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Les hôtes des Gorges du Verdon

​Le Plateau de Canjuers

Il était difficile, encore une fois, de réciter tant de témoignages sur le Verdon et d'ignorer la présence sur ce territoire d'une particularité géographique qui, depuis 3.000 ans, a permis aux hommes de la Préhistoire et du Canyon, de vivre et de prospérer.
Le Plateau de Canjuers est un vaste massif calcaire du Jurassique Supérieur des Préalpes de Grasse, situé dans le département du Var, et, intégré aux Grands Plans de Provence, dès l'époque romaine. Il est, avec le Plateau de Valensole, ces plates-formes naturelles immenses élevées comme des autels pour la célébrité des sites minéraux. Canjuers s'étend du nord de Draguignan au sud des Gorges du Verdon, délimité au septentrion par les crêtes du Grand Margès (1577 m.). Ourlé à l'ouest par les collines d'Aiguines à Aups. Arrêté à l'est par les contreforts de Castellane-Fayence. Son altitude va jusqu'à 1577 mètres. Les Étés sont torrides et secs ; les Hivers froids et rigoureux. Pour y avoir effectué des manœuvres lors de ma vie Militaire, je pense sincèrement qu'il n'y a pas de grandes différences de températures sur les hauteurs, avec ce que l'on peut connaître à la même époque à l'extrême nord de l'Europe. Nous avons là, par endroits, notre «Petite Sibérie à la Française».
La formation géologique de ce pays remonte à l'Ère Secondaire et l'on peut aisément penser que cette dépression représentait, en fait, un immense atoll dont le fond était occupé par diverses espèces coralliennes. Un climat tropical chaud et humide y sévissait, favorisant ipso facto le bon développement de groupes reptiliens, crocodiliens, et de poissons à carapaces osseuses. Un haut récif qui unissait les Massifs des Maures et de l'Estérel, préservant du même coup la cuvette sédimentaire des violents mouvements marins. Ce qui permit, en 1970, la découverte de nombreux fossiles du Jurassique et du Crétacé, lors de fouilles archéologiques menées par Messieurs L. GINSBURG et G. MENNESSIER. Leur découverte fut capitale lorsqu'ils mirent à jour un spécimen unique venant compléter la panoplie des Bâtisseurs de l'Histoire de la Terre (les Archéologues) : un magnifique «Sténéosaure» intact, vieux de 135 millions d'années, mesurant 2,40 mètres de long, gisant au cœur du site répertorié sur le Petit Plan de Canjuers. Et, leurs moissons archéologiques s'agrémentaient de tortues aquatiques, d'ammonites, d'oursins, de coquillages en tous genres. D'autres espèces végétales et animales furent ainsi relevées, datant de la fin du Secondaire. Autre découverte d'importance, celle d'un «Pleurosaure», animal préhistorique marin. Ce qui prouve encore une fois, et si besoin en était, la présence de la mer qui recouvrait la région des gorges, il y a des millions d'années.

L'héritage du passé

Héritier d'une longue tradition militaire, le Plateau de Canjuers s'intègre parfaitement dans les Plans Avancés de Provence. Des ruines romaines ont été répertoriées et il est certain que Jules César, au retour d'une campagne militaire contre Pompée, en 49 avant J.C., ait installé ses glorieuses Légions sur le plateau. C'est sans doute à ce moment-là, que Jules César fit d'Aiguines un point d'observation avancé, un oppidum, pour être plus précis. Les Plans Avancés de Provence, appellation romaine, s'inscrivaient dans la Provincia Romana et le fait d'installer des régiments sur les hauteurs permettait un contrôle quasiment absolu des val-Ives, des axes de communications, et facilitait également le déploiement des troupes armées.
Cette pratique militaire s'est perpétrée jusqu'à nous, puisque les zones situées en altitude représentent toujours des points militaires stratégiques : qui tient les hauteurs, commande les vallées. Incontestablement, l'appellation de Canjuers est héritée du passage de l'hôte illustre de la région, premier fondateur du campement des garnisons romaines sur le site. Jules César, Empereur de Rome, Canjuers est un dérivé de Camp de Jules, ce qui laisse supposer une occupation militaire romaine jusque vers la fin de l'Empire Romain d'Occident, au 5ème siècle de notre Ère. C'est probablement de cette époque d'occupation que remonte la construction du Pont de Garuby, désormais enfoui sous les eaux du lac de Ste-Croix.
Tout au long de son passé, le plateau de Canjuers a supporté essentiellement une activité vivrière tournée vers l'élevage d'ovins et de caprins. Une densité démographique extrêmement faible et une implantation fermière divisée, laissant penser à une autarcie de la vie locale. Il était difficile de vouloir implanter des cultures à haut rendement agricole, lorsque l'on sait pertinemment que les zones composées de rochers et les cailloux sont bien supérieurs en nombre à celles des terrains cultivables. Contrairement au Plateau de Valensole dont la qualité et la nature du sol favorisent une agriculture céréalière, en même temps que l'élevage de la lavande (il existe des cultures de lavandes, mais on élève les plants). Dans ce contexte, une demi-douzaine de hameaux vivait repliée sur eux-mêmes.
Le climat ne favorisait pas non plus de nouveaux lieux de peuplements. D'un côté une tendance méditerranéenne accentuée de mai à septembre caractérisée par des Étés chauds et secs, sans une goutte de pluie et des nuits lourdes ; de l'autre, une période hivernale stricte et sévère aux allures d'un climat de haute montagne avec de la neige, du givre, de la glace, des vents froids et violents. Le Printemps et l'Automne ne faisant que de courtes apparitions.

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Flore et faune du plateau de Canjuers

Quant à la végétation, la seule vraie occupante du site par ce qu'elle s'adapte, celle-ci est composée en majorité par le maquis, les garrigues, des massifs de buis et d'épineux, et de quelques espèces d'arbres, pins sylvestre et chênes persistant essentiellement. La flore, pour sa part, est surtout représentée par des espèces méditerranéennes vivaces dites sauvages : Vipérine, Panicaut, Genêt d'Espagne et montagnard, et de plantes aromatiques traditionnelles comme le thym, le laurier, le romarin... La faune, elle aussi, est à dominance méditerranéenne, surtout reptilienne. Deux rivières coulant seulement en surface approvisionnent en eau cette immense étendue. On trouve, au nord, l'Artuby qui se jette dans le Verdon au lieu La Mescla. Et au sud, la Nartuby, qui va se perdre dans le cours de l'Argens près de Le Muy, ville du Centre-Var.
Le relief est d'origine karstique, ce qui laisse supposer l'existence de nappes d'eau souterraines permettant autrefois aux hommes et aux bêtes de subsister au temps de leur présence sur le plateau. Les Spéléologues, ces fouilleurs téméraires des entrailles de notre planète, ces Fils de Martel ont relevé de grands gouffres, comme celui l'Aven de Sorps. Parmi les sources enfouies qui s'écoulent sous terre, on ne peut s'empêcher de mentionner la Sorps, cette rivière naturelle qui traverse Canjuers, et qui, avant la mise en eau du lac de Ste-Croix, formait la Fontaine L’évêque, en surgissant hors de terre près de Bauduen. Source vauclusienne qui était considérée comme l'une des plus belles d'Europe avec la Fontaine de Vaucluse.
Les courses spéléologiques sont réglementées avec la présence du Terrain Militaire, car les avens se situent généralement dans les zones de manœuvres des chars et de l'Artillerie.
L'exploration des réseaux résulte d'une convention d'exploitation passée entre les autorités Militaires, le Spéléo-Club de Draguignan, et, le Centre d'Études Archéologiques du Var. Les travaux et les explorations ont lieu en juillet et en août, lors des périodes d'arrêt des tirs. L'évocation de cette zone interdite et hautement réglementée nous amène à parler tout naturellement du Camp Militaire de Canjuers.

Canjuers, le camp militaire

Depuis maintenant plusieurs années, on associe les termes «Plateau de Canjuers» avec le Camp Militaire de Canjuers, dont le projet de création fut lancé en 1962. Le périmètre géré par L'Armée Française couvre 35.000 hectares. Le territoire sous surveillance s'et end sur une distance de 35 kilomètres de long, dans sa partie la plus étirée, sur 10 à 12 de large dans la plus étroite.
Au départ de Draguignan on aborde le site par la D 955 qui traverse de part en part le périmètre pour rejoindre Comps-sur-Artuby,  nord-est. La départementale 25 qui relie Bargemon à Bargème, passe à travers le camp militaire. La D 49 qui permet de gagner Aups à Bauduen, contourne la limite sud-ouest, et la D 957 (Aups-Moustiers Ste-Marie) longe les limites occidentales de la zone militarisée.
Des panneaux d'informations rédigés en Français, Anglais, Allemand  et Italien, sont dressés à l'entrée du périmètre à proximité des touristes sur les précautions à prendre lors de la traversée du Terrain Militaire, et des routes qu'ils seraient amenés à emprunter à l'intérieur de ses limites. Les haltes en dehors du tracé de la route ne sont pas conseillées. Il convient de rester sur le parcours de celle-ci, si l'on souhaite éviter de se trouver au beau milieu du polygone de tirs. Quelle belle cible vous feriez alors ! A défaut de vous retrouver nez à nez avec un char AMX 30 surgissant du maquis et ses quelles 40 tonnes en déplacement... Ou bien, avec le fleuron de l'artillerie motorisée sous la forme d'un char «Leclerc» !

La vie s'organise dans le camp militaire

Rien d'étonnant ou de particulier à cela, puisqu'il ne faut pas ignorer que le Terrain Militaire du Plateau de Canjuers est un espaces de manœuvres pour l'Armée, et que c'est là, la première utilité de cette zone sous protection. Les constructions des premiers casernements débutèrent en 1970. Par la suite, entre 1972, date de la prise d'armes du 21ème Régiment de Camp, et 1984 lorsque fut créée la 3ème Compagnie Renforcée de Travaux, des régiments vinrent successivement s'installer. En 1973, ce fut le Centre de Perfectionnement des Cadres et d'Instruction des Tireurs (Arme Blindée Cavalerie et Artillerie Sol-Sol).
En 1976, le 60ème Rgt. d'Artillerie et des Éléments du 405ème Rgt. d'Artillerie de Hyères-les-Palmiers (refondé depuis en 54ème Rgt. d'Artillerie) et, le 1er Rgt. de Chasseurs. Sans omettre de citer une Batterie de Tir au complet du 401ème Rgt. d'Artillerie installée à l'année. Cet ensemble constitue une véritable ville dans laquelle sont stationnés en permanence près de 3.000 hommes qui accueillent plus de 110.000 militaires par an. Ces chiffres datent de l'époque où il n'était pas question de mettre un terme à la Conscription des soldats. C'est-à-dire, pour les novices, le Service National.
Des aires aménagées permettent de recevoir des régiments de l'Armée Française, mais aussi des contingents venus de l'Europe (les alliés principalement et en particulier «des 15»), du Canada, et même des États-Unis.
Tous viennent se perfectionner sur ce qui représente le plus grand camp militaire d'entraînement en Europe Occidentale.
Le Camp de Canjuers reçoit les Unités Blindées et Mécanisées de l'Armée de Terre (Chars et Artillerie), et les hélicoptères de l'Aviation Légère de l'Armée de Terre (A.L.A.T.). La rudesse du climat, la configuration chaotique et inhospitalière du paysage, la pauvreté des terres, et l'étendue des zones non boisées, en font un périmètre de manœuvres idéal.
Hors saison estivale, il est fréquent d'entendre tonner le canon. Ce bruit étrange et insolite ne doit pas empêcher les visiteurs de poursuivre leur excursion dans les monts et les massifs du Verdon.

Le camp militaire et son environnement

Buis, maquis et garrigues, occupent largement le plateau. Rares sont les forêts, et les seuls arbres présents sont ceux qui sont capables d'affronter les caprices du climat, Pins Sylvestre et Chênes Pubescents sont dominants. Les autorités du Camp participent avec l'Office National des Forêts (O.N.F.) à la valorisation des zones boisées. Ils coopèrent ainsi à la lutte contre une maladie due à la pollution moderne qui vise au dépérissement du Pin Sylvestre. 160 kilomètres de coupe-feu ont été aménagés et l'on peut affirmer, sans chance de se tromper, que les mesures incendies prises ici sont parmi les plus efficaces du monde.
L'exemple pourrait être appliqué en périodes estivales dans le Midi de la France, ce qui éviterait peut-être que notre Forêt Méditerranéenne ne parte en fumée. Les causes, on les connaît aussi, l'urbanisation et le tourisme sauvage de masse. Les tirs, pour ces raisons, sont suspendus en Été. Ce qui n'empêche pas les Sapeurs-Pompiers basés à Canjuers de venir prêter main forte, et d'aider leurs collègues des départements voisins lors d'incendies qui se déclarent bizarrement, et principalement, entre la fin juin et le début septembre.
Le feu est le pire ennemi de notre Région administrative, et l'année la plus terrible fut sans doute celle de 1990 au cours de laquelle ce sont 27.000 hectares de forêts qui ont été détruits, rayés tout bonnement de la carte !
Quant à la chasse (le gibier est essentiellement le sanglier), réglementée, elle est autorisée dans l'enceinte des limites du Camp. Un «droit de chasse» est accordé par les Autorités Militaires aux adeptes de cette activité, principalement des habitants de communes limitrophes. Pour l'anecdote, lorsque l'on dit que les Militaires sont des fervents passionnés d'armes à feu, ceux-ci ne représentent que 19% du nombre total des chasseurs de gibiers, dans ce département où l'Armée est bien représentée. 81% des chasseurs sont des «civils».
L'Armée entretient de bonnes relations avec les communes environnantes, preuve en est qu'elle permet à des éleveurs riverains de faire gambader librement leur cheptel dans certaines zones concédées. Et notamment, à des bergers de Comps-sur-Artuby.

L'entente cordiale

Le Plateau de Canjuers présente une région archéologique riche. Les Paléontologues s'y intéressent également pour la poursuite de leurs études in situ. Des fouilles sont entreprises par des organismes, qu'ils soient privés ou publics. Cette collaboration est issue d'une convention passée entre ces entités et le Ministère des Armées.
Le Museum d'Histoire Naturelle a lancé, il y a de cela quelques années, une vaste campagne de recherches pour tenter de faire reconnaître le Plan des Bessons (nord-est du Petit Plan de Canjuers) en site Paléontologique.
De fait, les Archéologues, les Minéralogistes, les Géologues et les Spéléologues bénéficient des mêmes conditions avantageuses dans leurs travaux respectifs quant à les études menées sur le terrain : le relevé des vestiges de l'occupation romaine ; le développement de la flore microscopique dans le cours de l'Artuby ; le recensement topographique des découvertes de fossiles ; la mise à jour de nouvelles galeries et de nouveaux réseaux souterrains ; les relevés géologiques des périodes de sédimentations...
Les activités touristiques n'épargnent pas le Camp du fait des routes qui le traversent, et en période estivale, nombreux sont les visiteurs qui migrent du nord au sud, ou dans le sens inverse, soit à la recherche de découvertes dans les sites du Verdon, soit à la poursuite du soleil azuréen. Même si la Plateau de Canjuers n'offre pas un aspect touristique majeur, puisqu'il accueille le Terrain Militaire du même nom, sa présence sur les limites de l'aire géographique des Gorges -et du Canyon- du Verdon est incontestable. Tout au long des routes qui jouxtent la présence de ce site, des panneaux bordés bleu-blanc-rouge, la plus part du temps accrochés aux arbres le long du parcours, rappellent sans cesse que les lieux sont interdits d'accès.

Les gorgerettes du Jabron

A quelques pas des célèbres Gorges du Verdon, un ruisseau coule nonchalamment du sud au nord, pour se jeter dans le Verdon à Carrejuan : le Jabron.
Le Jabron prend sa source près d'un hameau situé au sud-est des Alpes de Haute-Provence du nom de La Foux. La longueur totale de son trajet relevé n'excède pas 18 kilomètres. Le cours de la rivière s'oriente au nord-ouest pour atteindre le village qui porte son nom, Jabron, situé sur la D 955. Longeant la plaine médiévale de Trigance, le Pont Napoléon permet de le franchir aisément au seuil de la petite cité varoise. Le torrent s'enfonce ensuite dans les minis gorges qu'il a creusées, les Gorgerettes, pour rejoindre ensuite le Verdon. Un petit pont, le Pont romain de Sautet, permet de surplomber son mini-canyon. Encore une preuve de l'occupation ancestrale de Rome sur cette terre Provençale.
Le débit du Jabron varie tout au long de l'année en fonction de la pluviométrie, et de l'hydrologie de son cours alimenté par plusieurs petites sources de résurgence. Relativement actif en Automne, et au Printemps, le lit du Jabron est souvent à sec entre juin et début septembre. Des marmites remplies d'eau, des gours et des biefs d'eau stagnante en profitent alors pour abriter une population peu accueillante de reptiles verdonniens : vipères, couleuvres et batraciens. Des études sur l'hydrologie du cours ont été réalisées il y a plus de 25 ans (dans les années 1975) en utilisant de la fluorescéine, révélant l'existence d'un lit souterrain presque parallèle à celui qui existe en surface. Une partie de ces eaux alimente par divers réseaux la Sorps, qui coule sous le Plateau de Canjuers.
Le site de Jabron est véritablement un havre de paix et de quiétude. Peu connu car peu fréquenté, l'endroit dévoile un monde sauvage animé par les insectes de l'Été. De nombreux papillons envahissent les abords des berges, suivis d'insectes butineurs. La sérénité est la caractéristique de cette rivière et de son parcours.
A l'image du Verdon, son frère aîné, le torrent possède une morphologie géographique analogue avec ses Prégorges, ses Gorges et son Canyon. En modèles réduits, certes, dans leurs dimensions et dans leurs proportions, mais semblables. Sans parler de la couleur de ses eaux en tout point conforme avec celle de notre torrent vert émeraude, le Verdon.
Ainsi, il est aisé de traduire les limites de chacun de ces secteurs en les décomposant de la sorte :
  • les Prégorges : de sa source près de Jabron jusqu'à la hauteur du Pont Napoléon, à Trigance,
  • les Gorges : de Trigance au lieu-dit La Table Ronde,
  • le Canyon : de La Table Ronde à Carrejuan.
Aussi étrange que cela puisse paraître, en moins de 3 kilomètres, on retrouve successivement dressés sur le lit du Jabron, un mini-Styx, un mini-Imbut, un mini-chaos, le tout, dans un mini-canyon... Ses eaux sont d'un beau vert cristallin, avec des reflets couleur émeraude !
Dans ses Gorges, le Jabron s'écoule paisiblement sous une forêt de Pins d'Alep et Méditerranéens, suivie de sites au milieu desquels alternent des genêts, des buis, et des buissons épineux. Une forte humidité, propice au développement des champignons permet à certaines de se développer, les Morilles, les Lactaires (sanguins) et Cèpes des Pins. Sur la commune, la cueillette des champignons est réglementée.
L'ensoleillement du Jabron est propice aux photographies et se mélangent les tons d'ocre, de gris, de blanc, de vert. Un ciment naturel calcaire lie les pierres du cours entre elles, formant d'étranges concrétions. La taille réduite des falaises et de la gorge permet une vue d'ensemble du trajet de la rivière. Le point culminant des falaises n'excède pas 12 à 15 mètres au-dessus du lit du Jabron.
Un pont permet de franchir en surplomb le mini-canyon. Les Verdonniens le nomment souvent le Pont des Damoiseaux, plus connu sous le vocable de Pont romain de Sautet, son appellation sur les cartes. A ne pas confondre avec le Pont romain de Tusset, qui lui se trouve bien en amont du Couloir Samson, dans le haut du Défilé de Salpétrière, et que l'on peut gagner, à pied, depuis la route qui conduit au parc autos du Couloir Samson.

Le pont des Damoiseaux

Ce sont des légendes tenaces qui ont donné son nom à l'ouvrage sous le vocable Pont des Damoiseaux. Les jeunes gens venaient ici faire la cour à leur promise... L'usage voulait même que l'on jette par-dessus bord un caillou, un morceau de bois, ou une pièce pour les plus fortunés d'entre eux afin qu'un rêve se réalise ou qu'un vœu soit exhaussé.
Cela fait belle lurette que les Damoiseaux ne viennent plus conter fleurette à leur dulcinée, mais le pont lui, demeure. Les traditions se perdent et les rêves s'envolent ! L'origine de cet ouvrage se perd dans la nuit des temps. Autrement dit, on ne sait pas grand-chose, sauf que sa construction remonte probablement au Moyen-Age, puisqu'il représentait un axe muletier important depuis Chasteuil, en passant par Soleils, pour atteindre Trigance. Des vestiges d'une chaussée pavée sont encore visibles. Le temps a recouvert une bonne partie de ce chemin autrefois prospère.
Un sentier dont le point de départ est fixé à la hauteur de la Maison du Patrimoine, à Trigance, en rive gauche, emprunte le Pont des Damoiseaux (ou, de Sautet) pour rejoindre Soleils et Le Bourguet par le Haut Bagarry. En restant sur la rive gauche, le chemin traverse la Colle de Breis et le site de La Table Ronde, pour atteindre Carrejuan, et franchissant l'ouvrage, gagne la D 952. Cet itinéraire permet une découverte globale des charmantes Gorgerettes du Jabron. Balade familiale, très facile à entreprendre.

Le Bourguet et Bagarry

Le Bourguet fut autrefois un lieu Templier prospère. Des ruines témoignent de cette présence passée. Quant à Bagarry (un autre village, mais aussi un site géographique, tous deux proches des monts du Castellanais), le fondateur de l'Ordre des Pauvres Chevaliers du Christ, qui deviendra plus tard l'Ordre des Templiers, son créateur en quelque sorte, fut Hugues de PAYNS ... de BAGARRY. Certains historiens et autres spécialistes de l'histoire des Templiers, attribuent à Hugues de Payns une origine Provençale de par sa naissance.
Le lit du torrent autorise une approche par le fond entre juin et septembre, tant le cours est à sec. La progression laisse apparaître des passages plus ou moins faciles, parsemés de pierres et de blocs, de la grimpette, et des corniches en surplomb de 3 à 4 mètres du torrent. Cette excursion est néanmoins réservée aux très bons randonneurs car le cheminement est sportif.
La précaution à prendre est, outre le fait de progresser avec prudence, de porter la plus grande attention sur la présence de reptiles. Les lieux étant peu fréquentés, la chaleur et les pierres présentent en abondance, l'eau stagnante ou sous la forme d'un mince filet, l'ensemble est propice à la présence de couleuvres et de vipères en Été.
Depuis la route entre Soleils et Trigance, et mieux encore en randonnant sur le sentier qui va de Trigance à Carrejuan, les visiteurs pourront se rendre compte d'une forme ronde, légèrement surélevée et particulière du relief, sur la rive gauche du Jabron, dans le massif de la Colle de Breis. Ce lieu porte le nom de La Table Ronde. La croyance populaire lui accorde d'avoir été un lieu de méditation pour les Templiers. Dans le même temps, la sérénité des lieux était favorable à des réunions, et mêmes, pour l'observation des étoiles. La proximité des châteaux (ressemblant plus à des fortins ou à des bâtisses fortifiées) comme ceux de Soleils, de Valcros, ou de Trigance, n'est peut-être pas étrangère à cette légende ?

Le Verdon et ses Baumes

La caractéristique principale du Verdon, des monts et des massifs comme des gorges et des plateaux, est d'être d'origine karstique. Le calcaire est l'élément principal et fondamental des pays du karst. L'érosion due aux vents, à la pluie et à la neige favorise le creusement et l'attaque du calcaire, roche sédimentaire qui recouvre une bonne partie de la surface de la terre.
Il n'est pas rare en Provence de parler de «baume» pour désigner une caverne. En fait, dans le langage des initiés, plusieurs termes désignent ces phénomènes naturels occupés par l'homme de la Préhistoire, mais aussi, par certaines espèces d'animaux. Ainsi, lia tune, grotte, caverne, se définissent comme des cavités le plus souvent horizontales ou subhorizontales. Disons que le terme de «baume» est propre à la Provence pour designer ces particularités du relief.
Une quantité phénoménale de ces baumes peuplent, en quelque sorte les pays du Verdon, des Gorges et du Canyon en particulier. Peut-être 10.000, peut-être 15.000, personne ne le sait, car nul ne s'est réellement engagé dans le recensement de ces cavernes. D'autant qu'il en existe de partout. Ouvertes sur le lit du torrent émeraude, dans les parois des falaises, au sommet des montagnes, sur les plateaux... Leurs dimensions sont parfois étonnantes comme celle de la Baume aux Pigeons qui mesure 60 mètres de haut (sur le parcours du sentier Martel).
Sans entamer ici le «comptage» baume par baume du Verdon, il en est quelques-unes qui méritent d'être signalées, à défaut d'être nominées. Leurs noms inspirent parfois d'étranges origines.
Parmi les plus célèbres : la Baume aux Pigeons, la Baume aux Bœufs, les Baumes Fères. Traduction : La Baume aux Pigeons ainsi nommée par la présence de ces volatiles à une époque plus anciennes ; la Baume aux Bœufs, située dans le défilé du même nom, à proximité du sentier Martel mais en rive gauche, tire son nom des bovins que les enfants gardaient et emmenaient au fond des Gorges en Été. Les chérubins abritaient leurs vaches dans la baume pour la nuit, ou en cas de pluie. Les Baumes Fères, également dans le défilé qui porte leur nom, à proximité du sentier Martel, en rive gauche, parce que «fères» désigne un homme sauvage, c'est-à-dire fier, rustre, un personnage peu recommandable. La grotte a donc vraisemblablement servi de refuge à ces hommes peu ordinaires qui trafiquaient les métaux précieux. On distingue aussi  :
  • Baume aux Hirondelles, Baume aux Chiens, Baume des Abeilles : la traduction est aisée, hirondelles pour les oiseaux qui viennent y nicher, aux chiens, sans doute y avait-il des chiens sauvages, ou des chiens de berger venant y trouver refuge. Les abeilles pour les mêmes raisons.
  • Baume des Faux Monnayeurs, Baume du Renard, Baume du Grand-Duc : la définition est facile à trouver. Quant au Grand-Duc, il ne s'agit pas d'un Duc de l'aristocratie, mais de l'espèce voisine de la Chouette, un rapace nocturne.
  • Baume de la Carelle, Baume de l'Église, Baume de l'Escalès : la carelle désigne un monte-charge utilisé par les bergers et les coupeurs de buis qui autrefois travaillaient dans les forêts des Gorges, leur permettant de hisser sur le sommet des falaises les bois coupés pour les acheminer ensuite vers La Palud-sur-Verdon pour chauffer les fours des potiers ; vers Aiguines pour les tourneurs de buis ; vers Moustiers pour alimenter les fours à bois des Maîtres Faïenciers.
  • Baume de l'Or ou Baume du Faiseur d'Or. 
  • Baume du Styx, Baume du Maugué, Baume de l'Imbut : là les définitions ont un rapport direct avec le site qui les accueille. Ces cavernes ouvertes sur le cours du Verdon, dans la zone des Gorges, à proximité du sentier de l'Imbut, sont des voûtes immenses qui surplombent le lit du torrent. Au sujet du Styx, on parle aussi de baume effondrée, par le fait que des blocs se sont détachés de la voûte de la caverne et sont venus se planter au seuil de l'ouverture béante, sur le lit du torrent émeraude. Quant aux termes Styx, Maugué et Imbut, ils se traduisent successivement par «couloir qui mène aux enfers», nom de la mythologie grecque donné par Martel lors de la première exploration par le fond en 1905 ; mauvais gué ; et entonnoir.

La baume du Galetas, la baume des Templiers et autres baumes provençales 

Il existe une baume gigantesque qui mérite une attention particulière. La grande Baume du Galetas. Celle-ci n'est désormais visible que lorsque l'on circule en barque, ou en pédalo, en remontant dans le goulet au nord du Pont du Galetas, en venant du Lac de Ste-Croix. Ses dimensions sont supérieures à celles de la Baume aux Pigeons.
Pourquoi ces noms étranges ? Simple constatation, ou une explication comme une autre, qui revient à dire que les noms ont été attribués en fonction soit de leurs particularités, soit de celle de leurs occupants, soit encore par un sobriquet dédié pour ce que l'on y faisait. Ce sont dans tous les cas les gens du pays qui ont donné ces appellations aux grottes et cavernes ainsi nommées.
Curieusement certains sites ont conservé leur appellation d'origine en quelque sorte, comme les Grottes de St-Maurin à proximité de la Cascade de St-Maurin, la Grotte de la Fée ou la Grotte Marie-Madeleine à Moustiers Ste-Marie, les Grottes du Bouc d'Or et de la Chèvre d'Or, au nord de La Palud-sur-Verdon, près de la route qui conduit au hameau de Châteauneuf-les-Moustiers.
Depuis ce village abandonné, un sentier court sur les traces de l'ancienne voie romaine pour gagner la grotte Notre Dame dans laquelle une chapelle est nichée au cœur de la falaise. Cette cavité porte également le nom peu usité de Baume des Templiers. De belles baumes sont bien visibles dans la zone terminale des Prégorges, notamment dans le Défilé de Salpétrière, lorsque l'on aborde le site de Ouadès, en se dirigeant vers Rougon et le site du l'oint Sublime. Pour les non-Provençaux, ou pour ceux qui n'ont pas l'usage du Provençal en tant que langue parlée, il est bon de mentionner qu'il faut dissocier les termes «baumes» et «baou». Baou signifie sommet ou rocher, ou encore le lieu, l'endroit. De fait, on trouve par exemple le Baou de la Chouette, le Baou Roux, le Baou de la Quille qui sont des rochers qui s'élèvent vers le ciel. Et, le Baou Béni qui signifie endroit béni. Il n'est pas interdit de penser que l'on peut rencontrer un jour ou l'autre, «le Baou de la Baume» ou inversement, «la Baume du Baou»...

Les Monolithes Verdonniens

Phénomène aussi curieux, il existe ainsi dans les Gorges et le Canyon des masses minérales étranges qui ont pris une forme non pas humaine, mais animale ou végétale : en amont du Couloir Samson, sur le sentier du pont romain de Tusset, un énorme rocher gris semble mugir, la Gueule de Lion, haut d'une trentaine de mètres, le profil ressemblant étrangement à une gueule de lion rugissante et semblant dire «Attention nature hostile...».
A proximité du sentier Martel, entre le 2ème et le 3ème tunnel en venant du Couloir Samson, se dresse au beau milieu du Verdon, la Dent du Chat, un rocher blanc et pointu qui ressemble à une canine de félin (haute de 3 à 4 mètres). Un peu plus loin, se dresse dans le ciel, sur la rive gauche, le Baou de la Chouette, qui représente à son sommet le belvédère de Rancoumas ; sa hauteur est d'une quarantaine de mètres. Au lieu-dit la Conciergerie, en amont de l'Imbut, on trouve le Canard, rocher haut de 4 mètres de haut sur huit de long qui ressemble à un canard posé sur l'eau.
Encore plus loin dans le Canyon, renversé sur son chapeau, on pourra encore découvrir le Champignon, haut de 5 mètres, 8 de circonférence, tel un bolet renversé qui montre son pied au ciel. Vers les Ralingues, qu'elle n'est pas la surprise de tomber nez à nez avec l'Aileron de Requin, dont il semblerait que seule l'épine dorsale soit visible. D'une longueur de 7 à 8 mètres, haut de 3 à 4 mètres, on se croirait presque devant une pièce de Musée de la Préhistoire.
Au belvédère du Galetas, en rive droite et surplombant le lac de Ste-Croix, en se tournant vers la falaise, légèrement en haut de la route, on devine le Dromadaire, un colossal rocher ocre beige d'environ dix mètres de long sur 6 à 7 de haut, prend effectivement la forme d'un dromadaire allongé. Les marques les plus visibles ou les plus significatives, se retrouvent sur la route des Prégorges, au seuil des Monts de Merlin, où trois figures en surplomb de l'itinéraire gardent le passage : les Veilleurs. Le premier ressemble à une cariatide Egyptienne, c'est le Sphinx des Pyramides, le second à une tête de bouffon jovial, c'est le Djinn. Le troisième quant à lui c'est le Gorille, ainsi nommé par sa ressemblance avec notre très lointain cousin. Des phénomènes de ce genre, il en existe des quantités d'autres dans les monts et massifs du Verdon... Notamment, un beau mégalithe, au sommet de la falaise qui domine la chapelle templière du Roc, quelques centaines de mètres après le village de Châteauneuf-les-Moustiers.
A vous de les dénicher et de les repérer !

Le message des Templiers, le mystère du Saint Graal

De nombreuses légendes demeurent en Provence. Parfois vivaces, parfois tenaces, elles ont toutes et certainement une origine vraie et possèdent au fond d'elles-mêmes cette part de vérité qui les ont portées jusqu'à nous. Il existe toujours à la source d'une légende ou d'un mythe un vécu ou une épopée qui se sont par la suite transformés, modifiés, ou encore agrémentés, au gré de l'humeur du conteur ou du narrateur.
Les Gorges du Verdon n'échappent pas à ces légendes Provençales venues du fond des âges, et parfois, d'on ne sait d'où...  Mais, c'est aussi cela, le patrimoine et l'histoire d'une région, d'un pays. Quant à la présence des Templiers dans le Verdon, elle est évidente, des traces et des témoignages nous sont parvenus. Pour s'en convaincre, il suffit de lire le livre de Guy TARADE et de Jean-Marie BARANI, «La Provence Insolite et Mystérieuse», et, «L'Ile des veilleurs» d'Alfred WEYSEN.
Le terme Templier est ici employé au vrai sens du terme, c'est-à-dire relatif à l'Ordre des Templiers (ordre décapité par le bon Roi Philippe Le Bel en 1314 avec la bénédiction du Pape Clément V) dont nul ne peut se prétendre les héritiers, sauf peut-être dans l'ordre Maçonnique Universel, les Frères pratiquant le Rite Écossais Rectifié, d'origine Templière par la volonté du Baron de HUNT, d'origine allemande, et surtout, du Français Jean-Baptiste WILLERMOZ. 
Les Templiers voulaient le bien de l'homme et non sa perte ! Il faut le faire savoir. Car si les vrais Templiers étaient encore parmi nous, ou si l'Ordre était encore présent, cela se saurait depuis longtemps !
La ferveur religieuse de cette région, christianisée dès les premiers temps du catholicisme, a été propice aux contes fabuleux et merveilleux mêlés avec la conquête du Graal (ou Saint Graal) par les Chevaliers de la Table Ronde. Dans ce contexte tous les faits s'imbriquent ou se chevauchent. Pour tenter d'y voir un peu plus clair, il nous faudra tenter de percer les mystères des différents acteurs présents en ces lieux pour assimiler les légendes qui hantent les montagnes du Verdon.

Le mystère du calice

A peu près à la même époque de la création de l'Ordre des Templiers, vers l'an 1100, naissent les volontés du Roi Arthur (ou Art us) et des Chevaliers de la Table Ronde de partir à la conquête du Graal.
Le Graal ou Saint Graal, est la coupe qui aurait servi à Jésus lors du repas de la Cène qu'il partagea avec ses disciples, et la coupe qu'utilisa Joseph d'Arimathie (croyant et Chevalier du palais de l'once Pilate) pour recueillir le sang du Christ sur la croix. Les premières traces de récit relatif au Graal remontent au 12ème siècle. L'origine du mot est multiple. Du Provençal «Grazal», de l'Espagnol «Grial», signifiant tous deux un vase, un récipient.
Curieusement, autre fait troublant, à quelques pas de Comps-sur-Artuby, on retrouve le bois de l'Avellan. Entre les mots Avalon et Avellan la nuance orthographique est faible, et, la déclinaison du vieux Français, ou du vieux Provençal, d'Avalon en Avellan est tout à fait admissible.

Les Templiers dans les gorges du Verdon ?

Qu’est-ce que ces histoires ont à voir avec le Verdon, me direz-vous ? Deux faits historiques, parfois emplis de légendes et de mystères avec une réalité présente à nos yeux, le Verdon. Qu'est-ce que cela peut-il avoir en commun ? Au premier degré, guère d'intérêt. Maintenant si l'on approfondi nos recherches, on se rend compte que, d'un côté, il existe le mystère du trésor perdu des Templiers, de l'autre, la quête du Graal qui a disparu.
Après la chute de l'Empire Romain au 5ème siècle, le Christianisme s'implante très facilement en Provence. Aidé dans sa tâche par les Saints et les Saintes de l'église des premiers temps qui abordent les rivages de la Méditerranée, principalement entre les villes actuelles Marseille et Nice, Marie-Jacobé, Marie-Sarah, Marie-Salomé (fêtées aux Saintes-Maries-de-la-Mer, en Camargue), Marie-Madeleine (dont la grotte est située dans le Massif de la Sainte-Baume, près de St-Maximim), entre autres. Une période troublée s'installe entre le 6ème et le 10ème siècle. Bien avant l'an Mil, et jusqu'à la Révolution, l'église va dominer ce pays, dont les influences viendront essentiellement des deux courants d'ordres monastiques avec d'un côté, l'Abbaye Saint-Victor de Marseille, de l'autre, le Monastère de l'Abbaye de Lérins.
Persécutés après 1314 pour ceux qui avaient pu fuir le bûcher, et bien que le Comte de Provence fut un parent éloigné du Roi de France auquel il devait allégeance, celui-ci ne mit aucun empressement à poursuivre les Chevaliers Templiers. C'est ainsi que de nombreux Templiers se réfugièrent en Provence.
Avant leur perte, il est bon de mentionner que les chemins qui permettaient aux pèlerins venus de l'Europe du nord de se rendre en Terre Sainte, passaient par la Provence. Les voies de communications, établies à partir des antiques voies romaines, servaient de route pour se rendre aux Croisades. Parmi eux, de nombreux Templiers chargés de les encadrer et de les protéger. La présence des Templiers conforte la pensée religieuse et l'émancipation des moines de l'Abbaye de Lérins. Dans les Gorges du Verdon, hormis quelques exceptions les villes et les villages sont le plus souvent sous l'influence de Lérins.

Preuves de leur existence

L'Ordre du Temple alla même jusqu'à favoriser la construction d'église et de chapelle en ces lieux, n'omettant pas d'édifier des Fortins et des Commanderies pour assurer leur propre domination.
Pour les Templiers, les Gorges du Verdon formaient un épicentre de communications astrales et ils étaient de ce fait, désireux d'y établir une colonie spirituelle interstellaire. Cette région était la représentation sur terre des signes du zodiaque astral.
L'écrivain Alfred WEYSEN se base sur des constats à la suite de la découverte du tableau de Saint-Martin Célestus, et d'un étrange message trouvé dans un vieux manuscrit oublié dans une bibliothèque.
De surcroît, les neuf autels des neuf chapelles templières présentent dans la région s'orientent les unes vers les autres sous un angle géométrique parfait correspondant au nombre d'or des bâtisseurs de Cathédrales...
Souvenons-nous que neuf Chevaliers fondèrent l'Ordre des Pauvres Chevaliers du Christ qui deviendront par la suite, les Templiers. Ces neuf chapelles se nomment ainsi, lettre après lettre : - T : St-Trophime ; E : St-Etienne ; M : St-Maur ; P : St-Pierre ; L : St-Laurent ; A : St-Anne ; R : St-Roch ; I : St-Jean ; I : St-Julien.
Le «i» et le «j» ayant en latin la même signification et représentées par la même lettre. Ces chapelles sont souvent édifiées au sommet d'un éperon rocheux, parfois difficile d'accès, ou à l'à-pic d'une falaise. Malheureusement, ces édifices ont été en majorité pillés, saccagés, démolis ou détruits partiellement par des visiteurs lâches et inconscients, emportant parfois avec eux des pierres, des tableaux, des croix, ou des vestiges de ce riche passé révolu. Ce passé appartient également à notre patrimoine culturel, là est le drame du vandalisme sauvage. La bêtise de l'homme n'a parfois d'égale que sa cupidité.
L'héritage des Templiers se manifeste par la présence de châteaux, de fortins ou de fermes fortifiées, construits entre les 11ème et les 13ème siècles. on retrouve ces bâtiments, parfois en bon état, parfois délabrés ou sous la forme de ruines, à Soleils, Valcros, Eoulx, Mayreste, Trigance, Rougon, Castellane, Gréoux-les-Bains, St-Julien-de-Verdon, Comps-sur-Artuby... Non loin de là, dans le Var, les Templiers possédaient une de leurs plus importantes Commanderies de toute la Provence, à Ruou (orthographié également Riou), à quelques kilomètres du village de Villecroze-les-Grottes. Il existe aussi des sons étranges entre Valcros et Villecroz.

Vestiges, manuscrits et signes astrologiques

A St-Maymes (Verdon rive gauche, Corniche Sublime, écrit encore St-Maime, autrement dit «St-Maxime»), les Templiers possédaient une ferme (aujourd'hui propriété privée qui sert d'étable) à proximité de laquelle on a relevé effectivement un sanctuaire Templiers. 500 mètres au sud de St-Maymes, une autre concentration de fermes porte encore le nom de «la Commanderie». Au château de Valcros, au milieu du 20ème siècle, un homme découvrit dans un livre un texte rédigé en vieux polonais. Ce vieux manuscrit disait ceci : «- Dans les constructions souterraines du vieux château de Val-de-Croix se trouve le trésor de l'Ordre du Temple. Va et cherche. Le Saint et la Vérité te montreront la voie».
Une découverte d'une importance capitale allait se faire : la relique d'une œuvre du 16ème siècle, attribuée au peintre Simon VOUET (1560-1649), le tableau truqué de Saint Célestin-Celestius. Passée aux rayons X, cette œuvre révèle une cartographie parfaite de la région comprise entre les Réglés (au nord de Rougon) au village de Jabron (au sud de Trigance), et, du Pas de la Faye (à l'est) à la Colle de Breis (à l'est). Autrement dit, les quatre points cardinaux exactement positionnés, les médianes tracées passent exactement sur le site de Valcros ! Parmi les curiosités, citons la représentation, schématisée des douze signes du zodiaque dans les Gorges du Verdon, dont l'épicentre est formé par le site des Veilleurs. On retrouve le lieu des Veilleurs, sur la route rive droite, entre Chasteuil et Pont de Soleils. Ils se situent à la croisée des lignes de crêtes entre les Monts de Merlin (le devin, en Celte. Il existe effectivement, au nord du Point Sublime un lieu nommé le Devens), et de Carrejuan (la pierre de Jean). D'autres témoignages ou vestiges sont encore représentés. La Chapelle Templière du Roc, à proximité du village en ruines de Châteauneuf-les-Moustiers, au nord de la Palud-sur-Verdon. Bâtie nu creux des Monts du Roc, elle aurait permis d'assurer un lieu de prières. Des sépultures seraient disséminées à proximité de la baume. A l'étage supérieur, un tumulus conserve bien des secrets...

Curiosités de templiers...

Et, d'autres sites de ce genre sont facilement identifiables : la chapelle St-Jean, au sommet de l'éperon rocheux de St-Jean, sur le sentier qui conduit au village abandonné de Brandis. Les chapelles St Julien et St-André à Trigance, St-Trophime et St-Thyrse au nord du village de Robion.
De noms  Une énigme s'offre à nos réflexions : le village des Prégorges perché sur la colline du nom de Taloire est dominé par le Pic St-Étienne qui porte à son sommet la chapelle Templière en ruines de St-Etienne.
St-Etienne forme la 2ème lettre du mot Templarii. Or, dans les récits, Lancelot du Lac poursuit son chemin par La Forêt. La Forêt est un terrain sur lequel est maintenant bâtie une ferme de Taloire. On retrouve également les sites de la Petite et de la Grande Forêt, en rive gauche, entre les Cavaliers et le Cirque de Vaumale. Lancelot et Gauvain se seraient rendus à la Chapelle St-Etienne pour se recueillir sur les tombes des frères de Gauvain justement. Ces derniers auraient été inhumés en ce lieu. Un vaste champ près du village porte le nom de «Terre de Graal»...
Autre exemple. Si nous retournons à l'Ile des Veilleurs, on peut se rendre compte que la position des figures de pierre par rapport l'aboutissement des lignes de crêtes préfigurent exactement le récit mythologique de Merlin l'Enchanteur : La Forêt dans laquelle Merlin s'abrite, et les Veilleurs, gardiens du Temple du Graal.
Les Grottes Supérieures de St-Maurin ont été occupées, et c'est certain, par des moines de l'Abbaye de Lérins au Sème siècle de notre ère. Ils fondèrent ensuite Monasterium (Moustiers Ste-Marie). Mais ces habitats troglodytes ont aussi été habités par les Templiers car, l'endroit représentait un passage stratégique vers les terres en direction de La Palud-sur-Verdon, donc de Châteauneuf-les-Moustiers, et la baume du Roc.

Mais aucun trésor retrouvé

Y a t-il un mystère Templier au Verdon ? Mon but n'était pas dans ce chapitre de vous faire boire la calice jusqu'à la lie, ni même d'inventer une histoire. Le Verdon n'en n'aurait que faire. Mais de vous montrer les similitudes parfois étranges qui peuvent exister entre une histoire vraie, ou romancée, un site qui existe grandeur nature, et la réalité contemporaine de certains événements.
Depuis 1945, de nombreuses recherches et des fouilles menées sur les sites présumés n'ont rien livré de leurs éventuels secrets Templiers. Seuls restent des témoignages concrets comme les murs des bâtiments ou le nom évocateur de certains sites. Les histoires des Chevaliers de La Table Ronde se mêlent étrangement aux récits des Templiers, à leur mystère, à leur trésor perdu. La quête du Saint Graal peut continuer, le Verdon lui, poursuivra inexorablement sa course vers la mer, et quoiqu'il arrive, il sait qu'il demeure le Verdon, le Dieu des Eaux-Vertes, ce Serpent Vert Provençal Digne des écrits de GOETHE.
A noter, curieusement, pour celles et ceux qui se rendent en Italie depuis Nice, que l'on rencontre à mi-chemin entre Vintimille et San Rémo, le lieu-dit «Vallecrosia» ! La traduction française est «Val de Croix» ou «Val Cros», ce qui serait une piste de nouvelles investigations suite à la relecture du parchemin retrouvé dans les combles du château de Valcros, dans les Gorges du Verdon.

Les bergers et leurs troupeaux

«Ils ont les mêmes rides et les mêmes compagnes et les mêmes senteurs que leurs vieilles montagnes, les Bergers..."
Jacques BREL, in «Les Bergers».
La mythologie gréco-romaine fait état de la présence des bergers dans de nombreux textes étudiés, soit en Grec, soit en Latin, soit encore en Histoire. Les bergers et leurs troupeaux sont souvent représentés sur les frontons des temples et bâtiments de l'antiquité.
Lors des Fêtes Calendales, autrement dit lors des fêtes traditionnelles de Noël, il est coutume de parler de Bethléem en Provence (ou bien encore Belem en Prouvenço) lorsqu'il s'agit de recréer, pour un temps qui durera 40 jours, les Calandes, entre le 4 décembre, jour de la Sainte-Barbe et l'épiphanie (début janvier).
A la Sainte-Barbe (Fête des Artilleurs, mais aussi de tous les métiers ayant un rapport direct avec le feu), il est coutume de faire germer du blé, ou des lentilles, dans une coupelle que l'on mettra sur la table le soir du Gros Souper, veille de la célébration de Noël.
Le berger devient alors «lou Pastre dei Montagno» (le berger des montagnes), l'annonciateur, celui qui mènera à l'église l'agneau nouveau-né qui sera présenté à l'enfant nouveau-né. Cet enfant, le dernier né du village, symbolisera durant toute la nuit, l'enfant Jésus.
Ce sont les bergers et leurs troupeaux qui ont créé en quelque sorte les premières voies de communications. Ces drailles dans la montagne et dans la plaine sur lesquelles, les Ligures, puis les Grecs, puis les Romains, puis les hommes de l'après Christ ont construit leurs chemins pierreux, puis leurs voies pavées, puis leurs routes, et enfin leurs autoroutes modernes.

Sur les pas des bergers du Verdon

La civilisation pastorale remonte à près de 10.000 ans. C'est la plus ancienne forme d'activité humaine dont les origines sont étroit eurent liées avec l'évolution même de l'homme. Dès que le bipède que nous sommes devenus a su apprivoiser quelques bêtes pour assurer sa subsistance et son avenir, il a commencé par effectuer quelques pas en dehors de son territoire immédiat en compagnie de sus moutons, de ses chèvres et de ses vaches. Les animaux domestiqués lui assuraient de ce fait le lait, la viande, les peaux pour se vêtir, et enfin, les premiers outils et les premières armes fabriquées avec les os de leur carcasse. L'homme évoluant, il devint plus téméraire et courageux et se déplaça de lieux en lieux avec son troupeau.
Les pas du berger et les sabots de ses bêtes ont tracé les axes de communications reliant les hommes entre eux.
Ne dit-on pas que dans la montagne que les traces du berger conduisent vers l'éternité ?
Le berger est un homme tout à fait particulier. Des mythes, des légendes cernent sa popularité ou la méfiance que l'on a son égard, vous verrez pourquoi. Seul le berger, héritier d'un savoir-faire ancestral, est l'homme (aujourd'hui parfois la femme) capable de conduire des bêtes lentement, sans les précipiter, tout en leur épargnant les terres gorgées d'eau et chargées d'humidité, sachant en outre, les abriter en un lieu propice aux heures chaudes de la journée, et les parquer pour leur garantir une nuit préservée. Seul, l'homme capable de cette fonction pouvait se voir remettre la garde d'un troupeau. Dans la montagne, il devait soigner les maladies des animaux, éviter de traverser les champs de voisins peu accueillants, garantir le développement par la reproduction des agneaux, s'avoir se diriger sans crainte de se perdre, affronter les bêtes sauvages, mais aussi, les éleveurs jaloux voleurs de bétail, trouver les points d'eau...

Un individu peu ordinaire

Aussi, le berger n'est jamais considéré comme un individu ordinaire. Il bénéficie d'un certain prestige, en même temps qu'on lui accorde des pouvoirs magiques, surnaturels. Il est l'héritier des prêtres de l'antiquité. Ses connaissances il les tire des druides celtes qui ont traversé l'Europe dès le 4ème siècle avant la naissance de Jésus, le Berger. Les paysans confèrent au berger des pouvoirs divins, on le nomme le «jeteux». Celui, qui, fort de son pouvoir est capable de conjurer le mauvais sort. Il est capable de repousser une conjuration et de renvoyer sur le maléfice les sorts qui ont été préalablement jetés.
Le berger combat «lou gients qui fon du maloun...», traduisez par là, les gens qui font du mal. Il représente une sorte de prêtre de la Nature, gardien du troupeau mais magicien des étoiles, capable de lire dans les astres et dans le cosmos. Lui seul connaît les secrets et les mystères de l'immensité noire perlée d'azur. Il n'ignore rien du temps qui passe, il connaît par cœur la position des étoiles dans le ciel, le changement des saisons au jour près, il est même capable de prédire le temps qu'il fera dans les prochains jours ! La Carline obéit au berger ! Il voit, puis il dit, le berger, «- il va faire beau...», «- le temps va se couvrir..», «- la neige est pour bientôt...». Étrange... Le berger parle aux éléments, aux plantes. Pour les gens du village, il est le guérisseur, le berger-médecin. Sa connaissance des plantes de la montagne fait de lui un botaniste hors pair.
Il soigne, guérit, et donne le remède approprié aux animaux comme aux personnes. Sa pharmacopée est naturelle, les plantes n'ont pas de secret pour lui, sachant à quelle période cueillir telle ou telle espèce pour produire un maximum d'efficacité. L'été, le berger voit tout, sait tout, sur tout le monde. Il demeura en haut des montagnes et surveille les hommes d'en bas.   
Le berger passe le plus souvent pour un homme rude, sauvage, vivant replié sur lui-même en compagnie de son fidèle et éternel compagnon le chien. Ce trait de caractère n'est pas innocent, l'homme vit seul, isolé, plusieurs mois de l'année avec ses bêtes. Il communique seulement avec la nature. Néanmoins, dans les villages, la plus ancienne et la première forme d'habitat regroupé, il passe pour le personnage le mieux considéré de tous et jouit d'une bonne renommée. Et même si on le traite de Tempestaire, celui qui tempête de pari son caractère, mais qui commande aussi les éléments et les animaux, il est aussi celui qui écarte la foudre du ciel et éloigne l'orage oui gronde grâce à ses paroles incompréhensibles chargées de mots secrets. Le saint patron des pastres (des bergers) est Saint-Médard (fête le 8 juin) qui a la double faculté d'être le protecteur des bergers, suais aussi des orages. C'est peut-être aussi pourquoi cet homme hors du commun sait parler à la Nature, aux éléments, aux choses surnaturelles ignorées du commun des mortels...

Les attributs du berger

L'apparence vestimentaire du pastre complète aussi son caractère. L'image traditionnelle d'un berger vêtu d'une peau de bête armé d'un long bâton, soufflant ou sifflotant dans un roseau qu'il vient de tailler dans une canne ou un jonc, est désuète. Ça, c'est l'image du berger que l'on pouvait encore avoir en France au début du 20ème siècle, et que quelques cartes postales montrent encore. Il n'y a guère que dans certains pays d'Afrique, de l'Europe du Sud et du Sud-Est, et du Proche-Orient, que cette représentation est encore actuelle. Liée le plus souvent à la tradition et à l'imagerie populaire.
Par contre il n'est pas de berger sans sa longue cape de laine bleue, noire ou marron. Ces longs manteaux qui tombent jusqu'aux chevilles et que le berger porte encore au cours de la célébration de la Messe de Noël. Ce même manteau qui différencie le berger parmi les autres acteurs de la Crèche de Noël.
L'homme porte au côté sa besace de survie, ou panetière. Ses trésors y sont accumulés : un couteau, un oignon, un quignon de pain, des herbes de la montagne, un peu de vin ou de liqueur, du tabac, une pipe, quelques allumettes, parfois un récipient en fer ou en bois pour recueillir un peu de lait, du fil de fer pour quelque piège à grives, et toute la richesse du monde. Mais le berger ne serait rien sans son chien. L'homme légendaire n'est crédible que si son fidèle compagnon à quatre pattes courre derrière le troupeau pour réunir les brebis égarées !

Le chien de berger

Le chien est pour le berger l'être vivant qui passe le plus clair de son temps à ses côtés, sachant partager les joies et les émotions de son maître, et, sa vie d'errance sur les entiers dans la montagne. Il lui obéit au doigt et à l'œil, sait interpréter le moindre geste, orienter le moindre sifflet, assimiler le moindre regard. Avant même que le berger ne lui en donne l'ordre, le chien ramènera dans le troupeau les retardataires, les indolents. Le chien aide le berger, à l'origine, mais il est aussi présent pour éloigner les bêtes sauvages ou les prédateurs du troupeau. Selon l'importance du troupeau, le berger possède un, deux, voire 3 à 4 chiens.
Les gens se taisent dans les villages à l'approche du chien de berger, certains sont même persuadés que l'animal est si doué, si agile, qu'il est capable d'aller tout raconter à son maître !
Un jeu entre bergers consiste à mélanger des moutons de plusieurs troupeaux au milieu d'un pré en ne formant qu'un seul et unique troupeau. La règle de ce jeu est la suivante : les moutons %ont rassemblés, puis ensuite, les chiens sont lâchés. Le plus doué, le vainqueur en quelque sorte, sera le chien qui aura réussi à regrouper «ses» moutons dans un minimum de temps, sans y avoir incorporé d'autres individus d'un autre troupeau. D'autres bergers affirment que leur chien sait compter.
Ce n'est pas une galéjade (plaisanterie) ! En effet, le soir venu, lorsque les bêtes sont au bivouac, le chien effectue plusieurs fois des cercles concentriques autour du troupeau. Tantôt dans un sens, tant in dans l'autre. Jusqu'au moment où le chien va partir en courant dans une direction à laquelle il se tient. Le berger est certain qu'il lui manque un, deux ou plusieurs moutons. Ceci fait dire aux observateurs, que l'animal se rappelle avoir vu dans la journée les bêtes attardées. Celles-ci s'étant égarées, il faut les ramener en sécurité près du berger. Le chien tentera de les localiser et de la 'amener au bercail.
D'autres encore certifient que leur compagnon canin à quatre pattes sait attribuer un âge aux moutons et aux brebis, en les répartissant par petits tas au milieu du pré ou de l'enclos. Ainsi le chien, forme des tas de jeunes moutons, puis de brebis plus âgées, jusqu'à réunir les plus anciens pour reconstituer le troupeau, «son» troupeau. Le chien du berger n'a pas son pareil lorsqu'il s'agit de regrouper le troupeau pour le conduire au jas (à la bergerie) ou au vanade (l'enclos circulaire à l'air libre). Ne pas confondre vanade avec la manade que l'on rencontre en Camargue, et qui est une ferme d'élevages de taureaux ou de chevaux.
Lors de vos balades, il faut savoir être prévoyant lorsque vous randonnez avec votre compagnon à quatre pattes sur les sentiers de découvertes. A l'approche d'un troupeau, prenez soin de l'attacher afin que ce dernier n'aille pas fondre sur le bétail au risque de le disperser aux quatre coins de la campagne. Le chien du berger, garant de la sécurité du troupeau, n'hésitera pas à se ruer sur votre compagnon considéré alors comme son pire ennemi. Non pas pour avoir dispersé le cheptel, là c'est au berger qui vous aurez affaire, mais tout simplement parce que le chien du berger pensera vois dans le vôtre, un prédateur.

Des moutons dans le Verdon

Sans se tromper, on peut aisément affirmer que l'élevage d'ovins est l'activité pastorale la mieux adaptée aux conditions géographiques du Verdon. Les villages du Verdon ont su conserver cet héritage de l'élevage en maintenant sur place des troupeaux.
La période des transhumances s'étale en deux temps. Cette grande aventure sur les pas des anciennes traditions s'effectue cotre la St-Médard, le 8 juin, et la St-Jean, le 24 juin, au Solstice d'Et é, encore appelé Équinoxe d'Or. L'autre équinoxe se situant vers h. 23 septembre, jour de l'Automne. N'a-t-on pas coutume de dire « s’il pleut à la St-Médard, il pleuvra 40 jours plus tard ...! ».
A la mi-juin, hommes et bêtes empruntent les chemins qui conduisent vers les hauts plateaux. Ils y passeront tout l'Été. Le signal du départ est souvent donné par le baile (ou bayle), le régisseur ou le responsable du troupeau (il est à noter que le baile, est pour les troupeaux transhumants celui qui, au moulin à huile, dirige les premières pressions du fruit d'or de l'hiver, l'olive, qui donnera le soleil liquide, l'huile d'olive).
Autrefois effectuée par la route, à pied, et de nuit, la transhumance s'effectue souvent aujourd'hui, toujours par la route, mais au moyen de camions dans lesquels sont transportées les bêtes. .(Partem, revendrèm mai ben léu...» : nous partons, nous reviendrons a nouveau bientôt.
A l'Automne, lorsque les premières gelées d'octobre ont posé leur halo cristallin sur les feuilles roussies, alors, hommes et bêtes reprennent le chemin de l'étable, de la bergerie. L'Hiver pourra bien passer, lorsqu'il s'en ira, nous reprendrons nos bonnes vieilles habitudes en grimpant toujours plus haut vers les sommets de l'été.
Le passage des troupeaux lors de la transhumance est toujours accueilli comme l'événement de l'année. Tout le village est à sa fenêtre, Monsieur le Maire, sur le perron de son Hôtel de Ville, comme s'il voulait en condamner l'accès à la vague déferlante qui envahit sa commune.

Organisation du troupeau

Vient en tête le berger, son bâton légendaire à la main, secondé de son inséparable chien. Ils sont suivis de l'âne bâté qui porte l'équipement et les vivres, son platello autour du coup (un collier fait de bois et de cuir, recouvert de clochettes rivetées). Vient ensuite le bélier flouca, (ou flocard) honoré d'être en tête de ses ouailles, ses touffes de laine colorées qu'il arbore non sans une certaine fierté au sommet de sa toison dorsale. Il fait tinter son redoun (la cloche qu'il porte autour du cou) pour marquer sa présence. Une chèvre aux grandes cornes se laisse porter par le flux.
Et pour montrer qu'elle n'est pas en reste, pour peu qu'on lui a vissé autour du cou un redoun (ou bien encore appelé tabassoun) ou une picounne (une cloche plus petite que le redoun), elle balance sa tête comme pour surgir de la mêlée. Elle sait que dans la montagne, elle fera éviter à ses congénères les endroits les plus délicats du passage, le berger la fera passer devant pour que suive tout ce beau troupeau. Ce troupeau qui suit toujours celui qui est devant. Quelques moutons choisis ont le privilège de porter la picounne, cette petite cloche qui balance au gré des déhanchements. Un bruit plus aigu, et voilà que viennent les brebis dont certaines, parées d'un collier de buis, portent les sounaïouns (des clochettes plus petites adaptées pour la reconnaissance des brebis).   
Et les chiens de berger qui courent dans tous les sens pour conduire, ramener, pousser les bêtes qui s'écartent, mordiller leurs tendons pour les faire avancer plus vite, leur donner un coup de fessier pour qu'elles réintègrent le gros de la troupe. Inlassablement, infatigable, le chien travaille son troupeau. Troupeau dans lequel chaque «porteur de cloche» à son rôle à jouer.   
L'âne au platello est le garant du repas, il représente l'intendance des bergers. Le bélier flouca au redoun est le chef du cheptel. Les moutons aux picounnes, les sous-chefs. Les brebis aux sounaïouns, les sous-chefs adjoints. Et enfin, la chèvre au redoun, intégrée au troupeau, elle apportera le lait au berger qui le boira ou en fera des fromages pour le temps passé dans les hauts alpages. Dans les drailles escarpées de la montagne, là où la chèvre passe, les moutons suivent...  

Moutons sauvages

Cet orchestre perpétuel en déplacement provoque de joyeux tintamarres tout au long des villages, des plaines et des plateaux traversés...   
Il n'est pas si éloigné le temps où les bergers descendaient dans les gorges avec quelques bêtes pour passer une partie de la saison. Jusque dans les années 1950, on confiait à des enfants, en Été, le soin de s'occuper d'un troupeau. Sur la Route de Crêtes (Verdon rive droite), on peut encore croiser quelques chèvres sauvages gambader librement dans les buis et le maquis. Ces caprins se sont enfuis de leur enclos il y a quelques années, et pour d'autres, ils sont les descendants des troupeaux que les bergers conduisaient en saison.
Nombreux sont les Rougonnais, les Paluards, et les Soleillans (de Rougon, de La Palud, de Soleils) qui avaient suivi les traces de leur père, et avant eux, les pères de leurs pères sur les sentiers de la transhumance qui conduisent aux Gorges.
Jusqu'à un passé récent, des traces d'occupations par les bergers se révélaient dans les baumes. On trouvait çà et là, des cuillères en bois, une écuelle brisée, quelques fagots de bois, un feu que l'on pensait éteint depuis peu...
Les baumes accessibles ont été pillées et vidées de leurs témoignages, de leur mémoire...
Mais ces bergers de Provence, mi-hommes, mi-devins, ont su lier leur existence au Canyon, affronter le temps, et faire naître des légendes, tout en subissant une vie rude, le plus souvent seuls avec leurs bêtes. Mais leur présence qui se fait encore sentir signe leur attachement à cette terre, à ses valeurs, à ses traditions, et permettent ainsi de forger la Mémoire du Verdon.

Saint-Pancrace - Digne
Digne
Vallée de la Bléone - Digne
Digne
Provence

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