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Les circuits routiers touristiques des Gorges du Verdon partie 2

De la Palud-sur-Verdon à Moustiers Sainte-Marie

Laissant le site de La Palud, l'excursion se prolonge à l'ouest vers le belvédère du Col d'Ayen (1032 m.) qui procurera encore de beaux panoramas en enfilade sur le Canyon et les rives opposées du Verdon. Le tracé de la route est sinueux et croise des champs de lavandes, près de la ferme Cauvin, à proximité du point de vue d'Ayen. La végétation est dense et verdoyante. Il n'est pas rare de rencontrer des moutons et quelques chèvres qui broutent dans les près verts. La route longe le site des Hautes, puis des Basses Graou (ou Grau), et le Relais des Balcons propose le fameux Miel des Gorges. Dans des ruches régulièrement entretenues sont élevées des abeilles butineuses qui favorisent le développement de cet artisanat alléchant.
Sur la rive gauche opposée, se dessine le long cheminement de la Corniche Sublime, tracée à l'à-pic du précipice. 7 kilomètres en aval de La Palud, une brève halte pourra s'effectuer au belvédère de Mayreste (écrit Maireste sur certaines cartes) qui domine le canyon. Le site du Verdon est ici à son point le plus resserré des Gorges, et l'on tenterait bien de toucher du bout des doigts les falaises de la rive opposée tant elles paraissent si proches ! A proximité des campagnes, quelques champs sont recouverts de lavandes et de thym. C'est à Mayreste qu'arrive le sentier du Bastidon qui prend son point de départ au nord de La Palud, à proximité du Ravin de Mainmorte. En contrebas du point de vue, sur fond champêtre, se détache les fermes de Mayreste. La bâtisse au bord du gouffre (parfois appelée le Domaine de Mayreste) est une ancienne construction d'origine templière. Désormais, un éleveur indépendant l'occupe. Plus loin, au Col de l'Olivier (711 m.), signe qu'il y avait autrefois des oliviers cultivés à proximité, la route décline et la végétation environnante laisse la place à de nouvelles espèces. Il est d'ailleurs envisagé de replanter symboliquement un olivier au col qui porte ce nom, au cours d'une cérémonie elle-aussi symbolique, au cours de l'an 2000 .
Depuis le parc autos du col de l'Olivier, le sentier de Mayreste permet de descendre au fond, près des berges du Verdon, en abordant le site de la Rue de l'Eau.
Au fond, entre les deux berges, une passerelle permettait autrefois de franchir le Verdon, la passerelle de Mayreste, et de prolonger un sentier en rive gauche. Cet ouvrage a disparu, emporté probablement par une crue dans les années 1975, et il ne reste plus désormais qu'une pile du pont en pierres de taille qui surgit hors du lit de la rivière d'émeraude.

La cascade de Saint-Maurin

La luminosité qui inonde désormais le site est plus franche, les falaises s'écartent et l'environnement semble plus aéré. S'ouvre alors le Défilé du Galetas, marqué à son terme par le Pas du Galetas, endroit resserré et étroit après lequel a été construit le nouveau pont d'Aiguines, encore intitulé le Pont du Galetas.
Tout visiteur sera surpris d'apercevoir sur le lit du torrent vert barques et pédalos engagés dans la passe.
Au détour d'un virage, une cascade toute cristalline laisse échapper une kyrielle de perles fraîches et translucides : la Cascade de Saint-Maurin. De profil, la pierre de tuf et la physionomie dues aux facéties de la roche dessinent un visage dont les traits seraient Grecs ou Perses.
Cette chute est le résultat de plusieurs sources qui se forment sur le Plateau de Barbin et qui débouchent au grand jour pour nous offrir cette curiosité rafraîchissante. Les eaux de St-Maurin poursuivent leur course folle en direction du Verdon qu'elles rejoindront en aval du défilé du Galetas. Venant en pédalo, ou en barque, depuis le Lac de Sainte-Croix, il est alors aisé de s'en approcher. Elle deviendra alors la Cascade secondaire de St-Maurin. Sur la rive opposée, au sud, les Crêtes de Vernis semble taillader le ciel d'azur tant leurs cimes paraissent ciselées et tranchantes.
Un sentier escarpé, à gauche de la chute, permet d'accéder aux grottes supérieures de St-Maurin. Ces habitats troglodytes, taillés dans le tuf, ont servi de refuge aux moines de Moustiers Ste-Marie, au Sème siècle de notre ère. On dit aussi que les Templiers les auraient occupées un temps. Ce qui est certain, c'est que ces vestiges du passé souffrent, une fois encore, des dégradations et des outrages causés par d'irresponsables visiteurs en mal de destructions.
Ces cavernes, aménagées en habitat précaire par les hommes depuis la nuit des temps, se transforment au fil des années, en véri-tables poubelles publiques des Gorges, et les pierres de tuf qui com-posent les murs d'enceinte sont de plus en plus la proie de prédateurs bipèdes inconscients, de ce site prestigieux hérité du passé.

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Le Sommet de Plein Voir

A proximité de la Cascade de St-Maurin, un sentier sportif permet d'atteindre en hauteur, le Sommet de Plein Voir qui domine toute la partie basse des Gorges et du Canyon, entre les sites de Mainmorte et du Galetas. Et, plus au loin, le Lac de Ste-Croix, Aiguines, les cités au bord du lac et le Plateau des Lavandes, Valensole.
Les falaises de Barbin et de Barbès dominent outrageusement la route et surplombent dignement l'ensemble de défilé, immense cirque saillant ouvert sur le ciel.
Dans le Défilé de la Rue de l'Eau, les eaux du Lac de Ste-Croix remontent dans le canyon. Le Verdon vient s'y mêler afin d'accentuer les tons de bleu et de vert. Le belvédère du Galetas, le dernier de cette route de la rive droite des Gorges du Verdon, domine outra-geusement le Lac de Ste-Croix-du-Verdon.
De très vastes panoramas sont offerts en direction d'Aiguines et de Valensole, des Préalpes de Digne, et du Mont Ventoux. Les contre-forts du Lubéron se détachent à l'horizon.
Sur la rive gauche, l'immense éperon calcaire du Galetas, par-semé de baumes gigantesques, tel une vague immense qui domine ouvertement la passe, se lance à l'assaut de l'azur du ciel provençal.
Galetas serait originaire du nom d'un chef de tribu, Gaulois, qui portait le nom de Galata, ou bien encore Galétéas, qui avait établi son campement en ces lieux.
Ces valeureux guerriers Gaulois ont eu bien raison d'établir leurs huttes à cet endroit car de nombreux avantages s'offraient à eux. Pour l'eau, ils profitaient de celle tirée du Verdon, ou de la cascade de St-maurin ; leurs troupeaux pouvaient gambader librement dans la grande plaine des Salles (le lac étant à cette époque bien loin d'exister !) ; ils avaient en face d'eux une vaste dépression qu'ils dominaient outrageusement et, en cas de danger, ces derniers pou-vaient se réfugier dans les baumes des falaises et trouver un refuge sécurisant. Ils n'étaient vraiment pas fous ces Gaulois...
La route que nous empruntons actuellement devait être à l'origine, une simple sente empruntée par les bergers. Au Galetas prend fin le territoire que l'on a coutume d'appeler «les Gorges du Verdon». Après, se situe le Lac de Ste-croix, et commence la région du Bas-Verdon, avec pour premier site, les basses Gorges de Quinson et de Baudinard. La forêt domaniale traversée jusqu'à présent était celle des Gorges du Verdon. Elle devient désormais, la Forêt Domaniale du Mont Denier.
L'itinéraire routier par la rive droite se termine au Carrefour St-Clair, laissant désormais Castellane à plus de 45 kilomètres derrière nous.
Le croisement permet deux nouvelles directions :
  • à droite : par la D 952, Moustiers Sainte-Marie, Cité de la Faïence (l'Art, et les localités de Riez , Valensole, Puimoisson ;
  • à gauche : par la D 957, le Lac de Ste-Croix-du-Verdon et les villages posés sur les berges, Les-Salles-sur-Verdon, et Bauduen-surVerdon, puis Baudinard-de-Verdon, et enfin Aiguines et la Rive Gauche par la Corniche Sublime, (ou bien encore en direction du Haut-Var).

Moustiers-Sainte-Marie

De nombreux oliviers jalonnent la route qui mène à cette prest igieuse cité qui ressemble à un village de crèche de Noël. A moins de 700 mètres d'altitude, de nombreuses espèces de la flore méditerranéenne s'épanouissent ici librement.
Moustiers-Sainte-Marie est la Capitale Internationale de la Faïence d'Art, en même temps qu'elle appartient au club prestigieux des «plus beaux villages de France», blottie à 630 mètres d'altitude, le bourg provençal est posé aux pieds de deux immenses rocs calcaires. Porte des Gorges du Verdon, à l'ouest, siège de l'administration du Parc Naturel Régional du Verdon depuis sa création en mars 1997, Moustiers est une cité qui possède charmes et caractère. La vision d'une chaîne portant en son centre une étoile compagnonnique tendue entre les monts subjugue plus d'un hôte du site.
La cité des potiers tire son nom prestigieux de Monasterium (le monastère), grâce à l’Évêque de Riez, Maxime, qui en 432 après J.C. décida d'installer à cet endroit une importante colonie de moines de l'Abbaye de Lérins. L'Abbaye de Lérins est un imposant monastère toujours en activité sur l'île de Lérins, au large de Cannes, dans les Alpes-Maritimes.
La bourgade, typiquement provençale, est composée de deux quartiers principaux séparés par le Ravin Notre Dame au fond duquel se précipite la bondissante rivière de la Maïre.   
L'histoire de la cité fut mouvementée et les épisodes de guerres, de famines, d'invasions, furent nombreux surtout entre les 6ème et le 10ème siècles. Des «vilains» (pillards) effectuèrent de nombreuses exactions. Ils ne furent pas les seuls car se succédèrent tour à tour, les Wisigoths, les Ostrogoths, les Francs, les Lombards, les Celtes, les Saxons, les Sarrasins, les Maures... A partir du 12ème siècle, les Templiers seront bien représentés à Moustiers, et renforceront en l'aidant, la présence religieuse des moines. La ville conservera cette prospérité religieuse jusque vers le 15ème siècle, époque à laquelle l'activité nouvelle de l'art de tra-vailler la terre fine, autrement dit la poterie, prendra le pas sur les activités annexes. Ce qui n'empêcha pas la cité de demeurer au fil des siècles un centre religieux important avec l'édition de nombreux pèlerinages, soutenus par un autre Evêque de Riez, Clément, qui accorda en 1335 «ses faveurs et son soutien» à la ville. Il est coutume de dire que «Moustiers était le Lourdes de son temps».
On relate même qu'en l'année 1669, 30 000 pèlerins seraient venus en un seul jour pour prier à Moustiers. La ferveur religieuse est telle, à cette époque, que les pèlerins se rendent en nombre pour se recueillir à Notre Dame d'Entre Roches, ou bien encore Notre Dames d'Entre Monts, dédiée à la Vierge Marie. L'édifice qui surplombe le ravin est plus connu sous le nom de Notre Dame de Beauvoir.
Le vocable Sainte-Marie, en l'honneur de la Vierge, fut accroché au nom de Moustiers dès le 15ème siècle. La Vierge tenait une place très importante, également pour les Templiers qu'ils honoraient dans leurs prières.

La chaîne de Moustiers

Ce qui peut surprendre en visitant Moustiers Ste-Marie, c'est la présence d'une immense chaîne tendue entre les monts, au-dessus des toits des habitations et de la chapelle blottie au creux des parois rocheuses. Autre particularité célèbre de la cité provençale. Notre Dame de Beauvoir est rehaussée d'un collier gigantesque que l'on nomme la Chaîne du Croisé Blacas d'Aups.
L'origine et la présence de cette chaîne ont suscité bien des légendes. Tous n'en retiennent qu'une, celle du Félibre Frédéric MISTRAL (in «Calendal», 1885), qui nous livre ceci : "...le Croisé Duc de Blacas, Blacas d'Aups, prisonnier des Sarrasins en Terre Sainte au cours de la Sixième Croisade (au 13ème siècle) fit, du fond de son cachot, ce voeu à notre Dame d'Entre Roches..."
«À tes pieds Vierge Marie    (A ti ped Vierge Mario
Je suspendrai ma chaîne    Ma cadeno penjarai
Si jamais je retourne    Se jamai tourne mai
A Moustiers dans ma patrie...»    A Moustiers dins ma patrio...)
Libéré, de retour dans sa patrie moustiérenne, notre Croisé tint sa promesse, il tendit une chaîne entre les monts...
Cette réalisation tomba plusieurs fois dans le ravin, mais, elle fut toujours remise à sa place. Plusieurs étoiles se sont succédées depuis le 13ème siècle. Détruites ou cassées, décrochée par les Révolutionnaires en 1792, l'avant-avant- dernière fut restaurée en 1882 par J. MARTIN qui y gravit ses initiales et la date de son remplacement. La Chaîne mesurait 227 mètres de long et pesait 400 kilos.
L'étoile avait quant à elle dix raies, mesurait 80 centimètres de diamètre et pesait 14 kilos. Tombant une nouvelle fois, une nouvelle étoile fut réalisée en maillechort par Aimé BOURJAC, le dernier forgeron de la cité, et remise en place le 18 août 1957, à 250 mètres en surplomb du Ravin Notre Dame. Conséquence de l'usure du temps et des intempéries de l'hiver 1994/95, la chaîne se brisa une fois encore le 27 avril 1995.
Le ferronnier HONNORAT, de Puimoisson, et le doreur Christian JOESSEL, de Lorgues (Var), la remirent bénévolement en état. Un mois plus tard, le 27 mai 1995, la chaîne et l'étoile étaient remises en place.
Cette étoile de compagnon à 5 rayons qui brille de mille feux au-dessus des toits de la cité provençale telle un signe ou un guide, conduit le visiteur sur les chemins qui mènent vers les grands pèlerinages...

Les clochers et chapelles

Redescendons à présent vers le coeur de la bourgade, cité de la Faïence d'Art, au-dessus de laquelle s'élève le clocher de La Collégiale Sainte-Marie, qui est aussi l'église paroissiale de Moustiers, édifiée au 12ème siècle.    De style roman provençal, elle est flanquée d'un clocher carré lombard à trois étages. Le campanile abrite une cloche datée de 1447, l'une des plus anciennes de la Provence. En 1708, un tremblement de terres secoua la région eut pour effet de déstabiliser l'édifice. Le clocher posséda la curieuse particularité de trembler lorsque les cloches carillonnèrent. Pour éviter tout risque d'effondrement du campanile, on évita de sonner les heures de la messe pendant quelques temps. Des travaux de restaurations ont été entrepris en 1972 et permirent de mettre à jour des vestiges d'une chapelle pré-romane du 12ème. La chapelle Notre-Dame de Beauvoir, élevée au creux du ravin Notre Dame, fut édifiée au 5ème siècle sur les bases d'un temple marial. Consacrée à La Vierge, lieu de pèlerinage au 15ème en raison de «répits» et de miracles qui s'y produisaient, le monument est dans le plus pur style roman, même si en 1880 des ouvertures ont été pratiquées pour laisser pénétrer davantage de clarté. Une cloche de 800 kilos, montée par le chemin de croix à dos d'hommes et de mulets, prend place dans le clocher carré. Deux grands cyprès, symboles de l'accueil et de l'amitié s'élèvent devant l'entrée du bâtiment. Le portail, en bois, daté du 16ème siècle,semble selon certains, porter des signes Templiers. Connue jusqu'au 15ème siècle sous le nom de Notre-Dame d'Entre Monts, ou celui de Notre Dame d'Entre Roches, elle porte désormais le nom de Notre Dame de Beauvoir. C'est à cette chapelle, et à la Vierge, que le Croisé Duc de Blacas fit le voeu de tendre sa chaîne. En contrebas, la grotte dédiée à Marie-Madeleine est accessible depuis l'itinéraire, ainsi que le Puits de la Fée. Un surnom fut aussi attribué à Moustiers, le Pays des Fées. Le cadre provençal de cette cité aux mille visages est réellement enchanteur et charmant, pour ne pas dire charmeur !
La chapelle Sainte-Anne, construite au 11ème siècle (faisant corps avec l'enceinte du cimetière) mérite un détour. De nombreuses randonnées partent de Moustiers. Au nord-ouest de la cité de la faïence, en direction des anciens remparts (porte fortifiée du Riou), on pourra s'émerveiller devant la cascade du Riou qui plonge de toute sa hauteur dans le talweg. Un chemin ment ionne les directions de Majastre et les fermes de Vincel. Cet itinéraire sur les hauts plateaux emprunte, dans sa phase terminale, une portion de la voie romaine qui reliait entre elles Castellane, La Palud et Moustiers.
Sur le haut plateau, à proximité des fermes de Vincel, ont été réalisées au cours de l'été 1997, de nombreuses séquences du film «Une Chance sur Deux» de Patrice LECONTE, avec Alain DELON, Jean-Paul BELMONDO et Vanéssa PARADIS, dans les rôles principaux.
Le Musée de la Faïence a été réalisé dans l'ancienne Maison Claustrale. De très belles pièces de collection y sont exposées dont certaines ont appartenu à Marcel PROVENCE, l'homme qui redonna sa vigueur à Moustiers Ste-Marie, au début du 20ème siècle, en rallumant un vieux four de potier, chauffé au bois et qui s'était refroidi depuis bien longtemps.
L'un des plus beaux villages de France, Capitale Internationale de la Faïence d'Art, Porte des Gorges du Verdon, compte aujourd'hui 19 ateliers qui prolongent cette tradition artisanale au savoir-faire inégalable, et incomparable. 25 boutiques de renommée mondiale présentent les créations des Maîtres Faïenciers, héritiers des plus grands créateurs de tous les temps. Moustiers est une cité qui reste animée même au cœur de l'Hiver.
L'histoire de la Faïence de Moustiers n'est pas aussi idyllique que le visage actuel de la cité veut bien nous le laisser entrevoir. Les événements avaient pourtant bien commencé. La célébrité contemporaine de la cité Provençale est passée par des phases douloureuses avant de devenir ce qu'elle est.
 

Petite histoire de la faïence d'art à Moustiers Sainte Marie


«Une tradition ne vit qu'en évoluant.» Marcel PROVENCE (1892-1951)

En 1672, le Roi Louis XIV est à la recherche de nouvelles recettes pour renflouer les caisses du royaume et poursuivre sa politique expansionniste. Il décide de faire prélever un impôt sur les pièces décoratives, et sur la vaisselle, d'or et d'argent. A Moustiers, en 1679, le 24 avril pour être précis, le Notaire de la ville inscrit pour la première fois à la plume sur les registres :  Pierre CLÉRISSY «Maistre Faienssier». En 1689, Louis XIV prescrit de porter la vaisselle d'or et d'argent à la Monnaie Royale pour qu'elle y soit fondue. COLBERT, soucieux d'oeuvrer pour le développement de l'industrie créé les Manufactures. A Sèvres, pour la Porcelaine, les ateliers ouvrent en 1663. Le Roy Soleil, désireux de donner l'exemple, encourage l'utilisation de la faïence à table. Au lendemain des Édits Somptuaires du Roy (1689, 1699, 1709), toute l'aristocratie et la bourgeoisie Française imite Versailles et substitue à la vaisselle d'or et d'argent, la faïence. On a dit aussi, que Louis XIV avait souhaité concurrencer la porcelaine venue de Chine, et avait voulu créer en France un artisanat typiquement national de façon à n'utiliser que de la vaisselle et des ornements produits dans les ateliers du royaume. C'est peut-être vrai, en partie, mais cela n'enlève en rien à l'histoire de la faïence à Moustiers.
Les potiers de Moustiers, regroupés sous la protection de St-Claude, connaissent l'art et la manière de produire des faïences depuis la fin du 16ème siècle...
L'origine du mot «faïence» est double :   
  • de «Faenza», ville d'Italie rendue célèbre par les productions de ses ateliers au 15ème siècle,
  • de «Fayence», ville du Var, réputée à la même époque pour ses céramiques d'art. 
La coutume veut que ce soit un moine italien, du Couvent des Servites, qui ait confié à Pierre Clérissy le secret et le procédé de fabrication des faïences. Certains ont dit qu'il aurait appris cet art en travaillant dans une manufacture royale à Nevers. A Moustiers, il s'installe Maïstre Faïenssier avec son fils Antoine.Très vite, d'autres potiers se mettent à fabriquer des faïences et cette nouvelle activité dépasse largement toutes les autres. Clérissy, ne voulant pas perdre sa renommée, engage François VIRY, Maître-Peintre à Riez.
Pierre Clérissy, fils d'Antoine, porte à son apogée l'École de Moustiers. Son atelier devient vite le plus grand de la cité. Et, ses activités sont si florissantes qu'elles lui permettent d'acquérir la Seigneurie de Trévans, la Charge de Secrétaire du Roy au Parlement de Provence (à Aix-en-Provence), et les terres du fief de Roumoules. Les décors Clérissy sont caractérisés par des productions de camaïeu bleu avec des tons différents, sur fond blanc et émail grand feu. Pierre Clérissy, vend ses ateliers à Joseph FOUQUE en 1783, ses quatre fils ne souhaitant pas poursuivre l'oeuvre familiale. Joseph Fouque, après un apprentissage chez la famille OLERYS, s'associe avec Jean-François PALLOQUIN. Les descendants de Folique maintiendront la tradition faïencière dans la famille jusque en 1852. Il y a eu, bien entendu, bien d'autres «potiers» qui devinrent à Moustiers «Faïenciers» lorsque cette activité prit son essor.

Le développement de la faïence

Joseph Olérys (né en 1697) a fait ses premières armes chez Pierre Clérissy. En 1723, à la demande du Comte ARANDA, il se rend à Alcora, près de Valence, en Espagne, pour y créer une manufacture. Il est presque certain que c'est là-bas qu'il va apprendre les secrets de la polychromie qu'il introduira ensuite aux activités de Moustiers Ste-Marie.
Il emmène son art avec lui, et lorsqu'il revint dans sa ville natale, il engage Jean BÉRAIN, peintre, décorateur au grand talent, qui introduit ce que l'on appelle encore «les décors à la Bérain». La production des pièces est marquée par des scènes mythologiques inspirées des gravures d'Antonio TEMPESTA. La fabrique (on ne parlait pas encore d'usine) d'Olérys prospère rapidement et répond aux exigences du moment grâce à la polychromie. Son fils, Joseph Olérys, s'associe avec Jean-Baptiste LAUGIER. Leurs descendants n'auront pas le talent de leurs pères et l'atelier, dirigé alors par Jean-Baptiste CHAIX fermera ses portes en 1790.  
Parmi les nombreux artistes de grand talent qui se sont distingués dans la conception des décors de faïences, citons Jean-Baptiste NIVIÈRE, Jean et Paul ROUX. Chez les faïenciers, Gaspard FÉRAUD, créé à Moustiers une nouvelle fabrique vers 1779. Il s'associe avec Joseph-Henri BERBEGIER dont il se séparera en 1792 en poursuivant seul son œuvre. Jean-Baptiste FERRAT, neveu de Pierre 1 Clérissy, Consul de Moustiers en 1732, produit des faïences depuis 1718. Les Frères Ferrat introduisent la technique du petit feu ou feu de moufle, technique développée à l'époque, à Strasbourg et Lunéville (Alsace). Joseph FOUQUE et J.-B. THION seront les principaux faïenciers à s'inspirer de ce procédé. L'Abbé Henri REQUIN, historien de Moustiers, mais aussi amateur d'art, évalue à une trentaine, le nombre de manufactures qui, au milieu du 18ème siècle, sont établies à Moustiers. Il dénombre la production totale d'environ 10 millions de pièces... La profession n'eut guère de femmes dans ses rangs. Encore moins nombreuses furent celles élevées au rang de Maïtre Faïencier.   
Hélène FABRE est certainement l'une des rares femmes à disposer de ce privilège. Belle-fille de J.-B. Ferrat, elle assura la prospérité de l'atelier jusque en 1761. Les décors créés au fil des époques furent nombreux. De sources et d'inspirations variées, et les thèmes généraux que l'on retrouve le plus souvent, en monochromie de bleu généralement, et en polychromie, peuvent être résumés de la façons suivante :
  • les Camaïeux bleus : inspirés à l'origine de l'influence des fabriques de Nevers et de Rouen,
  • les Armoiries et héraldiques, insignes et blasons,
  • les scènes mythologiques ou religieuses,
  • les décors à la Bérain : interprétations personnelles du décor grotesque connu depuis l'antiquité et remis au goût du jour par la Renaissance,
  • les décors à médaillons et à guirlandes : des dessins dans lesquels figurent des personnages, des fleurs, des ornementations,
  • les décors aux drapeaux : les dessins représentent des trophées avec des armes, et des emblèmes relatifs à la chasse, à la pêche, ou à la musique. On dit qu'ils ont été créés en 1745 après la Bataille de Fontenoy,
  • les décors révolutionnaires : les dessins représentent des décors maçonniques et compagnonniques hérités de la Révolution de 1789.
Les modes de cuisson : deux principalement étaient pratiqués, le grand feu, et le feu de moufle ou petit feu.
  • le grand feu : après avoir été sorties du moule, les pièces sont mises à sécher. Puis, cuites dans un four porté à 1.000° centigrades. Retirées du four, elles sont immergées, par la suite, dans un grand bain d'émail blanc. Les décors sont peints avec minutie car les retouches sont impossibles. La pièce, ou biscuit, repasse au four pour une seconde cuisson à plus de 950°. Une fois sortie du four, la pièce de faïence est définitivement terminée.
  • le feu de moufle (*) ou petit feu (feu de moufle : partie réfractaire d'un four dans laquelle sont placés les éléments à traiter afin de les protéger soit des effets directs du foyer, soit de l'oxydation de l'air.) : après démoulage, séchage, et un premier passage au four, la pièce est immergée dans un bain d'émail blanc, puis remise au four. Les décors sont peints sur l'émail déjà cuit. Ce procédé a l'avantage de permettre des retouches si l'artiste s'est trompé. Les décors peints, on remet pour la troisième fois la pièce au four pour une ultime et dernière cuisson. Sortie du four, la pièce est terminée.
Les fours des potiers fonctionnaient au bois de chauffe. Si les deux procédés de cuisson ont été largement utilisés par les maîtres Faïenciers, le second, le petit feu, fut par la suite abandonné. Son utilisation devenait de plus en plus onéreuse car demandait une énorme consommation de bois. Aujourd'hui, les fours des Faïenciers fonctionnent à l'électricité.
Initialement, la production de faïences à Moustiers était surtout destinée à l'aristocratie, et à la grande bourgeoisie. Des commandes personnalisée étaient passées aux fabriques par des clients privilégiés. Des commerçants spécialisés, dans les grandes villes limitrophes de la Provence, mais aussi du littoral, proposaient à leur clientèle des Faïences de Moustiers. Les 17ème et 18ème siècles ont été des époques de grandes foires et marchés ambulants. La moitié de la production des faïences s'écoulait ainsi. La plus importante fut pendant très longtemps la Foire de Beaucaire (Gard). On y venait de toute l'Europe, parfois même d'autres continents, afin de passer des commandes. C'est sans doute ainsi, en voguant sur les mers du globe, que la renommée des Faïences de Moustiers a fait le tour du monde... Un don venu des Fées. Trois éléments principaux ont permis à la faïence de se développer : l'eau, le bois, et l'argile fine. L'eau provenait des sources alentours et du Verdon. Le bois, les buis essentiellement, des Gorges du Verdon. L'argile quant à elle était extraite des carrières de la région et parvenait à Moustiers sous la forme de gros blocs compacts. Ces blocs étaient concassés à leur arrivée, puis rendus friables ils étaient tamisés, pour enfin être foulés aux pieds pour obtenir une pâte homogène.
Cette pâte était par la suite battue pour éliminer les gaz qu'elle pouvait contenir. Rarement employée brute, elle parvenait aux potiers, puis ensuite aux maîtres Faïenciers qu'ils étaient devenus, pour la production des pièces de faïence. Leur habileté, leur savoir-faire, leur imagination, donnaient naissance à des productions qu'ils façonnaient à la main, modelées sur un tour rotatif actionné du pied.
Lorsque les pièces réalisées étaient terminées (assiettes, plats, cruches, tabatières...), celles-ci étaient mises à sécher pendant plu-sieurs jours, parfois jusqu'à trois semaines consécutives, puis passées au four selon les divers modes de cuisson. Il restait ensuite à l'artiste d'exprimer son talent en dessinant les décors inspirés du moment, ou ceux issus de sa fertile imagination.
Le déclin. A la fin du 18ème siècle, les Faïenciers moustiérens durent subir la concurrence des porcelaines anglaises, chinoises, mais aussi françaises. Les ateliers de faïences connaissaient déjà un certain déclin lorsque la Révolution de 1789 éclata. Les restrictions imposées par la Révolution, les blocus imposés par l'Empereur Napoléon, les décors imposés et réalisés sur les pièces devenant de plus en plus longs à peindre, la clientèle dite privilégiée qui avait favorisé le développement de l'activité n'existait plus, ou pratiquement plus (revers de fortunes, exil, faillites...) au lendemain de la période révolutionnaire, les modes passant, les Faïenciers de Moustiers subirent des événements lourds de conséquences.

Fin des manufactures de la faïence

Les années 1830-1840 marquèrent la fin des manufactures faïencières de la cité provençale et l'arrêt quasi généralisé des productions. Pierre Toussaints FÉRAUD sera le dernier Maïtre Faïencier de Moustiers à fermer ses portes au lendemain du Second Empire, en 1874 très précisément. Ainsi, Moustiers Sainte-Marie qui avait été sous le règne de Louis XIV un des plus grands centres faïenciers de toute l'Europe, et du monde, vit à partir de la seconde moitié du 19ème siècle s'éteindre un à un les fours qui avaient servi à produire les faïences les plus remarquables produites jusqu'à ce jour de part le monde.
Un demi siècle s'était écoulé et Moustiers n'avait pas produit une seule pièce d'émail cuit, lorsqu'un passionné d'art et d'histoire (de la faïence...), ralluma un vieux four à bois. Vint alors ce jour de 1926 pendant lequel Marcel PROVENCE (1892/1951, journaliste, poète et dramaturge) allait redonner vie et espoir à tout un canton qui s'était endormi un beau jour de 1874...
Le 15 septembre 1929, aidé par un groupe d'amis aussi passionnés que lui, mais aussi amateurs de céramiques, Marcel Provence créé le premier Musée de la Faïence de Moustiers. Créateur, et donateur généreux, de nombreuses pièces de sa collection personnelle au Musée, et, en ayant l'idée de redonner force et vigueur à un vieux four de potier, il contribua à ressusciter la grande chaîne des Maîtres Faïenciers d'autrefois.
C'est en 1929 également que Marcel Provence fonda l'Académie de Moustiers, sous la forme d'un centre d'Études de Faïences Anciennes.
La seconde guerre mondiale vint freiner les efforts consentis par le mécène et les faïenciers. Amené à abandonner les buts qu'il s'était fixé, Marcel Provence confia à Mme Simone GARNIER (non pas la présentatrice de la télévision des années 1960-70, aux côtés de Guy LUX et de Léon ZITRONE, mais sa collaboratrice) la lourde tache d'assurer sa grande oeuvre et de la mener à bien.
Après avoir occupé des locaux municipaux pendant quelques décennies, le 1er juillet 1978, le Musée Historique de la Faïence de Moustiers était inauguré dans la crypte de la Maison Claustrale qui avait appartenu, autrefois, aux moines de l'Abbaye de Lérins. Marcel Provence avait une devise : «Semper Ardens», toujours le feu. Aussi, on peut demeurer certains que les artisans de Moustiers, héritiers des Maîtres Faïenciers du 18ème siècle, forgent et perpétuent cette tradition, en contribuant et en continuant à faire de Moustiers Sainte-Marie, la Capitale Internationale de la Faïence d'Art.
Pour l'anecdote, si vous achetez une pièce de Moustiers, c'est-à-dire une faïence, et si vous voulez réellement savoir si cette pièce est véritablement «du Moustiers», sous la pièce figurent le nom de la fabrique et le nom du créateur, suivi de cette courte phrase «Faïencier à Moustiers». S'il est mentionné «de Moustiers», ayez alors des doutes quant à l'authenticité de la pièce...
Confusion à éviter :
  1. ne pas confondre les termes Moustiérens et Moustériens :
  • Moustiérens : les habitants de Moustiers Ste-Marie, avec,
  • Moustériens : de Moustier, en Dordogne, période de la fin du Paléolithique inférieur de - 100.00 à - 36.000 ans. Le Moustérien succède à la civilisation Tayacienne et, préfigure de ce que sera l'Homme de Cro-magnon, dont l'outil dominant principal est le racloir, pour le traitement des peaux, le dépeçage d'animaux...
        2. ne pas confondre, non plus, les deux cités : Moustiers (Ste-Marie) avec Moûtiers, chef de lieu de canton, dans la Tarentaise (Savoie).
 

De Moustiers Sainte-Marie au Lac Sainte-Croix du Verdon

Aux côtés des faïences qui confèrent à Moustiers sa renommée internationale, d'autres spécialités ou curiosités artisanales viennent compléter une activité florissante. Les parfumeries artisanales avec pour principal composant la lavande (le Plateau de Valensole est à quelques pas), le miel et l'hydromel, l'huile d'olive et le travail du bois d'olivier, en même temps qu'un artisanat local typiquement Provençal. Autant d'atouts qui servent cette cité médiévale et qui font d'elle un important centre touristique et économique, tout au long de l'année. Plaque tournante des excursions en direction des Gorges du Verdon, mais aussi vers Riez et Valensole, le littoral méditerranéen et les villes des Alpes, Moustiers Ste-Marie mériterait que l'on s'y attarde de belles journées.
Deux circuits permettent d'aborder le lac de Ste-Croix-du-Verdon et les villages campés sur ses berges :
  1. Par le nord : de Moustiers Ste-Marie à Aiguines en passant successivement par Sainte-Croix-du-Verdon, via Riez et le Plateau de Valensole (ou par la «Route Historique» de Moustiers à Ste-Croix-du-Verdon en longeant les falaises au-dessus du lac), puis Baudinard, Bauduen, Les Salles-sur-Verdon pour atteindre Aiguines. Circuit dans le sens inverse des aiguilles d'une montre.
  2. Par le sud : en visitant successivement Les Salles-sur-Verdon, Bauduen, Baudinard, Ste-Croix-du-Verdon, Moustiers Ste-Marie (soit par Riez, soit par la «Route Historique»), pour atteindre Aiguines, ce qui oblige à refaire le trajet Moustiers / le Pont du Galetas afin de rejoindre Aiguines, au retour. Circuit dans le sens des aiguilles d'une montre.
Le choix n° 1 possède l'avantage de prolonger l'itinéraire en ne passant pas deux fois au même endroit sur le chemin du retour. Par contre, ce parcours évite toute la portion du circuit de visite comprise entre Moustiers Ste-Marie et le Pont du Galetas, puisque l'embranchement pour atteindre Aiguines se situe au niveau des Salles-sur-Verdon. Nous aborderons dans ce chapitre le choix de l'itinéraire n° 2, par le sud. Il convient de reprendre la D 957, au sud de Moustiers Ste-Marie pour rejoindre le Lac de Ste-Croix-du-Verdon et les cités accoudées sur les berges. Au carrefour St-Claire, (Verdon rive droite - La Palud-sur-Verdon), en face du Camping, prendre en droite ligne en direction du sud. La route aborde le lac et se dirige vers le nouveau pont d'Aiguines, ou plus souvent appelé le Pont du Galetas, qui permet de franchir allégrement les berges, tout en effectuant un changement de département. Jusqu'à présent, l'itinéraire se déroulait dans les Alpes de Haute-Provence. Il se prolonge désormais dans le Var. Le pont a été édifié en 1973, au droit du Pas du Galetas, afin de favoriser les échanges de communications entre le Haut-Var et la région des Gorges du Verdon, et le sud de la Basse-Provence. Est-il besoin de rappeler, ici, que le pont romain de Garuby gît désormais sous les eaux du lac et qu'il fallait bien un nouveau pont pour accéder aux régions plus septentrionales. Il fallait bien un nouvel ouvrage pour franchir aisément les rives opposées. C'est ainsi que fut construit ce pont dont la présence est primordiale afin d'assurer les communications nord/sud.   

Le Lac de Sainte-Croix

Contrairement aux paysages des Gorges du Verdon traversés initialement, les panoramas sont ici plus ouverts et plus aérés. La végétation a elle aussi en partie changé dans ses variétés. L'itinéraire suit, ou contourne, les berges de cette vaste étendue lacustre qui couvre une superficie de 2500 hectares. La retenue contient 770 millions de mètres cubes d'eau qui alimentent l'usine électrique, en queue du lac, pour la production d'énergie électrique. Mis en eaux en 1973, ce plan d'eau constitue un endroit idéal pour la plaisance et les autres activités nautiques qui peuvent y avoir lieu : planche à voile, canoë, pédalo, pêche, baignades...
La liste est variée. Par contre, seules les embarcations dotées d'un moteur électrique peuvent s'aventurer sur l'onde. La circulation des engins à moteur fonctionnant au moyen de carburant polluant
sont strictement interdits. Le Lac de Ste-Croix-du-Verdon s'inscrit dans une ligne politique et économique régionale d'irrigation et de captage des eaux destinées à l'élevage et l'agriculture. Sa vocation n'est pas uniquement destinée à remplir une fonction de production d'énergie électrique via les barrages situés en aval de l'étendue aquatique.
De nombreux campings ont été créés sur son pourtour afin de permettre l'accueil de populations estivales, et l'on trouve des hôtels, des gîtes, des séjours à la ferme, et de nombreuse plages.
C'est à partir de l'une de ces plages (de préférence pas trop éloignée du Pont du Galetas pour cause de Mistral qui se lève en fin d'après-midi !), qu'il est possible de louer un pédalo, ou une barque, pour tenter d'effectuer une remontée dans la partie terminale du Canyon du Verdon et de profiter ainsi d'autres points de vue, tout en effectuant de nouvelles découvertes.
Avec parmi elles, une gigantesque baume ouverte sur le cours du torrent vert, la Grande Baume du Galetas, quelques mètres au détour de la Glue, en venant du lac en barque ou en pédalo. Dépassant le Pont du Galetas, le circuit se poursuit en direction du village des Salles-sur-Verdon. Peu après l'ouvrage du Galetas, si le visiteur souhaite faire l'impasse sur la découverte des cités au bord du lac, au croisement entre la D 957 et la D 19, il lui est possible de rejoindre directement Aiguines, Cité des Tourneurs, Porte du Verdon, en accédant à la Rive Gauche des Gorges du Verdon.

Les Salles-sur-Verdon

Longeant les berges du lac formé par les eaux du Verdon, le visiteur parvient sur la commune qui a payé le plus lourd tribut à la mise en eau de la Plaine des Salles. Le territoire communal comptait 1400 hectares avant 1973. Il n'en compte plus aujourd'hui que 400... Le lac en ayant donc englouti 1000, y compris l'ancien village, les ruines de l'ancien château du 13ème siècle. Construit à 523 mètres d'altitude, c'est le plus jeune village de France, non par l'âge de ses habitants, mais du fait de sa création en 1973, et de son inauguration l'année suivante, en 1974. L'architecture et la physionomie de la nouvelle cité sont l'oeuvre de l'architecte LINOSSIER, lauréat d'un concours dont le thème principal était : «Un village de Provence aux constructions méditerranéennes modernes».
Avant que l'ancien bourg ne soit noyé sous les eaux, les habitants ont pu sauver la cloche de l'église, la fontaine de la place, le lavoir et quelques pierres des anciennes demeures. La beauté du site permettra, non pas d'oublier ce qui a disparu, mais de jeter un regard nostalgique sur ce qui aura été une vallée verdoyante et fertile.
Depuis son inauguration, Les Salles-sur-Verdon s'est agrandie et s'est parfaitement intégrée dans les paysages. De nombreuse activités sont proposées sur les berges proches, des campings et des hôtels accueillent un nombre croissant d'estivants. De nombreuses animations se déroulent en été sur la place Ste-Anne. Face au village, l'Île de Coste-Belle, créée artificiellement elle aussi, accueille baigneurs, pédalos et véliplanchistes.
Sur les hauteurs dominant les Salles, on peut apercevoir Aiguines et son château aux tours rondes caractéristiques, que l'on peut encore atteindre en empruntant la D 71, au carrefour dès la sortie du village. Cette petite route traversera des lieux dits aux noms évocateurs : «les Turcs», «les Avocats», «les Pistolets»...
Laissant les Salles-sur-Verdon, la route longe les berges puis se détache de celles-ci pour rejoindre, toujours par la D 957, Bauduen. Il n'existe toujours pas d'accès routier plus direct entre les Salles-sur-Verdon et Bauduen depuis la création du lac, ce qui oblige les automobilistes à effectuer un détour de 21 kilomètres pour atteindre la cité. Le projet d'une route directe remonte aux années 1934-1948, mais il ne fut jamais concrétisé.
Au croisement de St-Andrieux, prendre alors à droite, la D 49, en direction de Bauduen.

Bauduen

Le cheminement suit les courbes des berges du lac de Ste-Croix et laisse découvrir la bourgade comme si elle avait été posée délicatement au bord de l'eau. En fait, Bauduen, était, avant 1973, située à 1000 mètres du cours de Verdon... En raison de la diminution de la côte maximum du plan d'eau, Bauduen a échappé à la submersion totale. Autrefois et bien avant même la création du lac, justement, Benduenglum était située sur la voie romaine qui reliait Forum Julii (Fréjus) à Riez et constituait, de ce fait, un passage obligé sur le parcours.
Les témoignages d'un passé florissant subsistent. Des ruelles étroites et ombragées conduisent vers ces témoins du temps jadis. Citons les vestiges du château féodal dont il ne reste plus que la porte du Couchant et le portail Neuf . La tour sarrasine dresse ses dernières ruines. Par contre le Casteu, ancienne demeure seigneuriale du 17ème siècle, occupée depuis 1904 par l'Hôtel de Ville, présente une belle architecture provençale.
Bauduen est exposé face au sud et donne l'impression d'une architecture triangulaire dont le sommet du clocher forme la pointe la plus élevée. Blotti contre la colline, le village est situé à 500 mètres d'altitude, et de nombreux panoramas s'ouvrent vers l'étendue lacustre, Baudinard, et le village de Ste-Croix-de-Verdon, situé de l'autre côté du lac.
Il est impossible d'évoquer le site de Bauduen sans mentionner la vie de St-Lambert, natif de Bauduen qui fut Évêque de Vence ( dans les Alpes-Maritimes), dont le récit de la vie est retracé dans un ouvrage du sanctuaire de l'église paroissiale.
Bauduen, cité lacustre estivale et touristique offre de nombreuses installations livrées aux plaisirs nautiques : plages, berges accueillantes, petit port de plaisance...
Un centre astronomique, «Astro-Terre», ouvre ses portes et permet d'étudier le ciel et les étoiles. Mais aussi, d'autres activités comme la géologie et la géographie de la région sont proposées aux visiteurs. La Foire des Métiers d'Art et de l'Artisanat est un événement original, haut en couleurs et pittoresque, qui se tient à Bauduen, généralement vers la fin du mois d'août. Des promenades et des randonnées sont offertes à partir de cette charmante cité des rives méridionales du lac de Ste-Croix. La route autour du lac se terminant en cul-de-sac, il faut revenir sur ses pas pour récupérer la D 71, à 2 kilomètres de Bauduen, et prendre à gauche le trajet qui conduit en direction de Baudinard-sur-Verdon. Le parcours, ombragé, suit les courbes des berges du lac.  

Baudinard-sur-Verdon

La départementale en lacets nous fait découvrir Baudinard qui se situe à 700 mètres d'altitude. Son emplacement permet un panorama dominant sur toute l'étendue du Lac de Ste-Croix. Même s'il semble être tenu à l'écart des autres, le village s'inscrit dans le circuit des Gorges du Verdon autour du Lac de Ste-Croix. Il garde de son passé, des découvertes archéologiques importantes. Au cours de fouilles effectuées dans les grottes qui ont fait sa réputation, les scientifiques ont pu mettre à jour des céramiques peintes du Chalcolithique (période de transition entre le Néolithique et l'Âge du Bronze, avec l'apparition des premiers objets en cuivre), et divers graphismes de cette période. Des vestiges d'une occupation gallo-romaine ont également été répertoriés, et Beldisnar, cité pour la première fois en 1113, est à l'origine de la fondation de Baudinard.
De l'imposant Château des SABRAN (grande famille de la noblesse Provençale qui a compté dans sa lignée des Rois, des Reines, des Princes et des Comtes), il ne reste plus aujourd'hui qu'un donjon rectangulaire du 14ème siècle. L'église paroissiale St-Jacques est datée du 17ème. Village typique du Haut-Var, Baudinard possède sur son territoire, un édifice élevé au titre des «Monuments et Sites Classés», l'Abbaye de Valmogne, construite entre la fin du 10ème et le 12ème siècle, a fait l'objet d'importants travaux de restauration. La visite du prieuré est désormais accessible.
La chapelle Notre-Dame de la Garde (11ème et 16ème siècles), est inscrite au titre des «Sites Classés». Avec la proximité du lac, de nombreuse activités sont proposées, en dehors de la Pétanque, de l'équitation ou du tennis. Le tracé, sur les terres de la commune du sentier de Grande randonnée, le GR 4 , voit passer un grand nombre de visiteurs. Le Canyon de Baudinard fut noyé par les eaux du lac lors de la création de ce dernier en 1973. Néanmoins il est possible d'effectuer quelques balades en surplomb du canyon, par les sentiers qui longent le sommet des falaises qui pointent à 150 mètres au-dessus du lit du Verdon.
De nombreuses grottes percent la roche calcaire, comme de la Baume de l'Église (occupée par les hommes du Néolithique), ou la Baume aux Pastels qui sont les plus connues.
Depuis la petite cité provençale perchée dans le ciel d'azur, il est possible de rallier Riez, Montagnac, et le Plateau de Valensole, par la départementale 9.
Quittant Baudinard-sur-Verdon, il faut reprendre la D 71 et en arrivant au carrefour, prendre à droite la D 111 qui conduira au village de Sainte-Croix-de-Verdon, qui a donné son nom au lac.
Le barrage-usine de Ste-Croix permet le passage d'une rive à l'autre, tout en changeant une nouvelle fois de département. Quittant le Var, l'hôte du site regagne les Alpes de Haute-Provence. Laissant au nord le Lac de Ste-Croix, le torrent émeraude s'engage désormais dans un nouveau périple dans la zone des Basses-Gorges du Verdon.

Sainte-Croix-sur-Verdon

En rive droite du lac, perché à l'à-pic d'une barre rocheuse, à 525 mètres d'altitude, sa position dominante permet de belles vues sur l'étendue lacustre. Si le village a donné son nom au lac, c'est en raison du barrage-usine qui a été édifié sur le territoire de la commune. Sur la rive opposée, se détache Bauduen que l'on a visité précédemment. Le site présente une zone d'études géologiques importantes de la période du Quaternaire, caractérisée ici par d'innombrables «galets enrobés» qui apparaissent au grand jour. Mais aussi, par la présence d'ammonites, de bélemnites, et d'autres roches sédimentaires de cette période, ainsi que des sables marnocalcaires. Les ruines d'une église dédiée à la Sainte-Croix (fêtée le 14 septembre), vestiges de l'ancien prieuré dépendant de l'Abbaye St-Victor de Marseille, et d'un château du 18ème, propriété des Évêques de Riez, dont les remparts sont mitoyens avec les murs d'une chapelle médiévale d'origine templière, sont encore visibles, mais dans un triste état de délabrement.
Lors de la construction du barrage et de la naissance du lac, en 1973, quelques habitations ont été prises par les eaux. De fait, le village a aujourd'hui les pieds dans le lac ! L'essor touristique récent participe au développement économique de la cité qui garde farouchement ses traditions provençales. Les artisans de Ste-Croix animent de leurs travaux et de leurs oeuvres les ruelles du village, et perpétuent l'héritage des métiers d'autrefois.
Sainte-Croix-de-Verdon a fait l'objet de nombreuses polémiques, dès les années 1980, et s'est rendue célèbre dans la presse régionale et nationale. En effet, naissait à cette époque, un projet allemand pour la création d'un complexe touristique de grande envergure, baptisé du nom du lieu où il devait être bâti, le complexe de la Louvière. Il était initialement prévu de construire un établissement de cure d'une capacité de 400 lits, d'un hôtel de 400 chambres, d'un golf de 18 trous, d'un lotissement composé d'une centaine de pavillons, des piscines, des tennis, un centre sportif... Un genre de Las Végas à l'américaine au coeur de la Provence !
Ce projet, même s'il a été regretté par certains, est finalement tombé dans l'eau... du lac. Si, réellement, ce complexe avait favorisé un tant soit peu l'activité économique de la région en général, et de Sainte-Croix-de-Verdon en particulier, nombreux sont ceux qui «oublièrent» dans ce projet colossal, de comptabiliser les centaines de milliers de mètres cubes d'eau nécessaires pour alimenter l'établissement thermal, l'arrosage quotidien de la pelouse du golf (et Dieu sait si ici les étés sont secs !), et approvisionner l'ensemble des infra et superstructures, des lotissements... au détriment des agriculteurs et des éleveurs de la région déjà tributaires de l'eau et qui, de surcroît, souffrent parfois des effets de la sécheresse pour irriguer leurs terres. D'accord, il existe le lac de Ste-Croix à proximité. Mais la vocation première du lac est de fournir de l'eau pour produire de l'électricité via les barrages-usines. L'irrigation des cultures n'étant pas considérée comme une priorité, et venant après la régulation du débit du Verdon, du maintien du niveau des lacs en fonction de la pluviométrie et de la fonte des neiges, etc...
Heureusement, celui-ci fut écarté et abandonné en mars 1990 au grand soulagement des défenseurs et protecteurs de la nature. Le comité chargé de la réalisation du Complexe de la Louvière s'étant sabordé de lui-même !
Quittant Sainte-Croix-de-Verdon, au nord-ouest, l'itinéraire permet de gagner Riez et Valensole, le plateau des lavandes, par la D 111. Il est également possible de regagner Moustiers Ste-Marie, par une route carrossable, étroite, sinueuse mais au combien pittoresque permettant d'effectuer un tour complet du lac par la «Route Historique». Ce trajet longe les crêtes et offre de très beaux panoramas sur les sites traversés.
On peut tout aussi bien, par la D 111, rejoindre la D 11, et effectuer un crochet par Riez, Puimoisson, et le Plateau de Valensole, avant de parvenir à Moustiers Ste-Marie.
Ou bien, au contraire, revenir sur ses pas, et de Ste-Croix-de-Verdon regagner Les-Salles-sur-Verdon et emprunter la D 71 en direc-tion d'Aiguines.
Il faut mentionner que le tour complet du Lac de Ste-Croix-du-Verdon et la visite des cités qui le bordent nécessite une bonne journée d'excursion, pour une balade en boucle d'environ 60 kilomètres.

D'Aiguines aux balcons de la Mescla par la corniche Sublime

Aiguines

Cité des Tourneurs de Buis, Porte des Gorges du Verdon, bâtie de façon amphithéâtrale à 820 mètres d'altitude, Aiguines est la ville la plus septentrionale du Haut-Var, accrochée sur les flancs du Grand Margès (1577 m.).
L'étymologie du nom vient probablement du grec Aigos Ina qui signifie le pays des chèvres. Prouvant là, s'il le fallait, la longue tradition de l'élevage sur le territoire.
Baptisée Castrum de Aquina sous Jules César, cet oppidum a été édifié à proximité de la voie romaine qui reliait entre elles les villes actuelles de Grenoble - Digne - Fréjus. Le pont romain de Garuby, portait le nom de «ancien pont d'Aiguines» jusque dans les années 1973. Le pont du Galetas porte également le patronyme de «nouveau pont d'Aiguines».
Deuxième commune au palmarès des plus vastes de France jusque dans les années 1950, la cité a perdu 7500 ha. de la superficie de son territoire au profit du Camp Militaire de Canjuers, et, 150 ha. lors de la naissance du lac de Ste-Croix-du-Verdon. Des traces d'une population sédentaire, qui remonteraient à 2500 ans avant J.C., ont été mises à jour. Il s'agirait probablement de l'occupation d'une peuplade d'origine Ligure, les Albiacoei, qui s'installa sur ce point haut. Ensuite, les Phocéens (des Grecs), puis les Romains, annexèrent tour à tour le pays.
Avec la proximité du Plateau de Canjuers sur lequel stationnaient les Légions Romaines, un oppidum fut dressé. Jules César fit d'Aiguines, un point d'observation avancé sur les grands Plans de Provence. Du belvédère situé près de la place actuelle, le point de vue embrasse un panorama largement ouvert sur plus de 180° en direction du Plateau de Valensole, les contreforts du Luberon et des Préalpes de Digne, le Ventoux, la plaine occupée par le lac, et le Serre du Montdenier (1.750 m.) qui se dressent au nord-ouest, dominant aujourd'hui Moustiers (occupée seulement à partir du 5ème siècle).
De l'est à l'ouest en passant par le sud, tous les horizons étaient observés, et l'accès par le nord (actuellement desservi par la D 71) était condamné car aucune voie n'existait alors, seul un chemin conduisait près du Verdon en passant par le Col d'Illoire, pour l'approvisionnement en bois des foyers du village.

Religions et seigneuries

D'un point de vue religieux, Aiguines fut longtemps sous l'influence de l'Abbaye Saint-Victor, alors indépendante et rattachée à aucun diocèse en particulier (comme l'est encore aujourd'hui le village de Séborga, situé au nord de San Remo, dans la province Italienne d'Impéria). En 813-814, un polyptyque de l'Évêque WADALDE, de Marseille, soutenu par les Carolingiens, et en particulier par Charlemagne, donne mention à l'Abbaye de passer sous la domination de l'Évêque de Marseille. De fait deux courants religieux vont s'opposer dans toute la Provence. D'un côté, on trouve celui de l'Abbaye Bénédictine Saint-Victor (de Marseille), de l'autre, celui du Monastère de Lérins (sur l'Île St-Honorat) qui sera très fortement implanté dans le région des Gorges du Verdon. L'Abbaye de Lérins sera soutenue plus tard, entre les 12ème et 13ème siècles, par les Templiers. Les Templiers qui aidèrent au développement du village et dont l'influence y fut importante. Sur un plan politique, quatre familles de Seigneurs vont dominer la Viguerie : les VILLENEUVE au 13ème siècle, les SABRAN, entre le 14ème et le 17ème, les GAUTHIER au 17ème également, et les VARAGES au 18ème (Varages est un village du Centre-Var, réputé par ses porcelaines de belle facture).
Lorsqu'elle épouse Pons JUSTAS en 1195, Béatrice de SABRAN, héritière de Guillaume IV de Forcalquier, devient ainsi la nièce par alliance du Comte de Provence Alphonse 1er. Le château actuel fut édifié entre 1596 et 1599 par Balthazar de GAUTHIER, Seigneur d'Aiguines. Son fils, Marc-Antoine, militaire sous les ordres du Maréchal de VITRY, se distingue pendant la Guerre de Trente Ans en parvenant à reprendre aux Espagnols, les Îles de Lérins. Ce n'est pas tant son passé héroïque qui fit la célébrité d'Aiguines, mais une matière première naturelle, utilisable à volonté, presque inépuisable, que les artisans surent exploiter sans modération : le buis.

Savoir-faire ancestral

Qui n'a jamais eu entre les mains une boule de buis cloutée, un cochonnet pour jouer aux boules, ou n'a jamais vu une boule de roulette de casino de jeux ?
C'est à Aiguines que les artisans tourneurs de buis ont hérité de ce savoir-faire ancestral. Cette activité prit forme au Moyen-Âge pour se perpétuer jusqu'à eux, au 20ème siècle. Les productions de boules cloutées, ou boules ferrées, ont fait le tour de monde ! Si les hommes tournaient le buis, les femmes quant à elles se chargeaient de les ferrer, c'est-à-dire, de les clouter.
Autrefois, les boules étaient en buis. Le jeu de boules Provençal, et même la Pétanque à ses origines (inventée à La Ciotat, à côté de Marseille, par Jules LENOIR, en 1910), se jouait avec des boules tournées dans le buis, puis cloutées, avant qu'elles ne fussent coulées dans le bronze, puis dans l'acier, comme elles le sont à notre époque. Cet artisanat a désormais disparu en 1939. Albert ROUVIER, le dernier tourneur du village, poursuivit son art jusqu'en 1978. Un musée, le Musée des Tourneurs, est là pour nous rappeler cette richesse du passé.
C'est donc vers les activités de loisirs et du tourisme que la cité s'est tournée depuis lors. Elle accueille un bureau de l'organisme «Verdon Accueil» susceptible de fournir aux visiteurs toutes les informations nécessaires concernant les Gorges du Verdon : hébergements, loisirs, curiosités, etc... Le Château d'Aiguines (privé, ne se visite pas) a été restauré en 1913, puis une nouvelle fois en 1990. Ses quatre tours rondes en poivrières recouvertes de tuiles en argile vernissées sont très caractéristiques. Chacune des tours symbolise une saison de l'année, et elles sont orientées au quatre points cardinaux en fonction de la symbolique des saisons.
Les tuiles originelles ne proviennent pas de Moustiers, mais plus certainement, de Varages, ou de Salernes, lieux où l'on travaillait déjà la terre cuite et les céramiques, à la même époque qu'à Moustiers.
L'église paroissiale renferme un Christ grandeur nature en chêne sculpté datant du 16ème siècle. L'architecture de l'édifice est de style roman primitif, coiffé d'un toit de tuiles en argile ocre-rouge. Les habitations sont serrées les unes aux autres, et les toits, couverts de tuiles dites romaines, donnent un cliché traditionnel des villages provençaux. Un artisanat local bien développé permet d'entretenir l'activité économique de la ville.
Au nord, la chapelle St-Pierre, Saint-patron d'Aiguines, et les vestiges de l'ancienne tour de guet dominent la bourgade.

La sorcière du village

La légende raconte qu'une sorcière vivait près d'Aiguines, dans un mas du quartier qui porte le nom de Ferme de la Médecine. La mère Bousquet, puisque ainsi était son nom, connaissait les vertus des herbes du plateau. Ses décoctions étaient préparées avec les plantes rares et insolites qu'elle ramassait dans les bois et les campagnes du Verdon, mais aucune de ses potions n'était maléfique. Ses préparations empiriques étaient destinées à soigner et à guérir contre les maladies d'origines diverses. Le lieu dit Ferme de la Médecine, ou le Quartier de l'Hôpital, plus au nord vers Moustiers, étaient des sites où au Moyen-Âge probablement, des soins étaient prodigués aux habitants et aux nécessiteux. La ferme de la Mère Bousquet fut endommagée en 1944 lors des combats entre l'occupant Allemand et les Résistants.

Saint-Pancrace - Digne
Digne
Vallée de la Bléone - Digne
Digne
Provence

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