectacle donné devant lui ne put s'empêcher cette phrase désormais célèbre : «- Il n'est guère d'exemple plus remarquable sur terre d'entailles géantes pratiquées par les eaux pendant des millénaires...» Il est vrai que lorsque l'on découvre ce panorama, tous les ingrédients sont réunis pour un formidable cours de géologie en plein air ! La ville a su garder son cachet typiquement Provençal avec ses ruelles étroites, ses toits de tuiles d'argile, et ses habitations regroupées autour de la placette.
Les vestiges d'un fortin Templier du 12ème siècle, auquel on peut accéder par un chemin escarpé, dominent la sage bourgade. Depuis les ruines, une vision est remarquable sur les Plans de Provence, arrêtée seulement au nord du village par la Barre des Catalans (1333 m.) et traversée par les câbles d'une ligne à haute tension.
A Rougon, avait lieu autrefois une tradition aujourd'hui disparu que l'on appelait «le retour de l'Aigle». Cet événement symbolique se déroulait généralement à la fin de l'hiver (en février), et consistait à lâcher un Aigle Royal (parfois un couple d'Aigles), de façon à ce qu'il niche ensuite dans les monts du Verdon. L'Aigle ayant fui le Verdon, c'est peut-être aussi, et pourquoi, cette coutume s'est éteinte !
Rougon est dominée par les plateaux des Suèches (ou Suech, plateau des Fossiles) et des Réglès, dont le point culminant se dresse à 1447 mètres, qui forment de hauts alpages sur lesquels les troupeaux d'ovins essentiellement, paissent près de six mois de l'année à plus de 1.000 mètres d'altitude, hors de toute pollution, dans un environnement préservé.
Les Rougonnais ont été les précurseurs des explorations dans le Verdon, certains d'entre eux ayant accompagné E. A. MARTEL dans sa folle aventure en août 1905. Citons dans leurs rangs, les CARBONNEL, AUDIBERT, HONORAT, COUPPEY, et Isidore BLANC, Instituteur à Rougon, qui n'hésita pas à lâcher sa craie blanche pour signer sa présence dans le Canyon du Verdon.
De nombreux sentiers de randonnées partent depuis Rougon : le Mourre de Chanier, Le Pont de Soleils, le plateau des Fossiles (Suèch), et par le GR 4 et les cimes on parvient à Chasteuil.
Reprenant le cours de l'itinéraire, quittant Rougon et le Point Sublime, la route amorce une légère descente pour parvenir dans la dépression de Pierre Grosse. A droite du ruban gris, quelques bâtisses occupent le plateau. Parmi elles, se trouvent la bâtisse de Faucon, du Père Guy GILBERT, celui que la presse et les média n'hésitèrent pas à baptiser le Curé des loubards. La ferme accueille des jeunes délinquants venus de milieux défavorisés. Le régime et l'éducation qui leurs sont donnés au grand air leur permettent d'effectuer une réinsertion réussie.
Guy Gilbert rêve de pouvoir concrétiser un autre ambition : construire dans les années à venir, sur un promontoire à proximité de la ferme, un espace interconfessionnel de 300 m2 réunissant les quatre grandes religions : le Bouddhisme, le Christianisme, l'Islam et le Judaïsme. Le projet architectural est l'oeuvre de Béatrice MARTINET.
Passant au large d'un ranch, près duquel des chevaux se reposent en attendant leurs cavaliers, la route s'élève pour atteindre La Palud-sur-Verdon, 10 kilomètres après le Point Sublime.
 

La-Palud-sur-Verdon 

Bati sur un vaste haut plateau, à 960 mètres d'altitude, dominé par k. Mont Barbin (1.560 m.), station climatique et touristique esti-vale, le village de La Palud-sur-Verdon est à juste titre, le «Centre des Gorges du Verdon». Bourg artisanal, siège du Bureau des Guides du Verdon. Jean-François Bettus, accompagnateur D.E., s'y est installé depuis plus de 25 ans et fait découvrir à ses hôtes privilégiés les sentiers dont il a seul le secret. Il partage avec ses visiteurs, son amour sincère et vrai pour le Verdon. Le Château (fin 17ème), a été rénové à partir de 1988. Il appartenait autrefois aux Seigneurs des lieux, dont le plus célèbre fut Jean De La PALUD. Laissé plus ou moins à l'abandon depuis la Révolution, l'édifice était très délabré avant sa récente restauration.
Le château de La Palud devait initialement abriter un écomusée du Verdon. Désormais va se créer la Maison de l'Environnement destinée à informer le public sur les Gorges en général et la présenter sous un aspect autre que purement touristique. Cette réalisation devrait voir le jour prochainement sous l'impulsion du P.N.R. Verdon. Et, accueillir au cours de l'année 2000 une belle exposition sur les l'eau en général et les massifs souterrains, un peu dans la lignée et dans l'esprit de Martel. Cette entreprise ne peut que témoigner de façon bénéfique du patrimoine des pays du Verdon et mettre en valeur les atouts de cette région.
L'église de La Palud supporte un clocher roman du 11ème siècle et son architecture ressemble, en plus modeste, à la Basilique de Saint-Maximin (Var). Autrefois très prospère, les campagnes étaient plus peuplées avec, parmi les catégories professionnelles que l'on pouvait rencontrer, de nombreux potiers. PEISSELON, fut le dernier potier de La Palud qui ait entretenu un four. Il était le grand père (du côté maternel) de Georges GIBELIN qui, avec le Dr. Gilbert BLANC, (lui-même petit-fils d'Isidore Blanc qui accompagna Martel en 1905) mirent à jour au nord du village divers ossements du Paléolithique. La bourgade, fut autrefois très prospère mais cela ne l'empêcha pas comme d'autres cités de ce pays de subir de plein fouet l'exode rural de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème.
L'activité désormais essentielle est l'élevage d'ovins, la culture de plantes à parfums (la lavande), et la production locale de fromages. Espérons que les directives européennes ne mettent pas un frein en imposant une nouvelle règles de conformité pour la fabri-cation de ces fromages élaborés à partir de lait produit sur place. Le tourisme de loisirs (randonnées, escalade, tourisme vert...) est une des facettes les plus brillantes parmi les nouvelles activités. C'est sur le site de La Palud-sur-Verdon qu'avaient été relevées l'un des plus anciennes traces de peuplements de cette région des Gorges, au Néolithique, de - 6.000 à - 2.500 ans.
De nos jours, le village de La Palud est tourné vers les activités touristiques en offrant aux visiteurs des lieux d'accueil de qualité : restaurants, hôtels, campings, séjours à la ferme, gîtes...
Assurant sa réputation de Centre des Gorges, le village est une base de loisirs pour de nombreuses activités sportives de plein air : équitation et randonnées à cheval, descente en eau vive, vélo tout terrain, escalade, canyonisme, radeau-rodéo, randonnée pédestre...

Chateauneuf-les-Moustiers

Ce sont aussi des Paluards (habitants de La Palud-sur-Verdon) qui ont aidé E. A. MARTEL dans son expédition en lui fournissant outre leur expérience des lieux, des vivres, des cordages et un soutien logistique non négligeable. La Palud est devenu au fil des années «la Mecque» des escaladeurs et le point de ralliement de tous les varappeurs du monde. Pour rien au monde ceux-ci ne changeraient de port d'attache ! La proximité des célèbres et prestigieuses Falaises de l'Escalès ont largement contribué à cette renommée. Le «camp Bourbon», à la sortie ouest du village, est considéré comme le campement le plus prisé des escaladeurs.
De nombreux sentiers de randonnée pédestre ont pour point de départ La Palud, en direction du Jas d'Aire (le jas : la bergerie en Provençal), du Collet Barris, de Barbin, ou du hameau de Châteauneuf-les-Moustiers.
Au centre de La Palud, la D 123 permet d'atteindre au nord, après 7 kilomètres et avoir traversé l'immense plateau du Col de la Croix de Châteauneuf, le village en ruines de Châteauneuf-les- Moustiers. Ce hameau, rattaché à la commune de La Palud-sur-Verdon, conserve son cimetière, dont les tombes restent entretenues par les familles des défunts inhumés dans l'enceinte, cernée de hautes pierres grises. Autrefois très prospère, la bourgade a été victime de l'exode rural massif, mais surtout, du départ de ses enfants lors de la 1ère Guerre Mondiale. C'est très certainement la bourgade de la région des Gorges qui a payé le plus lourd tribut lors de ce conflit. Le village s'est littéralement vidé de ses habitants. Signe des temps et du vandalisme, j'ai connu des habitations encore en bon état, ainsi que l'église du village, dans les années 1980, qui portait encore son campanile et les cloches. Aujourd'hui, ces bâtiments font vraiment de la peine à voir. La végétation reprend ses droits. Le four à pain communal qui avait été épargné, se confond désormais avec les ronces...La vie revient, seulement et partiellement, lorsqu'un berger, son chien et son troupeau de moutons s'approchent et investissent temporairement les lieux. Parfois, un couple d'aigles dessine dans les airs de larges cercles avant de monter encore plus haut que les nuages. Au nord-ouest de Châteauneuf-les-Moustiers, on trouve le balisage qui indique le sentier de la chapelle templière Notre Dame du Roc (à ne pas confondre avec la chapelle Notre Dame du Roc de Castellane). On peut atteindre ce petit édifice, bâti dans une grande baume coincée sous la falaise, en marchant une quinzaine de minutes sur un tronçon d'une ancienne voie romaine.
Je suggérerai que cet édifice historique soit restauré par la volonté d'un organisme public ou privé et, que l'accès à cette chapelle soit condamné afin d'éviter toute dégradation qui lui serait fatale. Il se dégage néanmoins du site de Châteauneuf, une quiétude et une solennité extrêmes. Un sentiment emprunt de nostalgie, et curieusement de bien être, s'est posé sur ce village endormi dans son abandon.
Depuis La Palud-sur-Verdon s'entreprend le circuit touristique de la «Route des Crêtes», aérienne et magistrale, qui conduit vers le site de Trescaïres, de l'Escalès, et le Chalet de la Maline.
La Maline est à l'origine des sentiers de randonnées qui conduisent au fond des gorges, et notamment ceux du Sentier Martel et de l'Imbut.

La route des crêtes

Pour effectuer dans de bonnes conditions cette excursion en boucle de 23 kilomètres, par la D 23, il est vivement conseillé de l'aborder «dans le sens des aiguilles d'une montre», au départ de La Valdenay, c'est-à-dire depuis l'Hôtel des Crêtes qui se situe 1 km avant de parvenir à La Palud, au croisement des deux routes D 952 et D 23, en venant de Castellane ou du Point Sublime.
Dans le sens inverse, de La Palud-sur-Verdon à La Maline, la route est interdite à la circulation entre le Chalet de la Maline et le belvédère de l'Escalès. A signaler également que ce circuit est interdit à la circulation, entre l'Escalès et La Maline, du 15 novembre au 15 avril (parfois dès le 15 octobre selon les conditions climatiques du moment). La construction de la Route des Crêtes s'est déroulée en plusieurs étapes, entre 1948 et 1972, sur le tracé d'un sentier en balcon préexistant, ouvert au début du 20ème siècle par le Touring Club de France aujourd'hui disparu, remplacé par le C.A.F., ou Club Alpin Français.
Seize points de vue principaux ont été aménagés pour permettre aux visiteurs une vision globale, majestueuse et grandiose des sites. Des panoramas immenses, à perte de vue sur les monts et massifs du Verdon, et si le Mistral s'invite, la Méditerranée, distante seulement de 50 kilomètres à vol d'oiseau, offre ses reflets azurés.
Ce sont les belvédères successifs de Trescaïres, de la Carelle, de l'Escalès, de la Dent d'Aire, du Pas de la Baou, du Tilleul, de la Gorge de Guègues, d'Eycharme, des Glacières, de Guègues, de La Maline, du Maugué, du Styx, de l'Imbut, de Gaston Armanet et enfin, du Baoucher. Le nom de baptême de ce dernier belvédère peut sembler étrange puisqu'il ne s'agit pas d'un nom de lieu, mais celui d'une personne physique, tout simplement par le fait que Gaston ARMANET était l'un des ingénieurs qui a participé activement à la construction de la Route des Crêtes.
Les autres appellations attribuées viennent des lieux, ou des particularités du relief, sur lesquels, et parfois au-dessus desquels, les aménagements routiers panoramiques ont été réalisés. 23 kilomètres d'une route de montagne, sinueuse et tortueuse, construite au flanc des falaises, qui méritent une attention vigilante toute particulière de la part des automobilistes. Les points de vue aménagés offrent des regards puissants sur ce témoignage géologique, alors que 800 mètres plus bas, au fond de la gorge, le Verdon poursuit sa course au seuil des barres rocheuses. Il faudra compter deux bonnes heures si l'on veut apprécier pleinement les spectacles offerts sur cet itinéraires, et, prendre le temps de savourer les rencontres avec ces lieux.

De belvédère en belvédère pour admirer le Verdon

Pour synthétiser le récit de ce périple, voici la description sommaire de la Route des Crêtes, belvédère après belvédère, dans le sens indiqué au départ de La Valdenay :

Site des Trescaïres

Site des Trescaïres, de la Carelle, et de l'Escalès : après avoir traversé la dépression du grand champ de la Palud, le parcours s'élève dans le Jas d'Aire composé essentiellement de résineux. Des belvédères, belles vues en enfilade sur la face sud du défilé du Couloir Samson, les villages de Rougon et de La Palud-sur-Verdon ; le Signal de Barbin (1561 m.), les Monts du Mourre de Chanier (1930 m.) au nord, et du Chiran (1.905 m., qui supporte à son sommet un observatoire astronomique).Au fond des gorges, près du Verdon, sur la rive gauche, se dressent une curiosité naturelle, les Tours des Trescaïres (trescaïres : les trois côtés, ou, les trois vallées, celles d'Encastel, d'Escalès et de Rancoumas).
Ces immenses rochers dolomitiques s'élevant à plus de 40 mètres au-dessus du cours du torrent vert ressemblent à des pagodes cambodgiennes. A la Carelle et à l'Escalès, c'est ici que les varappeurs affrontent les parois prodigieusement lisses et abruptes des célèbres Falaise de l'Escalès (ou, Escalez). Plus de 450 mètres de verticalité absolue en surplomb du cours du Verdon... Les voies, au nombre de 2000, dont 450 sont équipées, portent des sobriquets étonnants pour les néophytes : «Mangoustine Scatophage», «Armoiraprods», «Toujourjamé», «Miskatonic», «Pichnibul», «Pitoncondrope»...
Les Falaises de l'Escalès, voilà la Mecque des escaladeurs du monde entier ! Si ce sont les britanniques qui ont été les précurseurs de la grimpe sur ces rochers vertigineux au début des années 1960, c'est une équipe composée de cinq alpinistes du Club Alpin Français (BODIN, CORDIER, LOTHARD, MOCH, et RICHARD) qui, en août 1968 (du 16 au 24), ont ouvert la première voie réelle d'escalade dans la paroi du Duc. Partagez avec eux le grand frisson du vide... Amateurs de sensations fortes vous serez certainement comblés ! Les frères GORGEON (de La Palud), Patrick BERHAULT, Jean Claude DROYER, Françoise QUINTIN, Simone BADIER et Patrick EDLINGER, ont en quelque sorte, popularisé ces falaises en les faisant découvrir au monde entier. D'autres grimpeurs, également parmi les plus chevronnés, se sont lancés dans l'exploration verticale des falaises odieusement lisses et calcaires de l'Escalès.
Pour l'anecdote, il y a quelques années, les téléspectateurs ont pu entendre cette réflexion, au cours d'un reportage télévisé, de varappeurs Français qui escaladaient une voie dans les Rocheuses (aux États-Unis) lorsque l'un d'entre eux s'exclama : «- On n'avait pas besoin de venir jusqu'ici, on avait ce qu'il fallait dans le Verdon...(sic)». Cher voyage... Comme quoi ! Là non plus, il n'est pas toujours utile de traverser l'Atlantique de l'orient à l'occident... Déjà, au Moyen-Age, le Seigneur de Trigance voulant attaquer celui de La Palud, par surprise, fit construire des échelles et des traverses en bois de buis, plantées dans la roche (des Carelles) pour franchir la muraille calcaire à son point le plus bas, et aller ainsi guerroyer contre son voisin. L'appellation est restée, d'autant que la racine escal signifie franchir et a donné escalès (en Provençal : échelles) mais aussi, escaliers, escalade, escaladeurs !
Dans les années 1985, des acrobates-voltigeurs, et autres cascadeurs, prirent les Falaises de l'Escales comme un tremplin, pour se jeter dans le vide, et atterrir en parachute au fond des gorges, à proximité du sentier Martel. Ainsi, l'un des plus fameux fut le regretté Alain PRIEUR qui, lancé à pleins gaz sur sa moto, effectua un prodigieux bond au-dessus de la faille béante pour se poser en douceur près des Trescaïres, 700 mètres en contrebas du belvédère. Récemment, au cours de l'été 1999, ce fut au tour du cascadeur Jacques MALNUIT (la doublure de James Bond) de s'élancer au-dessus du gouffre béant, n'ayant pour seul parade à sa chute vertigineuse qu'un parapente. Face à ces points de vue, se dressent sur la rive gauche opposée, les à-pic de Rancoumas, appelées également, les Falaises d'Irouelle, parsemées de nombreuses baumes ouvertes vers le ciel. Le Baou de la Chouette, cariatide naturelle caractéristique, n'est autre que le sommet de l'éperon rocheux de Rancoumas. Un sentier de randonnée y conduit.
Cette balade peut être entreprise à partir du Couloir Samson, soit depuis la rive gauche, au départ du hameau de St-Maymes (encore orthographié St-Maimes ou St-Maime, c'est-à-dire, en Provençal, St-Maxime).

Belvédère de la Dent d'Air, du pas de la Baou et du Tilleul

Belvédères de la Dent d'Aire, du Pas de la Baou et du Tilleul : de magnifiques et surprenants panoramas sont offerts depuis la Dent d'Aire (Aire : le bois, la forêt) alors que la route va atteindre 1300 mètres d'altitude.
Le Défilé des Baumes Fères (fères : hommes fiers, sauvages, rustres) dans lequel s'écoule le Verdon, le Signal de Brei's (1.279 m.), les sites de La Mescla et de Fayet, le Grand Plan de Canjuers, et le Canyon secondaire de l'Artuby se dévoilent tour à tour sur la rive opposée, laissant deviner au loin les Massifs des Maures et de l'Estérel.
Le point de vue du Pas de la Baou est encore mentionné sous le nom du belvédère du Pas de l'Abauc. Son nom originel est bien celui du Pas de la Baou. C'est d'ici que le littoral méditerranéen est bien visible lorsque le temps est favorable. Il peut arriver que l'on rencontre quelques chèvres sauvages, égarées, ou échappées de leur enclos il y a bien longtemps.
Le belvédère du Tilleul est le plus élevé de tous avec un point haut culminant à 1300 mètres. Les horizons sont vastes et généreux vers le sud, d'est en ouest entre le Point Sublime et le Chalet de la Maline accoudé au bord du gouffre béant qui domine le Verdon. Semblant faire face à l'ancienne bâtisse du T.C.F., sur la rive gauche, on aperçoit l'hôtel du Grand Canyon, juché sur le fait de la Falaise des Cavaliers, point de départ du fameux sentier des Gorges, le sentier de l'Imbut.
La route, parvenue à son point le plus élevé, va maintenant redescendre avec une pente proche de 15% d'inclinaison.

Belvédères de la Groge de Guègues, d'Eycharmes, des Glacières et de Guègues

Le circuit emprunte deux tunnels creusés à vif à travers la roche calcaire. Les panoramas s'ouvrent sur le Plan de Canjuers, le Canyon secondaire de l'Artuby, le site de La Mescla, les Tunnels de Fayet, la Falaise des Cavaliers, le Pont sur l'Artuby et le site aérien de La Maline, ouvrant à l'ouest, le Plateau des Amandiers. Sous la Gorges de Guègues, commence le Défilé de la Baume aux Boeufs (que l'on découvre à partir du Sentier Martel), et qui se prolonge jusque vers l'Étroit des Cavaliers. Sur le parcours du torrent émeraude.
En contrebas du point de vue des Glacières, se détache, esseulée au milieu d'un grand pré autrefois cultivé, la bergerie de Guègues. Les Glacières viennent de ce que les anciens conservaient dans d'immenses puits circulaires de plus de 10 mètres de diamètre, à hauteur du sol, la glace pour l'année. Le procédé de fabrication était très rudimentaire, mais fonctionnait. La glace était récupérée en hiver, posée sur des feuilles et de la paille, et l'on alternait ainsi glace-feuilles et paille jusqu'à la soupente de la toiture. Les murs, dont l'épaisseur dépassait un mètre, permettaient de conserver ainsi la glace qui était consommée lors des périodes chaudes de l'année. Les panoramas sont aériens, et les falaises semblent si proches par endroits que le cours du Verdon s'échappe parfois des regards.

Belvédères des Malines, du Maugué et du Styx

Ces parcs autos en balcon dominent la Zone Canyon du Verdon et permettent de localiser les sentiers Martel et de l'Imbut qui emmènent le randon-neur au fond des Gorges. Le Chalet des Malines, connu aussi sous le vocable de La Maline, a été construit par le Touring Club de France en 1928 lors de la création du premier sentier des Gorges, baptisé en 1930 le Sentier Martel. Le gîte de La Maline est désormais géré par le Club Alpin Français et représente le point de départ, ou d'arrivée selon le sens donné à la randonnée, des itinéraires pédestres vers le cours du torrent émeraude. Il faut compter 3/4 d'heure de marche minimum pour accéder près des berges de la rivière, (par le GR 4). Le belvédère du Maugué (le mauvais gué) est bâti à l'aplomb de la vire du Maugué qui se situe en contrebas, sur le lit du Verdon (vire : coude, virage sur le lit d'une rivière). Il en va de même pour le Styx, haut lieu renommé des gorges, dont le site fut baptisé par Martel lorsqu'il explora le canyon en 1905.
Depuis ces derniers belvédères, il est aisé de constater que, même lorsque le soleil est à son apogée, en juin, les rayons de sa lumière ont du mal à parvenir jusqu'au fond du gouffre.
Certains endroits, près du Verdon, ne reçoivent annuellement qu'une très faible quantité de lumière. C'est dire s'il peut faire frais au fond, même en plein coeur de l'été. C'est pourquoi, aussi, cette inversion des espèces végétales qui occupent les Gorges.
Le phénomène climatique particulier se reproduit dans d'autres sites du canyon et sera développé dans un chapitre ultérieur, l'explication de ce phénomène.

Belvédères de l'Imbut, Armanet et du Baucher

Les montagnes se sont rapprochées et la route est à la verticalité du gouffre. Des panoramas saisissants sont portés en direction du Canyon et sur les méandres du Verdon. Les falaises des deux rives se resserrent. Leurs courbes sont si régulières qu'elles s'imbriqueraient les unes aux autres si elles se rejoignaient. Deux départements se font face et leurs limites territoriales sont infimes, séparées seulement par le torrent émeraude.
Bien que le cours du Verdon se situe 400 mètres en contrebas, un bourdonnement sourd et incessant monte le long des parois calcaires abruptes.
Depuis le belvédère de l'Imbut on devine au fond, le Chaos de l'Imbut qui marque la fin de la zone des Gorges, par le sentier, et annonce réellement la Zone Canyon.
La route quitte à présent le gouffre vertigineux et les failles béantes pour longer le ravin de Mainmorte, dominé par un piton rocheux supportant les vestiges d'un habitat Ligure très ancien.
D'un point du circuit part un itinéraire en balcon, le sentier du Bastidon (ou sentier de Mayreste), qui surplombe la Zone Canyon. Dans le talweg de Mainmorte, coulait, et coule par intermittence, une source, dont les eaux finissent en cascade, au fond du Canyon, à proximité du site divin de la non moins célèbre Voûte d'Emeraude.
Quelques détours sur la Route des Crêtes et le circuit débouche sur le village de La Palud-sur-Verdon, qui s'étire au seuil du Signal de Barbin.

Saint-Pancrace - Digne
Digne
Vallée de la Bléone - Digne
Digne
Provence

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